Georges Smal
écrivain belge
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Biographie
Enfance et formation
Georges Smal nait à Houyet le [1].
Il commence à travailler dès ses 14 ans[2], durant la Seconde Guerre mondiale, comme porteur d'avis à la gare de sa ville natale[1]. Il participe aussi à la résistance locale[1].
Il entreprend ensuite des études tardives en Humanités anciennes, qu'il mène de ses 20 à ses 24 ans[2] et qu'il prolonge de deux années de philosophie au Collège Notre-Dame de Bonne-Espérance[1].
Carrière professionnelle et politique
À la suite d'une formation syndicale, Georges Smal devient permanent de la Confédération des syndicats chrétiens pour la province de Luxembourg. Il vit alors à Marche-en-Famenne, où il siège durant 8 ans comme échevin. Il est également conseiller de la province de Luxembourg de 1960 à 1964[1].
En 1966, à la suite d'études en organisation scientifique du travail[Quoi ?], son syndicat lui confie des responsabilités liées à l'analyse économique régionale et à la formation des cadres. Il déménage de ce fait à Namur, où il est élu conseiller communal et provincial[3].
Engagé au parti social-chrétien, il est successivement attaché aux cabinets des ministres Henri-François Van Aal, Jean-Pierre Grafé, Michel Hansenne et Jos Chabert[4]. Il contribue notamment, au Ministère de la Culture, à la création de la Commission pour la Promotion des Lettres dialectales de Wallonie, en 1976[5].
À la fin de sa carrière, il est attaché culturel du gouvernement de la province de Namur et de la Maison de culture de Namur[4].
Il est Chevalier de l'ordre de Léopold[6].
L'œuvre wallonne
Georges Smal est reçu membre du cercle littéraire dialectal Lès Rèlîs Namurwès en 1952[7],[8]. En 1960, il obtient la cocarde décernée au membre ayant fourni le travail le plus méritoire au cours de l'exercice écoulé[9]. À compter de 1968 et jusqu'à son décès en 1988, il occupe la vice-présidence du cercle[2].
Il pratique essentiellement la poésie et se distingue rapidement dans cet art. En 1953, Joseph Calozet le cite déjà comme un espoir des lettres wallonnes dans une communication à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique[10].
De son vivant, quatre recueils ont paru : Vint d' chwache (« Vent qui blesse », 1953), A l' tach'lète (« En livrant la balle », 1956), Feu di strin (« Feu de paille », en trois livraisons, 1959) et Cayôs d'êwe (« Galets », avec une traduction française par Jean Guillaume[11], 1973). Ses poèmes inédits et poèmes épars sont réunis par Andrée Bacq (wa) — membre, comme Smal, des Rèlîs Namurwès — et publiés en 1992 sous le titre One vôye d'êwe[12].
L'œuvre poétique complète, très dispersée, comporte environ 180 poèmes[13].
Georges Smal est reçu membre titulaire de la Société de langue et de littérature wallonnes en 1969[4]. Il est aussi membre correspondant de l'Académie luxembourgeoise et trésorier de la Fondation Joseph Calozet[2].
L'œuvre française
En français, le recueil De sel et d'eau reçoit en 1981 la médaille d'or de l'Académie internationale de Lutèce[14].
Vie privée
Georges Smal se marie une première fois à Marche-en-Famenne et a une fille, mais son épouse meurt jeune[1].
Il se remarie en 1964 avec Maryse Lurquin, origine de Houyet comme lui. Deux enfants naissent de cette second union[4].
Il réside durant ses dernières années à Salzinnes, un faubourg de la ville de Namur, et meurt à Bouge — un autre faubourg de la même ville — le [1].
Particularités littéraires et réception critique
Smal étant originaire de Houyet, le dialecte qu'il emploie diffère souvent de celui de Namur, où est située une part de son lectorat. Dans ses vers, nombre de mots relèvent du lexique de l'Ardenne méridionale et sont peu connus de la production littéraire namuroise. Son écriture est par ailleurs caractérisée par l'utilisation de néologismes créés par extension de sens ainsi que par des emprunts grammaticaux.
