Gordon (esclave)

esclave noir qui s'est échappé d'une plantation de Louisiane en 1863 From Wikipedia, the free encyclopedia

Gordon[1] ou Whipped Peter (en français : Pierre le fouetté) (fl. 1863) est un esclave afro-américain qui s'est échappé d'une plantation de Louisiane, en , et a gagné sa liberté lorsqu'il a atteint le camp de l'Armée de l'Union, près de Baton Rouge aux États-Unis. Il devient le sujet de photographies révélant les importantes cicatrices de son dos, qui sont causées par les coups de fouet donnés par les esclavagistes. Les abolitionnistes ont distribué ces portraits carte-de-visite de Gordon, à travers les États-Unis et dans le monde entier, pour montrer les abus de l'esclavage[2].

Naissance
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Faits en bref Naissance, Décès ...
Gordon
Gordon à son arrivée au camp de l'Union de Bâton Rouge. Inscription au verso à l'encre "Contrebandier qui a marché 40 miles pour atteindre nos lignes." (le terme "contrebandier" désigne alors les esclaves évadés).
Biographie
Naissance
Date et lieu inconnusVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Lieu inconnuVoir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Statut
Esclave (jusqu'à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Armes
Grade militaire
Conflits
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En , ces images apparaissent dans un article, sur Gordon, publié dans le Harper's Weekly, le magazine le plus lu pendant la guerre de Sécession[3]. Les images du dos flagellé de Gordon fournissent aux habitants du Nord, une preuve visuelle du traitement brutal des esclaves et inspirent de nombreux Noirs libres à s'enrôler dans l'armée de l'Union[4]. Gordon rejoint les troupes de couleur des États-Unis, peu après leur fondation et sert comme soldat pendant la guerre[5].

Évasion

Gordon s'échappe, en , de la plantation de 12 km2 (3 000 acres) de John et Bridget Lyons, qui le possédaient avec près de 40 autres esclaves, au moment du recensement de 1860[6],[7]. La plantation des Lyon est située le long de la rive ouest de la rivière Atchafalaya, dans la paroisse de Saint-Landry, entre les villes actuelles de Melville et de Krotz Springs, en Louisiane[8].

Afin de masquer son odeur aux chiens limiers qui le poursuivent, Gordon prend des oignons de sa plantation, qu'il porte dans ses poches. Après avoir traversé chaque ruisseau ou marécage, il se frotte le corps avec les oignons afin de chasser son odeur. Il fuit sur plus de 64 km[9], en 10 jours, avant de rejoindre les soldats de l'Union du XIXe corps, stationnés à Baton Rouge[10].

Arrivée au camp de l'Union

Pherson et son partenaire M. Oliver, qui étaient dans le camp à l'époque, réalisent des photos de Gordon, montrant les cicatrices couvrant son dos[11].

Au cours de l'examen, Gordon aurait déclaré :

« Dix jours après avoir quitté la plantation. Le contremaître Artayou Carrier m'a fouetté. J'ai eu mal au lit pendant deux mois à cause du fouet. Mon maître est venu après que j'ai été fouetté ; il a renvoyé le surveillant[12]. Mon maître n'était pas présent. Je ne me souviens pas du fouet. J'ai eu des douleurs au lit pendant deux mois à cause du fouettage puis mes sens ont commencé à revenir - j'étais un peu fou. J'ai essayé de tirer sur tout le monde. C'est ce qu'ils ont dit, je ne savais pas. Je ne savais pas que j'avais essayé de tirer sur tout le monde ; ils me l'ont dit. J'ai brûlé tous mes vêtements ; mais je ne m'en souviens pas. Je n'ai jamais été comme ça (fou) avant. Je ne sais pas ce qui me fait devenir ainsi (fou). Mon maître est venu après que j'ai été fouetté ; il m'a vu dans mon lit ; il a renvoyé le surveillant. Ils m'ont dit que j'avais tenté le premier de tirer sur ma femme ; je n'ai tiré sur personne ; je n'ai fait de mal à personne. Mon maître est le capitaine JOHN LYON[8], planteur de coton, sur Atchafalaya, près de Washington, en Louisiane. Fouetté deux mois avant Noël[5],[N 1]. »

Service dans l'Armée de l'Union

Gordon en uniforme de l'Armée de l'Union (4 juillet 1863).

Gordon rejoint l'Armée de l'Union, en tant que guide, trois mois après que la Proclamation d'émancipation ait permis l'enrôlement d'esclaves libérés, dans les forces militaires. Lors d'une expédition, il est fait prisonnier par les Confédérés. Ils l'attachent, le battent et le laissent pour mort. Il survit et s'échappe, une fois de plus, vers les lignes de l'Union[10].

Peu après, Gordon s'enrôle dans une unité de la guerre civile des troupes de couleur américaines. Il aurait combattu courageusement comme sergent dans le Corps d'Afrique, pendant le siège de Port Hudson, en [13]. C'est la première fois que des soldats afro-américains jouent un rôle de premier plan dans un assaut[11].

