Frederick Winterbotham
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Frederick William Winterbotham (1897-1990) est un espion britannique, responsable du renseignement « Ultra » pendant la Seconde Guerre mondiale.
Stroud, Gloucestershire, Angleterre
Blandford, Dorset, Angleterre
| Frederick Winterbotham | ||
F. W. Winterbotham en 1939. | ||
| Nom de naissance | Frederick William Winterbotham | |
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| Naissance | Stroud, Gloucestershire, Angleterre |
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| Décès | (à 92 ans) Blandford, Dorset, Angleterre |
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| Allégeance | ||
| Arme | ||
| Formation | Université d'Oxford | |
| Unité | Secret Intelligence Service | |
| Grade | Group Captain | |
| Conflits | Première Guerre mondiale Seconde Guerre mondiale |
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| Faits d'armes | Ultra | |
| Distinctions | Commandeur de l’Empire britannique | |
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Pilote de l'air durant la Première Guerre mondiale, il survécut en 1917 au crash de son avion et fut emprisonné en Allemagne. Il rejoignit le Secret Intelligence Service en 1929, officiant en liaison avec la Royal Air Force. Grâce à l'entremise du baron de Ropp, il gagna la confiance d'Alfred Rosenberg et s'infiltra dans les cercles du pouvoir nazi. Il voyagea à plusieurs reprises en Allemagne, où il rencontra Adolf Hitler.
Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, il organisa la distribution du renseignement « Ultra » auprès des chefs militaires britanniques et américains. Ses souvenirs de guerre, publiés en 1974, révélèrent au grand public l'importance décisive du déchiffrement d'Enigma dans la victoire des Alliés.
Jeunesse
Frederick William Winterbotham, né le 16 avril 1897, à Stroud dans le Gloucestershire[1], était le fils de Frederick Winterbotham (1857-1940), solliciteur, et de Florence Vernon Graham (1870-1959), issue d'une famille de la noblesse anglo-normande[2] – sa généalogie remontait notamment au roi Édouard Ier d'Angleterre[3]. Durant son enfance, il chassait en compagnie du duc de Beaufort[4].
À quatorze ans, Winterbotham intégra la Charterhouse School, dans le comté de Surrey. Il y contracta une forme sévère de rougeole en 1913[5]. Ses médecins lui préconisèrent un tour du monde pour sa convalescence : il visita le Canada et le Japon, puis, après des escales à Shanghaï, Hong Kong et Manille, la Nouvelle-Zélande et l'Australie, où l'accueillirent des membres de sa famille.
À l'été 1914, de retour en Angleterre, il réussit des examens préparatoires qui lui ouvrirent les portes du Trinity College de l'université de Cambridge[6].
Première Guerre mondiale
Au printemps 1915, Winterbotham s’enrôla à dix-sept ans comme volontaire dans les Royal Gloucestershire Hussars, un régiment de la Yeomanry – la cavalerie de réserve de l'Armée britannique –, avec l'espoir d'être envoyé en Égypte pour combattre les Turcs. Son unité ne vit jamais le front : à l'été 1916, l'ordre fut donné de la transformer en « régiment à bicyclette », la Yeomanry étant inutile dans la guerre de tranchées[7].
Pilote de l'air
En octobre, il obtint son transfert vers le Royal Flying Corps[1], à la suite d'un entretien au cours duquel on lui demanda simplement s'il savait « se servir de ses mains et reconnaître l'étoile polaire ». Il suivit une rapide formation théorique au Queen's College de l'université d'Oxford, puis s'entraîna pendant six mois dans le Wiltshire.

En avril 1917, il rejoignit un escadron de reconnaissance actif dans le Pas-de-Calais. Le matin du 13 juillet, lors d'une mission au-dessus des lignes ennemies, à proximité du village flamand de Passchendaele, son avion fut touché par un chasseur allemand. Il survécut au crash, s'en tirant avec une fracture du nez[8],[9].

Prisonnier en Allemagne
Après son interrogatoire, il fut acheminé par voie ferrée à Cologne puis à Karlsruhe. En août, on le transféra dans un camp de prisonniers à Trèves, où il resta jusqu'au début de l'année 1918. Il fut ensuite incarcéré en Silésie, à Schweidnitz, jusqu'à l'abdication du Kaiser. Il rentra en Angleterre en janvier 1919[10].
Oxford
Winterbotham fut admis au collège Christ Church d'Oxford pour étudier le droit. Il suivit une formation accélérée, proposée à ceux qui avaient été privés d'université par la guerre.
Avec le vicomte Apsley, il relança les Loders, un petit club élitiste de chasseurs. À Oxford, il eut comme professeur de tennis John Cecil Masterman, futur responsable du contre-espionnage pendant la Seconde Guerre mondiale[11].
