Françoise Quintin-Ryszowska
poétesse écrivain et femme politique française
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Françoise Quintin-Ryszowska, née en 1935 à Paris et morte le 20 janvier 1967 à Étretat, est une poétesse et écrivaine française issue d’un milieu catholique très aisé. Selon Paris-Normandie, qui cite des dossiers des Renseignements généraux déclassifiés, elle s’engage politiquement dans les années 1950-1960 : d’abord proche du gaullisme, elle se rapproche ensuite de Jacques Soustelle et apparaît dans ces documents comme liée à des milieux favorables à l’Organisation de l'armée secrète (OAS)[1].
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Retrouvée morte au pied de la falaise d’Amont à Étretat le matin du 20 janvier 1967, elle est officiellement présentée comme s’étant suicidée. Cette version est contestée par sa famille. Un de ses petits-enfants, Ludovic Ryszowski, historien par sa formation universitaire et ancien professeur, cité par plusieurs journaux, demande à l'État une réévaluation des circonstances du décès à la lumière d’archives et de témoignages publiés en 2025-2026[1],[2],[3].
Le 24 janvier 2026, Paris Normandie dévoile que Ludovic Ryszowski a déposé, le 13 janvier précédent, une demande d'ouverture d'enquête aux fins de recherche des causes de la mort à la gendarmerie de Criquetot-l'Esneval. Celle-ci et annoncée par le quotidien comme transmise au parquet du Havre [4].
Biographie
Origines et vie familiale
Françoise Quintin naît en 1935 à Paris, dans une famille aisée : ses parents possèdent plusieurs biens immobiliers à Paris et en banlieue parisienne, ainsi qu'une importante villa à Étretat, située rue de l'abbé Cochet et baptisée « Le Maupas »[1],[5]. Son parrain est le général Jean de Lattre de Tassigny[2].
Élevée dans un milieu catholique attaché à des valeurs militaires, elle sort diplômée de l'Université de Paris (1896-1970) comme étant la plus jeune médaillée universitaire au moment de ses fiançailles[2]. Elle épouse en 1957 Michel Stanislas Ryszowski, militaire de carrière dans l’Armée de l’Air, rapidement affecté en Afrique du Nord, notamment en Algérie. Le couple aura cinq enfants[1].
Carrière littéraire et distinctions
Poétesse et écrivaine, Françoise Quintin-Ryszowska est mise à l’honneur dans plusieurs cercles littéraires nationaux et internationaux : elle est mentionnée comme « maître ès Lettres » de l’« Académie des poètes classiques » (aujourd'hui Académie de la poésie française), de l’« Académie de la Manche » et de Tunisie, et décorée à ce titre. L'Académie de la Manche et de Tunisie sont une autre appellation des Jeux floraux de Cherbourg et des Jeux floraux de Tunisie. Elle est également faite chevalier de l’« ordre du mérite national » et du « mérite poétique »[1]. Elle est, en outre, présentée comme lauréate de l’Académie des Jeux floraux de Bigorre et des Pyrénées, dans la lignée des antiques et prestigieux Jeux floraux de Toulouse[3].
En 1958, elle publie un recueil de poèmes intitulé Étretat ; il s'agit d'un long poème à la gloire de la cité d'Étretat[2]. À l'époque, Paris-Normandie et d'autres journaux écrivent que Françoise Quintin reçoit à ce titre, les félicitations du général de Gaulle et rappelle également des félicitations du président René Coty et du député André Bettencourt, entre autres ; elle y est présentée comme « la plus jeune femme écrivain de France »[6]. En 1962, un communiqué publié dans la presse par Lucien Poyet (Prix Aurel 1947, de l'Académie française[7]), rédacteur en chef des Éditions des Cahiers du Nouvel Humanisme, annonce que le poème Étretat sera mis en vente en Belgique, en Allemagne, en Afrique du Nord, en Suisse et à Ankara, en Turquie[8].
Françoise Quintin figure également comme poétesse dans un panorama de la vie littéraire en Seine-Maritime publié en 1962 par René Streiff dans la revue Études normandes[9].