Dans la production dialectale de la seconde partie du XXe siècle, Smal se distingue par la richesse de sa langue et par une poésie imagée déployant des motifs d'une grande finesse. D'après Victor George, il pratique une poésie « dure comme pierre, tout en concision et rugosités, [qui] se dérobe souvent à la compréhension immédiate »[5]. Pour cette raison, il est critiqué par des personnalités comme Lucien Maréchal, pour qui la poésie wallonne se doit d'être accessible à tous.[réf. nécessaire]
Les vers de Smal sondent particulièrement les bouleversements survenus dans l'après-guerre, la dichotomie opposant une société rurale fonctionnant encore largement sur la base des usages anciens et la vie moderne, où les évolutions sont rapides et permanentes.[réf. nécessaire]
Vers la fin de sa carrière, il pratique le plus souvent le douzain d'octosyllabes[15].
La dialectologue Marie-Thérèse Bettonville-Counet juge que cette poésie exigeante et parfois elliptique demeure néanmoins claire :
« [Georges Smal] maîtrise avec une évidente clarté ses angoisses et ses impuissances […]. Concentrée, planifiée, l'expression roule avec aisance. L'intention profite des hasards ; la pensée, grave, prend un tour elliptique […][16]. »
Inspiré par Jean Guillaume[17], il appartient comme lui à la « nouvelle poésie wallonne », où son œuvre voisine aussi avec celles d'Émile Gilliard et de Willy Félix[18]. À son tour, il influence des poètes tels que Lucien Somme et René Clinias.
Prix et Distinctions
- 1952 : admission à la société des Rèlîs Namurwès[7]
- 1953 : Prix de l'Éducation et Expansion artistique (Liège) pour Vint d' chwache et Airdiè[19]
- 1956 : mention honorable au concours spécial du Xe anniversaire de Chîjes èt pasquéyes[20]
- 1957 : Prix biennal de la Ville de Liège pour Vint d' chwache et A l' tach'lète[4],[21],[note 1]
- 1958 : Prix biennal de littérature wallonne du Gouvernement pour A l' tach'lète[4],[23]
- 1959 : Gaillarde d'Argent du Comité Central de Wallonie[23]
- 1969 : admission à la Société de langue et de littérature wallonnes[4]
- 1977 : Prix biennal du Gouvernement pour la poésie wallonne[4]
- 1981 : Médaille d'or de l'Académie internationale de Lutèce pour De sel et d'eau[4],[14]
- 1985 : Grand Prix de la Chanson wallonne[11]
Chevalier de l'ordre de Léopold
Postérité
Georges Smal fait partie des auteurs sélectionnés par Maurice Piron pour ses deux florilèges de la langue wallonne, Poètes wallons d'aujourd'hui (1961) et Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie (1979). Son œuvre figure aussi dans d'autres anthologies spécialisées[24],[25] et, en 1965, il est sélectionné parmi les dix poètes de langue wallonne édités en russe par Evgueni Vinokourov dans l'anthologie Из современной бельгийской поэзии (« De la poésie belge contemporaine »)[26]. Il a encore été traduit en langue anglaise par Yann Lovelock (en), qui a fait paraitre des adaptations de ses poèmes dans les anthologies The Colour of the Weather (1980) et In the Pupil's Mirror (1997) et dans deux périodiques littéraires britanniques : Iron (no 22) et Peeping Tom (no 3)[27].
Le Grand prix Georges-Smal (wa), un concours d'interprétation de poésie wallonne, est créé en 1999 par Michel Gilles et Robert Delieu[17] sous l'égide du Service de la Culture de la Ville de Namur[28]. Il est organisé de manière irrégulière jusqu'en 2009.
Depuis 2019, un espace hébergé dans l'ancienne gare de Houyet porte son nom[29]. Dans la même localité, un sentier qu'il empruntait pour se rendre au jardin familial a aussi été rebaptisé « Pazia[note 2] Georges Smal »[30].
Œuvres
Poésie
- (wa) « Vint d' chwache », Les Cahiers wallons, 2e série, année 1953 nos 1-2, , p. 1-56 (lire en ligne
). - (wa) A l' tach'lète, Namur, Imprimerie J. Servais, , 36 p.
- (wa) « Feu di strin », Les Cahiers wallons, 2e série, année 1959 nos 6-7-8, , p. 121-123, 144-145, 161-162 (lire en ligne
) - (wa + fr) « Cayôs d'êwe - Galets », Les Cahiers wallons, 2e série, année 1973 nos 6-7, , p. 85-116 (lire en ligne
)[note 3]. - (wa) « One vôye d'êwe », Les Cahiers wallons, 2e série, 55e année nos 10-11, , p. 153-184 (lire en ligne
).
Études
- « Renouveau de la poésie wallonne dans l'œuvre du R.P. Jean Guillaume, S.J.-R.N. », Les Cahiers wallons, 2e série, 55e année no 9, , p. 133-152 (lire en ligne
).