Hayatu ibn Sa'id, également connu sous le nom de Hayatu Balda, est un érudit musulman du XIXesiècle et le principal dirigeant mahdiste de la région du Soudan central. Il est l'arrière-petit-fils d'Usman dan Fodio. Hayatu quitte Sokoto à la fin des années 1870 pour s'installer à Adamawa, l'émirat à l'extrémité orientale du califat de Sokoto. En 1883, il est nommé adjoint du Mahdi soudanais, Muhammad Ahmad, et est chargé de mener un jihad sur le califat de Sokoto. Malgré plusieurs tentatives du lamidoZubeiru bi Adama(en) d'Adamawa pour persuader Hayatu d'abandonner sa cause mahdiste, un conflit s'ensuit, entraînant une défaite désastreuse des forces de Zubeiru en 1893. Cette victoire renforce l'influence et les partisans de Hayatu, ce qui conduit à une alliance avec Rabih az-Zubayr. Ensemble, ils reprennent l'empire du Kanem-Bornou en 1893, avec l'objectif de conquérir à terme le califat de Sokoto. Hayatu est l'imam du Bornou de Rabih, dont il est le chef spirituel. Cependant, l'alliance finit par se briser, et Hayatu est tué lors d'une tentative d'évasion du Bornou en 1898.
Jeunesse et formation
Hayatu est né vers 1840 à Sokoto, probablement à Kofar Rini, où réside son père. Il est le fils aîné de Sa'id ibn Bello, fils du deuxième calife de Sokoto, Muhammad Bello. Sa mère, Khadijah, est la fille de Sarkin Rafi Idrisu, qui appartient à la famille de Gidado dan Laima(en), le deuxième vizir de Sokoto. Dès son plus jeune âge, Hayatu est connu pour sa bonne mémoire et son intelligence vive. Il reçoit sa première éducation de son père, réputé pour son érudition et sa piété[1],[2].
Hayatu se consacre ensuite principalement à des activités érudites, telles que l'étude, l'enseignement, l'écriture et la composition de poèmes. Il participe également à l'administration de Gandi (aujourd'hui Rabah), un ribat (garnison frontalière fortifiée) sous le commandement de son père[1],[2].
Au sein du Califat de Sokoto
Carte du califat de Sokoto
En 1867, après la mort du calife Ali Karami, un conflit de succession éclate à Sokoto. Les deux prétendants au poste sont Ahmad al-Rufa'i, fils d'Usman dan Fodio, et Abubakar Atiku, fils de Muhammad Bello. Hayatu recommande Rufa'i, arguant de sa plus grande qualification en tant que fils d'Usman, ce qui aboutit finalement à sa nomination comme calife. De 1867 à 1873, Hayatu est l'un des plus proches conseillers de Rufa'i[1].
À la fin des années 1860, Hayatu succède à son père comme commandant du ribat de Gandi pendant quelques années. Les raisons de sa démission ou de son renvoi sont méconnues. Martin Njeuma suggère qu'il est relevé de ses fonctions par une réaction populaire[2] Asma'u G. Saeed indique que l'application de la charia est effectivement complexe auprès de la population[1].
Au sein de l'émirat d'Adamaoua
Peu de temps après son retour à Sokoto, en 1878, Hayatu quitte la ville et s'installe à Adamawa, à l'extrémité orientale du califat pour des raisons incertaines. Siegfried Passarge évoque un pèlerinage à La Mecque tandis que Sa'ad Abubakar suggère une déception vis-à-vis du califat de Sokoto et des désaccords philosophiques. Selon Njeuma, certains des disciples de Hayatu à Maroua et à Balda affirment qu'il a eu une révélation surnaturelle avant de quitter Sokoto[1],[2].
Hayatu est bien accueilli à Yola, capitale de l'Adamawa. Il arrive accompagné de trente-trois étudiants et d'une nombreuse suite. Il consacre son temps à enseigner et à visiter d'autres régions de l'émirat. Il reçoit des dons de tout l'émirat, qu'il investit dans l'achat de chevaux et de brides. En 1882, Hayatu quitte Yola pour se diriger vers l'est, environ un an après l'annonce de la venue du Mahdi soudanais, Muhammad Ahmad[2],[3].
