Helvètes
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Les Helvètes (en latin : Helvetii) sont un ensemble de peuples celtes de la partie orientale de la Gaule que l'on trouve établis sur le plateau suisse au moment de la migration des Suèves vers le sud-ouest de la Germanie au début du Ier siècle av. J.-C.
La confédération helvète semble avoir été constituée de quatre ou cinq pagi, notamment les Verbigènes au nord du Léman, les Tigurins près du lac de Neuchâtel et les Tugènes autour de l'actuelle Zurich.
Les Helvètes sont peut-être mentionnés aux alentours de -300 par une inscription en étrusque. Ils sont aussi présents lors de l'invasion de la Gaule narbonnaise par les Cimbres dans les années -110. Mais c'est surtout au début de la guerre des Gaules qu'ils jouent un rôle de premier plan.
En effet, probablement à la suite d'une forte pression en Rhétie résultant d'une poussée des Suèves vers le Sud-Ouest de la Germanie, les Helvètes, ainsi que des Latobices, Tulinges, Rauraques et Boïens tentent en de migrer vers l'ouest de la Gaule transalpine. Mais, repoussés par Jules César au-delà du massif du Jura, ils rentrent dans leur pays (qu'ils ont pris soin de dévaster avant de partir) avec leurs compagnons d'infortune, exceptés les Boïens qui s'installent entre les territoires des Éduens, des Arvernes et des Bituriges Cubes[réf. nécessaire].
Après la victoire de César sur Vercingétorix (-52), les Helvètes forment une des cités de Gaule romaine, avec pour chef-lieu la ville d'Aventicum, aujourd'hui Avenches (canton de Vaud).
La plus ancienne mention des Helvètes
Le nom des Helvètes est peut-être mentionné par un graffiti trouvé sur un navire de Mantoue daté des environs de [1]. Il s'agit d'une inscription en lettres étrusques qui se lit eluveitie et qui a été interprété comme une forme étrusque du mot celtique *(h)elvetios (« Helvète »), c'est-à-dire qu'elle désignerait un homme d'ascendance helvète.
Les Helvètes dans la guerre des Cimbres (107-101 avant notre ère)

La première mention historique des Helvètes est liée à l'épisode de la guerre des Cimbres, invasion de la Gaule narbonnaise, province romaine depuis -120, par les troupes tigurines de Divico. Les Helvètes sont mentionnés aux côtés des Cimbres, des Ambrons et des Teutons.
Ces peuples battent les troupes romaines de Lucius Cassius Longinus à la bataille d'Agen en , puis remportent une seconde victoire à Orange en , mais les troupes tigurines semblent s'être retirées du conflit avant les défaites contre Caius Marius en et .
Les Helvètes et le début de la guerre des Gaules

Les Helvètes jouent un rôle déterminant dans le déclenchement de la guerre des Gaules en entamant, sous Orgétorix une migration vers la Saintonge, en compagnie des Boïens et des peuples germains Tulinges et Latobices. Les raisons de cette migration sont inconnues, mais le fait qu'ils aient brûlé en partant leurs agglomérations, leurs établissements et leur surplus de céréales, indique un départ forcé, peut-être par la pression germanique, ou bien pour d'autres motifs à caractère démographique ou économique.
Cette opération va permettre aux Romains de prendre pied en Gaule chevelue. César voulait avant tout empêcher que des Germains d'outre-Rhin s'installent dans l'Helvétie abandonnée par ses habitants, ce qui aurait constitué une menace directe pour la province de Narbonnaise.
La Gaule romaine (province de Narbonnaise) de -120 à -59
La province romaine de Gaule transalpine (la Narbonnaise) s'étend de Toulouse/Tolosa à l'ouest à Vienne/Vienna au nord-est. Elle est gouvernée depuis Narbonne/Narbo Martius par un proconsul, c'est-à-dire un Romain qui a effectué un consulat à Rome.
En 59 av. J.-C., le commandement de la Gaule cisalpine et de l'Illyrie est confié à César pour cinq ans, durée exceptionnelle pour un tel mandat, qu'il fera renouveler en À l'instigation de Pompée, triumvir avec César et Crassus, le Sénat ajoute la Gaule narbonnaise au commandement (imperium) de César.
César devient donc proconsul de l’Illyricum, de la Gallia Cisalpina et de la Gallia Transalpina, c'est-à-dire le bloc territorial frontalier au contact avec le monde « barbare ». Avec des voisins comme les Germains ou les Daces, les menaces ne manquent pas mais, probablement à cause des frontières naturelles qui délimitent la Gaule et des circonstances, César choisira d'orienter sa stratégie militaire de conquête vers l'Ouest. La Gaule, riche en métaux et en bois, représente aussi un débouché économique intéressant et un marché pour le commerce de denrées agricoles, du vin italien notamment.
La Gaule indépendante (Gaule chevelue) avant la conquête de César
Hors de la Narbonnaise, les Romains décrivent la Gaule comme formée de trois régions : l'Aquitaine au sud de la Garonne, la Celtique entre la Garonne et la Seine, la Belgique entre la Seine et le Rhin. Les peuples, généralement celtiques (sauf en Aquitaine), qui peuplent ces trois régions sont pour certains alliés de Rome (notamment les Éduens, capitale Bibracte), pour d'autres adversaires de Rome (notamment les Arvernes).
Après l'éviction des Cimbres de Narbonnaise un peu avant -100, la Gaule subit plusieurs offensives germaniques. Les Suèves pénètrent dans l'actuelle Alsace autour de Leur roi Arioviste, que César désigne comme un « brigand »[réf. nécessaire], bat un contingent gaulois en ou
D'autres peuples attaquent le monde celte à l'Est, notamment les Daces[2], sous la conduite de leur roi Burebista. Vers , ils sont établis autour de Vienne et de Passau. Ils concluent alors un pacte avec Arioviste, ce qui crée une grande menace pour les Gaulois.
Les Éduens sollicitent l'aide de Rome contre cette menace.
Le projet de migration des Helvètes (59 avant notre ère)



