Iqer'iyen

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Les Iqer'iyen (en berbère rifain : ⵉⵇⵔⵖⵉⵢⵏ Iqel’iyen ou ⵉⵖⵔⵎⴰⵡⵏ Ighremawen[1], en arabe rifain : قلعاية), aussi appelés Iqel'iyen ou Qel'aya, sont une tribu rifaine[2] originaire du Rif oriental (province de Nadornord du Maroc). Cette tribu comprend cinq tribus, et tenait un rôle central dans la gestion des ressources naturelles, la préservation de la cohésion sociale et la défense du territoire contre les agressions extérieures[2].

Échelon
Tribu
Région principale
Province principale
Chef-Lieu
Faits en bref Échelon, Région principale ...
Iqer'iyen
Informations générales
Échelon
Tribu
Géographie
Région principale
Province principale
Chef-Lieu
Histoire et anthropologie
Mode de vie
Sédentaire, montagnard
Fait partie du groupe tribal
Nombre de fractions
5
Fractions
Aït Chiker, Aït Bouyafar, Imazzujen, Aït Sidel, Aït Bou Ifrour
Culture
Langue principale
Personnages marquants
Mohamed Ameziane (Résistant anti-colonial)
Cadi Kaddour (Linguiste)
Oussama Assaidi (Footballeur)
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Carte des tribus rifaines, réalisée en 2015.

Durant le XIXe et le début du XXe siècle, les Iqer'iyen se sont illustrés par leur résistance à la colonisation espagnole[3], notamment sous la direction du résistant berbère rifain Mohamed Améziane, un symbole emblématique de la lutte anti-coloniale rifaine[3]. Bien que leur organisation traditionnelle ait évolué sous l'effet des réformes administratives et de la centralisation étatique au XXe siècle[2], leur héritage culturel reste profondément ancré dans la mémoire collective de la région.

Composition

La tribu des Iqer'iyen est composée de cinq grandes tribus berbères, appelées localement « khams khemmas », qui signifient « cinq cinquièmes »[2]. Ces tribus regroupent elles-mêmes plusieurs communautés territoriales et familles. Historiquement, chaque tribu était une entité autonome qui contribuait à la défense collective, à la gestion des ressources, et à la cohésion sociale de l'ensemble de la confédération[2].

• La région des Imazouzen, territoire de la tribu des Imazouzen, faisant partie de la tribu des Iqer'iyen (Tamurt n Imazouzen : ⵜⴰⵎⵓⵔⵜ ⵏ ⴰⵢⵜ ⵉⵎⴰⵣⵓⵣⵏ) : Autour de Nador

• La région des Ayt Bou Ifrour, territoire de la tribu des Ayt Bou Ifrour, faisant partie de la tribu des Iqer'iyen (Tamurt n Ayt Bou Ifrour : ⵜⴰⵎⵓⵔⵜ ⵏ ⴰⵢⵜ ⴱⵓ ⵉⴼⵔⵓⵔ) : Autour de Zeghanghane

• La région des Ayt Sidel, territoire de la tribu des Ayt Sidel, faisant partie de la tribu des Iqer'iyen (Tamurt n Ayt Sidel : ⵜⴰⵎⵓⵔⵜ ⵏ ⴰⵢⵜ ⵙⵉⴷⴻⵍ) : Autour de Ayt Sidel

• La région des Ayt Bouyafar, territoire de la tribu des Ayt Bouyafar, faisant partie de la tribu des Iqer'iyen (Tamurt n Ayt Bouyafar : ⵜⴰⵎⵓⵔⵜ ⵏ ⴰⵢⵜ ⴱⵓⵢⴰⴼⴰⵔ) : Autour de Bouyafar

• La région des Ayt Chiker, territoire de la tribu des Ayt Chiker, faisant partie de la tribu des Iqer'iyen (Tamurt n Ayt Chiker : ⵜⴰⵎⵓⵔⵜ ⵏ ⴰⵢⵜ ⵛⵉⴽⵔ) : Autour de Bni Chiker

Étymologie

Le nom de la tribu dérive du mot arabe al-qalâ’, pluriel d'al-qal’at (le fort)[4]. Au début du XIIIe siècle (VIIe siècle de l'Hégire)

Le mot Qel'a (en arabe rifain : قلعة, en berbère rifain : ⵜⴰⵇⵍⵄⴰⵜ, ⵜⵉⵖⵔⵎⵜ) a trois significations parallèles hétérogènes :

Chateau de Tazouda dans le territoire des Iqer'iyen

Citadelle, Fort, Forteresse

• Enlever, retirer, supprimer, effacer, soustraire, oublier, faire oublier (-) : Qla' (قْلْع)

• Demarrer, commencer (+) : Qella' (قْلّع)

Ces trois termes peuvent se rejoindre dans le même mot : Citadelle (-/+/×/÷).

