Henry Dunant

homme d'affaires et humaniste suisse, fondateur de la Croix-Rouge (1828-1910) From Wikipedia, the free encyclopedia

Henry Dunant, né le à Genève et mort le à Heiden, homme d'affaires et humaniste suisse, est considéré comme le fondateur du mouvement de la Croix-Rouge internationale.

Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 82 ans)
HeidenVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Cimetière de Sihlfeld (d), Monument funéraire de Henry Dunant (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Jean-Henri DunantVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
Henry Dunant
Biographie
Naissance
Décès
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HeidenVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Cimetière de Sihlfeld (d), Monument funéraire de Henry Dunant (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Jean-Henri DunantVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
française (à partir du )
suisseVoir et modifier les données sur Wikidata
Domiciles
Formation
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Distinctions
Œuvres principales
Un souvenir de Solférino, Notice sur la régence de Tunis (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
signature de Henry Dunant
Signature.
Plaque commémorative.
Vue de la sépulture.
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En , il découvre les dégâts de la bataille de Solférino. Il publie un livre Un souvenir de Solférino en 1862. Une année plus tard, à Genève, il fonde le Comité international de secours aux militaires blessés, appelé en 1876 Comité international de la Croix-Rouge.

La première convention de Genève est ratifiée en 1864. Il obtient avec Frédéric Passy le premier prix Nobel de la paix en 1901.

Biographie

Jeunesse

Henry Dunant est le fils aîné de quatre frères et sœurs ; son prénom de naissance est Jean-Henri[1],[2]. Son père, Jean-Jacques Dunant, est commerçant ; sa mère, Antoinette Dunant-Colladon, est la fille de Henry Colladon, directeur de l'hôpital et maire de la commune d'Avully. Ses parents, protestants calvinistes, appartiennent à la bourgeoisie moyenne, sont engagés dans l'action sociale. Son père est membre du Conseil représentatif, ancêtre du Conseil municipal de la ville de Genève et œuvre pour le sort des orphelins et des anciens criminels ; sa mère travaille dans le secteur de la bienfaisance. L'éducation de leurs enfants inclut cette responsabilité sociale. À six ans, Henry part avec sa famille à la découverte de la mer Méditerranée. Le père en profite pour contrôler les conditions de détention des hommes d'origine genevoise incarcérés à Toulon. Le petit Henry l'accompagne ; il en restera choqué et horrifié.

D'une grande ferveur religieuse, à 15 ans, il vit une nouvelle naissance et assiste aux cultes évangéliques de la Chapelle de l'Oratoire (devenue Église libre de Genève)[3]. Il est admis au Collège de Genève, et le quitte bientôt à cause de mauvaises notes. Il débute en 1849 un apprentissage de trois ans chez les banquiers Lullin et Sautter.

Carrière

Au terme de sa formation, il devient employé de banque. Influencé par le courant religieux désigné sous le nom de Réveil, il s'engage, à 18 ans, au sein de la « Société pour des donations d'aumône ». Le , il fonde un groupe genevois qui sera le noyau de la Young Men's Christian Association (YMCA), fondée trois ans plus tard à Paris. La charte sera rédigée par Dunant. En 1852, il devient le premier secrétaire de l’« Alliance Évangélique Romande » jusqu'en 1859[4], chargé des procès-verbaux et, sans doute, de la correspondance. Après son départ, il en restera membre pendant plusieurs années. Le 24 août 1855 à Paris, il est l'un des dix signataires fondateurs de la charte de l'Alliance universelle des Young Men's Christian Association (YMCA), dite « Base de Paris »[5].

Affaires en Algérie

Titre de la Société Anonyme des Moulins de Mons Djemila signée par Henry Dunant

En 1853, Dunant visite l'Algérie, la Tunisie et la Sicile, au nom de la Compagnie genevoise des colonies suisses, qui a reçu un terrain à Sétif par concession du gouvernement français. Il conduit les affaires de ses donneurs d'ordre avec succès, mais obtient de faibles résultats concrets. D'après ses impressions de voyage, il rédige et publie en 1858 son premier ouvrage : Notice sur la régence de Tunis. Ce livre lui permet d'entrer dans plusieurs sociétés scientifiques.

