Futur simple en français
temps verbal en français
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En français, le futur simple (ou futur synthétique) est un temps de l'indicatif.
Comme toutes les formes verbales, les verbes au futur simple sont composées d'un radical et d'une terminaison, ou désinence. Le radical est le même que celui du conditionnel, il est souvent prédictible à partir de l'infinitif. Les désinences contiennent toujours le morphème du futur -r- ([ʁ]), et les marques de personnes et de nombre, identiques pour tous les verbes, -ai, as, -a, -ons, -ez, -ont.
Sur le plan diachronique, le futur simple est issu d'une périphrase verbale latine habeo au présent + infinitif.
Le futur simple a plusieurs valeurs, temporelles ou modales.
Morphologie
La morphologie est l'étude de la structure interne des mots[1]. Cette étude peut se mener selon deux perspectives : synchronique et diachronique[2]. La morphologie synchronique étudie les mots « tels qu'ils se présentent à une époque donnée dans le système de la langue », la morphologie diachronique « recherche l'origine des mots et retrace leur évolution »[3].
Conjugaison du futur simple (morphologie synchronique)

Les formes verbales se décomposent en deux constituants : le radical et la terminaison ou désinence. Le radical est l'élément fondamental du verbe, il porte son sens lexical. On appelle bases les différentes formes que peut prendre le radical[5],[6]. La désinence « se soude à la fin de la forme verbale comme un suffixe » et apporte des informations grammaticales[5]. « La fonction principale du radical est d'exprimer l'identité du verbe que l'on conjugue, alors que la fonction principale de la désinence est d'exprimer la forme à laquelle ce verbe est conjugué[7] ». On peut ainsi distinguer dans la forme du futur simple chanterons le radical chant- et la désinence -erons[8]. La frontière exacte entre le radical et la désinence est cependant l'objet de débats[a].
La désinence peut à son tour être décomposée en plusieurs unités de sens (ou morphèmes). On peut ainsi décomposer la forme chanteras en plusieurs segments[5] :
- la base chant- qui porte le sens lexical du mot ;
- la marque du futur et du conditionnel : -er- ;
- la marque du futur : -a- ;
- la marque de la deuxième personne du singulier : -s[5].
Cette analyse de la désinence du futur en synchronie pose des difficultés et est sujette à débats[9]. Pour la linguiste Hélène Huot, il faut considérer la marque -ra- comme un morphème temporel propre au futur (ayant une variante allomorphique -r- devant une marque de personne commençant par une voyelle). La forme chanteras s'analyse alors ainsi : radical chant-, voyelle thématique -e-, marque de futur -ra-, marque de personne -s[10]. La linguiste Aïno Niklas-Salminen, quant à elle, analyse la forme danseras ainsi : radical dans- [dɑ̃s], marque du futur -er- [ʀ], marque de personne -as [a][11].
Radical et marque du futur
Le futur de tous les verbes (sans exception) se caractérise par la marque r ([ʁ]) que l'on entend[12].
La base du futur est souvent prédictible à partir de l'infinitif[13]. Pratiquement, pour former le futur de la plupart des verbes, notablement les verbes du deuxième et la plupart des verbes du troisième groupe, il suffit d'ajouter la marque de personne et de nombre à la suite de l'infinitif. Ainsi, le verbe partir, donne il partira[12].
Pour les verbes du premier groupe, et le verbe cueillir, le futur se forme à l'aide de la base du présent, suivie du morphème -r-. Les verbes « appeler » et « cueilir » donnent donc respectivement elle appelle-r-a et elle cueille-r-a[13]. Pratiquement, cette règle de formation permet de ne pas oublier :
- le doublement de la consonne dans un verbe comme jeter, qui donne elle jette-r-a ;
- l'accent grave sur certains verbes comme semer, qui donne elle sème-r-a ;
- la transformation du y en i dans les verbes en -yer, comme noyer qui donne elle noie-r-a[12].
- être → serai ;
- avoir → aurai ;
- vouloir → voudrai ;
- faire → ferai ;
- venir → viendrai ;
- savoir → saurai ;
- courir[b] → courrai ;
- mourir → mourrai
Pour les autres verbes, on part soit de l'infinitif comme pour « finir » ou « boire », soit du radical des première et deuxième personnes du pluriel, comme pour « devoir », dont la base est dev-r. Pour « courir » et « mourir », la marque -r- du futur double le -r- du radical. Une petite liste de verbes se construit à partir d'une base spécifique : aller (i-r-), avoir (au-r-), être (se-r-), faire (fe-r-), falloir (faud-r), pouvoir (pour-r), savoir (saur-r), valoir (vaud-r), venir (viend-r-), voir (ver-r), et vouloir (voud-r)[13].
