George Chadwick
compositeur américain
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George Whitefield Chadwick, né à Lowell le et décédé le à Boston, est un compositeur, chef d'orchestre, pédagogue et administrateur américain.
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Alonzo Calvin Chadwick (d) |
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Carl Reinecke, Whitney Eugene Thayer (en), Josef Rheinberger, Salomon Jadassohn |
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Devenue l'une des figures centrales de la vie musicale américaine au tournant du siècle, il fait partie de l'école de Boston et de la deuxième école de la Nouvelle-Angleterre aux côtés de Amy Beach, Arthur Foote, Edward MacDowell, John Knowles Paine, et Horatio Parker. Ces musiciens posent ensembles les bases d'un véritable répertoire américain.
Biographie
Œuvres, carrière et influence
Né dans un quartier rural de Lowell, dans le Massachusetts, George Chadwick reçoit très tôt une formation musicale grâce aux leçons d’orgue dispensées par son frère aîné, Fitz Henry[1]. Son caractère affirmé, le pousse à quitter l’école secondaire en 1871 pour travailler brièvement dans l’entreprise d’assurances de son père. Cette expérience lui donnera l’occasion de voyager à Boston et dans d’autres villes américaines, où il assiste à des concerts et à divers événements culturels ; ces découvertes nourriront son intérêt durable pour les arts.
Etudes (1879-1894)
Chadwick entre au Conservatoire de musique de la Nouvelle-Angleterre (New England Conservatory) en tant qu’« étudiant spécial » en 1872, ce qui lui permet de suivre les cours sans être soumis aux exigences d’un diplôme de fin de cycle. Il poursuit sa formation auprès de George E. Whiting (1840-1923) pour l’orgue, de Carlyle Petersilea (1844-1903) pour le piano, et suit également les cours de théorie de Stephen A. Emery (1841-1891), tous trois figures respectées de la vie musicale bostonienne.
En 1876, il accepte un poste de professeur de musique à l’Olivet College[2]. Durant son séjour, il fonde l’Association nationale des professeurs de musique et manifeste pour la première fois son intérêt pour la composition : un Canon en mi bémol, interprété le 6 novembre 1876, en constitue le premier témoignage connu.
Conscient que sa carrière musicale aux États-Unis serait limitée s’il ne poursuivait pas ses études en Europe, Chadwick se rend en Allemagne en 1877[3], comme beaucoup de compositeurs de sa génération. Il s’inscrit au Conservatoire de Leipzig , où il étudie la composition auprès de Carl Reinecke et de Salomon Jadassohn.
Parmi ses œuvres d’étudiant figurent notamment deux quatuors à cordes (n° 1, 1877-1878 ; n° 2, créé en 1879)[4] ainsi que l’ouverture de concert Rip Van Winkle. Ces partitions consolident sa réputation de jeune compositeur américain prometteur et lui valent l’estime de ses contemporains allemands, qui lui adressent des critiques favorables.
Après deux années d’études à Leipzig, il voyage à travers l’Europe avec des artistes qui se surnomment les « Duveneck Boys ». Ce cercle est dirigé par le jeune et charismatique peintre Frank Duveneck, réputé pour ses portraits dans le style de Vélasquez. Le groupe s’installe principalement à Munich, alors considéré comme un grand centre culturel après Paris. Chadwick séjourne également en France, où il est séduit par le mode de vie à la française et marqué par l’essor du mouvement impressionniste naissant.
Retour à Boston
Il reprend ses études de composition avec Josef Rheinberger à la Hochschule für Musik de Munich.
Chadwick retourne à Boston en mars 1880 et entame sa carrière de compositeur. Il ouvre un studio d’enseignement et obtient deux représentations de Rip Van Winkle. La même année, il achève sa Première Symphonie qui, bien que peu inspirée, constitue l’une des premières contributions significatives d’un compositeur américain écrite et créée sur le sol américain.
Ses activités de chef d’orchestre le conduisent à diriger le festival de Springfield de 1890 à 1899, puis le festival de Worcester de 1899 à 1901.
En 1897, il est nommé directeur du New England Conservatory. Reconnu dans le cercle artistique de Boston pour son dynamisme et son amabilité, il joue un rôle crucial dans la transformation de l’institution : suivant le modèle allemand, il crée divers ensembles et impose aux étudiants américains un cursus plus théorique. L’histoire de la musique devient dès lors obligatoire.
Chadwick invite des membres de l’Orchestre symphonique de Boston à se produire devant les étudiants du conservatoire. Décrit par ses élèves comme « exigeant, mais juste et plein d’esprit », il a formé plusieurs compositeurs marquants, parmi lesquels Horatio Parker, William Grant Still, Arthur Whiting, Wallace Goodrich, Frederick S. Converse, Florence Price, Henry Hadley et Edith Noyes Porter[5].