En 1856, il fonde une société coloniale et obtient une concession de terres en Algérie. Ayant constaté que la population de Sétif est obligée de fabriquer sa farine elle-même, il met en place, deux ans plus tard, la Société financière et industrielle des moulins de Mons-Djémila à Saint-Arnaud (actuelle El Eulma). L'autorisation d'exploiter une chute d'eau pour faire fonctionner le premier moulin moderne n'arrive pas : les législations sur les cours d'eau et les terres ne sont pas claires, et les autorités coloniales ne sont pas coopérantes.

Il est naturalisé français en [6],[7],[8]. Il aurait pris la nationalité française à Culoz[9] afin de faciliter l'accès aux concessions agricoles de la puissance coloniale pour faire pousser du blé.[réf. nécessaire].

Un an plus tard, il veut solliciter Napoléon III. L'empereur est alors stationné en Lombardie avec son armée. La France y combat aux côtés des Piémontais contre les Autrichiens. Le quartier général de Napoléon III est dans la petite ville de Solférino, près du lac de Garde. Dunant rédige un éloge de l'empereur[Note 1] et se rend à Solférino pour lui remettre son éloge et présenter sa requête.

Bataille de Solférino

Jean-Louis-Ernest Meissonier : Napoléon III à Solférino (1864).

Dunant arrive le soir du [Note 2], près du champ de bataille, après les combats entre les troupes piémontaises et françaises et l'armée autrichienne. Environ 38 000 blessés et morts s'y trouvent encore ; personne ne leur porte secours. Dunant organise spontanément la prise en charge des soldats blessés et des mourants, avec la population civile locale, principalement des femmes. Dans la ville voisine de Castiglione delle Stiviere, il met en place un hôpital dans la Chiesa Maggiore, la plus grande église du lieu. Environ 500 des 8 000 à 10 000 blessés y sont conduits.

Tout manque : le personnel (il n'y a que six médecins militaires français et aucune école d'infirmier ne forme à cette profession), les connaissances techniques, le matériel médical, la nourriture. Dunant et ceux qui répondent à ses appels successifs ne font pas de différence entre les soldats en fonction de leur uniforme[Note 3]. Les femmes du village trouvent la formule : « Tutti fratelli » (tous frères). Dunant obtient des Français que les médecins autrichiens faits prisonniers aident à soigner les blessés. Il met en place d'autres hôpitaux et fait venir du matériel à ses frais.

Il revient début à Genève. Sa mère lui recommande de passer un mois dans le chalet d'un ami de la famille, à Montreux. Il part ensuite à Paris. Il reçoit, en , pour son action à Solférino, en même temps que le médecin genevois Louis Appia, l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare de la part du futur roi d'Italie, Victor-Emmanuel II, la seconde plus importante distinction du royaume transalpin[10].

Au début de l'année 1860, il tente d'améliorer la situation financière de ses entreprises en Algérie, sans succès. Il écrit ses impressions de guerre à une amie vivant à Genève, la comtesse de Gasparin. Elle les fait publier anonymement dans le Journal de Genève.

Son livre : Un souvenir de Solférino

À son retour, il commence la rédaction de son livre : Un souvenir de Solférino. Il y décrit la bataille[11], mais aussi les souffrances, le chaos des jours suivants, les soldats battus à mort, l'agonie sans fin des blessés. L'expérience de Castiglione delle Stiviere reste décisive pour lui[12].

Le livre paraît en 1862[13]. Il y développe ses idées : les souffrances des soldats pourraient être réduites ; un militaire hors de combat à cause de ses blessures cesse d'être un ennemi : il doit être considéré comme un être humain qui a besoin d'aide ; les médecins et les infirmiers doivent soigner sans crainte d'être capturés : ils ne seront pas forcés d'abandonner leurs blessés en cas de contre-attaque adverse ; dans tous les pays, des organisations humanitaires, fondées sur la neutralité et le volontariat, doivent être autorisées à soigner les blessés de guerre[14].

