Fascio
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Fascio (pluriel : fasci) est un mot italien qui dans les années 1890 se référait à des groupes politiques d'extrême gauche [réf. nécessaire]. Plus tard, il a donné le terme fascisme.

Étymologie
Pendant le XIXe siècle, le fagot de branchages, appelé en latin fasces et en italien fascio, un faisceau en français, symbolisait la force à travers l'unité. Par extension, le mot fascio désigna ensuite par usage un groupe, une ligue, une union politique. Ensuite, le mot eut des connotations révolutionnaires.
Syndicalisme
Dans l'Italie post-unification, marquée par une industrialisation inégale, une crise agraire et des disparités régionales, le fascio est devenu synonyme de mobilisation populaire. Dès les années 1870, des fasci émergent dans les milieux ouvriers et paysans, particulièrement dans le sud et les régions rurales. Les fasci désignaient alors souvent une section de syndicat agricole. Parmi ces syndicats d'influence socialiste, on peut citer les faisceaux siciliens. Des groupes éphémères existaient en Toscane, en Émilie-Romagne et ailleurs, souvent liés à des crises locales comme la récession des années 1880.
Idéologie
Ces groupes, influencés par le socialisme naissant et l'anarchisme, organisaient des grèves, des manifestations et des occupations de terres pour exiger des salaires plus élevés, des contrats équitables, la réduction des impôts et la redistribution des biens communaux usurpés par les grands propriétaires.
Les fasci étaient localisés principalement en Sicile, mais aussi dans le centre et le nord de l'Italie (comme à Bologne, Milan ou Messine). Ils incluaient une forte participation féminine, avec des sections dédiées, et mêlaient des éléments religieux (crucifix aux côtés de drapeaux rouges) à des idéaux républicains. Politiquement, ils représentaient une contestation face à la misère rurale, favorisant l'émigration massive après leur répression. Le gouvernement italien, craignant des insurrections, les a souvent dissous par la force, comme en 1894 sous Francesco Crispi.
Les fasci étaient étroitement liés aux partis et mouvements de gauche. Inspirés par des figures comme Mikhail Bakounine (anarchisme) ou Karl Marx (socialisme), ils servaient de plateformes pour les radicaux, les socialistes et les démocrates. Par exemple, le Fascio della Democrazia (1883) était une alliance parlementaire de l'extrême gauche, opposée au gouvernement et favorable à des réformes démocratiques comme le suffrage universel. Ces groupes canalisaient le mécontentement des classes populaires, préfigurant les syndicats modernes. Ces fasci étaient influencés par le Parti socialiste italien naissant et organisaient des actions locales pour les droits des travailleurs.
Faisceaux célèbres
Plusieurs fasci ont marqué l'histoire italienne au XIXe et début du XXe siècle :
- Fasci Siciliani dei Lavoratori (1891-1894) : Le mouvement le plus emblématique, fondé à Catane par Giuseppe De Felice Giuffrida le 1er mai 1891. Il compta jusqu'à 300 000 membres et environ 177 fasci dans 82 villes siciliennes. Ces groupes, composés de paysans, mineurs (notamment dans les mines de soufre) et artisans, organisaient des protestations contre les loyers élevés, les impôts et l'usure. Réprimé en 1894 par l'état d'urgence de Crispi, avec des arrestations massives et des exécutions, il est considéré comme un précurseur du socialisme italien.
- Fasci Operai : Des ligues ouvrières dans le nord et le centre, comme à Bologne ou Milan, dès les années 1870.
Interventionnisme de gauche
À la veille de la Première Guerre mondiale, le terme fascio est repris par des groupes interventionnistes de gauche.
- Faisceaux d'action internationaliste (Fascio rivoluzionario d'azione internazionalista, 1914) : Un manifeste publié le 5 octobre 1914, appelant à l'intervention de l'Italie dans la guerre contre les Empires centraux. Initié par des socialistes dissidents comme Benito Mussolini (alors directeur de l'Avanti!), Alceste De Ambris et Filippo Corridoni, il prônait une action révolutionnaire internationaliste. Ce fascio marque la rupture de Mussolini avec le Parti socialiste italien resté pacifiste et marque une transition vers des idées nationalistes.
- Faisceau d'action révolutionnaire interventionniste (1914) : Fondé à Milan le 11 décembre 1914, ce groupe patronné par des figures de l'extrême gauche visait à mobiliser pour l'entrée en guerre, fusionnant syndicalisme révolutionnaire et nationalisme.
- Faisceaux d'action révolutionnaire (Fasci d'azione rivoluzionaria) :fondés par Benito Mussolini et fusionnèrent avec les Faisceaux d'action internationaliste, créés peu de temps auparavant par des « interventionnistes » de gauche, en faveur de l'entrée en guerre de l'Italie.
En 1919, après la fin de la guerre, Mussolini créa un nouveau fascio à Milan, sous le nom Faisceaux de combat (fasci di combattimento). Bien que conservant des revendications socialisantes, leurs principales actions, surtout de natures violentes, furent destinées à empêcher la propagation du bolchévisme et à revendiquer une plus grande valorisation de la victoire de la Première Guerre mondiale. C'est autour de ces faisceaux créés en 1919, que Mussolini créa le parti fasciste qui fusionna avec l'Association nationaliste italienne pour former le Parti national fasciste en 1921.
Le symbole du fascio en France
On retrouve les fasces sous la forme des faisceaux des licteur de la république romaine de l'Antiquité, sur les armoiries officieuses de la France, représentées par exemple sur le passeport français.
Dans la Rome antique, les licteurs étaient des officiers d'exécution de Justice, au service des Magistrats dont ils exécutaient les sentences. Le symbole "faisceaux des licteurs" a été réintroduit en France par les Révolutionnaires de 1789.