Durant cette période, il met à profit sa formation reçue à Leipzig, privilégiant la forme sonate, l’harmonie diatonique et la régularité des phrasés et des rythmes. Ses trois symphonies – la Première en ut majeur, la Deuxième en si bémol majeur et la Troisième en fa majeur – adoptent un schéma classique en quatre mouvements, dans la lignée de Ludwig van Beethoven, Felix Mendelssohn, Robert Schumann et Johannes Brahms. Cependant, les Deuxième et Troisième symphonies révèlent une écriture plus personnelle : la Deuxième, notamment, se distingue par l’emploi de gammes pentatoniques dans un style folklorique écossais-irlandais[6].
Parmi ses premières ouvertures marquantes figurent Rip Van Winkle, Melpomene et Thalia. Inspirée du conte de Washington Irving, Rip Van Winkle est sa première œuvre orchestrale, qui lui valut une certaine notoriété en Europe et aux États-Unis. Melpomene est une pièce riche et luxuriante, évoquant l’influence de Richard Wagner, tandis que la comédie Thalia adopte le style léger et vif de Mendelssohn.
Enfin, une œuvre chorale et orchestrale vient compléter cette période : The Lily Nymph, qui reflète à la fois l’héritage des grands romantiques allemands et les élans impressionnistes naissants.
La première œuvre théâtrale de Chadwick, The Peer and the Pauper, est une imitation des opéras comiques de William S. Gilbert et Arthur Sullivan, alors très populaires aux États-Unis. Son opéra burlesque Tabasco connut un grand succès grâce à son ton ironique : créé à New York en 1894, il fit ensuite tournée à travers le pays pendant une année entière.
Selon le Grove, l’œuvre offrait :
« …une véritable anthologie de styles populaires, dont une Plantation Ballad, un Boléro espagnol, un Ditty irlandais et un Rigaudon français, la plupart d’entre eux étant conçus comme des pièces de théâtre destinées à mettre en valeur les talents des premiers interprètes. Mais Chadwick a également composé des numéros musicaux complexes qui font avancer l’intrigue et démontrent sa maîtrise de la finale prolongée telle qu’employée par Sullivan… »[7]
Participation à la Fraternité Phi Mu Alpha Sinfonia
Chadwick joue un rôle notable lors de la fondation de la fraternité musicale Phi Mu Alpha Sinfonia, créée à l’automne 1898 au New England Conservatory. C’est lui qui recommande le nom « Sinfonia », en souvenir d’une organisation étudiante à laquelle il avait appartenu durant ses années d’études à Leipzig.
Il est d’abord nommé membre honoraire du chapitre Alpha du Conservatoire, puis reçoit en 1909 le titre de membre honoraire national de la Fraternité.
Période Américanisme / Modernisme (1895-1909)
Chadwick affirme progressivement son style musical personnel, comme en témoigne l’ouverture de concert Adonais. Cette œuvre, aux multiples sections, fait appel à des cordes en sourdine et à des harpes pour créer une atmosphère éthérée, ainsi qu’à des rythmes non conventionnels et à un chromatisme ponctuel.
Le critique William Foster Apthorp écrit au lendemain de la création :
« C’est l’œuvre la plus moderne dans l’esprit de tout ce que je connais de sa plume… Il a dépassé l’idée classique… Le caractère même du matériau thématique d’Adonaïs est moderne, en net contraste avec la réserve classique de l’ouverture de Melpomene ; l’expression est plus franche, plus purement émotionnelle et dramatique. »
Chadwick approfondit ensuite le genre symphonique avec ses Esquisses symphoniques, sa Sinfonietta et sa Suite symphonique. Bien qu’elles suivent toutes un schéma classique en quatre mouvements, ces œuvres se distinguent par une atmosphère vaporeuse, des thèmes humoristiques, un caractère programmatique, l’usage de la modalité (notamment des mélodies pentatoniques) et une écriture aux accents impressionnistes. Son orchestration inventive met en valeur des éléments inattendus : cadences de clarinette basse, soli de saxophone, ainsi qu’un traitement raffiné des cuivres et des percussions.
Le Quatrième Quatuor à cordes de Chadwick, composé à peu près à la même époque que le Quatuor à cordes en fa majeur (op. 96, « Américain ») d’Antonín Dvořák, se distingue par un style plus résolument folklorique américain que son Cinquième Quatuor. On y retrouve des airs entraînants et, dans le troisième mouvement, des mélodies pentatoniques confiées au violon.