Pour une interprétation logique, chaque personne de cette tribu est à l'image d'une brique (+/-/×/÷) de cette citadelle (+/-/×/÷), solidaire avec toutes les autres personnes de la tribu. Il y a aussi quelques citadelles dans la région, symboles de cette tribu (Qal’at Kert, Qal’at Gârat, etc...)

Ce système de citadelle (+/-/×/÷), n'est pas forcément inhérent à tous les cercles communautaires, puisqu'il y a d'autres mots pour noter la soustraction et l'addition, et le lien avec ce système n'est pas forcément fait. De nombreuses communautés et tribus ne sont pas forcément solidaires.

Une des caractéristiques spécifiques au dialectes berbères des Rifains, est que le son "L (ⵍ)" est parfois remplacé par le son "R (ⵔ)", ce qui pour "Iqel'iyen", donne ”Iqer'iyen", tout comme le son "K (ⴽ)" et parfois remplacé par le son "Ch (ⵛ)" (exemple : Ikebdanen/Ichebdanen, Berkane/Berchane, Chekr/Chechr, etc...)

La tribu était désignée sous le nom de « Territoire des Forts ». Le nom définitif de Qelaya s'est imposé avec l'installation des Mérinides dans la région en 1213 (610 H.)[5].

Histoire

Période médiéval

Le territoire des Iqer'iyen durant l'Émirat de Nekor était composé de 2 tribus, les Ghasâsa du mont herek et les Beni Ourteddi du qulu' jert tel décrit par El Bekri[6].Ces deux tribus feraient, d'après Ahmed Tahiri historien rifain moderne, parti de la confédération des Battuya (ou Batouia ou encore Bettiwa),groupement tribal de longue date établi dans les montagnes du Rif oriental[7].

Au XIe siècle, avant la montée au pouvoir des Almoravides au Maghreb Al-Aqsa, va voir le jour un émirat d'origine Hammudite dans le territoire tribal des Iqer'iyen[4].En effet, Muhammad ibn Idris Al-Hammûdî, prince détrôné de Malaga et Ceuta, se réfugiera à Almeria d'où les berbères du territoire tribal des Guelaya, alors nommés Battuya à cet époque, lui firent appel afin qu'il prenne le pouvoir dans le Rif oriental[4].Le pilier central fut l'alliance avec la tribu des Battuya (nommée Battuya ou Bettiwa ou encore بطيوة en Arabe), dont la fidélité à la lignée d'Idris s'était manifestée par un acte de vengeance historique,ce sont les Battuya qui ont tué Musa ibn Abi'l-Afiya, l'ennemi juré des Idrissides. Cette exécution, perpétrée sur les rives de la Moulouya , en réponse à la cruauté et à la brutalité dont Musa avait fait preuve lors de ses campagnes contre la région de Émirat de Nekor[8].

L'époque mérinide

Les Mérinides s'établissent à Tâzûdâ en 1213. Ils fondent également la cité de Ghasâsa. Ce port, situé sur le littoral de la presqu'île de Hork, devient un centre de commerce florissant, servant de relais pour l'or du Soudan vers les ports d'Al-Andalus. Ghasâsa était fréquenté par des marchands européens, notamment des Vénitiens et des Aragonais[4].

Époque moderne et résistance

Guelaya fut profondément affectée par la chute de Melilla aux mains des Castillans en 903 H./1497. De cette date jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle, la région connut une succession quasi ininterrompue de mouvements de résistance contre la présence militaire espagnole à Melilla. Parmi les événements majeurs de cette période figure le siège de la ville mené par l’armée marocaine en présence du sultan Muhammad ben Abdallah, qui se déroula du 9 décembre 1774 au 16 mars 1775[4].