En , il fait imprimer le livre, à ses frais, par l'imprimerie genevoise Fick, et envoie les 1 600 exemplaires à des personnalités politiques et militaires de toute l'Europe. Il fait des voyages à travers le continent pour propager ses idées. Ce livre est partout reçu avec intérêt et enthousiasme.

En , une deuxième édition est imprimée ; au début de 1865, une troisième version paraît et traduite en anglais, allemand, italien et suédois.

Parmi les réactions négatives, celle du ministre de la guerre français, Jacques Louis Randon, pour qui le livre est dirigé « contre la France » et celle de Florence Nightingale : les sociétés d'assistance de Dunant se chargeraient d'une tâche qui incombe aux gouvernements.

Fondation de la Croix-Rouge

Maison à la rue du Puits-Saint-Pierre 4 à Genève, où vécut Henry Dunant lors de la création du Comité International de la Croix-Rouge, et écrivit son livre Un souvenir de Solférino.
Plaque commémorative apposée sur la maison à la rue du Puits-Saint-Pierre 4 à Genève.
Panorama de Genève vers 1860.

Le président de la « Société d'utilité publique genevoise », le juriste Gustave Moynier, choisit le livre et les idées de Dunant comme thème de l'assemblée de sa société, tenue le . Les propositions de Dunant sont examinées et approuvées. Dunant est nommé membre d'une commission, qui comprend Gustave Moynier, le général Guillaume-Henry Dufour, et les médecins Louis Appia et Théodore Maunoir. La première réunion se tient le 17 février 1863. Les cinq membres décident de devenir un organe permanent : le « Comité des Cinq » ou « Comité de Genève ». Ce jour est considéré comme la date de création du « Comité International de secours aux militaires blessés en campagne », désigné, dès 1863, par le nom de « Comité international de la Croix-Rouge ». Dufour en devient le premier président, Moynier est vice-président et Dunant secrétaire du comité.

Ni Dunant ni aucun des membres fondateurs du Comité International de la Croix-Rouge ne semblent avoir été membres de la Franc-maçonnerie[15].

Conflit avec Moynier

Portraits des cinq membres du Comité international de la Croix-Rouge.

Des divergences d'opinion se développent entre Moynier et Dunant. Dunant propose de placer les blessés, le personnel ainsi que les lazarets sous la protection du principe de neutralité ; Moynier pense cela inexécutable. Il demande à Dunant de renoncer. Dans ses voyages à travers l'Europe et ses entretiens avec des politiciens et militaires de haut rang, Dunant maintient sa position. Le conflit entre Moynier et Dunant s'envenime.

Le « Congrès statistique international » a lieu du 6 septembre au à Berlin. Dunant y rencontre le médecin militaire Jan Hendrik Christiaan Basting (nl) qui avait fourni une traduction néerlandaise de son livre. Il lui demande de distribuer un mémorandum et une invitation du Comité International aux participants du congrès afin qu'ils se joignent à une conférence internationale. Avec Basting, et sans se concerter avec le Comité de Genève, il ajoute la neutralité des secours aux propositions du mémorandum. Cette décision de Dunant, contraire à l'opinion de Moynier, aggrave le conflit entre les deux. Basting, en tant que participant au congrès, présente les idées de Dunant aux délégués présents.

Peu après le congrès, Dunant se rend à Dresde, capitale de la Saxe, pour une audience avec le roi Jean Ier. Le souverain lui répond : « Je ferai ce qui est en mon pouvoir, car un peuple qui ne s'associerait pas sûrement à ces efforts philanthropiques devrait s'en expliquer à l'opinion publique de l'Europe ». Dunant reprendra souvent cette phrase dans ses lettres à d'autres personnalités.

Du 26 au 29 octobre, la conférence prévue par le « Comité International » se tient à Genève. Des représentants de quatorze États débattent des mesures concernant l'amélioration de l'aide aux soldats blessés en période de guerre. Sur instructions de Moynier, Dunan est rédacteur du procès-verbal. L'emblème de la Croix-Rouge est choisi : une croix rouge sur fond blanc, soit l'inverse du drapeau suisse. La paternité de cet emblème n'est pas précisément connue, il semblerait que ce soit un choix collégial. Louis Appia avait proposé un brassard blanc.

