Funaná
genre musical et danse traditionnelle du Cap-Vert
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Le funaná est un genre musical et une danse traditionnelle du Cap-Vert. Il s'agit d’une musique jouée surtout avec un accordéon et un ferrinho. Le rythme du funana est rapide. Le funana peut se danser à deux ou tout seul.


Caractéristiques
En tant que genre musical, le funaná se caractérise par un tempo variable, allant de vivace à andante, et un rythme à deux temps. Le funaná est intimement lié à l'accordéon, plus précisément à l'accordéon diatonique, communément appelé gaita au Cap-Vert. En découlent de nombreux aspects musicaux qui caractérisent le funaná, comme le fait que, dans sa forme la plus traditionnelle, le funaná n'utilise que des gammes diatoniques et non chromatiques.
La structure d'une composition funaná ne diffère pas entièrement de celle des autres genres musicaux du Cap-Vert. La musique est essentiellement structurée autour d'un ensemble de strophes qui alternent avec un refrain, suivant un schéma musical classique. La principale particularité est que des solos sont joués à l'accordéon entre les strophes et le refrain. La musique est généralement monotone, mais entraînante par ses rythmes animés.
L'accompagnement est réalisé avec la main gauche à l'accordéon, assurant la basse et les accords. Le modèle rythmique est joué sur le ferrinho, un instrument majeur du funaná, comparable à un güiro ou un triangle.
La ligne mélodique du funaná varie beaucoup au cours de la composition, présentant de nombreuses séries de notes ascendantes et descendantes, créant un aspect vivace unique. Les chanteurs de funaná utilisent la technique du sforzando sur certaines notes, notamment si elles sont longues, en imitation de l'accordéon.
Les paroles du funaná évoquent généralement des situations quotidiennes, mentionnant les peines et les joies de la vie de tous les jours, mais elles abordent également la critique sociale, des réflexions sur la vie et les situations idylliques. Des compositeurs plus récents ont étendu les thèmes évoqués. Une autre caractéristique du funaná est que les paroles ne sont pas écrites de manière directe, mais utilisent fréquemment des figures de style, des proverbes et des dictons populaires, puisant dans ses racines traditionnelles. Exemple :
| Paroles en créole : | Traduction littérale en français : | Véritable signification : |
|---|---|---|
| Ódju mó' lua, (...) Pistána sí'ma árcu-dâ-bédja Bóca si'ma câ tâ cúme nada Ôi, Séma Lópi, côrpu dí tchõ, álma dí Crístu |
Des yeux comme la lune, (...) Des sourcils comme l'arc-en-ciel Bouche comme ne mange rien Ô Sema Lopi, corps de la terre, âme du Christ |
Ouvrez grand les yeux, (...) Sourcils complètement arqués La bouche de l'affamé Oh, Sema Lopi, tout le monde te marche dessus, mais tu pardonnes à tout le monde. |
| Extrait des paroles de « Sema Lopi » de Sema Lopi. | ||
| Paroles en créole : | Véritable signification : | |
|---|---|---|
| Ôi, ôi, pêtu dí brônzi, Coraçõ dí bulcõ, Sí bú crê saltâ-m' nhâ rubêra, Bú tâ câi nâ mánsu-mánsu |
Oh oh, mon petit laiton Avec un cœur chaleureux Si tu veux, sors avec moi Tu vivras quelque chose de doux | |
| Extrait des paroles de "Pêtu di brônzi" de João Cirilo. | ||
| Paroles en créole : | ||
|---|---|---|
| Tunúca, Crê-'u, câ pecádu, Dâ-'u, câ tâ fládu, Mâ, sô bú dâ-m' quí tenê-m' | ||
| Extrait des paroles de « Tunuca » d'Orlando Pantera | ||
Ce genre musical, par la richesse de ses textes, nécessite une bonne connaissance de la culture populaire et du langage, ce pourquoi les compositions récentes (d'auteurs plus jeunes ou ayant peu de contacts avec la culture populaire) n'utilisent pas toujours cette technique poétique.
En ce qui concerne l’instrumentation classique, dans sa forme la plus traditionnelle, le funaná n’utilise que l’accordéon et le ferrinho. Avec[C'est-à-dire ?] la stylisation et l'électrification, d'autres instruments sont utilisés : le rythme fourni par le ferrinho est de nos jours réalisé sur une batterie et d'autres instruments de percussion (un shaker ou une cabasa) ; la basse ou l'accompagnement joués à l'accordéon sont remplacés par une guitare basse et une guitare électrique ; la mélodie jouée à l'accordéon est remplacée par un synthétiseur. La modernisation des instruments utilisés a légèrement modifié les sonorités, en s'éloignant des pratiques traditionnelles. À la fin des années 1990, on observe un certain renouveau où les performances acoustiques sont recherchées, dans lesquelles les instruments électroniques sont relégués au profit d'accordéons et de ferrinhos authentiques, afin de mettre en avant les racines du funaná.
Danse
Le funaná est principalement une danse de couple (même si elle peut se danser seul), où les partenaires s'enlacent d'un bras et de l'autre bras se tiennent les mains. La danse se compose d'inflexions rapides et fortes alternées de chaque genou, marquant les temps forts du rythme de manière saccadée. Dans la variante rurale de cette danse, les corps sont légèrement inclinés vers l'avant (menant au contact des épaules) et les pieds se soulèvent du sol. Dans la variante plus urbaine, plus stylisée, les corps sont plus verticaux (poitrine contre poitrine) et les pieds traînent au sol.
Histoire
Durant les années 1960, jusqu'à l'indépendance du Cap-Vert, cette musique et cette danse ont été interdites publiquement. Les paroles étaient considérées comme dérangeantes car elles prônaient des valeurs de justice et de liberté. L'État se sert par ailleurs de l'Église pour maintenir le très pieux peuple cap-verdien dans le mensonge. En effet, les ecclésiastiques déclament dans les rues et dans les lieux de cultes que cette musique est satanique et anti-biblique. En réaction, des bals Funaná s'organisent de manière clandestine. Ainsi, le chanteur du groupe Bulimundo est menacé d'emprisonnement et doit quitter le pays pour le Portugal et la France[1][réf. incomplète].
Variantes
Le funaná possède diverses variantes, dont certaines ne sont pas bien connues et d'autres ne sont pas connues sous leur nom traditionnel. Voici la description de quelques-unes de ces variantes.