Confrontés à la même menace, les Helvètes réagissent différemment : ils décident d'entreprendre une grande migration vers le sud-ouest, un raid militaire. Dans la société celtique, le raid représente un moyen d'affirmer la puissance d'une communauté et de renforcer le statut social de ses chefs : il crée une dynamique. Il apporte aussi une solution aux problèmes internes en fournissant de nouvelles terres à cultiver lorsque la population s'accroît. La compétition entre les jeunes chefs, souvent rivaux, a entraîné une escalade dans les défis et la multiplication de ces opérations guerrières, d'abord chez des voisins immédiats puis à plus longue distance : le phénomène s'est intensifié au cours du IVe siècle, adoptant parfois des allures endémiques dans toute l'Europe ; il a pris des proportions inhabituelles dans le cas des migrations vers l'Italie et les Balkans.
En , les Helvètes originaires de la Forêt-Noire[réf. nécessaire] qu'ils ont fuie cinquante ans plus tôt, déjà sous la pression des Germains, projettent donc un nouvel exode. Leur but est de traverser le Rhône par le pont de Genève (Genava) et de longer le fleuve afin de s'installer dans des terres d'accueil dans le Sud.
Or ce départ est susceptible d'entraîner un vide dangereux dans une zone proche de la Gaule cisalpine. C'est pourquoi César intervient rapidement pour couper court au mouvement.
Préparatifs et départ des Helvètes

Les Helvètes préparent soigneusement leur migration. Ils se procurent des animaux de trait, des chariots, ensemencent toutes les terres disponibles afin d'accumuler la nourriture nécessaire au voyage, prévoient des présents pour s'attirer les bonnes grâces des peuples qu'ils rencontreront sur leur route.
Lorsqu'ils se jugent prêts à partir, ils incendient leurs douze oppida, leurs 400 villages et tout leurs surplus en grain selon la politique de la terre brûlée. En plus des Helvètes, des Tulinges, des Latobices, des Rauraques et des Boïens participent à l'expédition.
Le pays des Santons (capitale : Saintes/Mediolanum Santonum) semble avoir été leur destination[3], c'est-à-dire qu'il doivent traverser la Gaule d'Est en Ouest.
Selon César, les Helvètes ont recensé les émigrants sur des tablettes écrites en utilisant l'alphabet grec : une liste nominative des guerriers et des listes séparées pour les enfants, les vieillards et les femmes[4]. Le décompte indique un total de 368 000 personnes dont 263 000 Helvètes, 36 000 Tulinges, 14 000 Latobices, 23 000 Rauraques et 32 000 Boïens ; sur l'ensemble, 92 000 hommes en armes, 25 % de l'effectif total. C'est bien tout un peuple qui se met en marche.
Interventions de César et échec des Helvètes
Leur mouvement est arrêté par César qui, à la tête d'une puissante armée[réf. nécessaire], coupe le pont de Genève et les contraint à rebrousser chemin. Les tentatives de négociations échouent.
Les Helvètes tentent alors de passer plus au nord à travers les cluses jurassiennes et le territoire des Séquanes. Avec leurs 2 800 chars à bœufs, ils sont attaqués et massacrés par les légions romaines en pays éduen, non loin de Bibracte.
Jules César les affronte en , une première fois sur le territoire des Séquanes, au passage de la Saône, puis à Bibracte, alors qu'ils sont menés par Divico.
Il note qu'ils étaient 368 000 (dont 92 000 guerriers) au début des combats[4]. Ces chiffres sont sujets à caution[5].
Divico demande alors une trêve, mais César exige la livraison d'otages. Divico refuse et la guerre reprend. Les guerriers helvètes, épuisés, sont mis en déroute. César ordonne aux survivants de regagner leurs terres abandonnées et de tout reconstruire.
Les survivants de Bibracte, au nombre de 110 000, rentrent en Helvétie. Les Boïens restent en Gaule, fixés entre les Éduens et les Arvernes.[réf. nécessaire]
C'est à partir de ces évènements tragiques que débute la conquête de la Gaule indépendante par César. L'invasion redoutée des Germains en pays helvète n'a pas lieu, les envahisseurs évitant un pays qui a été ruiné. Ils changent d'objectif et arrivent dans l'actuelle Alsace, ce qui donne de nouveau un prétexte à César pour intervenir en Gaule.
Les Helvètes à la fin de la guerre des Gaules (-52)
En , les Helvètes envoient malgré tout un contingent de 8 000 hommes à Vercingétorix[6],[7]. Mais on sait que Vercingétorix va tout de même être battu par César à Alésia.
Les Helvètes dans la Gaule romaine (à partir de -52)
Dans l'Empire romain, la cité des Helvètes a pour chef-lieu Aventicum, aujourd'hui Avenches, près du lac de Morat.
Elle fait partie de la province de Gaule belgique (chef-lieu : Reims) à partir du règne d'Auguste (début du Ier siècle), puis de la province de Germanie supérieure (chef-lieu : Mayence/Mogontiacum) à partir du règne de Domitien (fin du Ier siècle)). Les deux provinces de Germanie ont été créées afin de renforcer la défense du limes rhénan contre les Germains transrhénans. La cité des Helvètes se trouve donc dans une zone plus fortement militarisée que les autres provinces de Gaule romaines, les « Trois Gaules » (Belgique, Lyonnaise et Aquitaine).
Sources
- César, Commentaires sur la guerre des Gaules, I passim[pas clair] ; IV, 10 ; VI, 25 ; VII, 75.