Georges Marion

journaliste français From Wikipedia, the free encyclopedia

Georges Marion, né Simon Baruch[1], est un journaliste français, né le à Nice (Alpes-Maritimes).

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Simon BaruchVoir et modifier les données sur Wikidata
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Biographie

Enfance et jeunesse

Fils d’un responsable communiste qu’il admire, il est placé très jeune en pension à Bruxelles dans Les Cailloux, une institution proche du PCF[2]. Il voit rarement son père, mais constate qu'il lit très attentivement le journal Le Monde, pour la fiabilité des informations, tout en exécrant son orientation, et ce qui l'initie « aux subtilités du comportement schizophrène qui imprégnait une bonne part du monde communiste d'alors »[3].

Adhérent de l'Union des étudiants communistes (UEC), il en est exclu lors de sa reprise en main par la direction du Parti communiste français au milieu des années 1960. En 1966, il participe avec les autres exclus de l’UEC à la fondation de la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), ancêtre de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) d'Alain Krivine.

Il est chargé d’aider les dissidents trotskistes des pays d’Europe de l’Est. Deux agents de la DST tentent d’installer des écoutes dans son appartement[4].

Il est candidat de ce parti aux législatives de 1973 dans le 5e arrondissement de Paris, sous son vrai nom de Simon Baruch[5]. face à Jean Tiberi (gaulliste), le communiste Henri Malberg l'écologiste Aguigui Mouna et Albert Brimo, candidat d'une formation centriste et réformatrice, père de Nicolas Brimo, futur directeur du Canard enchaîné[1]

Journaliste à Rouge (1976-1978)

Il effectue des piges pour Rouge, un hebdomadaire de cette mouvance dès 1969, alors qu’il exerce encore la profession de sociologue dans un centre de recherche[3]. Il est ensuite embauché quand ce journal devient quotidien, de 1976 à 1978 et travaille alors avec Edwy Plenel, qui est à la rubrique éducation tandis que lui est à la rubrique police-justice[3].

Assez rapidement le tirage de ce quotidien est retombé, pour se stabiliser à seulement 3 000 ou 4 000 exemplaires[6]. Malgré « une forme artisanale et militante » de journalisme, il est « reconnaissant » d'être considéré comme un « journaliste comme les autres par ses confrères »[7].

Admiration pour James Sarazin

Au cours de ses enquêtes, il « croise souvent » James Sarazin, le rubriquard police du Monde, « le mieux informé de toute la profession (...) à qui tous les autres doivent beaucoup »[8]. Comme d'autres, Georges Marion admire celui qui « rend compte avec une compétence sans égale des diverses facettes de la réalité policière », en fréquentant « assidûment les syndicats » et en parvenant « par leurs militants à nouer des contacts dans tous les services ». Issu d'un « milieu modeste », il est à l'écoute d'un « métier que ses membres, plus éduqués » que la génération précédente, « entendaient faire sérieusement, avec un minimum de reconnaissance sociale »[9].

Quand le patron du casino niçois Ruhl s'estime diffamé par un livre de James Sarazin et lui fait un procès, le quotidien d'extrême-gauche avertit ses lecteurs militants en donnant les dates d'audience[10]. En novembre 1977, à l’occasion de l’affaire Klaus Croissant, James Sarazin a « ridiculisé » les ministres de la Justice et de l’Intérieur de Valéry Giscard d'Estaing, observe Marion, en révélant dans Le Monde, grâce à une « fréquentation assidue » des syndicats de policiers, comment fut remplie artificiellement une salle d’audience[11] par des élèves du Centre d'application des polices urbaines (CAPU)[12], afin qu'elle ne se transforme pas en caisse de résonance des partisans de Klaus Croissant.

Rencontre de Bernard Deleplace

Comme James Sarazin, Georges Marion se met à fréquenter « assidûment les organisations professionnelles policières, notamment le syndicat national autonome des policiers en civil (Snapc) »[13]. C’est avec Bernard Deleplace, responsable du SGP, qu’est réglé en 1978 le problème d’allégations infondées, sous couvert de points d’interrogations, de mauvais traitements par des policiers à une jeune allemande, Heidi Kempe Botcher, dans le 19e arrondissement de Paris au printemps 1978[14], alors que le journal est sous la pression de militantes de la LCR[15].