Avec son époux, Michel Stanislas Ryszowski, elle est membre de la Société de géographie de Paris, où elle apparaît sous le prénom « Ève-Françoise »[10].
Engagement politique et surveillance des RG
Sur le plan politique, Françoise Quintin-Ryszowska se déclare d’abord proche du général Charles de Gaulle, dont elle est présentée comme une amie[1]. Les dossiers des Renseignements généraux (RG) consultés par Ludovic Ryszowski et Paris-Normandie indiquent qu’elle se présente comme militante de l’Union pour la nouvelle République (UNR), responsable pour l’arrondissement du Havre, menant « une activité intense » en faveur de cette formation, et qu’elle fonde en décembre 1960 un « Comité de soutien au Général de Gaulle »[1], le premier dans l'arrondissement du Havre et dans le département de la Seine-Maritime[2]. Elle est même candidate aux élections départementales et aux municipales à Étretat, sans succès[1],[2].
Si elle est admirée dans les cercles littéraires et savants sur le plan national et international, localement, elle est décrite de manière contrastée : certains la considèrent comme une « excentrique », d’autres comme une polémiste prétentieuse ou une « donneuse de leçon ». Elle écrit régulièrement aux autorités régionales au sujet de vexations ou d’injustices dont elle s’estime victime, ce qui contribue à intensifier son fichage par les RG[1]. Un commissaire de police la décrit dans un courrier au ministre de l’Intérieur (France) comme une personne ayant « le cerveau manifestement dérangé »[1].
Selon une fiche de synthèse des RG citée par Paris-Normandie, elle opère ensuite un revirement politique : après avoir été une militante déclarée du gaullisme, elle qualifie Charles de Gaulle de « traître » et soutient Jacques Soustelle, ancien gouverneur général de l’Algérie alors en cavale et sympathisant de l’Organisation de l'armée secrète (OAS)[1]. D'ailleurs, les dossiers des RG mentionnent un article du journal communiste L’Humanité titré « Le 25, rue des Rosiers à Alfortville sert-il de planque à Soustelle ? », identifiant cette adresse comme l’une des maisons de Françoise Quintin et la présentant comme une possible cache de Jacques Soustelle[1].
Les archives reproduisent également une lettre interceptée où elle affirme « effectuer des déplacements en Sicile et en Algérie pour le compte de Soustelle » et indique qu’elle y rejoint son « QG »[1]. Les RG expliquent cette « volte-face » politique par l’influence de Michel Stanislas Ryszowski, son mari, militaire de carrière revenu d’Algérie[1].
Dans le même dossier, deux tracts anonymes, attribués par le contexte à la mouvance de l’Organisation de l'armée secrète (OAS), appellent à « tuer tous ceux qui s’opposeront à notre œuvre » et invitent les « plastiqueurs » à viser désormais « les personnes et non le matériel », inscrivant la figure de Françoise Quintin-Ryszowska dans une période de radicalisation de la droite opposée à l’abandon de l’Algérie française[1].
Mort
Le 20 janvier 1967 au matin, vers 8 h 30, les forces de l’ordre et les pompiers constatent le décès d’une femme gisant au pied de la falaise d’Amont, à Étretat. L’enquête conclut au suicide, et treize jours plus tard l’affaire est classée avec la mention « suicide »[1]. Des articles paraissent alors dans la presse française et internationale[2],[3], puis l’affaire tombe dans l’oubli ; le décès est également relaté à l'international, dont au Maroc, où l'écrivain y était connue[1],[2].
Selon le récit publié en 1967 et repris par Paris-Normandie, la version officielle est la suivante : Françoise Quintin-Ryszowska aurait sollicité un taxi au Havre vers 5 h 30, en affirmant vouloir se rendre à l’hôtel des Roches Blanches à Étretat parce que son enfant y serait « gravement malade », alors que ses enfants étaient en pension[1]. À 6 h, le taxi l’aurait déposée devant l’hôtel. Le chauffeur, constatant qu’elle avait oublié son sac à main dans le véhicule, se serait assoupi en l’attendant, puis réveillé deux heures plus tard et, inquiet de son absence, aurait ouvert le sac[1]. Celui-ci contenait tous les éléments permettant l’identification de l’écrivaine : papiers, livret de famille, livret de Caisse d’Épargne et autres documents, ce qui lui permet de donner l’alerte[1].