Exemples :
- Djonsinho Cabral, traditionnelle
Interprété par Os Tubarões (pt) dans l'album Djonsinho Cabral (ed. Os Tubarões, Ref. T-003 — 1978) - Sant’ Antoni la Belêm, traditionnelle
Interprété par Bulimundo (pt) dans l'album Batuco (ed. Black Power Records, Rotterdam, Ref. Lp 2233 — 1981) - Si manera de Zeca di Nha Reinalda
Interprété par Finaçon dans l'album Funaná (ed. Mélodie, Paris — 1990) - Matrialistas de Kino Cabral
Interprété par Kino Cabral dans l'album ? (ed. Kino Cabral, ? — 1992) - Moças di Mangui d'Eduíno (pt), Chando Graciosa et {Bitori Nha Bibinha
Interprété par Ferro Gaita (pt) dans l'album Fundu Baxu (Ed. ?, ? — 1997)
Funaná kaminhu di férru
Il s'agit de la variante la plus connue du funaná . Généralement, lorsque le mot « funaná » est utilisé seul, il fait référence à cette variante qui est celle ayant le plus de succès, notamment en ce qui concerne la danse. C'est une variante qui rappelle une marche, mais avec un tempo plus vif.

Funaná maxixi
Le nom de cette variante provient très certainement du genre musical maxixe, autrefois très en vogue au Cap-Vert. C'est une variante qui ressemble à la précédente, mais avec un tempo allegro.

Exemples :
- Canta cu alma sem ser magoado de Pedro Rodrigues
Interprété par Bana dans l'album Bana (ed. Discos Monte Cara, — 19??) - Pomba de Codé di Dona (pt)
Interprété par Codé di Dona dans l'album Codé di Dona (ed. Globe Music, ? — 1997) - Nôs cultura d'Eduíno
Interprété par Ferro Gaita dans l'album Bandêra Liberdadi (ed. ?, ? — 2003) - Puxim Semedo de Kaká di Lina et Eduíno
Interprété par Eduíno e Petcha dans l'album Terra Terra Vol. 1 (ed. ?, ? — 2007)
Funaná samba
Malgré son nom, cette variante n'a aucun lien avec le genre brésilien actuel qu'est la samba . Il semble s'agir d'une adaptation du lundum aux techniques de l'accordéon. Le tempo est plus lent (andante) et le rythme diffère grandement des autres variantes, il est assez similaire à la toada.

Exemples :
- Djentis d’ aságua de Zezé di Nha Reinalda
Interprété par Zezé di Nha Reinalda dans l'album Djentis d’ aságua (ed. ICL, Praia — 198?) - Fomi 47 de Codé di Dona
Interprété par Finaçon dans l'album Rabecindadi (Ed. ?, Lissabon — 1987) - Codjeta de Kaká Barbosa (pt)
Interprété par Simentera dans l'album Raiz (Ed. Mélodie, Paris — 1992)
Funaná morna
Généralement, on ne la connaît pas sous ce nom, elle est plus connue sous le nom de funaná lente . Il semble s'agir d'une adaptation de la morna, un autre genre musical populaire au Cap-Vert, aux techniques de l'accordéon, avec un tempo andante. Alors que pendant longtemps la morna (badju di viulinu) a bénéficié d'un certain prestige dans les contextes urbains et les salles de danse nobles, dans les contextes ruraux, une version plus lente du funaná (badju di gaita) a été développée en contraposition. Cette variante a le même tempo que la morna de Boa Vista et non celui de la morna de Brava.
Exemples :
- Sema Lopi de Sema Lopi
Interprété par Bulimundo dans l'album Bulimundo (Ed. Black Power Records, Rotterdam, Ref. L.P. 1943 — 1980; Reed. Sons d’África, Lisbon — 2005) - Pombinha Mansa de ?
Interprété par Bulimundo dans l'album Batuco (Ed. Black Power Records, Rotterdam, Ref. Lp 2233 — 1981) - Kortel di rabidanti de Kaká Barbosa
Interprété par Zeca et Zezé di Nha Reinalda dans l'album Konbersu’l tristi, korbu nha xintidu (Ed. ?, Lisbon — 1983) - Li qu’ ê nha tchon de Pedro Rodrigues
Interprété par Os Tubarões dans l'album Bote, broce e linha (Ed. ?, ? — 1990) - Saudade do Casel, traditionnelle
Interprété par João Sebastião Fauvinho dans l'album Vinho, cerveja e salsicha (Ed. Trados — 2014)