Djihad pour le Mahdi
En route vers l'Est, Hayatu séjourne à Maroua, puis se rend à Bogo. Il s'y installe avec une importante armée, espérant en faire la capitale d'un nouvel État. Le gouverneur de district de la ville, Lamdo Garei, l'autorise à s'installer à Balda. De Balda, Hayatu lance son djihad contre les populations non musulmanes de la région, notamment les Musgum, les Massa et les Semaya. Les musulmans peuls de Bogo ne parviennent pas à soumettre ces tribus depuis plusieurs décennies, mais Hayatu espérait y parvenir en utilisant la croyance en l'attente du Mahdi pour rallier les musulmans[2],[3].
Les campagnes de djihad sont généralement couronnées de succès, et les tribus nouvellement conquises forment un nouveau district sous la direction de Hayatu. Balda se dote d'une école, d'un marché et d'une mosquée qui servent de centres de diffusion des idées de Hayatu sur son djihad et l'avènement du Mahdi[2].
Le gardien de la maison du Khalifa Abdullahi, portant une jibba du type autrefois portée par les dirigeants de l'armée mahdiste (1936)
En 1883, Hayatu envoie une mission à Muhammad Ahmad avec un message promettant sa soumission totale. Muhammad Ahmad nomme en retour Hayatu comme son adjoint, lui donnant instruction de déclarer le djihad contre ceux qui rejette son mahdisme. Hayatu exhorte les gouverneurs voisins de Kalfu, Marua, Bogo, Madagali, Uba et Moda à respecter ces instructions. Ces derniers veulent éviter tout conflit et s'adressent au lamido d'Adamoua pour résoudre la question. Ce dernier refuse de s'opposer à Hayatu, confortant sa démarche et permettant la formation d'une communauté mahdiste adns le nord de l'Adamaoua[2].
Le nombre croissant de fidèles encourage Hayatu à envoyer une mission auprès des autorités de Sokoto pour les exhorter à le rejoindre. Cependant, les prétentions de Muhammad Ahmad comme Mahdi sont déjà précédemment rejetées et il n'obtient aucune nouvelle réponse[2]. En 1893, une armée est envoyée afin d'arrêter les actions d'Hayatu. L'armée reçoit le soutien du nouveau lamido d'Adamaoua, Zubeiru. Cependant, Hayatu remporte une victoire, ce qui encourage Rabih az-Zubayr, le chef de guerre soudanais, à s'allier à lui. Rabih est un sympathisant de la cause mahdiste et projete de conquérir le Bornou. En gage de bonne foi, Rabih donna sa fille, Hauwa, en mariage à Hayatu[4].
Conquête du Bornou
Carte du domaine de Rabih az-Zubayr en 1899.
En , l'alliance d'Hayatu et Rabih défait le Bornou et place Rabih à la tête du nouvel état. Début 1894, Hayatu s'installe à Dikwa, la nouvelle capitale de Rabih, et est nommé imam du Bornou[5]. Hayatu devient le chef spirituel de l'armée de Rabih, mais est rapidement éclipsé par ce dernier. Il est frustré de voir Rabih privilégier les mesures contre l'avancée française au Tchad. De plus, la sévère défaite de l'armée mahdiste au Soudan affaiblit considérablement la ferveur de la cause[2].
Fin 1897, Hayatu abandonne l'alliance et envisage de fuir Dikwa. Il sollicite ses partisans pour y parvenir. En , alors que Rabih mène une campagne militaire contre les Français, il se fait escorter militairement hors de Dikwa. Cependant, un de ses partisans informe le commandant en second de Rabih qui tente de l'arrêter. Les troupes s'affrontent et Hayatu est tué[2]. Ses partisans qui l'accompagnent sont massacrés[4].
12345(en) Saeed, «The Mahdiyya in Adamawa Emirate: the poem on the battle of Danki (1892) by Shaykh Hayāt b. Sa'īd», Journal for Islamic Studies, vol.36, no1, , p.59–79 (ISSN2957-9163, lire en ligne)
12(en) Lovejoy et Hogendorn, «Revolutionary Mahdism and Resistance to Colonial Rule in the Sokoto Caliphate, 1905–6», The Journal of African History, vol.31, no2, , p.217–244 (ISSN1469-5138, DOI10.1017/S0021853700025019, lire en ligne)
12Hugh Anthony Stephens Johnston, The Fulani Empire of Sokoto [by] H. A. S. Johnston (West African history series), Oxford University Press, (lire en ligne)