Gigthis

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Gigthis (arabe : جكتيس, également translittéré Jektiss ou Jektis) est un site archéologique punique et romain situé dans le sud de la Tunisie, dans l’actuel gouvernorat de Médenine. Le site se trouve au fond du golfe de Bou Ghrara, face à l’île de Djerba, le long de l’ancienne route côtière reliant Carthage à Leptis Magna.

Faits en bref Localisation, Pays ...
Gigthis
Image illustrative de l’article Gigthis
Localisation
Pays Drapeau de la Tunisie Tunisie
Type Cité antique
Coordonnées 33° 32′ 20″ nord, 10° 40′ 24″ est
Superficie 50 ha
Histoire
Culture Punique, romaine
Géolocalisation sur la carte : Tunisie
(Voir situation sur carte : Tunisie)
Gigthis
Gigthis
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Fondée à l’origine comme comptoir phénicien, Gigthis fut intégrée au royaume numide avant d’être annexée en 46 av. J.-C. à la province romaine d’Africa Nova après la bataille de Thapsus. Elle fut ensuite rattachée à l’Africa Proconsularis puis, après les réformes de Dioclétien, à la province de Tripolitaine. [1]

Le site couvre environ 50 hectares sur un plateau côtier situé à une dizaine de mètres au‑dessus du niveau de la mer. Il s’ouvre vers l’est en direction du golfe et conserve des vestiges importants des périodes hellénistique, romaine et byzantine. Son plan urbain, son centre monumental et ses nécropoles illustrent le développement et la prospérité de la cité, particulièrement aux IIe et IIIe siècles apr. J.-C. [1]

Toponyme

Le nom de Gigthis est transmis sous diverses formes par les textes grecs et latins. La plus ancienne pourrait être Épichos dans le Périple de Scylax[2], que Müller corrige en Egichtos [3]. Ptolémée mentionne la forme Gichtis (Γιχθίς)[4], tandis que la cartographie moderne ancienne donne Gyethis. L’Itinéraire d'Antonin cite Giti municipium[5], la Table de Peutinger Gigti[6], l’Itinerarium Maritimum Gitti[7], et la Cosmographia de Ravenne Gigthi puis Gittit[8].

Toutes ces formes sont des transcriptions grecques et latines d’un nom punique — ou libyen — dont la forme originelle demeure inconnue. [3]

Histoire

Période punique

Gigthis est attestée pour la première fois dans le Périple de pseudo-Scylax, généralement daté entre 360 et 336 av. J.-C. À cette époque, le port porte déjà ce nom, considéré comme d’origine phénicienne. La côte où se développe Gigthis attire très tôt navigateurs phéniciens et grecs. Les données linguistiques et historiques suggèrent une fondation phénicienne, soit par des colons venus directement de Phénicie, soit dans le cadre de l’expansion carthaginoise. [9]

L’association des cultes de Liber Pater et d’Hercule, attestée sur le site, est interprétée comme un indice de liens avec Tyr. La mention du port dans le Périple reflète son usage par les navigateurs grecs, tandis que la présence précoce des cultes de Sérapis et d’Isis témoigne de relations établies avec Alexandrie. [9]

Période numide

Après la Deuxième Guerre punique, Massinissa profite de l’affaiblissement de Carthage et de la tolérance romaine pour s’emparer des emporia côtiers. Après la création de la province d’Africa par Rome, les héritiers de Massinissa conservent leurs territoires. Gigthis demeure ainsi sous domination numide pendant plus d’un siècle, période défavorable à son développement. [10]

Alors que le Périple de Scylax mentionne encore Gigthis au IVe siècle av. J.-C., des géographes ultérieurs comme Strabon, Pomponius Mela ou Pline l’Ancien ne la citent plus. Cette absence suggère un déclin des emporia sous domination numide. [10]

Période romaine

Gigthis passe sous contrôle romain définitif en 46 av. J.-C., lorsque Jules César réorganise la Numidie en Africa Nova. Auguste fusionne ensuite Africa Nova et Africa Vetus, intégrant Gigthis dans la province proconsulaire pendant plus de trois siècles. [10]

La ville connait une prospérité croissante après la pacification de la région. La construction de la chaussée d’El-Kantara ouvre le golfe au commerce maritime, permettant à Gigthis de passer du cabotage local à l’exportation vers Ostie. Des liens étroits avec cette dernière sont attestés par la présence du culte de Cybèle et de patrons municipaux italiens. [11]

Sous les Antonins, Gigthis devient un municipium, doté d’un sénat, de magistrats et de prêtres du culte impérial. Un nouveau port orienté au nord restructure l’urbanisme, tandis qu’un forum monumental avec un temple de Sérapis-Isis devient le cœur de la cité. [12] La ville connait une ascension politique continue : obtention du Latium maius, élévation de notables locaux à l’ordre équestre, présence de familles sénatoriales, embellissements financés par les élites. [13][14]

Sous les Sévères, la région est sécurisée et Gigthis bénéficie de restaurations importantes, notamment sous Caracalla (réparations routières en 216) et sous Dioclétien, Maximien et Constantin. [15] La cité reste active jusqu’à la fin de l’Antiquité tardive. Un évêque Gittensis est attesté en 411. [16]