Les autorités retrouvent alors son corps au pied de la falaise d’Amont, haute d’environ 80 mètres. La multitude d’articles reprend la même formule, décrivant un « corps disloqué et affreusement mutilé ». Le journaliste Philippe Huet, alors jeune reporter au Havre-Le Progrès qui couvre l’affaire en 1967, explique avoir obtenu ses informations de la gendarmerie et précise que ce lexique lui a été fourni par les forces de l’ordre[1],[2]. Les récits divergent toutefois sur les circonstances exactes de la chute : certains affirment que le chauffeur de taxi, qui s'était pourtant endormi, aurait vu la victime se jeter dans le vide, d’autres évoquent un impact dans le sable — à Étretat, il n'y a pas de sable — ou une chute sur les rochers ou les galets[1].
Françoise Quintin-Ryszowska repose au cimetière d’Étretat. Sur sa tombe, une épitaphe porte l’inscription : « Ici repose l’écrivain Françoise Quintin Ryszowski, décédée tragiquement le 20 janvier 1967 à l’âge de 32 ans »[1],[2].
Controverses autour des circonstances du décès
Selon La Dépêche du Midi, un article publié le 22 janvier 1967 sous le titre « Quand l’amour des lettres mène au suicide », par sa rédaction de l'époque, présente la mort de Françoise Quintin-Ryszowska comme un suicide et en propose une lecture liée à un supposé « échec d’artiste »[3]. Les proches de Françoise Quintin-Ryszowska, cités par Paris-Normandie, affirment n’avoir jamais cru à l’hypothèse d’un suicide volontaire, la jugeant incompatible avec son profil de mère de cinq enfants et sa foi catholique[1]. Dans la famille, le sujet devient rapidement tabou[2] et la plaque funéraire est présentée comme un moyen de « tourner la page »[1].
Cette version officielle, fondée sur les informations communiquées par la police et les forces de l’ordre aux journaux locaux puis reprise dans les différents articles nationaux et internationaux, est aujourd’hui réinterrogée à la lumière des dossiers des RG et de confidences familiales[1]. Le petit-fils de la poétesse, Ludovic Ryszowski, indique ainsi avoir entendu parler de douilles retrouvées sur le haut de la falaise et d’un visage très abîmé par l’impact au sol[1]. Il rapporte également qu’avant sa mort, sa grand-mère aurait évoqué un rendez-vous prévu vers 6h30 ce matin-là, à la chapelle des Marins, sur la falaise d'Amont, à Étretat[2] mentionnant qu’elle emportait avec elle un dossier et une enveloppe ; aucun de ces documents n’a jamais été retrouvé[1].
Le Courrier Cauchois indique par ailleurs que Ludovic Ryszowski n’a pas pu retrouver la trace du chauffeur de taxi évoqué dans les récits de presse et mentionne les funérailles religieuses catholiques auxquelles sa grand-mère a eu droit[2]. Ce dernier avance également que la tenue d’obsèques catholiques et la présence d’une croix sur la tombe seraient difficilement compatibles, selon lui, avec la qualification de suicide dans le contexte social de l’époque[2].
Il affirme également que Françoise Quintin-Ryszowska ne figure pas dans le registre des personnes « noyées et suicidées » de l’arrondissement du Havre pour la période 1965-1968[2].
Un témoignage familial cité par Paris-Normandie décrit par ailleurs un climat d’inquiétude durable dans une branche de la parenté, après le décès de la poétesse, marqué par « un code de frappe à la porte, des barres de sécurité et la présence d’un pistolet de défense toujours chargé », interprété a posteriori comme lié à la mort de la jeune poétesse et aux tensions politiques de l’époque[1].