Fermier
Alors qu'il se destinait à une carrière de solliciteur, dans les pas de son père, il décida d'y renoncer en 1920, après la validation de son Bachelor of Arts[1]. Avec sa fiancée Erica Horniman[12], il partit mener une vie d'éleveur dans les Cotswolds, non loin de Highworth. Le couple se maria à Londres le 21 juillet 1921 ; sa femme donna naissance à trois enfants[13].
Son activité de fermier ne suffisant plus à subvenir aux besoins de sa famille – surtout après qu'une épidémie eut décimé son bétail –, il partit en 1928 pour l'Afrique[14], afin d'y faire fortune en investissant dans des terres[15]. Winterbotham remonta le Nil jusqu'au lac Victoria, passa par Nairobi et atteignit Salisbury, la capitale de la Rhodésie du Sud, dont le climat était propice à ses ambitions agricoles. Cependant, les perspectives économiques des colons britanniques s'assombrirent brutalement avec le krach boursier de l'automne 1929. Winterbotham jugea que la conjecture nécessitait de revoir ses plans : il rentra à Londres et se mit à la recherche d'un emploi[16].
Années 1930
Archie Boyle, chef du service de renseignement de la Royal Air Force, fut intéressé par son profil d'ancien pilote et par ses compétences linguistiques : sa mère lui avait transmis sa francophonie et il avait appris des rudiments d'allemand durant sa captivité. En janvier 1930, Cyril Newall – vice-maréchal de l'air – lui confia la mission d'organiser une section aérienne au sein du Secret Intelligence Service[1] (la Royal Navy et la British Army avaient déjà les leurs).
Hugh Sinclair, le chef (« C ») du Secret Intelligence Service, prit Winterbotham sous son aile. Sa tâche consista d'abord à identifier des informateurs fiables, en mesure de le renseigner sur l'aviation des pays potentiellement hostiles. Il apparut rapidement que malgré leur propagande, les Soviétiques – alors considérés à Whitehall comme la principale menace – disposaient d'une force aérienne encore très embryonnaire. De même, les postures martiales de Benito Mussolini étaient peu en phase avec les capacités réelles de l'Aeronautica Militare[17].
Espionnage des nazis
En Allemagne, le traité de Versailles avait interdit la Luftstreitkräfte. Des rumeurs circulant dans la presse, selon lesquelles des pilotes soviétiques étaient entraînés par des officiers allemands, retinrent l'attention du ministère de l'air. L'establishment britannique craignait que la République de Weimar échouât à contenir le risque d'une accession au pouvoir des communistes.
Dès 1930, Winterbotham commença à recevoir des rapports sur Adolf Hitler, dont les discours laissaient présager une résurgence du militarisme. L'auteur de ces rapports était le correspondant du Times à Berlin, William de Ropp, un baron balte exproprié par les bolchéviques. Ce sujet britannique, marié à une anglaise, avait servi comme observateur dans le Royal Flying Corps pendant la Première Guerre mondiale. Il rencontra Winterbotham à Londres.
Le baron de Ropp avait tissé des liens avec Alfred Rosenberg – lui aussi d'origine balte –, nazi de la première heure. Membre de la société Thulé, rédacteur en chef du Völkischer Beobachter (l'organe du NSDAP), Rosenberg avait été choisi par Hitler pour le remplacer à la tête du parti pendant son séjour en prison, après le putsch manqué de Munich. Il faisait alors figure de principal idéologue du mouvement[18].
De Ropp persuada Rosenberg de l'accompagner à Londres, pour lui faire rencontrer de potentiels soutiens, dont Geoffrey Dawson, l'éditeur du Times, qu'il s'agissait de convaincre d'adopter une ligne plus favorable aux nazis. La rencontre eut lieu à l’automne 1932. Se présentant comme un membre de l'Air Staff, Winterbotham organisa un cocktail au Savoy. Pour impressionner son hôte, il convia Lord Apsley et quelques autres aristocrates, des membres du parlement et des militaires haut gradés. Tout au long du séjour de Rosenberg – qui s'acheva par un tour champêtre dans l'arrière-pays –, il lui assura sa sympathie idéologique. Quelques semaines plus tard, les nazis accédèrent au pouvoir.
Voyage en Allemagne et rencontre avec Hitler
Début 1934, Winterbotham reçut une invitation à se rendre en Allemagne, pour s'entretenir avec le chancelier Hitler. Ayant reçu l'autorisation de « C » et du Foreign Office – à condition que formellement, il y allât en tant que vacancier, sans statut diplomatique –, il arriva le 27 février à Berlin, où l'accueillit la SS avec les honneurs. Il fut logé chez le baron de Ropp, qui habitait le Kurfürstendamm[19].
Le lendemain de son arrivée, on le conduisit à la chancellerie[20]. Passant devant deux gardes SS gantés de blanc, il pénétra dans le bureau du chancelier et s'avança avec de Ropp et Rosenberg vers le « petit homme avec la petite moustache ». Il fut d'emblée frappé par ses globes oculaires « exorbités » et son « regard de poisson mort »[4].