Histoire des fouilles

L’identification du site de Gigthis, situé à Sidi‑Salem‑Bou‑Ghrara, revient à Victor Guérin en 1860. [17] Il y observe plusieurs piédestaux, dont l’un portait une dédicace à Marc Aurèle : [18]

IMP·CAES M·AVRELIO ANTONINO PIO·FELICI AVG· GIGTHENSES PVBLICEAu divin empereur César Marc Aurèle Antonin, pieux et heureux Auguste, le peuple de Gigthis (a dédié ce monument) aux frais publics

En 1884, Salomon Reinach et Ernest Babelon mettent au jour plusieurs statues et inscriptions. En 1901‑1902, le Service des Antiquités entreprend le dégagement systématique du forum sous la direction de Delous puis Chauvin, sous la supervision de Paul Gauckler. [19][20]

Entre 1915 et 1916, Léopold-Albert Constans réalisa la première étude exhaustive du site. Des recherches ultérieures furent menées par Ferchiou (1981), Pisanu (1990), Trousset (1998) et Bullo (2002). [1]

Topographie et organisation urbaine

Les ruines occupent un plateau en pente douce descendant d’ouest en est, depuis la zone identifiée comme le quartier du marché jusqu’à la mer. Le forum de la cité et ses annexes se trouvent sur le versant nord de cette vallée.

Secteur nord

Au nord, le long du rivage, se trouvent les vestiges d’une citadelle byzantine ainsi qu’une vaste nécropole contenant des sépultures datées des IIIe ou IIe siècles av. J.-C. [21]

Secteurs ouest et nord‑ouest

Du côté intérieur, les limites occidentales et nord‑occidentales du site comprennent d’autres nécropoles ainsi que des thermes et des gymnases, témoignant de l’infrastructure sociale et culturelle de la cité. [21]

Secteur sud

La limite sud, tournée vers la mer, est bordée de plusieurs villas vastes et luxueuses. En retrait de ces habitations se dresse un temple dédié à Mercure, indiquant à la fois une occupation résidentielle élitaire et une activité religieuse. [21]

Centre urbain

Le centre de Gigthis s’organise autour du forum et de ses bâtiments publics associés, formant le noyau administratif, commercial et religieux de la ville. Ce quartier central occupait le versant nord de la vallée descendant du quartier occidental du marché vers la mer. Sa position permettait au forum de dominer le paysage urbain environnant tout en restant accessible depuis les principales voies reliant les nécropoles, les quartiers résidentiels et les installations côtières. [21]

Construction et matériaux

Construction en appareil mixte : grand appareil et moellons

La construction à Gigthis combine le grand appareil et les murs en moellons. Le grand appareil utilise des blocs de calcaire blanc poreux liés au mortier, posés sur des fondations en moellons. Les murs en moellons emploient un calcaire brun arrondi autour d’un cadre en pierre de taille, soigneusement travaillé dans les phases anciennes ; les phases plus tardives mêlent moellons équarris et non équarris en assises horizontales rappelant un appareil de brique. [22]

La brique cuite est rare, limitée aux fours et aux hypocaustes, tandis que la brique crue et le pisé sont courants dans les habitations, seuls les 0,80 à 2 m inférieurs des murs étant en moellons pour assurer solidité et protection contre l’humidité. [22]

La pierre taillée inclut divers marbres et calcaires : marbre gris veiné de violet, placages d’onyx, calcaire coloré à grain fin (principalement ocre jaune, mais aussi rose et rouge) utilisé pour les bases, entablements, colonnes et chapiteaux, généralement monolithiques et rarement stuqués. Le calcaire blanc est réemployé plus tard pour les corniches et les tambours de colonnes, toujours stuqués ; un calcaire gris fin, des grès rouges et gris, ainsi que du granite gris apparaissent également, notamment dans le temple de Mercure et le marché. [23]

Les mortiers varient en qualité, les meilleurs se trouvant au forum et dans le complexe thermes‑palestre, réalisés avec du sable importé, contrairement au sable local de mauvaise qualité, parfois remplacé par du sable marin. Le béton de ces zones monumentales est extrêmement solide, riche en tuile concassée, tandis qu’un enduit abondant et de haute qualité est largement utilisé sous forme de stuc blanc, principal revêtement décoratif. [22]

Monuments

Forum et ses annexes

Forum

Forum et ses annexes

Le forum de Gigthis est un complexe monumental soigneusement planifié, centré sur une esplanade rectangulaire entourée de portiques sur trois côtés et dominée à l’ouest par un grand temple. L’ensemble, clos par un vaste mur périmétral en grand appareil, suit des proportions conformes aux principes architecturaux vitruviens, notamment une orientation délibérée ouest sud ouest / est nord est. L’esplanade et les portiques sont pavés de dalles calcaires, et l’ensemble est aménagé avec une légère pente permettant l’évacuation des eaux vers l’égout principal. [24]