Conflit de Melilla (1893-1894)

En 1893, le gouvernement espagnol a achevé en juillet la construction d'un fort au sein du hurm, une zone sacrée située à proximité immédiate du tombeau de Sidi Waryash, près de Melilla. Les iqer'iyen se sont activement opposés à cette initiative, y voyant une volonté de profaner le lieu de repos de leur saint le plus important. Dès l'achèvement de la construction, les Iqar'ayen ont lancé une attaque au cours de laquelle le Général Margallo, commandant général de Melilla, a été tué[9].

Réaction espagnole et intervention du Sultan

À la suite de cet événement, le gouvernement espagnol a envoyé des troupes en renfort. Se basant sur une réclamation formulée par le représentant espagnol à Tanger, le Sultan Mulay al-Hasan I est intervenu en envoyant son frère, en novembre 1893, afin de rétablir l'autorité du Makhzen dans la zone disputée[9].

Résolution et conséquences territoriales

Le conflit a trouvé une issue formelle en 1894 lorsque le Général Martinez Campos s'est rendu à Marrakech. Durant ce voyage, il a été témoin de l'acte de souveraineté du Sultan sur le Rif et a obtenu (le Sultan), au nom de l'Espagne, une indemnité de 20 000 000 de francs. De plus, l'accord prévoyait une concession permettant d'élargir les frontières du territoire de Melilla[9]

Mohamed Améziane, résistant rifain issue des Iqer'iyen

Résistance de Sidi Mohamed Améziane (1908-1912)

Contexte et débuts de la lutte

Sidi Mohamed Améziane (ou Chérif Améziane) est considéré comme la première icône de la résistance rifaine au début du XXe siècle. Son action s'élève initialement contre le double jeu de l'usurpateur Bou Hamara et s'oppose frontalement à la progression des troupes espagnoles dès juin 1909[10]. Sous son commandement, les tribus locales, notamment la tribu des Iqer'iyen , ont mené plus de cent batailles contre l'armée espagnole[11].

Campagnes militaires et défaites espagnoles

La résistance menée par Améziane débute véritablement en 1908 lorsqu'il affronte le général Marina, gouverneur de Melilla. Les forces rifaines infligent des revers cinglants à l'Espagne, utilisant notamment des tactiques d'embuscades, comme celle menée contre un convoi militaire du colonel Primo de Rivera[11].

Parmi les affrontements les plus notables figurent :

La bataille du Barranco del Lobo (27 juillet 1909) : une défaite humiliante pour l'Espagne où périrent entre 300 et 2 000 soldats, dont le général Pintos[10].

La bataille de Souk el-Khemis (septembre 1909) : où le général Vicarios trouva la mort[10].

• D'autres combats sanglants à Ahad Beni Chiker, Mursi Arkaman, Segangan, et le long de l'Oued Kert[11].

Au total, près de 40 000 soldats espagnols furent mobilisés pour tenter de briser cette résistance farouche qui parvenait à confiner l'expansion coloniale dans une zone restreinte autour de Melilla[10].

Conséquences politiques et sociales en Espagne

Le conflit, surnommé la « guerre des banquiers » par le peuple espagnol, a eu un retentissement majeur dans la péninsule Ibérique[10].Le coût financier fut colossal, dépassant les 100 millions de pesetas, ce qui provoqua une crise budgétaire et entraîna la chute du gouvernement espagnol de l'époque[11].

Sur le plan social, la mobilisation des réservistes en juillet 1909 déclencha une insurrection en Catalogne connue sous le nom de Semaine tragique. Ces émeutes, marquées par des grèves et des incendies d'édifices religieux, menacèrent les fondements de la monarchie espagnole[10].

Mort et héritage

Après trois années de combats intenses, le Chérif Améziane est tué en mai 1912 lors de la bataille de Takermin[11]. Selon les récits, il aurait mené son dernier combat monté sur un cheval bleu[11]. Sa mort survient dans un contexte de réaction à la signature du traité de protectorat, marquant la fin d'une phase majeure de la résistance dans le Rif oriental avant la reprise des combats à grande échelle les années suivantes[10].

Personnalités célèbres

Bibliographie

  • H. Al Figuigui, « Guelaya ou Qelaya », dans Encyclopédie berbère, vol. 21 : Gland–Hadjarien, Aix-en-Provence, Edisud, (lire en ligne), p. 3224-3229

Notes et références

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