Postérité

En 2011, James Bennet, rédacteur en chef de The Atlantic, constate : « Une partie de l'incroyable puissance de cette image est, je pense, la dignité de cet homme. Il pose. Son expression est presque indifférente. Je trouve cela remarquable. Il dit essentiellement : "C'est un fait"[N 2].,[14]. »

J.W. Mercer, chirurgien adjoint du 47e régiment d'infanterie du Massachusetts (en), sous les ordres du colonel L.B. Marsh, déclare le  : « J'ai constaté qu'un grand nombre des quatre cents contrebandiers que j'ai examinés étaient gravement lacérés comme le spécimen représenté sur la photographie ci-jointe[N 3]. ».

Je joins ici une photo prise par un artiste, de la vie, du dos d'un nègre, exposant les cicatrices d'un ancien fouettage. Peu d'écrivains à sensation ont jamais dépeint des châtiments plus graves que ceux que cet homme a dû recevoir, bien que rien dans son apparence n'indique une méchanceté inhabituelle - mais au contraire, il semble INTELLIGENT et SAGE [emplase de Towle][N 4]

Dr. Samuel Knapp Towle, chirurgien du 30e régiment de volontaires du Massachusetts, dans une lettre datée du à William Johnson Dale, chirurgien général de l'État du Massachusetts. Le Dr Towle est le responsable de l'hôpital général des États-Unis, à Baton Rouge, d'une capacité de 900 lits en 1863.

Il nous est parvenu récemment, depuis Bâton Rouge, la photographie d'un ancien esclave - maintenant, grâce à l'armée de l'Union, un homme libre. Elle le représente en position assise, le corps robuste et nu jusqu'à la taille, la tête fine et le visage intelligent de profil, le bras gauche plié, reposant sur la hanche, et le dos nu exposé à la vue. Sur ce dos, horrible à contempler ! est un témoignage contre l'esclavage plus éloquent que n'importe quel mot. Cicatrisée, arrachée, ramassée en grandes arêtes, nouée, sillonnée, la pauvre chair torturée se distingue par un hideux témoignage du fouet de l'esclavagiste. Des mois se sont écoulés depuis que le martyre a été subi, et les blessures ont guéri, mais tant que la chair durera, cette terrible impression restera. C'est une image touchante, un appel si muet et si puissant que seuls des êtres endurcis peuvent la regarder sans émotion. Aussi nombreux que soient les hommes qui dépeignent de fausses images, le soleil ne ment pas. Il n'y a pas d'échappatoire à de telles preuves, et voir, c'est croire. C'est pourquoi de nombreuses personnes souhaitaient une copie de la photographie, et de nombreuses copies ont été prises à partir de l'original[N 5].

Le chirurgien du premier régiment de Louisiane, (coloré,) écrivant à son frère dans la ville, joint cette photographie, avec ces mots : « Je t'envoie la photo d'un esclave tel qu'il apparaît après avoir été fouetté. J'ai vu, pendant la période où j'ai inspecté des hommes pour mon propre régiment et pour d'autres, des centaines de ces vues - elles ne sont donc pas nouvelles pour moi ; mais il se peut qu'elles soient nouvelles pour toi. Si tu connais quelqu'un qui parle de la manière humaine dont les esclaves sont traités, veuille lui montrer cette photo. C'est un sermon en soi[N 6].
(Picture of a Slave - The Liberator[15]) »
Nous avons reçu de Bâton Rouge la photographie d'un esclave au dos nu, lacéré par le fouet... Nous regardons l'image avec un ébahissement qui ne trouve pas de mots pour s'exprimer. Stupéfaction devant la cruauté qui pourrait commettre un tel outrage ; devant la folie brutale, l'ignorance stupide, qui pourrait permettre une telle infatuation ; devant l'absence non seulement de sentiment humain, mais de prudence économique de bon sens, d'intelligence ordinaire, affichée dans une telle inconscience frénétique. Parmi quel genre de personnes de telles choses sont-elles possibles ? ... Cette carte-photo devrait être multipliée par cent mille, et dispersée dans tous les États. Elle raconte l'histoire d'une manière que même Mme Stowe ne peut approcher ; parce qu'elle raconte l'histoire à l'oeil. Si voir c'est croire - et c'est le cas dans l'immense majorité des cas - voir cette carte équivaudrait à croire les choses des États esclavagistes que les hommes et les femmes du Nord remueraient ciel et terre pour les abolir[N 7] !

Theodore Tilton (en)[16].

Dans la culture populaire

  • Dans le film Lincoln, de 2012, Tad, le fils d'Abraham Lincoln, regarde à la lueur d'une bougie, une plaque de verre représentant la photo de l'examen médical de Gordon[17].

Galerie

Notes et références

Voir aussi

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