Les portiques comportent des colonnes monolithes en calcaire rougeâtre, surmontées de chapiteaux corinthiens de deux types distincts : un modèle classique plus ancien et un style plus tardif aux larges feuilles d’acanthe et figures humaines occasionnelles, témoignant de phases de restauration. Certaines portions des portiques nord et est sont doublées afin de fournir davantage d’ombre dans l’angle nord‑est, zone apparemment très fréquentée. [25]

Forum et ses annexes

Les statues jouent un rôle majeur dans le programme visuel du forum. Les bases encore en place montrent que magistrats municipaux et empereurs y sont représentés, dont un remarquable piédestal cruciforme ayant porté une louve en bronze avec Romulus et Rémus, don de Q. Servaeus Macer. Contrairement à de nombreux forums romains, celui de Gigthis ne présente aucune trace de boutiques permanentes, suggérant un espace principalement dédié aux fonctions civiques, politiques et religieuses. [26]

Temple central du forum

Temple

Le principal monument du forum est un grand temple corinthien occupant l’extrémité occidentale de l’esplanade. Hexastyle, prostyle et pseudopériptère, il est construit principalement en grands blocs de calcaire, tandis que les murs de la cella sont en moellons renforcés par des chaînages en pierre. L’édifice repose sur un podium de 3,30 m de haut, doté d’une base à cyma renversée et d’une corniche supérieure simple. Le podium présente un renforcement délibéré sous les lignes de colonnes, où des blocs plus grands étaient alternés pour supporter le poids de la superstructure. [26]

L’accès se faisait par un escalier monumental menant à une large plate‑forme, peut‑être utilisée pour des allocutions publiques. La façade comportait douze colonnes en marbre gris‑violet, à cannelures rudentées et chapiteaux corinthiens massifs, tandis que l’entablement portait une corniche richement ornée de feuilles d’acanthe en stuc et de motifs perlé‑et‑jonc. Des pilastres corinthiens décorent les murs arrière et latéraux, au‑dessus d’un socle continu mouluré. [27]

La cella, accessible par une porte de 3,10 m de large, possédait un mur arrière doublé, probablement destiné à supporter plusieurs statues de culte. L’extérieur est entièrement recouvert de stuc blanc, constituant un repère visuel pour les marins approchant du port. Des bases flanquant l’escalier portent autrefois des colonnes, dont l’une supportait un cadran solaire hémisphérique. Les éléments sculptés identifient le temple comme dédié au dieu‑Soleil Sérapis. [28]

Sanctuaire du Génie d’Auguste

À gauche du temple, trois seuils donnent accès à une grande salle profonde de 6,50 m et avançant de 2,80 m sur l’esplanade ; le mur la séparant du forum est construit en moellons avec chaînages en pierre de taille.

La salle est pavée, comme le portique, de dalles de calcaire jaune. Au fond, au centre, une dédicace incomplète figure sur une base en calcaire rouge, restituée comme : geNIo AVGVSTI (Genius Augusti). En 1884, la tête en marbre de la statue qui se trouve sur cette base est découverte. [29]. Le sanctuaire est donc dédié au culte du Génie de l’empereur — plus précisément au Génie de l’empereur vivant. Il est compréhensible que, lorsque ce culte est établi sur le forum de Gigthis, il a été placé sous le patronage du souverain dont il émanait. [30]

Porte sud du forum

Au milieu du portique sud, une porte dotée d’un seuil en calcaire rouge de 2,90 m de large donne accès à une petite place pavée. Les blocs de grès rouge de part et d’autre conservent les cavités des gonds, indiquant la présence d’un dispositif de fermeture. De cette place partent deux rues : l’une vers le sud, en direction des thermes, l’autre vers l’ouest le long du forum. Le seuil, surélevé de 5 cm par rapport au pavement, ainsi que les dispositifs similaires aux portes nord et est, montrent que l’accès au forum est fermé aux véhicules et que l’espace est clos le soir. Ces aménagements reflètent un contrôle strict de la circulation et une volonté de préserver le caractère civique et cérémoniel du forum. [31]

Sanctuaire sud

À l’est de l’entrée principale du portique sud, un sanctuaire ouvert formé d’une large baie divisée par des colonnes constituait un point focal décoratif du forum. Construit en moellons avec renforts en pierre de taille, il conserve des traces de placage en marbre gris et contenait une base cubique moulurée ayant porté une statue. Le sanctuaire fonctionnait comme une exèdre plutôt qu’une pièce fermée, et son caractère ornemental est confirmé par la présence de piédestaux allongés probablement destinés à des statues équestres. [31]

Tribune aux orateurs

L’arrière du portique sud comporte un socle en calcaire rouge supportant des blocs en calcaire blanc et un escalier bien conservé menant à une plate‑forme en béton surélevée dominant à la fois le forum et la basilique. Une corniche moulurée et divers éléments architecturaux indiquent une structure monumentale. La plate‑forme sert probablement de tribune aux orateurs, comme le suggère un bloc inscrit et la probable présence d’une statue de Victoire, conformément aux traditions romaines associant ce type de monument aux triomphes militaires. Les caractéristiques stylistiques et la mention de la victoria Britannica (210 apr. J.-C.) suggèrent une construction sous les Sévères. La tribune pouvait avoir des fonctions civiques et judiciaires. [31]