Chadwick poursuit également la composition d’œuvres scéniques, dont Judith, inspirée du récit biblique apocryphe. Cette partition se caractérise par une mélodie expressive et des couleurs exotiques, évoquant par certains aspects le Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns.
Parmi ses œuvres chorales, Ecce jam noctis (1897), écrite pour la cérémonie de remise des diplômes de l’université Yale, illustre l’originalité de son langage : Chadwick y superpose des torsions rythmiques, notamment des groupes de trois mesures confiés aux cordes, au-dessus d’un chœur statique et homophonique.
Lochinvar est une autre pièce chorale marquante, à la saveur celtique, qui met en avant une voix de baryton et un solo de violon juste avant la section intitulée Introduction of Strathspey.
En 1903, Chadwick compose le Thème, variations et fugue pour orgue et orchestre. Environ vingt ans plus tard, son ami et ancien élève John Wallace Goodrich en réalise un arrangement pour orgue seul. Ce n’est qu’en 2011 que furent découvertes des lettres attestant que Chadwick avait lui-même approuvé et reconnu le travail de Goodrich pour la création et la publication de cette version. Elle demeure aujourd’hui l’œuvre pour orgue la plus célèbre du compositeur.
Période dramatique (1910-1918)
Au cours de cette période, il délaisse progressivement les ouvertures et les symphonies pour s’orienter vers un style plus dramatique et programmatique. Il s’intéresse alors davantage aux effets sonores et expressifs qu’à la rigueur de la forme et de la construction classiques.
Ses deux œuvres orchestrales les plus représentatives sont les poèmes symphoniques Aphrodite et Tam O’Shanter, écrits pour grand orchestre. Toutes deux sont épisodiques, très évocatrices et témoignent d’une orchestration raffinée. Aphrodite dépeint avec majesté l’immensité marine tandis que Tam O’Shanter — inspiré du conte de Robert Burns — est une narration musicale d’une intensité comparable à certaines œuvres de Richard Strauss, telles que Don Quichotte.
Sur le plan théâtral, l’ouvrage le plus marquant de Chadwick pour cette période est The Padrone. Il s’inspire de la situation des immigrants italiens du North End de Boston et adopte un style verismo — mêlant action réaliste et partition lyrique. Chadwick considérait cette œuvre comme l’une de ses plus accomplies, mais elle ne fut créée qu’en 1995 par l’Orchestre symphonique de Waterbury, sous la direction de Leif Bjaland, à l’Opéra de Thomaston[8].
Pendant la Première Guerre mondiale, Chadwick compose également un répertoire de chansons patriotiques, dont These to the Front, The Fighting Men et surtout Land of Our Hearts. Cette dernière, créée au Norfolk Festival en juin 1918, met en musique avec fluidité et de manière syllabique un poème de John Hall Ingram, et reste l’une de ses œuvres patriotiques les plus connues.
Années de réflexion (1919-1931)
À cette époque, Chadwick est devenu un musicien âgé et respecté, n’écrivant plus avec l’ardeur d’un artiste en pleine ascension. Son Anniversary Overture, composée pour célébrer son 25ᵉ anniversaire à la tête du New England Conservatory, fut jugée à la fois « érudite », chaleureuse et sympathique.
Sa production musicale décline considérablement au cours de ces dernières années ; Chadwick se consacre davantage à son rôle de directeur musical et à la vie mondaine de l’élite bostonienne. Il demeure très respecté jusqu’à sa mort, en 1931, après quoi une grande partie de ses œuvres tombe progressivement dans l’oubli.
Théorie musicale
En 1897, Chadwick publie Harmony, un traité de théorie musicale qui marque une contribution importante à la pédagogie musicale américaine. Dans cet ouvrage, il est le premier théoricien à combiner l’analyse en chiffres romains de Gottfried Weber avec les anciens symboles de la basse chiffrée, afin de créer un système “absolu” permettant d’indiquer simultanément la fondamentale de l’accord et son renversement par exemple V7 ou I6.
Musique
La musique de Chadwick est profondément influencée par le naturalisme américain, qui transparaît dans son langage mélodique et son goût pour les couleurs orchestrales évocatrices. Son œuvre est vaste : elle comprend plusieurs opéras, trois symphonies, cinq quatuors à cordes, des poèmes symphoniques, des mélodies et de nombreuses œuvres chorales.
Parallèlement à sa carrière de compositeur, Chadwick joue également un rôle de pionnier dans l’organisation des premiers concerts sur le sol américain, contribuant ainsi au développement de la vie musicale du pays.