Une nouvelle conférence diplomatique se tient du 8 au , sur invitation du Conseil fédéral suisse. Dans ce cadre, le 22 août, les représentants de douze États signent la première convention de Genève[16] : elle établit la Croix-Rouge internationale de manière permanente.

Dunant devait veiller à l'entretien des hôtes, mais il restera, au cours des deux années suivantes, le centre de l'attention publique ; il reçoit de nombreux honneurs et invitations. Au printemps 1865, il est décoré de la Légion d'honneur par Napoléon III. En mai de la même année, il s'entretient avec le souverain à Alger et s'entend promettre que les entreprises de la Croix-Rouge en Algérie seront sous protection du gouvernement français. En 1866, après la guerre austro-prussienne, il est invité aux cérémonies de la victoire à Berlin, par la reine Augusta de Prusse (épouse du roi Guillaume Ier). Il y voit flotter le drapeau blanc à croix rouge à côté du drapeau national durant la parade de l'armée prussienne.

Faillite et déchéance

En 1865, l'Algérie connaît plusieurs catastrophes : révoltes, épidémie de choléra, invasion de sauterelles, séismes, sécheresse, hiver rigoureux. La situation financière de Dunant s'aggrave. En , la société de financement participant à ses entreprises, le Crédit genevois, est dissoute. Son affiliation au conseil d'administration provoque le scandale ; il annonce la faillite de sa société, entraînant des membres de sa famille et des amis. Le , il est condamné par le tribunal de commerce genevois pour faillite frauduleuse.

En raison des contraintes sociales de l'époque, sa faillite entraîne son retrait du Comité International. Le 25 août, il démissionne de son poste de secrétaire du Comité. Il en est complètement exclu le . Moynier, président du comité depuis 1864, est l'artisan principal de cette exclusion. Il utilisera ses relations pour l'empêcher de recevoir une aide financière de ses amis ou de partisans.

La mère de Dunant meurt le . Dans l'année, il est exclu de la YMCA. En , il a quitté Genève, qu'il ne reverra plus. La médaille d'or des sciences morales de l'Exposition universelle de Paris ne lui sera pas remise personnellement, par le fait de manœuvres de Moynier, mais attribuée collectivement à Moynier, Dufour et Dunant : l'argent du prix est transféré directement dans la caisse du Comité International. L'empereur Napoléon III offre de prendre en charge la moitié des dettes de Dunant si ses amis prennent en charge l'autre moitié. Moynier s'y oppose.

Dunant vit à Paris dans des conditions modestes. Durant la guerre franco-allemande de 1870-1871, il fonde la « Société d'assistance générale », puis l'« Alliance générale pour l'ordre et la civilisation ». Il veut diminuer le nombre de conflits armés, les forces en présence et améliorer les normes morales et culturelles de la société. En même temps, se mettent en place « l'Alliance pour la protection des travailleurs », qui veut lutter contre l'exploitation des travailleurs, et « l'Association internationale des travailleurs », fondée en 1864 à Londres, présentée comme corruptrice et athée. Durant le recrutement des membres de l'« Alliance générale pour l'ordre et la civilisation », Dunant exigera des négociations sur le désarmement et l'installation d'une cour de justice internationale chargée de régler les conflits interétatiques sans usage de la force.

Action en faveur des prisonniers de guerre

Le premier congrès de l'« Alliance générale pour l'ordre et la civilisation » se tient en 1872 à Paris. Un article de Dunant concernant le traitement des prisonniers de guerre est lu aux participants. Écrit en 1867 pour la première conférence de la Croix-Rouge, cet article n'avait pas été examiné. Ses propositions sont adoptées avec enthousiasme. Lors d'un voyage en Angleterre, Dunant cherche des soutiens pour organiser une conférence internationale sur la question des prisonniers de guerre. Il fait des discours, notamment le à Londres, et le à Plymouth, devant les membres de la Social Science Association, dont les objectifs sont comparables à ceux de l'« Alliance générale pour l'ordre et la civilisation ». À Plymouth, il est victime d'un malaise.