Lien avec l’OAS et hypothèses d’élimination politique
Les dossiers des RG, consultés par Ludovic Ryszowski et Paris-Normandie, présentent Françoise Quintin-Ryszowska comme une « membre virulente » de l’Organisation de l'armée secrète (OAS), organisation clandestine parfois classée à l’extrême droite, opposée à l’indépendance de l’Algérie et responsable parfois d’actions violentes, y compris une tentative d’assassinat du général de Gaulle lors de l’attentat du Petit-Clamart[1]. L’article rappelle que cette période est marquée par des règlements de comptes impliquant notamment le SDECE et le Service d’Action Civique (SAC), présenté comme un « bras officieux du pouvoir », ainsi que par le recours à des « barbouzes » dans des opérations clandestines[1].
Un témoin interrogé sous le pseudonyme « Bob », présenté comme le fils d’un membre influent du SAC, indique ne pas exclure que la « suicidée » d’Étretat ait pu être « éliminée » à l’occasion d’une « action commandée », évoquant l’hypothèse d’une implication du SDECE ou de l’OAS et suggérant que la victime aurait pu être neutralisée si elle avait voulu quitter l’organisation[1]. L’article mentionne également que les services français sont soupçonnés, de manière plus générale, dans certaines morts suspectes d’anciens militants (accidents de voiture, chutes ou suicides jugés douteux) en Espagne, en Algérie ou en France, et souligne que les archives de ces opérations restent encore classifiées[1].
Ces hypothèses, rapportées comme telles par le journal, s’appuient sur le contexte politique de l’époque et sur des témoignages, mais ne sont pas directement corroborées par les documents officiellement déclassifiés par Ludovic Ryszowski concernant les circonstances de la mort de Françoise Quintin-Ryszowska[1]. Toutefois, Ludovic Ryszowski indique que sa grand-mère n'aurait jamais pris part à des attentats et qu'elle n'était qu'agent de liaison de Jacques Soustelle cherchant à la réconcilier avec Charles de Gaulle, jusqu'au point de non retour lors de la fusillade de la rue d'Isly, à Alger, le 26 mars 1962,[2].
Redécouverte et postérité
En 2025, Ludovic Ryszowski, que le journal Le Parisien décrivait en 2023 comme un trentenaire, ancien enseignant en reconversion[11], entreprend de faire déclassifier les dossiers des Renseignements généraux relatifs à sa grand-mère. Il met en lumière le rôle politique et militant de celle-ci, ainsi que les éléments liant son nom à l’OAS[1].
Au début du mois de janvier 2026, Le Courrier Cauchois consacre une longue enquête de deux pages pleines à Françoise Quintin-Ryszowska et relaie la contestation par son petit-fils de la version officielle du suicide[2]. L'ancien professeur est présenté comme historien ; il y déclare avoir consulté des fonds archivistiques aux Archives nationales et aux Archives départementales de Seine-Maritime et affirme que ses études universitaires initiales en histoire étaient liées, selon lui, depuis l'origine au souhait d’élucider un jour les circonstances de la mort de sa grand-mère[2].
Avant la parution de l'article de l'hebdomadaire, il avait déjà contesté publiquement la version du suicide et déclaré dans une interview accordée en décembre 2025 à La Dépêche du Midi vouloir déposer plainte et saisir le Procureur de la République afin de relancer l’examen du dossier[3].
« Torturé », selon Paris-Normandie, par une « plaie familiale jamais refermée », Ludovic Ryszowski indique vouloir faire la lumière sur les conditions du décès de son aïeule et réhabiliter la mémoire de Françoise Quintin-Ryszowska, qu'il présente comme une « auteure de valeur »[1].
Œuvres
Parmi les ouvrages de Françoise Quintin conservés à la Bibliothèque nationale de France figurent :
- Le Vrai sublime (Paris, Éditions de la Revue moderne, 1959)[12]
- Fille de pêcheur, Les Cahiers du Nouvel Humanisme, n° spécial hors série, (Fontenay-le-Comte, impr. Lussaud frères, 1961)[13]
- Le Pain de l’Unité et de la Vie Éternelle, Traité de Méditation sur le Flambeau de l’Éternelle Clarté (Fontenay-le-Comte, impr. P. et O. Lussaud frères, 1964)[14]
Autres œuvres connues, hors BnF :