Groupe E

entreprise d'énergie en Suisse From Wikipedia, the free encyclopedia

Groupe E est un énergéticien actif en Suisse occidentale. Il est notamment producteur et distributeur d'électricité dans les cantons de Fribourg, de Neuchâtel et dans certains districts situés à l'Est du canton de Vaud. Créé en 2005, le groupe est issu de la fusion des Entreprises Électriques Fribourgeoises (EEF) et d'Electricité Neuchâteloise SA (ENSA), deux sociétés créées au début du XXe siècle.

Faits en bref Création, Forme juridique ...
Groupe E
logo de Groupe E
Logo de l'entreprise Groupe E
illustration de Groupe E
Plexus, siège de Groupe E

Création 2005
Forme juridique Société anonyme
Siège social Granges-Paccot
Drapeau de la Suisse Suisse
Direction Alain Sapin
Actionnaires Canton de Fribourg : 80,3 %
Investisseurs institutionnels : 8,0 %
Groupe E (auto-contrôle) : 5,4 %
Canton de Neuchâtel : 2,5 %
Viteos : 1,8 %
Autres (communes neuchateloises, employés, Banque cantonale, etc.):2 %
Activité Énergie
Produits Électricité, services énergétiques, ingénierie, chaleur à distance, gaz, énergies renouvelables
Effectif 2 597 (31 décembre 2024)
Site web www.groupe-e.ch

Chiffre d'affaires CHF 1,1 milliard (2024)
Résultat net CHF 85 millions (2024)
Fermer

En tant que gestionnaire de réseau de distribution (GRD), le groupe est doté d'une mission de service public : gérer le réseau de distribution dont il a la charge et assurer aux usagers l'approvisionnement en électricité[1]. Cette électricité provient notamment de barrage hydroélectriques construits jusque dans les années 1980.

En parallèle de cette activité historique, le groupe s'est diversifié en proposant des produits et services dans les énergies renouvelables, le chauffage à distance, la distribution de gaz naturel, les installations électriques ou encore la mobilité électrique. Groupe E emploie environ 2 400 collaborateurs.

Histoire

Le Groupe E trouve ses origines dans les premiers projets de production électrique dans les cantons de Fribourg et de Neuchâtel.

En 1837, le professeur Hughes Thomas est le premier à proposer d'exploiter la force du cours de la Sarine à des fins industrielles dans la ville de Fribourg[2]. Il faut attendre 1869 pour que l'ingénieur Guillaume Ritter se lance dans la création du barrage de la Maigrauge : ce projet aboutit en 1872-1874, mais rencontre alors d'importantes difficultés d'exploitation[3]. En 1888, les installations existantes sont reprises par l'Entreprise des Eaux et Forêts nouvellement créée, qui procède à l'électrification du barrage entre 1890 et 1895[4]. L'opération permet d'assurer l'éclairage électrique de la ville de Fribourg et l'alimentation d'usines[4]. D'autres projets semblables sont menés à cette époque dans les communes alentours, notamment à Charmey, Châtel-Saint-Denis, Montbovon et Thusy-Hauterive[5]. En 1915, sous l'impulsion du canton, plusieurs de ces initiatives indépendantes fusionnent pour donner naissance aux Entreprises Électriques Fribourgeoises[6].

Avant même leur fusion, certaines sociétés du canton de Fribourg s'engagent auprès des cantons voisins pour les alimenter en énergie. Ainsi des contrats de coopération sont signés en 1902 avec le canton de Vaud, puis en 1906 avec le canton de Neuchâtel (initialement pour l'alimentation des chemins de fer du Jura neuchâtelois)[7]. La société Électricité Neuchâteloise SA (ENSA) est créée en 1907 en permettant notamment d'étendre cette coopération pour que les habitants du canton de Neuchâtel puissent être alimentés en électricité depuis le canton de Fribourg[7]. Au fil des décennies, malgré l'autonomie croissante en énergie des cantons de Neuchâtel et surtout du canton de Vaud (dont la plupart des districts sont par la suite alimentés par la Compagnie Vaudoise d’Électricité apparue en 1954), les Entreprises Électriques Fribourgeoises (EEF) restent un partenaire clé tout au long du XXe siècle pour les cantons voisins[8].

