Maison de Sens

famille féodale From Wikipedia, the free encyclopedia

La maison de Sens, parfois dite lignée des Fromonides, est une famille féodale ayant dirigé de manière souveraine le comté de Sens (dans le nord de l'Yonne), dans le comté de Champagne aux Xe et XIe siècles.

Le premier ancêtre connu est Fromond Ier de Sens, installé comme vicomte à Sens par le robertien Hugues le Grand (père d'Hugues Capet), comte de Paris, après sa prise de la ville en 939. Fromond Ier, simple vicomte vassal d'Hugues le grand, sut ériger sa vicomté en comté souverain qu'il rendit héréditaire et transmit comme tel à son fils Renard Ier à sa mort en 948. La dynastie compte les quatre comtes souverains de Sens jusqu'au rattachement du comté au domaine royal par le roi des Francs Robert II le Pieux après sa prise de la ville en 1015.

Origines

L'hypothèse troyenne

Les généalogies caduques font de Fromond Ier un fils de Garnier, vicomte de Sens et de son épouse Teutberge d'Arles (fille du comte d'Arles). Cependant, aucune preuve ne vient étayer cette hypothèse. D'autre part, cette assertion est contredite par les sources qui font de Richard[1], un des fils de Garnier, un comte de Troyes, et un vicomte de Sens après son père. De plus le stock des noms Fromonides est radicalement différent de celui des Bosonides Garnériens.

Enfin, l'hypothèse est peu probable au vu du contexte historique. La ville et le comté (rétrogradé au rang de simple vicomté vassal) étaient sous domination bourguignonne depuis que Richard II le Justicier, duc de Bourgogne, s'était emparé de la ville à la fin du IXe siècle. Il avait installé Garnier, comte de Troyes, comme son vicomte à Sens jusqu'à la mort de ce dernier en 924. On sait d'autre part que la vicomté avait été confisqué en 931 par le roi de Francie occidentale Raoul, duc de Bourgogne et fils de Richard, après la révolte du vicomte (probablement Richard de Troyes, fils de Garnier). Or, Fromond Ier est installé comme vicomte de Sens vers 939 après la prise de la ville par Hugues le Grand, comte de Paris[2]. La nouvelle mainmise des Robertiens dans la région rend peu probable l'hypothèse qu'il puisse laisser la vicomté de Sens, ville stratégique, à un lignage rival et désormais voisin (celui des comtes de Troyes), surtout compte tenu des ambitions royales des Robertiens.

L'hypothèse ligérienne

L'hypothèse la plus vraisemblable sur le plan politique consiste à considérer Fromond comme un fidèle vassal d'Hugues le Grand. C'est ce que suggère Laurent Theis lorsqu'il évoque la prise de la ville en 939 et l'installation de Fromond comme vicomte ("son fidèle vassal")[3]. Or, les possessions des Robertiens sont localisés essentiellement dans le val de Loire au Xe siècle, ce qui suggère une origine ligérienne pour Fromond. Étienne Meunier[4] a émis cette hypothèse en se basant sur un acte[5] où apparaît Fromond et son fils Renard. Puis les travaux de Michel Bur[6] sur la formation du comté de Champagne et sur ceux du chanoine Maurice Chaume sur les comtes de Sens au IXe siècle[7], permettent d'avancer que les Fromonides ainsi que les Guy-Renaud de Soissons feraient partie de la clientèle vassalique ligérienne des Robertiens installée par ceux-ci dans les cités conquises de l'est parisien au Xe siècle.

L'hypothèse normande

On constate la présence du prénom Fromond au sein de la haute aristocratie normande au VIIe siècle. Saint Fromond est évêque de Coutances vers 650. Il rebâtit une abbaye à présent connue sous son nom, entre Saint-Lô et Isigny-sur-Mer. La poussée des Normands a totalement et longuement déstabilisé les cadres administratifs (comtes et évêques) de toute cette contrée. Les fuyards s'égayent en Neustrie (transportant les reliques de leurs diocèses) et sont accueillis par le duc des Francs (ancêtre des Robertiens) chargé de la défense de l'ensemble de l'Ouest du royaume. Le duc Hugues le Grand tente vainement de reconquérir ces territoires, jusqu'en 946 (et donc après le traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911). Or le contrat vassalique, de nature synallagmatique, impose au suzerain d'assurer la protection et la subsistance de son vassal. De ce fait, le lignage Fromonide aurait été installé à Sens faute de pouvoir être rétabli à la tête de son ancienne circonscription[8].

Les vicomtes puis comtes de Sens

Fromond Ier de Sens, vicomte, lieutenant à Sens du duc Hugues le Grand, prend le titre de comte de Sens vers la fin de sa vie et le transmet à sa descendance.

Son fils, Renard Ier le Vieux, lui succède[9]. Il est le fondateur Joigny. Il a deux fils, Fromond II et Renard II, qui garderont le titre et, une fille Alix ou Adélaïde. Elle aurait épousé en premières noces Geoffroi Ier de Joigny, dont la suite des comtes de Joigny et un fils archevêque de Sens, Gilduin. En secondes noces, elle épouse Engelbert III de Brienne, dont une fille à l'origine des seigneurs puis princes de Joinville. Sa filiation résulte exclusivement d'annotateurs tardifs, postérieurs au XVIIe siècle. Aucune charte médiévale n'y conduit.

Fromond Ier a aussi une fille, mère de Sévin (ou Seguin), archevêque de Sens (977-999)[10].

Autres personnalités

Plusieurs ecclésiastiques, notamment des évêques et archevêques :

Les autres lignages issus de la dynastie

D'autres lignages sont issus de la dynastie fromonide. Renard Ier bâtit les forts de Château-Renard (dont le village porte toujours le nom) et de Joigny. Les seigneurs de Château-Renard issus de la dynastie ont été à l'origine des seigneurs de Courtenay. D'autre part, la fille de Renard Ier, Alix, devint la première comtesse de Joigny, à l'origine de la lignée par son mariage avec Geoffroy de Château-Landon, seigneur du Gâtinais. Le comté de Joigny ne fut pas rattaché au domaine royal après la prise de Sens et a perduré jusqu'au XVIIIe siècle.

Généalogie

Notes et références

Voir aussi

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