Journaliste au Canard Enchaîné (1979-1986)

Rencontres avec Claude Angeli

James Sarazin souhaitant changer de rubrique, il propose aux dirigeants du Monde la candidature de Georges Marion, qui en rencontre plusieurs, sans succès. Il quitte quand même le journal Rouge, désirant trouver une situation plus stable et pouvoir travailler librement. En mars 1979, titulaire d’une carte de presse mais au chômage[16], il est candidat au Canard enchaîné, reçu par Claude Angeli, qui ne lui propose que des piges. C'est seulement trois ans ans après qu'il décrocher un salaire mensualisé, en 1981[17], après avoir en 1980 apporté des informations exclusives importantes dans l’affaire De Broglie[3], étayées par un rapport de police officiel, qui lui valent une pige au montant très élevé, au versement réparti sur plusieurs mois pour ne pas attirer l’attention des Renseignements généraux[18]. En 1981, il est stupéfait d’apprendre que le nouveau ministre de l’intérieur Pierre Joxe n’en tire pas de conséquences[3]. En 1980, il travaille quelque temps au Nouvel Observateur et rencontre l’inspecteur divisionnaire des Renseignements généraux Gilles Kaehlin[19].

Affaire des Irlandais de Vincennes

Il a travaillé en tandem avec Edwy Plenel, alors au journal Le Monde, pour révéler les scandales des Irlandais de Vincennes et du Rainbow Warrior[20],[21]. Concernant la première de ces deux affaires, c’est son ex-collègue de Rouge, Edwy Plenel, qui vient d’intégrer, pour un remplacement, la rubrique police-justice du Monde, après avoir travaillé à la rubrique Éducation, qui reprend contact avec lui en janvier 1983, discute avec lui de cette affaire, puis publie dans Le Monde du 1er février 1983 le premier article récapitulant les aspects peu clairs de cette affaire. Peu après, les trois Irlandais sont libérés en mai[22].

Georges Marionn est est dès lors surveillé de près par l’Élysée[23] et accepte de rencontrer à l’été 1983 le capitaine Paul Barril, qui l’informe sur les abus de certains nationalistes en Corse, donnant un gros scoop au Canard enchaîné[24], ce qui déclenche un second, apporté cette fois par Thierry Fagard, avocat de Jean-Marc Rouillan, en fuite, que Baril avait tenté d’approcher et qui informe Georges Marion[25].

Sa réputation d’enquêteur solide ne cesse de se renforcer auprès des sources. En novembre 1984, il est contacté par le commandant Jean-Michel Beau, acteur important de l’ affaire des Irlandais de Vincennes[26]. En janvier 1985, il publie ainsi un article mettant en cause le commandant Prouteau, chef de la cellule antiterroriste de l'Élysée, nommé quelques jours après l'intervention de 1982 contre les trois Irlandais de Vincennes.

Affaire Greenpeace, coulage du Rainbow Warrior

Mi-juillet 1985, juste après que le bateau de Greeneace Rainbow Warrior a coulé en Nouvelle-Zélande, il dîne avec une de ses sources d’information Pierre Verbrugghe, qui ne desserre pas les dents sur le sujet[27] mais accepte de dîner à nouveau deux mois plus tard avec lui, le vendredi 13 septembre, cette fois avec Edwy Plenel, et alors que toute la presse est intoxiquée[28] depuis des semaines: les autorités françaises multiplient les écrans de fumée et fausses pistes : agents provocateurs, services secrets britanniques ou russes, militants d'extrême droite, agents de renseignement calédoniens loyalistes, etc.[29]

Pierre Verbrugghe informe Plenel et Marion que le bateau a été coulé par une 3e équipe française[30], pièce manquante au puzzle[31]. Georges Marion prévient son directeur. Et sans dévoiler sa source, rédige une note, qui le mardi, jour du bouclage, la transforme pour y ajouter que ce sont les Anglais qui ont coulé le bateau[32]. Mais entre-temps Le Monde daté du 17 octobre innove en annonçant pour la 1re fois aux agences de presse, plusieurs heures avant sa sortie en kiosques, le contenu de sa Une, ce qui permet d’éviter un conflit entre Georges Marion, réticent à signer un article dont il désapprouve la transformation[33]. En quelques minutes, le Canard enchaîné refait sa page pour donner cette fois deux versions, dont l’une est la note transmise par Georges Marion[31]. Charles Hernu dément, exige des preuves, mais le surlendemain L’Express reprend l’info, cette fois en dévoilant le nom des agents meurtriers[34]. Le Charles Hernu démissionne Marion[35] et le , Laurent Fabius finit par admettre à la télévision que les services secrets français ont mené l'attaque du Rainbow Warrior[36].

Juste après, en octobre 1985, ces révélations et son aplomb à les maintenir lui bénéficient dans une autre affaire déjà suivie : il rencontre Bernard Jégat, à l’origine de l’affaire des Irlandais de Vincennes, via deux intermédiaires successifs, son collègue Érik Emptaz et le producteur irlandais Andrew Orr[37]. Il a alors le projet de quitter Le Canard enchaîné car Claude Angeli l’a peu soutenu dans l’affaire du Rainbow Warrior, et il s’inquiète d’« une rétention de l'information » par sa direction, selon lui explicable par la proximité qui existait entre quelques membres de la rédaction du journal et l'entourage de François Mitterrand. Les confidences de Jegat sont synthétisées dans une note que Marion transmet à Plenel, qui en fait un scoop du Monde le 31 octobre 1985[38].