Le barrage de Rossens

Sur leur territoire respectif, les EEF et l'ENSA construisent plusieurs ouvrages hydroélectriques majeurs jusque dans les années 1980, donnant souvent lieu à la création de lacs artificiels. Les EEF sont notamment à l'origine du lac et du barrage de Montsalvens sur la Jogne pour alimenter l'usine hydroélectrique de Broc (1921)[9]. Elles construisent également l'usine thermique de la Maigrauge (1931-1932)[10]. Suivent de grands projets hydroélectriques : le barrage de Rossens sur la Sarine (1948), pièce maîtresse du dispositif fribourgeois, le barrage du Châtelot sur le Doubs (1953) et celui de Schiffenen (1964), troisième grand ouvrage sur la Sarine, associé à la création du lac de Schiffenen. L'ENSA construit pour sa part en 1988 l'actuelle centrale électrique de Saint-Sulpice sur l'Areuse, l'endroit ayant déjà fait l'objet de constructions hydroélectriques plus anciennes[11].

L'ouverture du marché de l'électricité en Suisse, prévue pour l'année 2007, se traduit par une évolution du secteur et favorise notamment les fusions entre acteurs locaux[12]. Les EEF deviennent une société anonyme en 2001[13] puis s'unissent en 2005 à l'ENSA, les deux sociétés ayant des expertises communes dans le domaine des énergies hydroélectriques, thermiques et renouvelables[12]. Le Groupe E est ainsi formé.

Activités

Activités actuelles

Le groupe distribue de nos jours environ 3 TWh d'électricité par an, dont 1,3 TWh d'électricité produite par ses propres installations et des centrales en participation (dont 83% d'hydraulique en 2024)[14],[15]. Groupe E dessert ainsi plus de 200 000 clients[14] dans les cantons de Fribourg et de Neuchâtel, ainsi que dans deux districts du canton de Vaud (Broye et Pays-d'Enhaut)[16]. La distribution d'électricité s'accompagne d'activités variées au sein du groupe, comme par exemple la conception et la réalisation d'armoires électriques[17], l'installation d'équipements électriques routiers, ferroviaires ou en habitat[18], ou encore le trading d'électricité assuré en continu depuis le siège du groupe[19].

Groupe E est également un acteur du chauffage à distance, activité historiquement lancée par les EEF à Fribourg au début des années 2000, notamment dans le but de valoriser la chaleur produite par l'incinérateur de déchets de Châtillon[20]. Cette activité consiste à acheminer de l'eau à haute température jusqu'à des bâtiments situés en milieu urbain via un réseau de canalisations souterraines[21]. La production thermique est issue de la combustion de déchets (incinérateurs), de pompes à chaleur notamment situées en stations d'épuration, de rejets thermiques industriels ou encore de centrales à bois ou à biogaz[20],[21],[22]. En 2024, Groupe E revendiquait 300 GWh d'énergie distribuée via son réseau de chaleur à distance[15].

L'activité de chauffage à distance constitue l'un des deux piliers de la direction « Celsius », le second pilier étant la production et la distribution de gaz ou de biogaz dans les cantons de Fribourg et de Vaud[23]. Cette activité est apparue en 1979 avec la création de Frigaz, société dont les EEF étaient coactionnaires[23]. Le réseau de Frigaz s'est particulièrement développé entre 2004 et 2016, passant de 200 à 600 km[23]. Depuis 2016, Groupe E ne cherche plus à développer ce réseau reposant sur une énergie fossile, et met au contraire l'accent sur le développement de son réseau de chaleur à distance[23]. Le groupe distribuait en 2019 environ 1 TWh de gaz naturel par an[23]. Cherchant à évoluer, le groupe a ouvert en 2023 un site de production d'hydrogène dans le canton de Fribourg, prévoyant de produire 300 tonnes d'hydrogène vert par an[24].