Le futur simple utilise la même base que le conditionnel présent pour tous les verbes, sans exception[14].
Marques de personne et de nombre
Les désinences qui portent les marques de personne et de nombre sont identiques pour tous les verbes. Il n'y a aucune exception. Ces marques de personne et de nombre sont : -ai, -as, -a, -ons, -ez, -ont[13].
| je | tu | elle/il | nous | vous | elles/ils |
|---|---|---|---|---|---|
| -ai | -as | -a | -ons | -ez | -ont |
| je lirai | tu liras | elle lira | nous lirons | vous lirez | elles liront |
Ces marques correspondent partiellement à la conjugaison du verbe avoir au présent de l'indicatif[15]. À la première et deuxième personnes du pluriel, avons et avez étant réduits à leurs terminaisons -ons, -ez[16].
S'il existe une marque spécifique à l'écrit pour chaque personne, ce n'est pas le cas à l'oral : les marques de deuxième et la troisième personnes du singulier (-as et -a) se confondent, toutes deux prononcées [a]. De même, les première et la troisième personnes du pluriel (-ons et -ont), toutes deux prononcées [ɔ̃][13]. Une étude menée en 2019 tend à montrer que, sur le territoire francophone européen, la majorité des locuteurs ne font pas de distinction à l’oral entre la première personne du singulier du futur simple et du conditionnel. La distinction entre « je mangerai », prononcé avec /e/ (é fermé), et « je mangerais », prononcé avec un /ɛ/ (è ouvert), n’est maintenue que de manière minoritaire, en Belgique, en Franche-Comté et dans la moitié nord de la Suisse romande. Cette distinction reste en revanche très vivace chez les francophones du Canada[17],[18].
Exemples de tableaux de conjugaison
| Envoyer[19] | Dormir[20] | Être[21] | Avoir[22] | Apprécier[23] |
|---|---|---|---|---|
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Morphologie diachronique

On reconnaît dans les désinences du futur simple, partiellement ou totalement en fonction des cas, la conjugaison du verbe avoir : en effet, le futur simple en français a été historiquement formé par l'union de l'infinitif aux formes du présent d'avoir[24]. Cette origine du futur simple est d'ailleurs commune à la plupart des langues romanes[25].
Le conditionnel en français a la même origine : futur simple et conditionnel sont issus de périphrases verbales latines[24]. On appelle « périphrase verbale » l'union d'un verbe (ou d'une locution verbale) et d'un infinitif[26],[27]. Le futur simple français est issu de la périphrase habeo au présent + infinitif, le conditionnel de la périphrase habeo à l'imparfait + infinitif. Les deux formes ont évolué conjointement[28]. Le futur simple français n'est donc pas issu du futur simple latin[29].
En effet, dès l'époque du latin classique, le futur simple latin a été concurrencé par plusieurs périphrases verbales servant à exprimer le futur. À côté du futur simple latin cantabo (« je chanterai »), se sont développées les formes debeo cantare, volo cantare, incipio cantare, et habeo cantare. C'est à partir du iiie siècle que s'est généralisée la périphrase constituée de l'infinitif et de l'auxilliaire habeo (« avoir »). L'ordre des mots dans la périphrase — avec d'abord l'infitif puis habeo — n'a probablement pas été fixé avant la fin du ive siècle. Cette construction est restée longtemps propre à la langue parlée, dans laquelle elle a vraisemblablement été généralisée aux alentours du VIe siècle, le latin tardif conservant à l'écrit, lui, le futur simple[30].
On trouve néanmoins à l'écrit, dès le iiie siècle, des occurrences en bas latin de la périphrase « habeat (habere à l'imparfait) + infinitif passif », notamment chez Tertullien[31]. Cette périphrase étant à l'origine du conditionnel, on peut considérer que le conditionnel a une origine plus ancienne que le futur simple en français[32]. On la trouvait essentiellement dans des propositions subordonnées, et elle avait le sens de la prédestination (ce qui est destiné à arriver), par opposition au futur simple latin qui exprimait l'intention. À partir du viie siècle, la périphrase gagne les propositions indépendantes, puis s'étend aux infinitifs déponents et intransitifs et enfin à tous les infinitifs, ce qui lui permet de supplanter la forme simple classique[33].
Dès les Serments de Strasbourg (842), un des premiers documents en langue romane, on peut relever des occurrences de la forme verbale issue par soudure des deux éléments de la périphrase[29]. Une première attestation historique de cette soudure a été découverte dans un texte d'origine burgonde du VIIe siècle, la Chronique de Frédégaire[34].
Les désinences et les bases de ces formes n'ont cessé d'évoluer phonétiquement jusqu'à aboutir au système actuel[35].