Basilique

Le plan original de la basilique civile est difficile à reconstituer en raison de profondes modifications d’époque byzantine, bien que les bases de colonnes conservées indiquent trois nefs et une tribune arrière. De petites pièces flanquant les nefs latérales rappellent celles de Timgad et ont pu servir de boutiques ou de bureaux ; à Gigthis, certaines contiennent de précoces voûtes en pierre, peut‑être destinées au stockage d’archives précieuses. [32][33]

L’édifice comporte des colonnes d’ordre dorique en calcaire blanc recouvert de stuc. L’entrée principale se situe probablement au sud, avec un accès secondaire depuis le forum et un autre depuis le quartier portuaire. Des irrégularités architecturales — mur oblique, désalignement de la rue du Forum — suggèrent que la basilique est antérieure aux constructions environnantes et est conservée lors de la réorganisation urbaine. [34]

Des reconstructions ultérieures, peut‑être au IIIe siècle, introduisirent de nouvelles colonnes et divers aménagements. À l’Antiquité tardive, le bâtiment subit d’importantes transformations, et des inscriptions chrétiennes laissent envisager une possible, bien que non confirmée, réutilisation comme lieu de culte chrétien. [35]

Entrée orientale du forum

Entrée orientale du forum

L’entrée orientale du forum est une porte monumentale en calcaire rouge, non stuquée. Elle se compose de deux piliers carrés cannelés reposant sur une base moulurée et surmontés de chapiteaux corinthiens décorés de feuilles aquatiques et de rosaces. Un arc en sept claveaux, richement mouluré sur ses faces interne et externe, forme l’ouverture. Au‑dessus se trouve un attique couronné d’une corniche. Deux plaques inscrites en calcaire jaune — autrefois intégrées à cet attique — sont réemployées dans le pavement de la rue. L’ensemble reflète un accès soigneusement conçu et richement décoré. [36]

Temple de Liber Pater

Identifié avec certitude grâce à son inscription dédicatoire, ce temple occupe une position marquante le long du côté est du forum et correspond au « Temple B » sur le plan du site. Les données épigraphiques associent sa construction au règne de Marc Aurèle et à M. Julius Mundus, situant le monument à la fin du IIe siècle apr. J.-C., période de prospérité civique et d’ambition architecturale. [37]

Contrairement au « Temple A », construit un demi‑siècle plus tôt dans une stricte imitation des prototypes romains, ce temple révèle une créativité architecturale provinciale marquée. Ses chapiteaux combinent oves, dards, sépales divergents et volutes jumelées reliées à la rosace de l’abaque par de fines tiges végétales, formant un système décoratif original tout en conservant des fondements ioniques. [38]

Le plan du temple est tout aussi singulier. Un couloir entoure la cella, peut‑être lié aux mystères de Dionysos‑Liber, dont le culte impliquait souvent une circumambulation rituelle. Le pronaos et le naos sont définis par un mur interne double contemporain de la construction originale. Le portique périphérique, pavé de calcaire jaune et soutenu par 28 colonnes monolithes, renforce la cohérence stylistique du monument. Ce langage architectural réapparaît dans le temple de Mercure, confirmant l’émergence d’une école locale ou régionale dans la seconde moitié du IIe siècle. [39]

Sanctuaire d’Hercule

Le petit sanctuaire adjacent au portique forme un espace sacré compact mais soigneusement agencé, mesurant 3,70 m sur 5 m et accessible par un large seuil encadré de deux bases de colonnes. Ses murs enduits et son pavement bien conservé indiquent une intégration délibérée dans le complexe architectural environnant. [37]

À l’intérieur, une grande base carrée se dresse contre le mur du fond, tandis que deux substructures superposées en calcaire — l’une grise, l’autre jaune — font face à l’entrée, rappelant l’agencement observé à l’autel du temple de Mercure.

Les découvertes archéologiques identifient le sanctuaire comme dédié à Hercule. Une tête en marbre finement sculptée, couronnée de feuilles de vigne et inspirée d’un original grec, évoque l’association traditionnelle entre Hercule et Dionysos. [37] Un bloc de marbre sculpté d’une patte de lion servait probablement de siège à la statue du dieu. La proximité du sanctuaire avec le temple de Liber Pater reflète l’association régionale forte entre Hercule et Dionysos, enracinée dans les traditions religieuses phéniciennes et attestée sur les monnaies de Leptis Magna et Sabratha. [40]

Temple C

Le « Temple C » est l’une des rares structures du forum construites entièrement en grand appareil, étroitement apparentée au « Temple A » et probablement datée du règne d’Hadrien. [41] Son plan comprend une cour pavée menant à un podium élevé et richement mouluré, encadré de colonnes et de pilastres reposant sur des bases caractéristiques en calcaire jaune. [40]

Le naos est extrêmement réduit, avec un mur arrière doublé suggérant une base continue destinée à des statues. [42] L’aspect le plus singulier est l’absence totale d’entrée : ni escalier frontal, ni porte depuis le couloir latéral, ni trace de gonds sur le seuil du naos. L’édifice fonctionnait donc comme une élégante aedicula destinée à abriter des statues plutôt que comme un temple accessible. [42]

Sanctuaire de Concordia Panthea

Le sanctuaire est une structure en moellons renforcée par des chaînages en pierre de taille et accessible par deux larges marches sous le portique. Son pronaos, ouvert et non fermé, contraste avec le naos, qui est sécurisé par une porte dont les trous de gonds sont encore visibles. [41]

Les murs du naos conservent des traces d’enduit et porte autrefois une moulure décorative, restituée à partir de fragments en calcaire blanc présentant une cyma et une bande en retrait. Le pavement est remarquablement intact, organisé en champs rectangulaires alternés — unis ou décorés de disques — utilisant des pierres polychromes créant des motifs rouges vifs sur fond jaune.

À l’arrière se dresse une base massive posée sur une dalle de calcaire rouge, s’évidant en niche dans sa partie supérieure. Cette base est ornée d’un parement en calcaire jaune et d’une moulure rouge, et supportait une aedicula à fronton et colonnes torsadées. L’aedicula abritait une statue de de Concordia Panthea aujourd’hui conservée au musée du Bardo. [41]

Sanctuaire d’Apollon

Une longue salle rectangulaire (6 m de long pour 3,30 m de profondeur) s’ouvre directement sur le portique. De chaque côté de l’entrée, de grands blocs de 0,37 m de haut supportent des bases de colonnes en calcaire rouge de type massif. Ces bases portent des colonnes lisses en calcaire jaune.

Les murs sont construits de la même manière que ceux du sanctuaire de Concordia ; des traces d’un enduit assez épais sont encore visibles. Le sol est en béton, sauf à l’arrière où un carré de 0,70 m semble indiquer l’emplacement d’une base. Cette salle est un sanctuaire d’Apollon, dédié en 162 par M. Ummidius Annianus Quadratianus, selon une inscription dont les fragments sont trouvés dans la pièce elle‑même. [43]

Fontaine

Salle dotée d’une profonde citerne reliée à un massif maçonné qui supportait probablement un réservoir d’eau. Des systèmes similaires observés dans les thermes voisins appuient cette interprétation. Deux murs parallèles devaient porter une fontaine alimentée par ce réservoir, hypothèse renforcée par la découverte de fragments de bassins en bronze. [43]

La fontaine pouvait comporter un masque d’Océan trouvé dans le Temple B, élément provenant de matériaux remployés du forum. Le monument est probablement dédié en 164 par Q. Servaeus. [44]

Espace public couvert

Il s'agit de deux pièces adjacentes, E et F, accessibles par un large seuil muni de marches en calcaire.

La pièce E, construite en grands blocs de pierre de taille, présente d’importantes modifications tardives, incluant des éléments architecturaux remployés tels qu’une base dédiée à Antonin le Pieux et un bloc de calcaire enduit de stuc. [45] La tête de Jupiter Sérapis fut autrefois encastrée dans ses murs. Son sol, surélevé par rapport au portique, est pavé de calcaire jaune. [45]

La pièce F, plus vaste et plus élaborée, est accessible par deux seuils inégaux. Ses murs en calcaire blanc sont divisés par des piliers qui supportent probablement des voûtes d’arêtes, suggérant une structure à trois nefs avec deux rangées de colonnes. Le pavement en marbre ne subsiste que dans la nef centrale, et un puits profond s’ouvre dans le sol. [46]

La pièce E semble avoir servi de vestibule, tandis que la pièce F fonctionne comme salle de repos et de conversation. L’ensemble évoque une basilique non judiciaire, conforme aux proportions vitruviennes et servant d’espace public couvert. [46]

Trésor civique

Deux pièces surélevées, l’une carrée et l’autre allongée, situées 1,10 m au‑dessus du niveau du portique, composent ce secteur. Leur construction est inhabituelle : le mur nord est formé de deux murs en moellons bâtis ensemble, tandis que les murs sud et est doublent des structures existantes du forum et de la pièce D. De grands blocs de calcaire à sommet triangulaire sont intégrés à intervalles réguliers, destinés à supporter le départ de voûtes massives. Ces voûtes, aujourd’hui obturées par des murs adjacents, avaient une fonction purement structurelle, renforçant l’édifice tout en économisant les matériaux. [47]

La masse des murs indique que les pièces supportent une superstructure importante. Les pièces inférieures situées en dessous rappellent les chambres souterraines fréquemment présentes sous les temples, utilisées pour conserver les fonds civiques. Cette configuration architecturale suggère fortement que l’ensemble abritait l’aerarium de la cité, son trésor public officiel. [47]

Grand temple

Grand temple

Il s’agit d’une structure monumentale majeure organisée autour d’une cour rectangulaire de 20 × 8,20 m, bordée sur trois côtés par des portiques. Le côté occidental est occupé par la cella, dont seuls les fondements subsistent. Les portiques comportaient vingt‑deux bases de colonnes en marbre bleuté supportant des colonnes lisses en calcaire rouge. Deux chapiteaux en calcaire blanc, dont l’un très érodé, identifient le temple comme ionique, avec de larges volutes et un motif de feuille de palmier. Des fragments d’une corniche stuquée ont également été retrouvés. [48]

Le temple repose sur un podium en maçonnerie de moellons liés par un mortier grossier, conservé sur une hauteur de 1,50 à 2 m. Le plan montre un pronaos de 3,30 m et une cella de 6 m. L’escalier frontal, aujourd’hui disparu, devait probablement occuper toute la façade. Le péribole combine un appareil de pierre de taille au nord et à l’est, et des moellons à l’ouest, où il borde la rue de la basilique. L’analyse structurelle indique que le temple et cette rue est construits simultanément. [49]

L’orientation du monument suggère qu’un sanctuaire plus ancien se trouve autrefois au même emplacement. Des modifications urbaines ultérieures remodelèrent ses abords, notamment la fermeture de la rue des thermes et la création d’une vaste esplanade. [50] Le culte du temple demeure inconnu, malgré la découverte d’une tête féminine en marbre finement sculptée. [51]

Cour à portique

Il s’agit d’un complexe architectural situé au sud de la place devant le grand temple, dont la fonction reste incertaine. Mis au jour lors des fouilles de 1902 puis réexaminé en 1906, il est d’abord interprété comme un marché, hypothèse ensuite abandonnée faute de preuves. [50]

La structure consiste en une cour rectangulaire ouverte, d’environ 6,30 × 12 m, entourée sur tous les côtés d’un portique de largeur variable. Le portique repose sur seize colonnes en calcaire blanc stuqué, dotées de bases massives et de chapiteaux doriques similaires à ceux de la basilique judiciaire, témoignant d’un décor soigné mais relativement modeste. [52]

L’accès principal se fait par un vestibule nord divisé en trois pièces ouvrant sur la place, dont deux communiquent directement avec le portique. Les murs, construits en moellons mêlés à un calcaire friable, présentent un usage limité de pierre de taille sur le côté est. Le complexe s’insère dans un contexte topographique comparable à celui des temples voisins d’Esculape et de Mercure, tous deux construits sur un terrain en pente et précédés d’un portique intermédiaire entre la place et le sanctuaire. [53]

Les maisons environnantes, dotées de cours étroites pour la ventilation et dépourvues de colonnes, indiquent un quartier d’immeubles modestes destinés à des résidents à faibles revenus. [54]

Temple d’Esculape

Temple d’Esculape

Il s’agit d’un petit sanctuaire accessible depuis une rue en pente longeant le côté est de la terrasse de la place à portique. En face du vestibule de cette place, un escalier de quatre marches en calcaire rouge, flanqué de deux colonnes, mène à trois paliers successifs. Ces plateformes étagées, construites en maçonnerie hétérogène, donnent accès à une structure rectangulaire d’environ 7 × 4 m. Le temple se compose d’une cella précédée d’un pronaos, construits en blocs de pierre de taille soigneusement assemblés. [54]

Les murs, conservés à environ un mètre au‑dessus du sol environnant, sont arasés à la hauteur du plancher du temple. L’entrée originale se situe à l’est, mais est déplacée lors de l’ouverture de la rue adjacente. À l’arrière, une niche semi‑circulaire en moellons est partiellement détruite par cette nouvelle rue. Une importante réfection, contemporaine des modifications de la place voisine, est indiquée par une série de tambours de colonnes en calcaire gris recouverts de stuc blanc et alignés sur le second palier, ainsi que par un fragment de corniche à gorge égyptienne appartenant à une phase antérieure du monument. [55]

Un fragment sculpté trouvé dans le bâtiment — un bas‑relief montrant une partie de jambe et un bâton entouré d’un serpent — identifie la divinité honorée comme Esculape, assimilé en Afrique au dieu phénicien Eshmoun. Ce culte était répandu dans la région et apparaît sur la monnaie de Septime Sévère, où le dieu est représenté dans un temple distyle, configuration probablement partagée par le sanctuaire de Gigthis. [55]

La jetée

La jetée de l’ancien port de Gigthis est aujourd’hui réduite à des blocs épars de calcaire blanc, partiellement noircis par la mer et partiellement enfouis dans la vase, mais conservant encore le tracé de sa forme originelle. Elle consiste en une chaussée de 17 m de large et 140 m de long, se terminant par un môle arrondi, aujourd’hui à peine submergé à marée haute.

Bien que son aménagement exact reste incertain, la jetée de Gigthis est ornée d’une colonnade corinthienne, dont deux chapiteaux subsistent. Leur style correspond à celui du temple et du portique du forum, situant la construction au début du Ier siècle apr. J.-C. [56]

Thermes

Deux établissements adjacents mais indépendants forment l’un des ensembles thermaux les mieux conservés de Gigthis, illustrant l’évolution de l’architecture balnéaire africaine depuis le Haut‑Empire jusqu’à l’Antiquité tardive.

Histoire

Le complexe est mal documenté ; l’inscription peinte de la façade n’est conservée qu’en fragments. Son orientation cardinale suggère une fondation antérieure aux grands aménagements du IIe siècle. Les petits thermes nord‑ouest constituent le noyau primitif ; une unité plus vaste mais similaire est ensuite ajoutée sans remplacer la première, peut‑être réservée aux femmes. À la fin du IIe siècle, une nouvelle rue diagonale modifia l’accès. Par la suite, un incendie nécessita une reconstruction importante, notamment du mur nord du frigidarium. Les mosaïques de cette phase présentent un style sévérien, et des réparations ultérieures témoignent d’une utilisation prolongée. [57]

Accès et organisation générale

L’entrée, située au sud de la rue, en face d’un petit sanctuaire, est marquée par des bases de colonnes en calcaire rouge. Deux vestibules — dont l’un orné de mosaïques à médaillons circulaires — mènent aux petits thermes à droite et aux grands thermes au sud. [58]

Les petits thermes

Plan des thermes de Gigthis

Le frigidarium (9) contient une cuve carrée alimentée par un puits arrière ; une plate‑forme surélevée supporte probablement un réservoir. Le tepidarium (10) était chauffé par un hypocauste. Le caldarium (11), avec deux ailes et un vestibule central, comporte des bassins chauffés et peut‑être une salle de vapeur. Toutes les pièces étaient à l’origine décorées de mosaïques géométriques. [59]

Les grands thermes

Le frigidarium (7), de 6,50 × 7 m, conserve une mosaïque complexe ; une maçonnerie hétérogène et un chapiteau ionique remployé indiquent des réparations tardives. Une grande cuve se déverse dans l’égout principal. [59]

Un couloir coudé muni de banquettes sert probablement aux préposés. Une salle voisine contient un puits similaire à celui des petits thermes. Le tepidarium (2) expose les piles de l’hypocauste. Le caldarium (1) comporte des cuves rectangulaires chauffées. La salle de vapeur (3), une concamarta sudatio vitruvienne, posséde deux fours ; trois panneaux de mosaïque (Vénus, Mercure, lutteurs) sont conservés au musée du Bardo. La salle 4, chauffée indirectement, sert probablement aux massages. Le vestibule 5 relie les salles chauffées au frigidarium. [60]

Superstructures et annexes

Les décombres suggèrent l’existence d’un étage supérieur destiné au repos et à l’exercice. Des portiques entourent le complexe, et des pièces en brique crue sert probablement aux esclaves. L’approvisionnement en eau est limité et dépend de trois puits et trois citernes, dont la plus grande mesure 9 × 2,35 m pour 3,50 m de profondeur. [60]

Thermes‑Palestre occidentaux

Plan des thermes‑palestre occidentaux de Gigthis

Les thermes‑palestre occidentaux de Gigthis constituent l’un des plus vastes complexes monumentaux de la ville, bien que leur histoire reste mal connue. Leur occupation semble avoir été relativement brève, car « ils sont construits plus tard et abandonnés plus tôt ». [61]

Le complexe se situe à 200 m à l’ouest du forum et adopte un plan rectangulaire de 104 × 66 m, orienté est nord est / sud sud ouest, orientation conforme aux recommandations de Vitruve pour les édifices thermaux. L’enceinte rectangulaire contenait, sur son côté ouest, une suite de salles thermales, et à l’est, « une vaste enceinte circulaire inscrite dans un carré de 66 m de côté ». [61]

La palestre circulaire

L’arène, entièrement remplie de sable, est entourée d’un mur en moellons avec chaînages en pierre de taille. Trois exèdres semi‑circulaires (K, L, M) sont disposées sur son pourtour. L’exèdre M, bordée d’un canal de 0,60 m de large et 1,20 m de profondeur, est interprétée comme une latrine. [61]

Un système hydraulique complexe comprend plusieurs canaux, notamment deux conduits divergents (d et d’) longeant l’enceinte circulaire et évacuant l’eau des bassins froids des thermes, probablement vers un puisard situé dans l’arène. [61]

Vitruve recommande la présence d’exèdres sous les portiques des palestres carrées, mais à Gigthis aucune exèdre n’existe dans l’angle nord‑est, probablement en raison d’une exposition constante au soleil rendant l’espace inutilisable. [62]

Accès et pavillon thermal

L’accès aux thermes se fait par un vestibule carré reliant l’arène au pavillon thermal. Ce vestibule ouvre sur une triple antichambre menant à la salle centrale A (19,60 × 11,20 m), identifiée comme l’éphébée décrite par Vitruve. La salle est construite en blocs de calcaire blanc soigneusement taillés et pavée de marbre. [62]

Deux salles rectangulaires, B et C, s’ouvrent symétriquement de part et d’autre de l’exèdre centrale. La salle B correspond probablement au coryceum, espace de rangement pour les sacs des athlètes, tandis que la salle C — dotée d’une cuve et d’un canal d’évacuation — est identifiée comme l’elaiothesium, où l’on conservait l’huile destinée aux athlètes. [63]

Frigidaria et salles d’exercice

Au nord et au sud de l’éphébée se trouvent deux frigidaria symétriques (I et J), chacun se terminant par un bassin carré. Leur disposition correspond à la séquence prescrite par Vitruve [64]: coryceum, conisterium, frigida lavatio à droite ; elaiothesium, frigidarium, iter in propnigeum à gauche. [65]

À l’ouest, la grande salle H (14 × 12 m) est interprétée comme une salle d’exercice couverte, peut‑être un sphaeristerium ou une palestre. [65]

Système de chauffage

Les salles chaudes E, F et G sont construites au‑dessus d’hypocaustes de 0,85 m de haut. Le caldarium E contient trois baignoires chauffées par plusieurs foyers, dont le foyer 2, dont la voûte est retrouvée intacte. [66]

Les salles F et G recoivent la chaleur par des ouvertures (5 et 6) dans le mur ouest, bien que cet agencement semble être une modification tardive. [67]

La salle G présente un système distinctif de rainures verticales — 0,40 m de large et 0,16 m de profondeur — interprétées comme des conduits destinés à évacuer l’air chaud et la fumée des hypocaustes. [68]

Abandon et spoliation

Aucune inscription ni œuvre d’art n'est trouvée dans le monument. La structure ne montre aucun signe de destruction violente, mais plutôt ceux d’un bâtiment « désaffecté et méthodiquement dépouillé à une date précoce ». [69]

Principales découvertes

Statues

Statue de Concordia

Concordia Panthea

La statue, dédiée par M. Umnidus, est presque intacte, à l’exception du bras droit brisé au niveau du coude. Elle est en marbre blanc et mesure 2,25 m de haut. La déesse est lourdement drapée ; dans sa main gauche, elle tient une corne d'abondance, tandis que la main droite semble tenir autrefois un bâton, dont la partie inférieure — touchant le drapé — subsiste sur 0,65 m. La partie supérieure, qui se détache du corps, est fixée par des tenons dont les traces sont encore visibles. La tête est voilée et couronnée d’épis de blé. Le travail est lourd, avec de nombreuses imperfections ; la plus notable est la longueur insuffisante du bras droit, du coude à l’épaule. [70]

La déesse Concordia est fréquemment honorée en Afrique. Toutefois, aucun autre exemple connu d’un culte de Concordia Panthea n’a été identifié ailleurs. La transformation de cette divinité en déesse panthéenne n’a cependant rien de surprenant : elle constitue un cas particulier d’un mouvement plus large qui, en Afrique romaine au IIe siècle apr. J.-C., tendait à produire un syncrétisme dominé par des idées de fertilité et d’abondance. [70]

Génie d’Auguste

Génie d’Auguste

Le Génie d’Auguste y est représenté, comme il est d’usage, avec les traits du prince, vêtu en sacrificateur, la tête voilée par la toga. La tête est rapportée à Paris et exposée à la Bibliothèque nationale.

Culte alexandrin

Plusieurs découvertes archéologiques provenant de Gigthis attestent de la présence et de l’importance des cultes alexandrins de Sérapis et Isis. Un bas‑relief en marbre, aujourd’hui conservé au musée du Bardo, ornait à l’origine la façade d’une plate‑forme près du temple principal. Il représente des figures sculptées dans de petites niches arrondies et inclut des motifs associés à la religion égyptienne : une tête de crocodile, des figures féminines ailées, une femme identifiable comme Isis par sa coiffure caractéristique et sa torche, ainsi que des fragments pouvant représenter Anubis. Ces éléments confirment la nature explicitement égyptienne de l’ensemble. [71]

Tête de Jupiter‑Sérapis

Une autre preuve provient d’une tête sculptée de Jupiter‑Sérapis, appartenant au type bien connu créé par le sculpteur du IVe siècle Bryaxis. Ses caractéristiques stylistiques — longues mèches, orbites ombrées, pupilles légèrement incisées — suggèrent une datation à l’époque antonine. La composition originale, représentant Sérapis assis avec un sceptre et Cerbère, implique que la copie de Gigthis se trouve autrefois sur la base encore visible devant le temple. [71]

Un fragment de lampe en terre cuite en forme de bateau, également conservé au musée du Bardo, illustre encore la présence du culte. Décoré du buste de Sérapis et de la tête d’Isis flanquée d’uraei et de symboles lunaires, il appartient à un type connu à Carthage et à Pouzzoles, et décrit par Apulée comme typique du culte d’Isis. Il fait probablement partie du mobilier rituel du temple. [72]

Culture moderne

Le nom antique de la ville, le plus souvent sous sa forme translittéré en caractères latins via l'arabe, continue à être utilisé en Tunisie pour des noms d'entreprises et divers produits.

Étiquette de l'eau minérale Jektiss.

La marque d'eau minérale captée à proximité du site à Boughrara, et embouteillée non loin par la Société des boissons de Tunisie à Koutine fait expressément référence à la cité antique sur ses étiquettes[73]. Le nom est suffisamment célèbre en Tunisie pour que des utilisateurs les plus divers (céramique[74], meubles[75], agroalimentaire[76], etc.) l'aient choisi comme marque. Ceci est vrai, non seulement dans la grande région (par exemple l'entreprise Jektis Agro[76] implantée à Zarzis ou dans le cas du nom de l'un des bacs faisant la navette entre Ajim sur l'île de Djerba et Jorf dans la délégation de Sidi Makhlouf sur le continent[77]), mais aussi pour des entités au niveau national (comme l'agence de voyage Jektis Travel sise à l'Ariana)[78].

Références

Bibliographie

Liens externes

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