L’installation de pompes à chaleur, lancée au sein des EEF dès les années 1970[25], ainsi que celle de panneaux solaires apparue dans les années 2000, connaissent une forte croissance au cours des années 2010 et 2020[26]. Groupe E a notamment installé plusieurs centaines de dispositifs par an entre 2022 et 2024, avec un pic d'activité en 2023 lié à la crise énergétique en Europe[1],[26]. Ce fort développement conduit le groupe à accroître significativement ses effectifs dans ce domaine.

Groupe E fonde en 2007 une filiale nommée « Groupe E Greenwatt » dont l'objectif est de développer des projets de production renouvelable dans le domaine de l'éolien, du solaire et de la biomasse[27]. Dans le canton de Fribourg, des oppositions locales le conduisent à abandonner la planification de nouveaux parcs éoliens à partir de 2021[28].

Activités abandonnées

Les EEF possédaient une activité dans le domaine de l'électroménager depuis une période antérieure aux années 1970[25]. Cette activité a été abandonnée par Groupe E en 2023, date à laquelle six de ses neufs derniers points de vente ont été fermés, les trois autres étant cédés à un repreneur[29].

En 2024, le groupe a annoncé la fermeture de ses filiales S. Roubaty à Rossens et FTH Services à Romanel-sur-Lausanne dans le domaine de la pose de fibre optique[30]. Le groupe conserve toutefois certaines activités dans ce domaine de diversification[30].

Dans le domaine de la mobilité électrique, Groupe E exploitait des bornes de recharge pour voiture électrique à travers la société Move Mobility créée en 2011, cédée en 2025 à Energie 360°[31]. Groupe E conserve néanmoins des activités de conseil, d'installation et d'exploitation de solutions dans le domaine de la mobilité électrique[31].

Organisation

Groupe E est la propriété à 80% du canton de Fribourg[1] et son siège est situé à Granges-Paccot[32].

À sa création en 2005, le groupe est dirigé par Philippe Virdis, précédemment directeur des EEF depuis 2000[33]. Il cède sa place en 2012 à Dominique Gachoud[33], qui occupe la fonction de directeur général jusqu'à son départ en retraite en 2019[25]. La direction est dès lors assurée par Jacques Mauron, qui reste à la tête du groupe jusqu'en 2025[1]. Son successeur, Alain Sapin, est l'actuel directeur général de Groupe E[32].

Le groupe employait 2 597 salariés fin 2024, après avoir atteint jusqu'à 2 716 salariés fin 2023[1]. Le groupe a connu une importante croissance de ses effectifs à partir de 2018, avant d'engager une politique de rationalisation[34].

Le groupe réalise depuis 2023 un chiffre d'affaires annuel légèrement supérieur à un milliard de francs et présente un résultat net positif depuis 2015[1],[35]. Certaines branches du groupe ont néanmoins été déficitaires au cours des dernières années, notamment la Direction technique et infrastructures (DTI), engagée en 2025 dans un plan de redressement[34], ainsi que la Direction Celsius, en charge de la distribution de gaz et de chauffage à distance[36].

Controverses

En 2021, les projets annoncés par le Groupe E dans le déploiement d'éoliennes sur le territoire fribourgeois font l'objet de vifs débats et d'une résistance locale notable[37]. Le groupe est contraint d'adopter un changement de stratégie en laissant dès lors l'initiative aux communes pour que celles-ci formulent au préalable une demande d'installation[28].

En 2025, le groupe est accusé de concurrence déloyale par des acteurs privés du secteur énergétique suisse, qui lui reprochent d'utiliser les bénéfices issus de la vente d'électricité pour se développer sur d'autres segments en proposant des prix inférieurs au seuil de rentabilité pour remporter les appels d'offres et ainsi accroître ses parts de marché[38]. Le groupe a contesté ces accusations[38].

Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Nicole Zimmermann, Les EEF et le développement économique - Un siècle de coopération, Fribourg, , 153 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • François Walter, Lorenzo Planzi et Jean Stainauer, Paysages sous tension : Électricité et politique en Suisse occidentale, Neuchâtel, Éditions Alphil, , 198 p. (ISBN 978-2-88930-047-1)

Références

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI