Galeries royales Saint-Hubert

galeries à Bruxelles, Belgique From Wikipedia, the free encyclopedia

Les galeries royales Saint-Hubert (en néerlandais : Koninklijke Sint-Hubertusgalerijen) à Bruxelles forment un complexe de trois passages commerciaux couverts sur toute leur longueur par un vitrage en arcades. Elles ont été conçues par l'architecte Jean-Pierre Cluysenaar et inaugurées en 1847. Elles se composent de la galerie du Roi, la galerie de la Reine et la galerie des Princes. C'est le plus ancien piétonnier de la ville.

Destination initiale
Galerie commerçante
Destination actuelle
Galerie commerçante
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Galeries royales Saint-Hubert
Présentation
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Galerie commerçante
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Précédées par des nombreux autres passages couverts, tous plus étroits, surtout à Paris, les galeries royales Saint-Hubert marquent néanmoins une rupture dans l'histoire du genre : « Avec les galeries Saint-Hubert, le passage devient une rue » (Johann Friedrich Geist[1]). Ce passage bruxellois est le premier dans le monde dont la taille excède les moyens d'un promoteur privé et qui nécessite l'intervention gouvernementale, aussi bien par une participation au financement que pour les nombreux expropriations et expulsions engendrées[2].

Historique

Le projet

L'initiative pour les galeries Saint-Hubert vient de quatre banquiers, W. Hauman, Jean André De Mot, Brugelman et baron de Wyckerslooth de Weerdesteyn, qui en soumettent le plan au conseil communal et au gouvernement, le . Dans ce texte, l'architecte n'est pas cité, mais il apparaît sur un des dessins qui l'accompagnent : Jean-Pierre Cluysenaar[3].

Ils proposent de tracer une large rue couverte à la place de la sinueuse et étroite ruelle Saint-Hubert, de la rue Marché-aux-Herbes jusqu'à la Montagne-aux-Herbes-Potagères[4].

Mais le projet demande la destruction de plusieurs îlots d'habitations et d'entreprises modestes  sans proposer la moindre alternative aux occupants d'ailleurs , il fallait en prouver l'utilité publique[4].

La raison principale invoquée est la nécessité d'une liaison valable entre la Grand-Place et le quartier du théâtre et de la bourse plus au nord. La seule voie de liaison qui dépasse à cette époque la largeur d'une impasse, c'est la rue des Fripiers. Et celle-ci, sans trottoirs et risquant d'accueillir tout le trafic des véhicules entre les nouvelles gares en construction, met la vie des piétons en danger. Il faut donc un piétonnier pour sécuriser les piétons[4].

Comme raisons secondaires, le prestige est cité en premier lieu. Selon les auteurs du projet, le quartier du parc et de la rue Royale, ainsi que les boulevards de ceinture ne suffisent pas pour faire sortir Bruxelles du statut d'une « ville de province de troisième ordre ». Il faut donc des œuvres monumentales. S'y ajoute le climat pluvieux de Bruxelles qui nécessite qu'on en protège les étalages comme les clients. Finalement est avancé que théâtre, clubs, cafés, auberges prévus dans les galeries allaient en faire une promenade attirante pour des visiteurs étrangers et augmenter les recettes des magasins[4],[3].

Cluysenaar s'inspire de la galerie d'Orléans de Paris, dans sa version passage couverte de 1829-1831, et du passage Lemonnier de Liège, en cours de construction (1836-1839)[5]. De la galerie d'Orléans il prend la largeur et la décoration pompeuse, et de la galerie Lemonnier l'intégration dans le réseaux viaire de la ville, en liant des rues et donc proposer un raccourci aux piétons et la structure de deux bras partant d'un endroit charnière au milieu[6].

À ce moment il existe un seul passage couvert à Bruxelles, le passage de la Monnaie, construit en 1820 par l'architecte P.-V. Piau, le premier de son genre en dehors de Paris ou Londres. Mais les galeries Saint Hubert changent d'échelle : huit mètres trente de large contre 2,5 m, 213 m contre 25 m de long[7]. C'est la première galerie monumentale[8], là où la galerie d'Orléans n'a pas d'étages, et celui de Liège une, il y en a deux à Bruxelles, plus des mansardes au-dessus de la verrière.

Le programme de Cluysenaar organise les galeries d'une manière de pouvoir accommoder une multitude des fonctions : les magasins sont reliés à des caves et à des bureaux à l'entresol. Mais les étages supérieurs, accessibles par des cages d'escaliers séparés, se prêtent bien à des appartements, des clubs, des bureaux[9].

Partant de la conviction que les gens n'entrent dans un bâtiment qu'avec un but précis, mais empruntent une rue aussi sans but, l'architecture de la galerie idéale attire plus des clients potentiels qu'un magasin ordinaire en créant l'illusion d'une rue. Les galeries Saint Hubert, avec leurs façades extérieures tournées vers la galerie et une verrière la plus transparente possible correspondent à cet idéal et donnent le ton pour des réalisations ultérieurs[10]. Pour Johann Friedrich Geist, le spécialiste des passages couverts, les galeries Saint-Hubert sont les mieux réfléchies, la conception la plus complexe du siècle, là où les grandes galeries italiennes transposent des structures simples à une échelle gigantesque[11].