Bases
Pour les verbes du premier groupe, les bases du futur sont issues d'infinitifs en -áre, tels que salutare. Après que la désinence a été soudée à cet infinitif, le [a] a cessé de porter l'accent tonique et s'est donc affaibli en [ə]. Ce [ə] s'est maintenu de manière systématique en ancien français (xiie siècle - xiiie siècle). Dès le moyen français, la voyelle [ə] a cessé d'être prononcée après une autre voyelle, même si elle s'écrit toujours, comme dans il saluera[36].
Les infinitifs latins en -ēre ou -ĕre, le e précédant le r ne s'est pas maintenu. Le « ē » long et tonique, qu'on trouve par exemple dans habēre (avoir), s'est effacé après que la soudure de la périphrase lui a fait perdre son accent tonique. Le ĕ bref et atone, qu'on trouve par exemple dans *dicĕre (dire), quant à lui, s'était déjà effacé au iie siècle avant même la constitution de la périphrase, et ce sont des formes déjà réduites à l'infinitif qui ont été utilisées dans celle-ci[37].
Pour les infinitifs latins en -ire : le « i » s'est effacé dans un certain nombre de cas, s'est maintenu dans d'autres, ou bien s'est affaibli en [ə] avant d'être rétabli comme [i][38].
Pour le verbe être, des formes issues du futur simple du latin classique se sont maintenues jusqu'au xiie siècle. À partir de là, elles ont été supplantées par les formes issus de l'infinitif du latin populaire *essere[39].
Désinences
Les désinences du futur sont issues du verbe latin habeo conjugué au présent : hábeo (j'ai), hábes (tu as), hábet (il a), habēmus (nous avons), habētis (vous avez), hábent (ils ont)[40]. Les trois personnes du singulier (P1, P2, P3) et la troisième personne du pluriel (P6) ont évolué plus primitivement que les première et deuxième personnes du pluriel (P4 et P5). Cette différence de traitement est à l'origine d'une opposition toujours visible en français contemporain : les désinences des P1, 2, 3 et 6 correspondent aux formes du verbe avoir au présent de l'indicatif dans leur intégralité, tandis qu'aux P5 et 6, les formes sont réduites[41].
Les formes des P1, 2, 3 et 6 ont connu un processus de réduction dès le ier siècle av. J.-C. À la P1, la voyelle ĕ en hiatus s'est consonnifiée, et le b s'est effacé. Les P2, 3 et 6, se sont transformées à partir de la fin du ier siècle ap. J.-C. : le -b- entre deux voyelles s'est spirantisé, puis s'est effacé, puis la voyelle ĕ s'est effacée. À la P6, la désinence -ent a été remplacé par -unt, probablement sous l'influence du verbe sunt (être)[40].
Les P4 et P5 sont marquées par une disparition de la première syllabe, pour laquelle plusieurs explications ont été proposées[42].
Le paradigme du bas latin *ayyo, *as, *at, * emus, *etis, *aunt[c] a suivi l'évolution phonétique normale de la langue, à l'exception de la non-diphtongaison de « a » aux P2 et 3, qui reste inexpliquée[41].
On peut schématiser ainsi l'évolution du paradigme au cours du temps[43] :
| latin classique | bas latin | ancien français | français contemporain |
|---|---|---|---|
| hábĕo | *áyyo [ajjo] | [ai] → [ei] → [ɛ] | -ai [e] / [ɛ] |
| hábĕs | *as [as] | [as] | -as [a] |
| hábet | *at [at] | [at] → [a] | -a [a] |
| habēmus | *emus [emus] | [ons] | -ons [ɔ̃] |
| habētis | *etis [etis] | [eits] → [oits] / [ets] | -ez [e] |
| hábent | *aunt [aunt] | [ont] | -ont [ɔ̃] |
Mode
Le futur simple est généralement considéré comme un temps appartenant au mode indicatif. Néanmoins, le futur simple possède des caractéristiques communes avec le conditionnel : l'un et l'autre connaissent des emplois temporels et modaux, pour tenir compte à la fois des emplois modaux du futur et du parallélisme morphologique du conditionnel et du futur, le linguiste Henri Yvon (de) propose de regrouper futur simple, futur antérieur, conditionnel présent et passé dans un mode à part qu’il nomme suppositif, en reprenant un terme que le grammairien Nicolas Beauzée utilisait pour le seul conditionnel[44].
Sémantique
La sémantique est l'étude du sens véhiculé par les mots, ou plus généralement, les différents types de formes signifiantes[45]. Un verbe peut désigner une action, mais aussi un état, ou toute autre notion : pour caractériser le sémantisme propre à la catégorie verbale, on utilise le terme de procès[46] ou de situation[47]. Dans la phrase, les formes verbales apportent des informations temporelles : elles contribuent à situer la situation dans le temps par rapport à un point de référence ; elles apportent également des informations sur l'aspect, c'est-à-dire sur le déroulement interne du procès ; elles apportent également des informations dites modales sur l'attitude du locuteur à l'égard de son énoncé ; et « toutes ces informations apportées par la conjugaison verbales interagissent avec les propriétés sémantiques du verbe et avec celles du reste de la phrase. »[48].