Winterbotham se prêta à des amabilités (de Ropp servit d'interprète tout au long de l'entretien), racontant sa captivité pendant la guerre. Hitler, après un éloge de l'esprit chevaleresque des aviateurs, lui affirma sans détour que la nouvelle force aérienne de l'Allemagne comptait déjà quelque 500 appareils. Le Führer se plaignit que les diplomates anglais l'évitassent (seul Anthony Eden l'avait déjà rencontré), arguant qu'on ne pouvait qu'ignorer ses véritables intentions en agissant de la sorte.
S'ensuivit un monologue enflammé de trois minutes contre les communistes et la Russie – « ils nous détruiront si nous ne les détruisons pas ! » – durant lequel le chancelier, debout, sembla s'adresser à une foule. Si Rosenberg parut hypnotisé par ce spectacle, Winterbotham ne put retenir un sourire ; ce que remarqua Hitler, qui interrompit son flot saccadé de vitupérations, sourit à son tour, et se rassit en disant : « Voilà ce que je pense des Russes. Veuillez dire à vos politiciens en Angleterre que pour une fois, ils devraient garder leur nez en dehors de ça. » Selon lui, si le Reich était destiné à dominer le continent européen, il pouvait coexister pacifiquement avec l'Empire britannique et les États-Unis d'Amérique[21].
Au sortir de cette entrevue, Winterbotham échangea brièvement avec Rudolf Hess, l'adjoint d'Hitler, puis quitta la chancellerie. Avec l'aide de William de Ropp, il récapitula méticuleusement chaque mot prononcé au cours de la discussion, pour les répéter une fois rentré à Londres. Outre le réarmement assumé du Reich, l'autre information cruciale était la volonté affichée d'attaquer l'Union Soviétique (tout ceci avait déjà été publiquement déclaré par Hitler, à l'oral comme à l'écrit).
Le lendemain, de Ropp et Winterbotham accompagnèrent Rosenberg à Weimar, où se tenait un rassemblement nazi[22]. Sur le chemin, il leur parla du programme eugéniste mis en œuvre par le régime : « Si les grandes races nordiques, et cela inclut les Anglais, doivent survivre, il n'y aura pas de place pour les faibles ou les idiots. N'est-il pas préférable d'avoir un peuple sain et heureux en utilisant les sciences, comme nous le faisons ? Déjà, nous sélectionnons de vraies femmes nordiques pour nos expériences de reproduction[23],[24]. »
Face au prosélytisme nazi permanent et l'antisémitisme de son interlocuteur, Winterbotham se limita à son rôle de « gentilhomme britannique détendu » pratiquant un allemand approximatif. À Weimar, ils visitèrent la Maison de Goethe et prirent le thé avec Elisabeth Förster-Nietzsche, la sœur octogénaire du philosophe[4].
De retour à Berlin, ils dînèrent en compagnie de Ralph Wenninger, Albert Kesselring, Bruno Loerzer et Walter von Reichenau – quatre membres du cercle rapproché de Hermann Göring, le ministre de l'aviation du Reich.
Au cours de la conversation, le général von Reichenau lui exposa, en anglais, les grandes lignes du projet d'invasion de l'Union Soviétique. La vitesse et la surprise étaient les éléments clefs ; l'invasion devait avoir lieu entre la fonte des neiges, au printemps, et le début des gelées en automne. Pour réussir dans un pays aussi vaste, il fallait déployer d'immenses colonnes de chars à une vitesse d'environ deux cents kilomètres par jour. À mesure de la progression, l'infanterie motorisée et l'artillerie couvriraient les flancs, tandis que les chars pousseraient toujours plus loin. Toute opposition serait détruite depuis les airs ; des aérodromes seraient édifiés en chemin.
Lorsque Winterbotham posa la question du ravitaillement des troupes, Reichenau hésita, puis il répondit : « Vous verrez, la guerre en Russie sera terminée au début de l'été. Sans doute faudra-t-il un certain temps pour nettoyer les forces qui auront été divisées et encerclées. […] Il n'y aura pas d'hiver russe : ce sera un hiver allemand. Toutes nos troupes seront confortablement logées dans les grandes villes des communistes[25]. »
Audition sur le réarmement allemand
À son retour à Londres, en mars 1934, Winterbotham rédigea deux rapports. L'un épousait largement les vues exprimées par Hitler : cette version, dont il fit en sorte qu'elle parvînt aux Allemands, visait à préserver sa couverture[26]. L'autre, distribué à ses supérieurs, sonnait l'alarme à propos du réarmement du Reich.