La réalisation

Les sections compétentes du conseil communal, statuent, en séance commune, le , de donner un avis favorable à une liaison élargie à l'endroit proposé et de laisser le choix aux promoteurs de la réserver aux piétons ou d'accueillir également des voitures[3],[12]. Au mois de , arrive l'accord de la Députation permanente et du Conseil provincial, en l'accord du ministre de la Justice[12].

Mais les travaux n'avancent pas vite. La ville menace la société d'une amende de 25 000 francs, si elle ne parvient pas à terminer les travaux en quatre ans. Brugelman et le baron de Wyckerslooth de Weerdesteyn se retirent du projet qu'ils jugent trop irréaliste et financièrement risqué. Il s'avère difficile de trouver assez d'actionnaires. Le , un décret royal déclare le projet d'utilité publique, ce qui rend des expropriations possibles, méthode plus rapide que des achats. Pourtant, cela ne suffit pas, le projet s'estompe[3].

Pendant ce temps là, Cluysenaar s'occupe d'autres projets, il monte la Cité d'Anvers, un complexe comprenant un marché couvert et notamment aussi une galerie. Les travaux durent de 1843 à 1845, mais sans le succès espéré le passage disparait en 1860 déjà[13].

Le Cluysenaar relance le projet par une lettre au roi et au conseil communal. Il obtient de la ville une garantie d'un minimum d’intérêt de trois pour cent par an, pour une durée de trente ans. À partir de ce moment le projet avance vite. L'architecte présente des nouveaux plans, qui prévoient d'ajouter une galerie perpendiculaire, avec sortie dans la rue des Dominicains, la future "galerie des Princes". Un deuxième embranchement est prévu pour un marché pour légumes, fruits et fleurs, avec sortie supplémentaire vers la rue de la Montagne. Le , le conseil communal approuve le projet renouvelé, avec 19 voix contre 5. Le , les promoteurs signent un accord avec la ville et un nouveau arrêté royale du précise que des rues, mais aussi des passages couverts sont d'utilité publique[3].

Le , la "Société Anonyme des Galeries Saint-Hubert et de Leurs Embranchements" est fondée, approuvée par arrêté royal du , et fait circuler des actions pour le public[14],[15]. Des quatorze administrateurs de la société, quatre sont des propriétaires actionnaires, deux banquiers, un agent d'échange, cinq exercent des fonctions publiques, dont trois à la Ville de Bruxelles, un avocat, un négociant et l'architecte Cluysenaar[16].

En toutes les expropriations sont réalisées : on détruit 49 maisons et deux magasins, dont aussi l'orphelinat qui se trouve à l'endroit de l'entrée prévue pour la rue Marché aux Herbes. L'euphorie concernant les futures galeries se calme un peu quand le barbier Jean Pameel préfère se suicider plutôt que de quitter sa boutique[3].

Le , le roi Léopold Ier pose la première pierre. Les travaux ne durent que 15 mois, 750 ouvriers y travaillent tout les jours, jusqu'en octobre 1846, en avril 1847 toujours 400[3].

Le marché couvert ouvre le [17], l'inauguration solennelle des galeries entières a lieu le en présence de Léopold, et de ses trois enfants, le duc de Brabant (futur Léopold II), le comte de Flandre, Philippe de Belgique (arrière-arrière-grand-père du roi actuel) et la princesse Charlotte de Belgique[18].

La suite

En 1850 tout les espaces commerciaux sont loués et le galeries remplacent l'allée Verte comme but de promenade de la société bruxelloise[19].

Le , Cluysenaar présente le projet de prolonger les galeries vers la rue Fossé-aux-Loups et de leur ajouter d'autres embranchements vers la rue des Fripiers et la rue Léopold. Des protestations se lèvent et il ne réussit pas de convaincre la politique locale[3]. Par contre, il construit encore le marché couvert de la Madeleine, et celui des Bas-Fonds (disparu), en contre-bas de la colonne du Congrès[20],[21].

Par contre, de la galerie Bortier (1847-1848, toujours existante), qui jouxte le marché de la Madeleine, est souvent attribuée à Cluysenaar : le seul bras arrondi vers la rue Saint Jean est de lui, faisant partie de la Madeleine, mais les rénovations de 1975 en ont changé complètement le design[22].

Ne plus limiter la modernisation aux boulevards de ceinture, mais l'emmener au cœur de la ville ancienne, avait été un des buts des galeries Saint-Hubert. Mais elles restent encore longtemps une île dans la ville ancienne, comme les nouvelles gares d'ailleurs. Seulement l'aménagement des boulevards du centre, trente ans plus tard, donnent une structure moderne à la ville[23].