Ses propositions rencontrent approbation et enthousiasme. Napoléon III l'assure de son soutien, mais meurt le , d'une opération des calculs biliaires. En février 1874, la « Société pour l'amélioration des conditions des prisonniers de guerre » est créée à Paris. Dunant est nommé secrétaire international. La Société projette d'organiser une conférence diplomatique pour le mois de de la même année ; elle demande à Dunant d'aider aux préparatifs à Paris. À la demande du tsar Alexandre II de Russie, il se rend, en et en , à Bruxelles, pour assister à une conférence similaire. Les discussions portent sur un projet du gouvernement russe destiné à élargir la convention signée à Genève ; les propositions de Dunant portent sur les prisonniers de guerre ; elles ne sont pas écoutées. La conférence de Bruxelles prend fin sans rien modifier. Moynier, président du « Comité International », est satisfait ; Dunant en repart déçu.

Pauvreté et oubli

Article du Larousse sur Henry Dunant (vers 1912).

Il écrit des articles pour propager ses idées, tient des discours consacrés à la lutte pour libérer les esclaves en Amérique du Nord. Il conçoit, en collaboration avec l'Italien Max Gracia, l'idée de fonder une bibliothèque mondiale (l'idée sera reprise un siècle après par l'Unesco). Il soutient la fondation d'un État d'Israël. Ses affaires personnelles sont négligées, il doit s'endetter encore, son entourage le fuit. La Croix-Rouge s'est agrandie en créant des sociétés nationales dans de nombreux pays, et l'a presque oubliée : seules, les sociétés d'Autriche, des Pays-Bas, de Suède, de Prusse et d'Espagne le nomment membre honoraire. La guerre franco-allemande, la vie politique française sous la Troisième République, l'amènent à se retirer de la vie publique ; il est atteint d'une timidité pathologique jusqu'à la fin de sa vie.

Entre 1874 et 1886, il mène une vie en solitaire, dans la misère, vivant à Stuttgart, Rome, Corfou, Bâle et Karlsruhe. Divers amis, des activités occasionnelles lui font gagner un peu d'argent. Parmi ses soutiens, le banquier américain Charles Bowles, délégué à la conférence diplomatique de 1864, Jean-Jacques Bourcart, homme d'affaires alsacien, Max Gracia, qui aide Dunant à correspondre avec ses créanciers, et Léonie Kastner-Boursault, veuve du compositeur Jean-Georges Kastner : elle le charge de la commercialisation du pyrophone, un instrument de musique inventé par son fils Frédéric Kastner. Cette activité, un long voyage en Italie avec Kastner-Boursault de 1875 jusqu'au début des années 1880, le préservent d'une complète pauvreté. À Stuttgart, il fait la connaissance, en 1877, de l'étudiant Rudolf Müller (1856-1922) dont il devient ami.

Retraite à Heiden

Heiden aux environs de 1900.

En 1881, il se rend, avec des amis de Stuttgart, au Biedermeierdorf, situé au-dessus de la ville de Heiden, dans le canton d'Appenzell Rhodes-Extérieures. À partir de 1887, il vit à Londres d'une petite mensualité de ses partisans. Il s'installe, en juillet de la même année, dans l'hôtel Paradies de la famille Stähelin à Heiden. Quand cette famille vend la pension quelques années plus tard, il s'installe, à partir de la fin 1890, dans l'hôtel Lindenbühl dans la commune voisine, Trogen. Un an plus tard, il retourne à Heiden et vit, à partir du , dans l'hôpital de la ville, dirigé par le docteur Hermann Altherr (de). Il arrête toute activité au cours des années suivantes, et reste plongé dans des pensées mystiques et des visions prophétiques. À Heiden, il trouve l'isolement, un lieu de repos et de soins, et la vue sur le lac de Constance. Elle lui rappelle sa ville natale et le Léman. Peu après son arrivée, il se lie d'amitié avec un jeune enseignant, Wilhelm Sonderegger, et son épouse, Susanna.