S'il reçut les félicitations du marquis de Londonberry (secrétaire d'État à l'Air), le Foreign Office fut divisé dans ses réactions : Robert Vansittart, partisan de l'intransigeance envers les nazis, salua son rapport, tandis que Samuel Hoare, favorable à la « politique d'apaisement », s'en agaça[27].
À partir de la fin 1934, Winterbotham fut aidé dans sa tâche par Desmond Morton, qui rassemblait des renseignements sur l'industrie de guerre allemande. Selon leurs estimations, Hitler voulait construire une force de 4000 avions de guerre – objectif qui fut atteint à la veille du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
Leurs rapports furent ignorés par le gouvernement de Ramsay MacDonald. Seul Winston Churchill, à qui Desmond Morton communiquait secrètement ses renseignements, dénonça constamment dans ses discours à la Chambre des communes les violations du traité de Versailles par Hitler.
L'inquiétude insistante de Winterbotham déplaisait en haut lieu. Début 1935, Charles Medhurst, responsable du renseignement de la Royal Air Force, l'emmena en tournée au Moyen-Orient pour lui changer les idées.
Stanley Baldwin, le nouveau premier ministre, mit publiquement en cause la fiabilité des renseignements concernant le réarmement allemand. Il demanda qu'une enquête interne fût conduite. En juillet 1935, Winterbotham et Morton se présentèrent devant un Comité du Cabinet composé de trois membres : Lord Swinton, Lord Runciman et Kingsley Wood[28].
Les preuves qu'ils avancèrent pendant leur audition contribuèrent au redoublement de la production de chasseurs Spitfires, décisifs pendant la bataille d'Angleterre. Néanmoins, face à l'essor fulgurant de l'industrie militaire allemande, les efforts de réarmement des Britanniques – comme ceux des Français – furent aussi tardifs qu'insuffisants.
La « bible de Göring »
À partir de 1935, il exploita une nouvelle source de renseignement. À Berlin, une enveloppe anonyme adressée à Winterbotham fut postée à l'ambassade britannique. L'attaché de la Royal Air Force (qu'il avait connu pendant la Grande Guerre) lui transmit le document à Londres, via les canaux diplomatiques. À l'intérieur de l'enveloppe, une feuille de papier listait les localisations d'une vingtaine d'écoles de pilotes de la Luftwaffe. Ces informations se vérifièrent exactes.
Quelques semaines plus tard, une deuxième enveloppe arriva de Berlin. Cette fois, l'organisation d'un nouvel escadron de chasseurs était détaillée. La source, qui partageait des informations de première main, devait probablement les tirer de l'état major de la Luftwaffe[29] ; Winterbotham la surnomma « la bible de Göring ».
Une demi-douzaine d'enveloppes fut livrée jusqu'à la fin de l'année 1935, puis vint une demande substantielle d'argent en contrepartie. Compte tenu de la qualité des renseignements, l'amiral Sinclair accepta de verser la somme. Pour procéder aux paiements, une valise était déposée dans un casier d'une gare de Berlin. Le ticket de dépôt était transmis à une adresse fournie par la source, qui récupérait ensuite l'argent.
Les enveloppes continuèrent d'arriver par intermittence jusqu'en 1939. À l'approche de la guerre, Winterbotham voulut organiser une rencontre, afin de persuader l'informateur de faire défection et de lui fournir l'ordre de bataille complet de la Luftwaffe. Un rendez-vous fut fixé à Zurich, mais personne ne s'y présenta. Dès lors, la source se tarit définitivement[30].
Autres séjours en Allemagne
En mars 1936, la remilitarisation de la Rhénanie par les Allemands, nouvelle violation du traité de Versailles, ne fut suivie d'aucune réaction franco-britannique.
En juin, Winterbotham partit pour l'Allemagne. Il retrouva Alfred Rosenberg, lequel avait perdu de son influence auprès du Führer, bien qu'il demeurât chargé des relations avec la presse étrangère.
Rosenberg souhaitait alors fonder une sorte de Vatican germanique, d'où rayonnerait un culte néo-païen capable d'unifier « l'Europe aryenne ». À Lübeck, port de la mer Baltique, il convia Winterbotham et le baron de Ropp à une cérémonie des Jeunesses hitlériennes organisée pour le solstice d'été. Ils partirent ensuite pour Königsberg, de l'autre côté du corridor de Dantzig, où les accueillit Erich Koch, le Gauleiter de la Prusse-Orientale[31].
Une période de « détente » germano-britannique débuta quand Erhard Milch, à la demande d'Hitler, proposa à deux maréchaux de la Royal Air Force de venir en Allemagne. Ceux-ci visitèrent les lignes de production et obtinrent des données chiffrées quant aux forces réelles de la Luftwaffe. Réciproquement, le Royaume-Uni communiqua des informations similaires sur son aviation. Cette « détente » (qui consistait plutôt en une démonstration de force allemande) se poursuivit en 1937. Les nazis présentèrent à Zurich des chasseurs et des bombardiers du dernier cri, et des attachés militaires étrangers purent observer leurs manœuvres militaires.