La galerie Vittorio Emanuele II de Milan (1865-1878), dont l'architecte semble avoir pris le projet bruxellois comme exemple, change encore une fois l'échelle - une galerie en compétition avec la cathédrale voisine[24],[25].

Aujourd'hui

Lors d'une restauration approfondie, en 1997, concernant les verrières, les façades, les sous-sols, mais aussi les deux théâtres, les appartements, le péristyle et l’hôtel, les galeries sont repeintes dans les couleurs d'origine[25],[26].

La société d'origine est dissoute en 1875, ce qui met ces membres en indivision personnelle. Vingt ans plus tard, en 1893, les propriétaires remettent leurs parts à nouveau dans une société, Société Civile des Galeries Royales Sainte-Hubert[27]. Face à des problèmes financiers, le bien est transféré, en 1993, dans les mains d'une société anonyme, la Société des Galeries Saint-Hubert[28] afin d'attirer des capitaux additionnels. Opération réussie, en 2010, la Famille Lippens prend 25 % des parts, les familles traditionnelles en gardent 75 %[29],[30]. En 2015, le portefeuille de la société frise les 100 millions euros pour quelque 47 500 m2, dont 85 % dans les galeries et le solde dans les mitoyens. Au total, plus de 850 personnes y vivent ou y travaillent[31].

Les 54 commerces, qui apportent environ 75 % des revenus locatifs, s'adressent à des publics différents, la dentellerie, le chapelier et la ganterie vivant principalement d'une clientèle fidèle qui vient depuis des générations, l'"Horeca" et les sucreries principalement des touristes, alors que le théâtre, le cinéma et le Vaudeville semblent apporter plus d'aura que les clients dans les commerces proches[30].

Les 72 appartements, de leur côté, tous différents, d’une superficie moyenne de 100 à 120m², avec entrée par la galerie, plutôt sobres, parce que l'architecture priorise l'effet extérieur, sont tous en location, gérés par l’ASBL des Galeries royales Saint-Hubert[32].

Seulement deux autres passages couverts monumentaux du XIXe siècle sont encore aussi bien préservés que les galeries Saint Hubert de Bruxelles : la galerie Vittorio Emanuele II de Milan et la Burlington Arcade de Londres[33].

En 2008, la Région de Bruxelles-Capitale propose les galeries royales pour une inscription au patrimoine mondial : depuis, elles figurent sur la « liste indicative » de l'UNESCO dans la catégorie patrimoine culturel[25].

Au début des années 2020, les galeries attirent plus de 22 000 personnes par jour[34].

Les différentes galeries

Galerie des Princes.

Les galeries royales se composent de deux sections principales, chacune longue de plus de 100 mètres, et d'une galerie latérale plus petite. Les sections principales sont séparées par un péristyle à l'intersection de la rue des Bouchers et du complexe des galeries. À cet endroit, la perspective rectiligne des galeries présente une discontinuité. Ce « coude » a été introduit délibérément afin de rendre moins fastidieuse la longue perspective des galeries, avec sa répétition d'arcades, de pilastres et de fenêtres[35].

Des appartements occupent le premier étage au-dessus des boutiques et salles de spectacle qui s'étendent sur les deux rives de la chaussée couverte exclusivement piétonne qui parcourt les trois passages.

Galerie du Roi

La galerie du Roi s'étend de la rue des Bouchers à la rue d'Arenberg et la rue de l'Ecuyer. Elle abrite notamment le théâtre royal des Galeries.

Certains prétendent que c'est dans cette galerie, dans La Taverne Royale, le patron Joseph Niels aurait, en 1926, inventé le filet américain[36].

Galerie de la Reine

La galerie de la Reine s'étend de la rue du Marché aux Herbes à la rue des Bouchers.

En 1850 le marché couvert qui la lie avec la rue de la Montage est remplacé par le café-concert du Casino Saint-Hubert, connu ensuite en 1872 sous l'enseigne des Bouffes-Bruxellois et finalement dès 1884 comme Théâtre du Vaudeville[17],[37]. Dans ce théâtre, la pièce Bossemans et Coppenolle est créée en 1938[36]

C'est dans cette galerie, que Jean Neuhaus invente, en 1912, la praline[36].

En 1939 ouvre le Cinéma des Galeries dans la galerie de la Reine 26/28[38]. En 1987, le Cinéma Arenberg déménage de la rue Arenberg dans l'ancien Cinéma des Galeries. En 2011-2012, les galeries remplacent le Cinéma Arbenberg par un nouveau Cinéma des Galeries[39].

Galerie des Princes

La galerie des Princes s'étend de la galerie du Roi à la rue des Dominicains. Elle était anciennement appelée « passage du Prince ». L'inscription est gravée dans la pierre au-dessus de l'entrée. La galerie des Princes abrite la librairie Tropismes, le 5 de la galerie des Princes (chambre d'hôte), et le restaurant L'Ogenblik.

Accès

Ce site est desservi par la station de métro : Gare Centrale.

Galerie de photographies

Références

Voir aussi

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