Œuvres
Scène
- The Peer and the Pauper (opérette comique, 2, R. Grant), 1884, non représentée
- A Quiet Lodging (opérette, 2, A. Bates), Boston, 1 April 1892
- Tabasco (burlesque op, 2, R.A. Barnet), 1893–4, Boston, Tremont, (includes material from The Peer and The Pauper)
- Judith (drame lyrique, 3, W.C. Langdon, d'après un scenario de Chadwick), concert performance, Worcester, MA, 23 Sept 1901
- Everywoman (musique de scène, W. Browne), New York, Herald Square, 1911
- The Padrone (tragic op, 2, D. Stevens, d'après un scenario de Chadwick), 1912, non représentée
- Love’s Sacrifice (pastorale op, 1, Stevens), 1916–17, Chicago,
- Choral-orchestral
- Dedication Ode (H.B. Carpenter), S, A, T, B, SATB, orchestre, 1883
- Noël (Boston, 1888)
- Lovely Rosabelle (W. Scott), S, T, SATB, orchestre, 1889
- The Pilgrims (F.D. Hemans), SATB, orchestre, 1890
- Phoenix expirans (cant., Lat. hymn), S, A, T, B, SATB, orchestre, 1891
- Ode for the Opening of the Chicago World’s Fair (textes d'Harriet Monroe), S, T, SATB, ensemble de vents, orchestre, 1892
- The Lily Nymph (Bates), S, T, B, B, SATB, orchestre, 1894–5
- Ecce jam noctis (J.G. Parker, after St Gregory), voix mâles, orgue, orchestre, 1897
- Noël (divers textes), pastorale, solo vv, SATB, orchestre, 1907–8
- 37 anthems
- 19 choruses, male vv
- 20 choruses, female vv
Musique Orchestrale
- Rip Van Winkle, ouverture, 1879
- Symphonie nº 1, en do majeur, 1881
- Thalia, ouverture, 1882
- Symphonie nº 2, en si bémol majeur, 1883–5
- The Miller’s Daughter, ouverture, 1886
- Melpomene, ouverture dramatique, 1887
- Pastorale Prelude, 1890
- Serenade, en fa majeur, cordes, 1890
- Symphonie nº 3, en fa majeur, 1893–4
- Tabasco March, band/orchestra, 1894
- Symphonic Sketches, suite, en la majeur, 1895–1904
- Adonais, ouverture, 1899
- Euterpe, ouverture, 1903
- Cleopatra, poème symphonique, 1904
- Sinfonietta, en ré majeur, 1904
- Suite symphonique, en mi bémol majeur, 1905–9
- Theme, Variations and Fugue, orgue, orchestre, 1908
- Aphrodite, fantaisie symphonique, 1910–11
- Tam O’Shanter, ballade symphonique, 1914–15
- Angel of Death, poème symphonique, 1917–18
- Elegy, 1920
- Anniversary Ov., ?1922
- 3 pezzi, 1923
Musique de Chambre
- Quatuor à cordes nº 1, en sol mineur, 1877?
- Quatuor à cordes nº 2, en ut majeur, 1878
- Quatuor à cordes nº 3, en ré majeur, 1885
- Quintette avec Piano, en mi bémol majeur, 1887
- Quatuor à cordes nº 4, en mi mineur, 1896
- Quatuor à cordes nº 5, en ré mineur, 1898
Piano, orgue
- 30 pièces pour le piano
- 8 pièces pour l'orgue
Voix
Voix Solo et Orchestre
- Lochinvar (W. Scott), Baryton, orchestre, 1896
- A Ballad of Trees and the Master (S. Lanier), low/medium v, orchestre, 1899, aussi version pour voix et piano
- Aghadoe (ballad, J. Todhunter), Alto, orchestre, 1910
- The Curfew (H. Longfellow), low/medium v, orchestre, 1914?
- The Voice of Philomel (D. Stevens), 1914?
- The Fighting Men (M.A. DeWolfe Howe) (1918)
- Joshua (humorous song, R.D. Ware), 1919?
- Drake’s Drum (H. Newbold), low/medium v, orchestre, 1920?
Voix Solo et Piano
- 128 songs incl. 6 Songs, op.14 (Boston, 1885) [incl. The Danza (A. Bates)]
- 3 Ballads (Boston, 1889)
- Bedouin Love Song (B. Taylor) (Boston, 1890)
- 12 Songs of Brittany (Bates), arr. and harmonized (Boston, 1890)
- A Flower Cycle (Bates), 12 songs (Boston, 1892)
- 12 Lyrics from Told in the Gate (Boston, Bates) (1897)
- 4 Irish Songs (Boston, 1910)
- 5 Songs (Stevens) (New York, 1914)
- 3 Nautical Songs (Ware, H. Newbolt, A. Conan Doyle) (Boston, 1920)