En septembre 1937, Winterbotham assista au congrès de Nuremberg, la grande parade annuelle des nazis, qui culmina avec le discours du Führer. Il visita aussi un camp du « Service du travail du Reich », où était endoctrinée la jeunesse.
Il se rendit une dernière fois en Allemagne pendant l'été 1938, après l'Anschluss de l'Autriche. En Prusse-Orientale, les préparatifs de l'expansion vers l'Est transformaient la province en un gigantesque chantier : des forêts entières étaient coupées, des tunnels creusés, des voies ferroviaires implantées et du béton coulé un peu partout.
L'espion demanda à Erich Koch combien de temps il serait dérangé par ces grands travaux. « Voilà une question bien orientée, lui répondit-il, en le regardant droit dans les yeux. Vos services secrets le savent sûrement déjà ! » Il finit par lui lâcher que les constructions dureraient trois années supplémentaires, soit jusqu'en 1941 (date de l'opération Barbarossa), ce qui laissait présager une invasion de la France pour le printemps 1940, au plus tard[32],[33].
Winterbotham savait que le temps était compté avant que les nazis n'apprissent son véritable rôle. Les services secrets tchécoslovaques l'avaient identifié comme un agent britannique, et l'information était connue des Italiens : dès l'été 1936, lors d'un voyage à Rome, il avait été constamment surveillé par les fascistes.
À Berlin, Winterbotham dîna avec William de Ropp et Alfred Rosenberg. Ce dernier lui glissa que la coopération germano-italienne en matière de renseignement fonctionnait désormais à plein régime. En conséquence, ajouta Rosenberg, il valait mieux pour lui qu'il quittât le pays et n'y remît plus les pieds. Visiblement démasqué et devenu persona non grata, il prit un train pour Paris après le congrès de Nuremberg[34].
Reconnaissances aériennes
Winterbotham s'était lié d'amitié avec Georges Ronin, son alter ego français, chef du 2e bureau de l'Armée de l'air. Les deux hommes partageaient la quasi-totalité de leurs informations sur l'Allemagne.
À l'été 1938, Ronin avait lancé des opérations de reconnaissance aérienne, mais la qualité des images – faute d'avions et d'objectifs photographiques adaptés – était décevante. Avec l'autorisation de Cyril Newall, chef de la Royal Air Force, Winterbotham se fit livrer un Lockheed américain, qui fut équipé avec des caméras de pointe intégrées au fuselage.
Au printemps 1939, le pilote Sidney Cotton photographia toutes les bases aériennes et navales italiennes sur les rives de la Méditerranée. Les résultats enthousiasmèrent les chefs du renseignement britannique, qui voulurent renouveler l'expérience en Allemagne. Cotton enchaîna les voyages d'affaires à Berlin ; tout au long de l'été, il photographia des usines aéronautiques, des aérodromes et des chantiers navals. Une Photographic Reconnaissance Unit (PRU) fut créée en 1940 par la Royal Air Force[35].
Seconde Guerre mondiale
Naissance du dispositif Ultra
À l'été 1939, les services secrets polonais transmirent aux Britanniques leur documentation sur Enigma, la machine utilisée par l'Armée allemande pour crypter ses communications. Un exemplaire fut livré à la gare de Londres-Victoria par un officier français, Gustave Bertrand, qui la remit à Stewart Menzies, le nouveau chef du SIS. Tandis que la guerre éclatait avec l'invasion de la Pologne, de brillants mathématiciens furent recrutés en Angleterre et rassemblés à Bletchley Park, afin d'y travailler au décryptage d'Enigma.
Au printemps 1940, s'engouffrant dans une faille ouverte par la négligence des opérateurs d'Enigma[36], les cryptanalystes britanniques commencèrent à déchiffrer les communications de la Luftwaffe. La Government Code and Cypher School et le SIS organisèrent immédiatement la traduction et l'interprétation des signaux, qui influencèrent Churchill dans sa décision de rapatrier au plus vite les soldats britanniques[37] – l'issue de la bataille de France paraissant inévitable.
Menzies confia à Winterbotham la traduction et la distribution de cette nouvelle source, qui fut classée Ultra Secret (pour la distinguer des deux appellations alors en vigueur : Secret et Most Secret). Il mit sur pied les Special Liaison Units (SLU), destinées à veiller sur le terrain à la transmission d'Ultra aux chefs militaires. Winterbotham sélectionna ses recrues avec le plus grand soin – il alla jusqu’à interroger leurs anciens professeurs. Les effectifs des SLU s'accrurent progressivement, atteignant à la fin de la guerre près d'une centaine d'agents répartis sur les différents théâtres d'opération[38].
