Ferdowsi

poète épique persan du Xe siècle From Wikipedia, the free encyclopedia

Abū-l-Qāsim Manṣūr ibn Ḥasan al-Ṭūṣī, (en persan : أبو القاسم منصور بن حسن طوسی) surnommé Ferdowsi (en persan : فردوسی) (transcrit aussi Ferdowsî[1], Firdawsi[2], Ferdawsi[3], Firdousi[4], Ferdousi[a] ou Ferdauci[5]) est un poète persan du Xe siècle. Surnommé « le recréateur de la langue persane », il écrivit la plus grande épopée en langue persane intitulée le Livre des Rois. Il est né dans le village de Badji à côté de la ville de Tous (Khorassan, Iran), vers 940. Il est mort probablement vers 1020.

Naissance
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Tous (empire samanide (d))Voir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
فِردُوسیVoir et modifier les données sur Wikidata
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Ferdowsi
Statue de Ferdowsi à Téhéran, place Ferdowsi
Biographie
Naissance
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Décès
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
فِردُوسیVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
حَکیم اَبوالقاسِم فِردُوسی طوسیVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Prononciation
Œuvres principales
Vue de la sépulture.
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Biographie

Le peu de choses que l'on sait de sa vie nous vient de deux sources. D'une part son propre ouvrage, le Shahnameh Livre des rois »)[4]. D'autre part les Tchahâr maqâle Quatre discours ») rédigés en 1115 par Nizami Aruzi (en)[6]. D'autres biographies, plus tardives, sont romancées. En outre, Ferdowsi est devenu un figure si mythique que sa biographie elle-même varie en fonction des idéologies. Le courant nationaliste, dans les années 1930, le met à l'honneur[7]. S'il est d'abord honni par l'ayatollah Khomeiny[8], la République islamique d'Iran tente, après la mort de ce dernier, une récupération du poète, en organisant en 1990 un colloque très politisé à Téhéran[9].

Nom

Ferdowsî est son nom de plume[4]. Il est issu du persan pardis : paradis, que l'arabe a compris comme un pluriel farâdîs dont le singulier est firdaws ou firdaous, revenu en persan sous la forme ferdows. Selon une hypothèse, ce surnom viendrait du fait que son mécène, enchanté de sa lecture, l'aurait qualifié d'« homme du paradis »[10]. Sa kunya est Abu l-Qasim (« le père de Qasim »). On sait en effet qu'il a eu un fils, mort à l'âge de 37 ans[10]. Il a été surnommé hakim docte » ou « sage ») en raison de l'érudition dont il fait preuve dans son œuvre[1]. Mais aussi en raison des valeurs morales et de sagesse qui ressortent de son œuvre[11]. En revanche, rien n'est sûr quant au nom de son père[12].

Date et lieu de naissance

Les commentateurs déduisent, à partir des remarques qu'il fait dans le Shahnameh, qu'il est né vers 940[10]. En effet, Firdousi révèle dans son livre que, l'année de l'accession du sultan Mahmud au trône, en 997, il avait 58 ans[2]. Cependant, le millénaire de sa naissance a été célébré en 1934-35, parce que les chercheurs ont alors tenu cette date pour plus probable[13]. Il naît à Badji ou Baž, un village proche de Tus, près de l'actuelle ville de Mashhad[10].

Milieu familial et héritage culturel

Firdowsi est né dans une famille de dihkans (propriétaires terriens)[14] qui s'employait à perpétuer les épopées perses anciennes et zoroastriennes compilées sous les Sassanides en pehlevi[15]. Lui-même se donne pour tâche, dans le Livre des rois, de préserver les traditions zoroastriennes[16]. Pour autant on ne peut pas en conclure qu'il suivait les rites zoroastriens, mais seulement qu'il éprouvait du respect à l'égard du passé de ses ancêtres[12],[10]. Selon son biographe Nezami Aruzi, il était de religion musulmane et plus précisément chiite[17], ce qui est admis par la plupart des commentateurs[4],[12].