Marion découvre au même moment que Jégat avait en 1982 rencontré Paul Baril par le biais d’Élisabeth Schemla, du Nouvel Observateur, en 1982 puis s’était confié dès janvier 1984 à Jean-François Kahn, qui avait alors lancé une enquête de Pierre Péan sans la publier[39] et l’annonce publiquement en 1985. Il soupçonne Le Canard enchaîné d’avoir fait la même chose, car Pierre Péan a beaucoup travaillé pour Claude Angeli. Dans ses mémoires, Georges déplorera qu’il ait fallu attendre une audience d’appel en 2006, dans un procès en diffamation, pour que Christian Prouteau reconnaisse la machination organisée par Baril en 1982[40].

Journaliste au Monde (1986-1998)

Neuf mois après avoir quitté Le Canard enchaîné, il débute au Monde le 1er septembre 1986[41].

Il y rejoint son ancien collègue du quotidien Rouge, Edwy Plenel. Les deux noms deviennent synonymes d'un travail en tandem au sein d’une même rédaction, comme ceux de Jacques Derogy et de Jean-Marie Pontaut à L’Express alors qu'ailleurs existe « un exercice plus solitaire du métier » [42]. Les négociations pour son embauche ont lieu au cours de l’été 1986, et plus tard, en 1993, quand sera révélée par Libération l’affaire des écoutes de l’Élysée, une erreur de transcription fera croire que le général René Imbot, nouveau patron de la DGSE depuis septembre 1985 après l’affaire du Rainbow Warrior, était concerné[43], son nom étant confondu avec celui du commandant Beau.

Affaire Carrefour du développement

Sa première enquête est sur l’affaire du Carrefour du développement, débutée au début de la première cohabitation, une affaire politico-financière de détournement de fonds publics, qui implique notamment Christian Nucci, ministre de la Coopération socialiste jusqu'en 1986 et son chef de cabinet, Yves Chalier. La presse révèle qu'Yves Chalier a été approché lors de l'alternance politique de mars 1986, par des hommes du ministre de l'Intérieur Charles Pasqua qui l'ont exfiltré au Brésil en chez Jules Filippeddu, entrepreneur du milieu des jeux[44], en échange d'une lettre de 13 pages au nouveau ministre Michel Aurillac, détaillant les montages financiers qu'il avait créés[45] à son profit, notamment pour l'achat du château en Sologne[45]. La presse révèle aussi bénéficié à l'occasion de sa fuite au Brésil d'un « vrai-faux passeport » et un faux permis de conduire au nom d’« Yves Navarro », délivrés par le directeur de la DST.

Plenel et lui révèlent aussi dans l'édition du du Monde, que ce fut avec l’autorisation du ministre de l’Intérieur de l'époque, Charles Pasqua[17],[46]. C est lui qui a obtenu l’information au téléphone, par deux appels successifs au patron de la DST, après avoir préparé les questions avec Plenel[47]

Affaire Péchiney

Il est aussi connu pour avoir enquêté sur l’affaire Péchiney, suivie aussi article l’inspecteur Gilles Kaehlin[48]. Le 22 janvier 1989, il révèle, dans un article cosigné par Edwy Plenel, que Roger-Patrice Pelat, ami intime de François Mitterrand, a acheté 40 000 actions secrètement, moment de bascule de l’affaire Péchiney[49]. L’article précise qu’un rapport d’enquête policière a été transmis à l’Élysée, qui le lendemain dément [50]. Deux jours après ce démenti, Le Monde publie un article réitérant ses informations et expliquant en partie comment il les a obtenues[50], mais les deux journalistes d’investigation ne sont pas d’accord : alors que Plenel « veut frapper un grand coup pour impressionner l’ennemi et l’amener à d’avantage de prudence » grâce à ces révélations[51], Georges Marion aurait préférer mépriser cet ennemi, « faire le gros dos », et surtout désapprouve un renoncement partiel au principe de protection des sources. Dans ses mémoires publiés 20 ans plus tard, il souligne que « la pilule n’est toujours pas passée »[51].

Postes à Alger et Johannesburg

A l’été 1989, il informe le chef du service Étranger du Monde qu’il souhaite rejoindre son équipe. Un poste se libère à l’autonome et il est nommé peu après correspondant du journal Le Monde à Alger, où il a des différents avec le pouvoir politique algérien, qui tente sans succès de le faire remplacer[52]. Il est expulsé par le pouvoir en 1992 et nommé correspondant du journal Le Monde à Johannesbourg, en Afrique du Sud, où il couvre la fin de l’apartheid[53].

Il tient entre 2013 et 2018 un blog intitulé Ma boite à souvenirs sur le site d’informations Arrêt sur images[54].

Publications

Notes et références

Liens externes

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