Bataille d'Angleterre
À la mi-juillet 1940, un ordre d'Hitler décrypté à Bletchley révéla les grandes lignes de l'opération Seelöwe, le plan d'invasion des îles britanniques. Dès lors, Winston Churchill exigea que tous les signaux Ultra jugés d'intérêt lui fussent directement apportés au 10 Downing Street, accompagnés de notes explicatives. Cette tâche fut attribuée à Winterbotham.
Quelques jours plus tard fut intercepté un message du maréchal Göring, qui ordonnait à la Luftwaffe d'anéantir la Royal Air Force par tous les moyens, le plus rapidement possible. L'opération, qui débuta le 13 août – « le Jour de l'Aigle » –, cibla les aérodromes pour forcer les chasseurs anglais à la confrontation. Hugh Dowding (chef du RAF Fighter Command) et son adjoint Keith Park réussirent à minimiser les dégâts ; Ultra leur offrit un avantage stratégique essentiel au début du Blitz.
Les nazis furent contraints de renoncer à leur plan d'invasion, mais les bombardements nocturnes sur Londres et d'autres villes continuèrent jusqu'au printemps 1941[39].
Le « tournant » de la guerre
À Bletchley Park, de nouvelles clefs d'Enigma furent progressivement percées à jour. Ultra commença à devenir pleinement opérationnel au cours de l'année 1941 : plusieurs dizaines de milliers de signaux étaient décodés chaque mois.
La source permit d'anticiper l'invasion de l'Union Soviétique. Face aux échecs de son allié italien[40], Hitler voulait sécuriser la Méditerranée avant sa grande offensive en Russie. En avril 1941, la Wehrmacht déferla sur la Grèce. Ultra permit de déjouer l'effet de surprise de l'invasion aéroportée de la Crète : bien que l'île fût perdue, la majeure partie des forces britanniques put être évacuée[41].
Ultra apporta une aide précieuse pendant la guerre du Désert. Le général Montgomery était informé à l'avance des mouvements de l'Afrikakorps, tandis que l'amiral Cunningham attaquait systématiquement les renforts de l'Axe traversant la Méditerranée. Cela finit par éveiller les soupçons de Rommel, qui se plaignit à l'Abwehr que ses communications fussent probablement décodées.
La connaissance des plans de Rommel permit de le repousser à la bataille d'Alam el Halfa. Churchill demanda de se lancer à la poursuite de l'Afrikakorps sans délai, mais Montgomery préféra attendre pour lancer l'attaque. Ce délai de six semaines offrit à Rommel le temps d'organiser une ligne de défense, et la percée britannique lors de la bataille d’El Alamein se fit au prix de pertes importantes[42].
Après leur entrée dans la guerre, les Américains furent informés de l'existence d'Ultra. En août 1942, Winterbotham rencontra Eisenhower et son état-major dans leur quartier général londonien de Norfolk House. Ils durent accepter les règles de sécurité : les messages devaient être brûlés après leur lecture, et les rares généraux dans la confidence ne devaient jamais prendre le risque d'être capturés. En principe, Ultra ne pouvait pas être utilisé dans les situations où la seule explication possible, pour les Allemands, eût été un décryptage d'Enigma.
« C » demanda à Winterbotham de briefer tous les commandants alliés et de voyager personnellement dans les théâtres d'opérations, pour veiller à ce que le secret de l'existence d'Ultra fût connu par un nombre de personnes aussi limité que possible. Il accompagna Eisenhower à Gibraltar pour l'assister pendant le débarquement en Afrique du Nord. Il fit la connaissance à Alger du général Patton[43],[44].
Il retrouva Georges Ronin, qui avait réussi à fuir en Algérie avant l'invasion de la zone libre et s'était rallié au général Giraud. Une branche du service de Ronin opéra dès lors à Londres, en liaison directe avec le Secret Intelligence Service.
Campagne d'Italie
Au printemps 1943, Winterbotham fit une tournée auprès des SLU en prévision de l'opération Husky – nom de code du débarquement en Sicile.
Le général Patton, informé que la voie était libre (Kesselring ayant envoyé ses panzers à Catane pour contenir Montgomery), saisit l'opportunité et ordonna une offensive fulgurante vers Palerme et Messine. Les forces allemandes évacuèrent l'île dans les jours suivants[45].
Winterbotham suivit toute la campagne d'Italie du point de vue de Kesselring. Le 13 mai, celui-ci informa l'Oberkommando der Wehrmacht que toutes ses forces étaient à présent engagées dans la bataille de Monte Cassino. Le général Alexander, connaissant la distribution précise des troupes allemandes, planifia l'opération Diadem qui fut exécutée par le Corps expéditionnaire français du général Juin.
Quand Kesselring demanda à Hitler la permission d'abandonner ses positions, le 17 mai, le signal fut transmis en quelques minutes à Churchill et Roosevelt. Malgré les exhortations du Führer, qui voulait que son armée résistât jusqu'au dernier homme, Rome fut évacuée le 2 juin.