En revanche, dans la mesure où les informations sur la période antérieure à la rédaction du Shahnameh font défaut, on sait peu de choses sur sa formation. Par exemple, la question de savoir s'il maîtrisait l'arabe et le moyen-perse (ou pehlevi), est discutée[12],[18]. À cet égard, sa poésie s'inscrivait dans le mouvement de la shu'ubiyya, hostile aux Arabes et à leur préséance dans le monde musulman[19].

Le Shahnameh

À partir de ses vingt-cinq ans et pour trente-cinq années[2], il consacre sa vie à l'écriture du Livre des rois, l'épopée nationale persane, pour laquelle il n'obtient de son vivant que peu de reconnaissance, alors même qu'elle allait devenir l'un des textes les plus importants de la littérature persane, au point que le poète iranien Mohammad Taghi Bahar le qualifie de « Coran de la langue persane »[18].

Une réception décevante

Il compose le Shâhnâmeh, histoire des anciens rois de Perse, de sa propre initiative. Il ne s'agit pas d'une œuvre de commande[18]. Mais il a besoin d'un protecteur. Il bénéficie d'abord de l'aide financière d'un mécène généreux, Mansur Tusi, dont il fait la louange dans le Livre des rois[10]. L'arrestation puis l'exécution de Mansur en 987 est un coup dur pour Firdousi. C'est la fin d'une période d'aisance financière[10]. Selon son biographe Nezami Aruzi, il se rend, en 1004, alors âgé de 65 ans, à Ghazni, en Afghanistan où il est introduit par le vizir Esfarāyenī à la cour de l'un plus grands hommes politiques de son temps, le sultan Mahmoud de Ghazni[10].

Mais tandis qu'il se livre au travail dans la retraite, ses rivaux, poètes de cour, le discréditent auprès du roi[20].

Mahmud aurait promis une pièce d'or (dinars) par vers au poète, mais l'œuvre finale en comptant plus de 60 000, le sultan n'accepte de payer qu'en pièces d'argent (dirhams)[2],[21]. Mal récompensé par ce monarque, le poète lance contre lui une vive satire et s'expatrie, d'abord à Herat puis au Tabarestan vers une autre cour[2]. Selon des biographes postérieurs, sa réputation lui vaut la protection du calife abbasside de Bagdad. Mais il s'agit probablement d'une légende[10],[2].

Selon Nezami Aruzi, ils se disputent donc pour des questions d'argent mais aussi de religion. En effet, Ferdowsi était chiite, tandis que le sultan Mahmud était sunnite[12]. Cependant, d'autres raisons peuvent expliquer cet accueil décevant. Le livre comporte, en plus de l'éloge de Mahmud, une louange de son vizir, et les deux hommes ne s'entendaient pas[20]. Ferdowsi a également conservé l'éloge de son ancien protecteur Mansur, ce qui a pu froisser le sultan[10]. En outre, ce livre aux accents patriotiques, composé à la gloire de l'ancienne culture perse, ne pouvait être accueilli favorablement par un prince dont le but est d'islamiser et d'arabiser la région[22]. Les positions nationalistes et anti-arabes du poète risquaient d'être mal perçues par le calife de Bagdad[18].

Plus tard, Ferdowsî regagne sa ville natale. Nezami Aruzi rapporte que Mahmoud, regrettant son ingratitude, aurait ordonné qu'il soit finalement payé au juste prix. Quand le convoi arrive à Tous, il en croise un autre : c'est le cortège funèbre du plus grand poète qui venait de mourir dans un dénuement complet[4]. Cependant, selon certains auteurs, cette histoire est légendaire[20].

Ferdowsi est mort en 1020 (411 AH) ou 1025[10],[21]. Accusé d'être un rafidi, le poète ne peut être enterré au cimetière musulman, mais est inhumé dans un jardin qui lui appartenait[10]. Le gouverneur de Tous fait ériger par-dessus un dôme. Nezami Aruzi en atteste la présence dans les années 1115[23]. Au début du XXe siècle, la nécessité se fait sentir de rendre enfin au poète l'hommage qui lui est dû. C'est pourquoi, à l'occasion du millénaire de sa naissance, un mausolée est construit à l'emplacement de sa sépulture[23].

