Gratitude

sentiment ou attitude reconnaissante d'un bénéfice qu'une personne a reçu ou recevra From Wikipedia, the free encyclopedia

La gratitude ou la reconnaissance, est la réponse appropriée ou attendue à l'aide d'un bienfaiteur. L'expérience de la gratitude a historiquement occupé une place centrale dans plusieurs religions[1]. Elle a également été un sujet d'intérêt pour les philosophes antiques, du Moyen Âge, et des temps modernes, et continue d'intéresser les philosophes d'aujourd'hui[2]. L'étude systématique de la gratitude au sein de la psychologie n'a commencé qu'autour de l'an 2000, peut-être parce que la psychologie a toujours été plus axée sur la compréhension du stress et autres émotions négatives plutôt que sur la compréhension des émotions positives. L'étude de la gratitude au sein de la psychologie a porté sur la compréhension de l'expérience à court terme d'un sentiment de gratitude, et sur les différences individuelles dans la façon dont les gens ressentent la gratitude, et la relation entre ces deux aspects[3],[4].

Drapeau américain avec le mot "merci", planté devant une croix dans le Cimetière Américain de Normandie.

Comparaison avec le sentiment d'une dette morale ou affective

La gratitude diffère du sentiment de l'endettement. Alors que ces deux émotions se produisent à la suite d'avoir été aidé par autrui, l'endettement, se produit quand une personne pense qu'elle est dans l'obligation de repayer la personne pour son aide[5]. Ces deux émotions amènent des réponses différentes ; l'endettement peut motiver le bénéficiaire de l'aide à éviter la personne qui l'a aidé, alors que la gratitude peut motiver le bénéficiaire à se rapprocher de son bienfaiteur et à améliorer leur relation avec eux[6],[7].

Facteur de motivation

La gratitude est une émotion positive qui joue un rôle important dans les sociétés humaines et dans l'évolution, en ce qu'elle renforce une relation avec un partenaire d’interaction réactif[8], notamment car  plus que le sentiment d'avoir une dette envers l'autre , elle encourage et renforce les futurs comportements prosociaux[9],[8].

Par exemple, une expérience a révélé que les clients d'un magasin de bijoux qui ont été appelés et remerciés pour leur achat ont montré une augmentation de 70 % des achats ultérieurs. En comparaison, des clients qui ont été appelés et informés de soldes en magasin n'ont montré qu'une augmentation de 30 % de leurs achats. Les clients qui n'ont pas été appelés du tout n'ont pas montré d'augmentation dans leurs achats[10]. Dans une autre étude, les clients réguliers d'un restaurant ont donné plus de pourboire lorsque les serveurs avaient écrit "Merci" au dos de l'addition[11].

L'effet ne se limite pas à la relation entre deux individus. Sara Algoe et ses collègues ont expérimentalement montré (via huit expériences menées sur 1 817 participants) qu'existe aussi un « effet de témoin » : dans un groupe, observer la gratitude (dans ces cas exprimée par texte ou vidéo d'une personne envers une autre) incite les témoins de cette émotion (ou d'un signe de gratitude) à se montrer plus serviables, plus affiliés et plus enclins à s’identifier aux protagonistes ; la gratitude contribuerait donc aussi à renforcer simultanément plusieurs relations au sein d’un groupe social[12].

Dans les religions

Prière de gratitude en islam (Maroc).

Le lien entre la spiritualité et la gratitude est récemment devenu un sujet d'étude populaire. Bien que ces deux caractéristiques ne soient certainement pas dépendantes l'une de l'autre, des études ont montré que la spiritualité est capable d'améliorer la capacité d'une personne à être reconnaissante et à éprouver de la gratitude. Par conséquent, ceux qui assistent régulièrement à des services religieux ou qui s'engagent dans des activités religieuses sont plus susceptibles de ressentir un plus grand sentiment de gratitude dans tous les domaines de la vie[13],[14]. La gratitude est considérée comme une qualité humaine importante dans la religion chrétienne, bouddhiste, musulmane, juive, baha'i, et les traditions hindoues. Le culte de la reconnaissance envers Dieu est un thème commun dans ces religions et, par conséquent, le concept de reconnaissance imprègne les textes religieux, les enseignements et les traditions. Pour cette raison, elle est l'une des émotions que les religions essayent le plus souvent de provoquer et de maintenir, et est considérée comme un universel d'un sentiment religieux[15].

Dans l'amour

Mieux que de simples stratégies de communication ou de soutien, la gratitude est un outil efficace d'amélioration des régulations au sein d'un couple[16].

La gratitude joue un rôle important dans le maintien et le renforcement des relations affectives, et notamment dans la relation amoureuse, chez l'homme comme chez la femme[17] et dans l'amour romantique. Ainsi, Algoe et Kurtz (2017) ont observé chez 129 adultes en couple que l’ocytocine, une hormone liée au lien social, joue un rôle important dans la manière dont les personnes perçoivent la gratitude exprimée par leur partenaire ; des niveaux plus élevés d’ocytocine circulante sur 24 h étaient associés à une perception accrue de la réceptivité, et à un sentiment d'amour plus fort, mais sans effet sur la récompense affective générale. L'ocytocine agiraient selon les auteurs comme des « lunettes roses » modulant la perception des comportements de gratitude, ce qui confirme son rôle dans le renforcement des liens romantiques[18].

Selon Sisson et al (2025), plusieurs études (observationnelles, longitudinales et expérimentales) montrent qu'au sein d'un couple, l’expression de gratitude par un partenaire demandant un changement chez l'autre, favorise la réussite de ce changement, en stimulant sa motivation autonome[16].