Bataille de Normandie
Au printemps 1944, Ultra révéla des divisions internes à l'Oberkommando der Wehrmacht sur la question du lieu où les Alliés s'apprêtaient à débarquer.
Le général Rommel pressentait que l'assaut adviendrait sur les plages normandes. Il voulait en conséquence que la 5e armée blindée du général von Schweppenburg y fût déplacée.
Le général von Rundstedt, quant à lui, était convaincu que l'opération amphibie se déroulerait dans le Pas-de-Calais. Pour conforter les nazis dans cette idée, une « armée fantôme », commandée par Patton, fut positionnée près de Douvres. Les opérateurs radio générèrent des flux important, tandis que de fausses barges et de faux avions furent disposés en évidence. Au cours des semaines précédant le D-Day, les Alliés concentrèrent leurs bombardements sur les environs de Calais. Hitler se rangea du côté du général von Rundstedt, si bien que le débarquement en Normandie fut d'abord considéré comme une diversion[46].
Trois semaines après le D-Day, Winterbotham se rendit sur le front pour une tournée auprès de ses unités spéciales de liaison. Ultra permettait aux généraux de suivre les mouvements et les pertes de l’ennemi, tout cela quasiment en direct.
Le 25 juillet, le général Bradley lança l'opération Cobra. Le soir même, un signal allemand fut intercepté : « le front a éclaté ». Winterbotham s'empressa de téléphoner à Churchill, qui répondit à la nouvelle par un « grognement de satisfaction[47] ».
Les messages d'Hitler témoignaient de sa folie stratégique grandissante. Le Führer insista pour que le général von Kluge – successeur de Rundstedt qu'il avait écarté –, concentrât ses forces sur Avranches, refusant complètement d'admettre la réalité du terrain. L'interception de ses échanges avec Kluge facilita la destruction d'une large partie de l'Armée allemande pendant la bataille de Normandie[48].
Fin de la guerre
À l'automne 1944, à la demande de Menzies, Winterbotham voyagea en Asie-Pacifique pour y veiller au bon fonctionnement des SLU dans la guerre contre l'empire du Japon. À Ceylan, il rendit visite à Lord Mountbatten (commandant suprême des Alliés pour l'Asie du Sud-Est). Il passa ensuite par Brisbane – siège du commandement de la zone Pacifique Sud-Ouest –, puis s'envola pour Washington, via Hawaï et San Francisco.
Au Pentagone, on l'informa de la contre-offensive des Ardennes, préparée dans le plus grand secret par les nazis[49], de telle sorte qu'Ultra ne l'avait pas prédite[50].
De retour à Londres en décembre, Winterbotham transmit à Churchill un signal d'Arthur Tedder, l'adjoint d'Eisenhower, qui demandait que Montgomery fût remplacé (les relations entre les deux chefs s’étaient détériorées à partir du débarquement de Normandie).
Jusqu'à la capitulation allemande, Ultra permit d'identifier les points faibles de l'ennemi et d'anticiper ses mouvements. Cet atout stratégique fut qualifié de « décisif » par Eisenhower dans les remerciements qu'il adressa aux équipes de Bletchley Park[51].
Le 8 mai 1945, Winterbotham se joignit à la foule devant le palais de Buckingham pour célébrer la victoire.
Après la victoire
Le 25 mai 1945, à la demande de Churchill, Winterbotham fit parvenir un message aux commandants alliés ayant opéré sur le théâtre européen. Il leur demanda de ne pas divulguer l'existence d'Ultra, afin de ne pas nuire aux futures activités des services secrets, et pour que l'ennemi ne mît pas sa défaite sur le compte de l'espionnage.
Retour à la vie civile

Il démissionna du Secret Intelligence Service et de la Royal Air Force en 1946, pour rejoindre le board de la British Overseas Airways Corporation, puis de la Colonial Development Corporation. En 1952, il se retira dans une ferme au bord de la mer, dans le comté du Devon, près de Kingsbridge[1].
Carrière tardive d'écrivain
Pendant près de trente ans, le silence autour d'Ultra fut bien gardé. Winston Churchill mourut en 1965, trois ans avant Stewart Menzies.
En 1967, Władysław Kozaczuk publia Bataille pour les secrets, un livre sur les efforts polonais visant à décrypter Enigma avant la guerre. La même année parut The Codebreakers – The Story of Secret Writing de David Kahn (Macmillan), qui aborda également le sujet.
Par ailleurs, en 1972, John Masterman – chef du contre-espionnage britannique pendant la guerre –, publia The Double Cross System (Yale University Press).
Gustave Bertrand, qui avait fourni un exemplaire d'Enigma au MI6 en 1939, brisa à son tour le silence dans Enigma ou la plus grande énigme de la guerre (Plon, 1973).