Les différents emplois du futur peuvent être classés selon différentes typologies. Dans une méta-analyse de 2023, le linguiste Denis Apothéloz considère néanmoins que « ces listes aboutissent souvent à singulariser des types dont la pertinence apparaît pour le moins discutable », et propose de ne retenir que six emplois : le « futur littéral », le « futur exprimant une conjecture », le « futur exprimant l’idée de bilan », le « futur exprimant l’atténuation », le « futur associé à un acte promissif ou directif » et le « futur projectif »[18].
Valeurs temporelles
Le futur indique que l'action, ou plus généralement le procès, signifié par le verbe est situé dans l'avenir par rapport au moment où l'on parle[49]. Cette projection dans l'avenir peut-être indiquée par la seule forme verbale, comme cette exclamation[50] :
Je partirai ![51]
— Stéphane Mallarmé, Vers et Prose (1893)
La projection dans l'avenir peut également être confirmée, et précisée, par un adverbe ou un complément circonstanciel de temps, comme dans les exemples suivants[52] :
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai
— Victor Hugo, Les Contemplations (1856)
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous [?]
D'un point de vue aspectuel, le futur envisage ou non les limites temporelles de l'action, comme on le voit dans ces deux phrases[49] :
- Il pleuvra jusqu'à demain ;
- Il pleuvra sans discontinuer.
Par conséquent, lorsqu'on emploie une série de verbes au futur, ils peuvent selon le cas marquer la succession ou la simultanéité. Les actions se succèdent l'une à l'autre dans « Ils se marieront et auront beaucoup d'enfants » mais peuvent être simultanées dans « Au cours de leur soirée d'adieu, ils mangeront, boiront et fumeront. »[49].
Le futur peut être employé en corrélation avec un temps du passé, comme dans la phrase « J'ai appris que ce cinéma fermera dans une semaine ». Avec le futur, on précise alors que l'événement est non seulement situé après le repère passé de la proposition principale, comme l'aurait fait aussi le conditionnel dans « j'ai appris que ce cinéma fermerait dans une semaine », mais également après le moment où l'on parle[52].
Dans un contexte au passé, on peut aussi utiliser le futur — alors appelé futur d'anticipation ou futur historique — pour « évoquer des faits postérieurs au moment évoqué, en ouvrant une perspective sur les conséquences futures des événements passés »[53]. Un historien peut donc écrire une phrase telle que « La première guerre mondiale finira par éclater en 1914 »[49].
Valeurs modales
La notion de modalité est empruntée à la logique modale qui distingue la nécessité et la possibilité. En linguistique, les modalités sont considérées comme « des éléments qui expriment un certain type d'attitude du locuteur par rapport à son énoncé »[54].
Le futur contient toujours une part d'incertitude, dans la mesure où « l'on ne peut jamais être certain de la réalisation d'une action située dans l'avenir[49] ». Cependant « avec le futur simple, la charge d'hypothèse est minimale, et même si la réalisation du procès n'est pas avérée, sa probabilité est très grande[50] ». Le futur est donc propre à se doter de valeurs modales associées à l'avenir[50].
Futur injonctif
Le futur peut servir à exprimer les différentes nuances du mode impératif : règle morale, ordre, suggestion, consigne pour un devoir, conseil, etc.[49],[55]. Comme le précise le linguiste Michel Arrivé, « Le professeur qui dit à ses élèves : Vous me remettrez vos devoir mardi prochain donne en réalité un ordre... qui ne sera peut-être pas exécuté par tout le monde[49] ». Avec le futur simple, l'ordre est souvent moins strict qu'à l'impératif. Le locuteur doit aussi s'adresser explicitement à la personne concernée, en sorte que cette valeur se rencontre essentiellement quand le verbe au futur simple a la deuxième personne pour sujet. L'ordre se déduit de l'affirmation à partir du contexte[56].
C'est cette valeur du futur simple qui est utilisée dans les traductions en français du Décalogue[56] :
« Tu ne tueras point »
Futur de promesse
Le futur simple peut servir à accomplir une promesse[56].
Futur prédictif
Le futur simple servir à faire une prédiction, par exemple dans le cadre d'une prophétie[56].
Futur d'atténuation
Le futur simple peut servir à atténuer une affirmation, souvent formulée à la première personne[56].
Futur d'indignation
Le futur simple peut traduire l'indignation du locuteur[56].