Sur les conseils de Sonderegger, il commence la rédaction de ses Mémoires. Susanna lui suggère de fonder une section de la Croix-Rouge à Heiden, idée qui l'enthousiasme. En 1890, il devient président d'honneur de la section, fondée le . Il compte sur les Sonderegger pour propager ses idées, en particulier, par une nouvelle édition de son livre. Plus tard, Dunant accusera Sonderegger de faire cause commune avec Moynier, resté à Genève. Le décès de Sonderegger en 1904, à l'âge de 42 ans, met fin à la tension entre les deux hommes. L'admiration de Sonderegger pour Dunant sera transmise à son fils Hans Konrad Sonderegger (de) et à son petit-fils René, qui publiera, en 1935, des lettres de Dunant à son père.

Rappel tardif

Bertha von Suttner.

En , Georg Baumberger (de), rédacteur en chef du journal Die Ostschweiz (de) de Saint-Gall, écrit un article sur le fondateur de la Croix-Rouge. Il était venu par hasard à Heiden, en , et l'avait rencontré . Cet article intitulé Henry Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge paraît dans la revue allemande Sur terre et mer ; il se diffuse dans toute l'Europe. Il reçoit des messages de sympathie et de soutien du monde entier. Sauf du Comité International de Genève qui évite tout contact. Dunant reçoit le prix Binet-Fendt[Note 4] remis par le Conseil fédéral, ainsi que la reconnaissance du pape Léon XIII pour son dévouement. Une pension annuelle envoyée par la tsarine russe Maria Fedorovna, d'autres versements améliorent sa situation.

En 1897, Rudolf Müller, devenu professeur de l'enseignement secondaire à Stuttgart, publie aux éditions Greiner & Pfeiffer L'histoire de la naissance de la Croix-Rouge et de la convention de Genève. Le rôle de Dunant est souligné, pour la première fois depuis son éviction du Comité International. Le livre contient une nouvelle édition en allemand, et raccourcie, d'Un souvenir de Solférino. Dunant entretient un échange épistolaire avec la pacifiste autrichienne Bertha von Suttner, qui vient de le visiter à Heiden.

Il écrit de nombreux articles dans une revue publiée par celle-ci, À bas les armes !, dont un essai sous le titre À la presse. Il publie des extraits de manuscrits, sous le titre Petit arsenal contre le militarisme ou Petit arsenal contre la guerre. Impressionné par Suttner et Florence Nightingale, il arrive à la conviction que les femmes pourraient jouer un rôle plus important que les hommes dans la réalisation d'une paix durable. Il conçoit la défense de l'intérêt personnel, le militarisme et la brutalité comme des principes typiquement masculins, et attribue aux femmes l'amour du prochain, l'empathie et l'aspiration à la résolution des conflits. Il s'engage fermement dans l'égalité des droits pour les femmes.

En 1897, il suggère la fondation d'une fédération d'infirmières internationales, sous le nom de Croix verte. En , avant la première conférence de La Haye, il publie un essai dans la Revue allemande, sous le titre Proposition à sa majesté de l'empereur Nicolas II. Ce sera sa dernière contribution aux efforts de paix.

Presque toutes ses idées se révéleront pertinentes : au-delà de la Croix-Rouge et de l'expansion des activités du Comité International pour la YMCA, il y aura la fondation de l'État d'Israël, la création d'une organisation destinée à protéger l'héritage culturel de l'humanité sous la forme de l'Unesco, son engagement dans la libération des esclaves en Amérique du Nord et sa défense de l'égalité des femmes.

Prix Nobel de la paix

Henry Dunant dans ses dernières années.

En 1901, Dunant reçoit le premier prix Nobel de la paix pour la fondation de la Croix-Rouge internationale et l'initiation de la première convention de Genève. Le , il reçoit d'Oslo un télégramme ainsi rédigé :

« À Henry Dunant, Heiden. Le comité Nobel du parlement norvégien a l'honneur de vous communiquer qu'il vous remet le prix Nobel de la paix 1901 à vous, Henry Dunant, et à Frédéric Passy. Le comité vous envoie ses respects et ses bons vœux. »

Moynier, et le Comité International, étaient également en lice pour le prix. Dunant fait intervenir auprès du comité Nobel le médecin militaire norvégien, Hans Daae. Rudolf Müller lui avait expédié une copie de son livre. Rudolf Müller, dans une lettre au comité Nobel, propose d'attribuer le Prix à Dunant et de le partager avec Frédéric Passy, prévu à l'origine comme unique récipiendaire. Dunant figurait déjà parmi les récipiendaires pressentis ; Müller avance les arguments de son âge avancé et de sa mauvaise santé. Dunant est soutenu par une large palette de partisans : trois professeurs de Bruxelles, sept professeurs d'Amsterdam, 92 parlementaires suédois, 64 parlementaires du Wurtemberg, deux ministres norvégiens ainsi que le Bureau international permanent de la paix.