À cette époque, Frederick Winterbotham fut contacté par un journaliste, qui voulait écrire un livre sur Ultra. Il vint jusqu'à sa ferme du Devon pour l'interroger. L'ancien espion, jugeant qu'il valait mieux que l'histoire fût racontée par quelqu'un qui l'avait vécue, obtint l'autorisation du ministère de la Défense.
Il rédigea The Ultra Secret, retraçant à partir de ses souvenirs[52] l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Le livre, édité à Londres par Weidenfeld & Nicolson et à New York par Harper & Row, parut en 1974.
« La surprise est l'ingrédient le plus précieux de la guerre moderne ; la capacité à la nier à l'ennemi, tout en l'obtenant pour soi-même, détermine la victoire. Mais le renseignement seul, aussi brillant soit-il, ne peut garantir le succès sans la force militaire et la préparation nécessaires. […] À tous ceux qui ont grandi en croyant que la victoire des Alliés sur les puissances fascistes fut accomplie facilement, ou par la volonté de Dieu, ce livre leur prouve à quel point tout s'est joué à peu de choses. »
— F. W. Winterbotham, The Ultra Secret
Son ouvrage contient des passages élogieux envers le général Dowding, le général Patton et le général Alexander, qui surent intégrer habilement le décryptage d'Enigma à leur conduite des opérations. À l'inverse, le général Montgomery et le général Clark, qui ne prirent pas Ultra suffisamment en compte à ses yeux, sont vertement critiqués.
Au cours de la campagne d'Italie, écrit-il, Clark échoua par trois fois à saisir les opportunités offertes par cette source de renseignement : lors de la bataille d'Anzio, après la bataille de Monte Cassino, et quand il préféra entrer triomphalement dans Rome, au lieu d'encercler les armées de Kesselring[53].
The Ultra Secret fut un best-seller aux États-Unis[54]. Winterbotham passa sur NBC et donna une série de conférences. Le New York Times souligna l'intérêt historiographique de son récit, qui révélait « le mieux gardé des secrets de la Seconde Guerre mondiale après le projet Manhattan[55] ».
On lui reprocha cependant une tendance à l'autoglorification[56], ainsi qu'un biais consistant à faire d'Ultra l'unique clef de la victoire des Alliés[57],[58]. Des approximations furent aussi relevées, notamment sur le rôle des services polonais dans le décryptage d'Enigma (survolé très rapidement au début du livre) ; sur la bataille de l'Atlantique[59] (Winterbotham n'y assista pas en première loge, l'amirauté ayant organisé son propre système de distribution d'Ultra) ; et sur la guerre du Pacifique (avec des erreurs sur le déchiffrement du « code Purple » des Japonais[60],[61].
L'une de ses affirmations causa un certain émoi en Angleterre. Pendant le Blitz, le 14 novembre 1940, un opérateur allemand aurait négligé de coder le nom de la ville que la Luftwaffe devait cibler la nuit suivante : Coventry. Cette situation aurait placé Churchill face à un dilemme. S'il décidait d'évacuer la ville – au risque d'entraîner le chaos, alors que le raid pouvait encore être annulé –, les Allemands auraient compris que leurs communications étaient décryptées, et tout l'édifice Ultra aurait été mis en péril.
Selon Winterbotham, le Premier ministre fit donc le choix de ne pas prévenir la population. Seuls les pompiers, les ambulances et la police furent alertés. L'opération Sonate au clair de lune endommagea les deux tiers des bâtiments de Coventry. Les pertes civiles furent considérables : plus de 500 tués et quelque 1000 blessés.
Une autre version des faits fut livrée par Peter Calvocoressi (un ancien de la Royal Air Force, qui officiait auprès de cryptographes de Bletchley Park en 1940). Dans son souvenir, Ultra ne mentionna jamais le lieu du bombardement. « Churchill, loin d'avoir dû trancher entre la sauvegarde de Coventry et celle d'Ultra, pensait que les bombardements viseraient Londres[62]. »
En 1978, Winterbotham publia The Nazi Connection, racontant son infiltration en Allemagne dans les années 1930. Une autobiographie, The Ultra Spy, parut en 1989 chez Macmillan.

Frederick Winterbotham mourut âgé de quatre-vingt-douze ans, le 28 janvier 1990, à Blandford dans le Dorset[1].
Trois enfants – Susan, Tony et Pamela – étaient nés de son premier mariage, contracté en 1921 avec Erica Horniman. Le couple avait divorcé après son entrée au Secret Intelligence Service. Il s'était remarié en 1939 avec Madge Moncrieff Anderson, puis en 1948 avec Joan Petrea Trant – membre de la Women's Auxiliary Air Force pendant la guerre –, qui donna naissance à une fille, Sally. Sa femme étant décédée d'un cancer en 1986, il avait épousé en quatrième noces Kathleen Price – une amie de longue date, elle aussi veuve[1].