Autres œuvres

Avant de composer son œuvre majeure, il a dû écrire quelques poèmes épiques et lyriques, qui ne nous sont pas parvenus[10].

Un Youssouf et Zouleïkha, qui narre les aventures de Joseph et de la femme de Putiphar et contient 9 000 vers lui a parfois été attribué[15] ; néanmoins, la plupart des spécialistes estiment qu'il est plutôt de la main d'un poète de la seconde moitié du XIe siècle[24]. En effet, il comporte nombre de mots empruntés à l'arabe, dont l'auteur du Livre des rois, dans sa volonté de faire revivre la culture persane et sa langue, évite l'usage[2].

Les avis sont plus partagés au sujet de la satire (Hajw-nāma) que Nezami Aruzi lui attribue. Suivant ce dernier, il aurait, par dépit, composé un texte pour se venger de l'ingratitude de Mahmud de Ghazna[10]. Ève Feuillebois en rejette l'authenticité et considère le récit du biographe comme légendaire[25]. La satire présente certains écarts de style par rapport au Livre des rois. Mais d'autres passages, au contraire, sont d'un style cohérent avec celui du Shahnameh[26]. Si la paternité de certains passages est douteuse, cela ne doit pas mettre en question l'authenticité du texte dans son ensemble[2],[10]. Jules Mohl en donne la traduction dans son édition du Livre des rois[27].

Hommages

À l'intérieur du mausolée de Ferdowsi
À l'intérieur du mausolée de Ferdowsi

Le millénaire de sa naissance, que l'on a supposé coïncider avec les années 1934-1935, a été célébré en Iran par l'édification du mausolée, mais aussi par la tenue d'un congrès international, qui réunit, parmi une centaine de participants, le premier ministre Mohammad Ali Foroughi, le poète Moḥammad-Taqī Bahār, André Godard, Henri Massé. Ce dernier publie à cette occasion Firdausi et l’épopée nationale[13].

Une statue représentant Firdousi, don des Persans d'Inde, est installée devant la faculté des lettres de l'université de Téhéran. Une autre statue, œuvre de Abdol Hassan Sadiqi, est érigée place Firdousi à Téhéran, en 1976[28].

L'université de Mashhad est nommée en son honneur. Il existe plusieurs rues et lieux dans le monde. C'est le cas de :

Victor Hugo raconte sa rencontre fictive avec le poète dans un court poème de La Légende des siècles. Dans le livre Avicenne de Gilbert Sinoué, Ferdowsî apparaît à quelques reprises comme personnage secondaire.

Quelques vers de Ferdowsî

Au nom du maître de l’âme et de l’intelligence,
au-delà duquel la pensée ne peut aller,
du maître de la gloire, du maître du monde,
du maître de la fortune, de celui qui envoie les prophètes,
du maître de Saturne et de la rotation des sphères,
qui a allumé la lune et l’étoile du matin, et le soleil;
qui est plus haut que tout nom, que tout signe, que toute idée,
qui a peint les étoiles au firmament.
Si tu ne peux voir de tes yeux le Créateur,
ne t’irrite pas contre eux, car la pensée même ne peut atteindre
celui qui est au-delà de tout lieu et de tout nom,
et tout ce qui s’élève au-dessus de ce monde
dépasse la portée de l’esprit et de l’intelligence.

Le Livre des rois. Trad. Jules Mohl.

C'est le livre des rois des anciens temps,
Évoqués dans des poèmes bien éloquents
Des héros braves, des rois renommés
Tous un par un, je les ai nommés
Tous ont disparu au passage du temps
Je les fais revivre grâce au persan
Tout monument se détruit souvent
À cause de l'averse, à cause du vent
J'érige un palais au poème persan
Qui ne se détruira ni par averse ni par vent
Je ne mourrai jamais, je serai vivant
J'ai semé partout le poème persan
J'ai beaucoup souffert pendant trente ans
Pour faire revivre l'Iran grâce au persan

  • Traduits par Mahshid Moshiri.
  • Dictionnaire des poètes renommés persans: À partir de l'apparition du persan dari jusqu'à nos jours, Téhéran, Aryan-Tarjoman, 2007.

Traductions en français

Notes et références

Annexes

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