Différences individuelles

La plupart des récents travaux de recherche en psychologie de la gratitude a porté sur la nature des différences individuelles dans la gratitude, et les conséquences personnelles d'être plus ou moins reconnaissant. Trois échelles ont été développées pour mesurer les différences individuelles de gratitude. Chacune évalue des conceptions un peu différentes[19]. Le test GQ6[20] mesure la fréquence et l'intensité avec laquelle les gens ressentent de la gratitude. L’Échelle d'Appréciation[21] mesure 8 aspects différents de la gratitude: la reconnaissance des personnes, des biens, le moment présent, les rituels, le sentiment de la crainte ("la crainte est une manifestation affective de l'appréciation, une réponse émotionnelle"), des comparaisons sociales, les préoccupations existentielles, et les comportements qui expriment la gratitude. Le GRAT[22] évalue la gratitude envers d'autres personnes, la gratitude envers le monde en général, et l'absence de ressentiment pour ce que vous ne possédez pas. Une étude récente a montré que chacune de ces échelles mesure en fait la même approche de la vie, ce qui suggère que les différences individuelles dans la gratitude incluent l'ensemble de ces composants.

Les résultats empiriques

Association avec le bien-être

De nombreuses études, théoriques et empiriques, de psychologie expérimentale, récentes suggèrent un lien fort entre la gratitude et la la santé mentale et physique : les personnes exprimant le plus de gratitude présentent des niveaux plus élevés de bien-être subjectif. Elles se déclarent plus heureuses, moins déprimées, moins stressés[23],[24] et plus satisfaits de leur vie et de leurs relations sociales[25],[26],[27]. Selon Watkins et al (2003), dans le contexte d'une dépression, la gratitude aurait un effet tampon, par l'amélioration de la codification et de la traçabilité des expériences positives[28].

Ces gens spontanément « reconnaissants » ont aussi un meilleur niveau de contrôle sur leur environnement, sur leur vie personnelle, sur leurs objectifs de vie, et sur leur acceptation de soi[29]. Ils semblent mieux armés face aux difficultés de la vie, dont en cherchant et en trouvant plus facilement du soutien auprès d'autres personnes ; et ils passent plus de temps à planifier les meilleures solutions face à un problème[30]. Ils sont moins susceptibles de nier qu'il existe un problème, de l'éviter et de se blâmer eux-mêmes, ou de faire face à l'aide de l'utilisation de drogues et autres substances. Ils dorment mieux, semble-t-il par ce que la gratitude réduit les pensées négatives et renforce les pensées positives avant le sommeil[31].

Selon Algoe et Stanton (2012), chez des personnes en stress chronique, par exemple soignées pour un cancer du sein avec métastases, l'expression de la gratitude semble être l'un des puissants facteurs de résilience. Elle favorise « la transcendance de l’ego » (décentrement) et accroît le soutien social perçu[32].

Des recherches ont aussi montré que la gratitude et l’ocytocine sont étroitement liées dans la régulation des comportements sociaux et prosociaux : l’expression de gratitude active le système de l’ocytocine, hormone impliquée dans le lien social, la confiance et l’attachement ; des travaux expérimentaux ont observé une augmentation de l’ocytocine urinaire ou plasmatique chez les personnes recevant ou exprimant de la gratitude. Une corrélation entre certaines variations génétiques des récepteurs de l’ocytocine (OXTR, CD38) et dispositions à la gratitude a été faite, en 2014 par Algoe et Way[33]. L’ocytocine semble ainsi renforcer les effets sociaux de la gratitude en favorisant l’empathie, la coopération et le soutien mutuel, et joue un rôle dans la perception positive des partenaires et la satisfaction relationnelle. Ces résultats soutiennent l’idée que la gratitude, en tant qu’émotion positive centrée sur autrui, mobilise des mécanismes neurobiologiques liés à l’ocytocine pour consolider les liens sociaux et contribuer au bien‑être collectif.

Des preuves expérimentales suggèrent que la gratitude peut être un des aspects les plus importants, voire unique du bien-être émotionnel. Tout d'abord, une étude longitudinale (2008) a montré que les personnes les plus reconnaissantes résistent mieux aux phases de transition dans leur vie (celles qui exprimaient plus de gratitude avant ces transitions étaient les moins stressées, moins déprimées et plus satisfaites de leurs relations trois mois après cette transition)[34]. Puis deux études[réf. nécessaire] récentes ont suggéré que la reconnaissance peut avoir une relation unique avec le bien-être, et expliquer les aspects du bien-être que d'autres traits de personnalité n'expliquent pas ; elles montrent que la gratitude serait mieux en mesure d'expliquer le bien-être que le Big Five et 30 des traits de personnalité étudié le plus couramment.

Des bénéfices physiques secondaires pour l'entourage sont aussi cités, comme une meilleure réponse au stress cardiovasculaire des coéquipiers d'une personne exprimant de la gratitude[35].

Conclusions

Plusieurs études ont montré la corrélation entre la gratitude et l'augmentation de bien-être, non seulement pour l'individu, mais pour toutes les personnes impliquées. La psychologie positive a adopté ces études et dans un effort d'augmenter le bien-être général, a commencé à en faire un pour inclure des exercices de gratitude au sein de ce mouvement. Bien que, dans le passé, la gratitude a été négligée par la psychologie, dans les dernières années, beaucoup de progrès ont été réalisés dans son étude et celle de ses effets positifs.

Références

Voir aussi

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