Pour la Croix-Rouge, ce prix marquait la reconnaissance de son travail et celui de la convention de Genève, alors que les tensions internationales et les programmes d'armement s'intensifient. Un point d'achoppement restait : la Croix-Rouge et la Convention de Genève ne rendaient-elles pas la guerre plus supportable en évitant aux belligérants de soigner les blessés ?

Le partage du prix entre Passy et Dunant est révélateur : des différences existent entre le mouvement pour la paix et le mouvement de la Croix-Rouge. Partager le premier prix Nobel de la paix entre Frédéric Passy, pacifiste français, fondateur de la première « Ligue internationale de la paix et de la liberté » à Paris (1867), membre, avec Dunant, de l'« Alliance pour l'ordre et la civilisation », et l'humaniste Dunant, c'est définir les deux catégories sur lesquelles le comité Nobel s'appuiera par la suite : d'un côté, les hommes, (et, plus tard, les organisations), qui se consacrent à la paix et correspondant ainsi à une partie du testament d'Alfred Nobel[17]. D'autre part, les actions humanitaires, considérées comme pacifiques et correspondant à une autre partie du testament de Nobel[18]. À partir de Dunant, le prix Nobel de la Paix couronnera aussi des actions dans le secteur humanitaire.

Hans Daae place une partie de l'argent du prix, d'un montant de 104 000 francs suisses, dans une banque norvégienne, le protégeant des créanciers de Dunant. Dunant ne touchera pas à cet argent jusqu'à sa mort.

Mort

Tombe d'Henry Dunant.

D'autres distinctions lui sont décernées : il est fait docteur honoris causa de la faculté de médecine de l'Université de Heidelberg en 1903, en même temps que Gustave Moynier. Il passe ses dernières années à l'hôpital de Heiden, pour dépression. Un règlement complet de ses dettes n'étant pas possible, il craindra toujours d'être poursuivi par ses créanciers.

Encore lié à la foi chrétienne, il s'éloigne du calvinisme, des religions organisées et de toute institution religieuse. Selon ses infirmières, son dernier acte a été d'envoyer son livre à la reine d'Italie, dans l'édition de Rudolf Müller, avec un mot personnel. Il meurt dans la soirée du , aux environs de 22 h 00, près de deux mois après Moynier. Malgré les félicitations du comité de la Croix-Rouge à l'occasion du prix Nobel, leurs relations n'auront pas été améliorées.

Ses derniers mots, au docteur Altherr, furent : « Ah, que ça devient noir ! » Dans une lettre à Wilhelm Sonderegger, il exprime comment il voit son inhumation :

« Je souhaite être porté en terre comme un chien le serait, sans une seule de vos cérémonies que je ne reconnais pas. Je compte sûrement sur votre bonté pour veiller sur mon dernier désir terrestre. Je compte sur votre amitié pour qu'il en soit ainsi. Je suis un jeune disciple du Christ comme au premier siècle, c'est-à-dire rien. »

Il est inhumé trois jours plus tard, dans la discrétion et sans célébration, au cimetière Sihlfeld de Zurich. Parmi les personnes présentes, aux côtés de Hermann Altherr et Rudolf Müller, figurent des envoyés de la Croix-Rouge de Suisse et d'Allemagne, ainsi que ses neveux venus de Genève. Le prix Nobel et de nombreuses donations lui ayant laissé un petit patrimoine, il offre, par un testament rédigé les et , un lit dans l'hôpital de Heiden pour les patients démunis. Il lègue de petites sommes d'argent en remerciement à quelques amis proches, dont Müller, Altherr et sa femme, et le personnel de l'hôpital. Il offre ce qui reste à des organisations d'utilité publique en Norvège et en Suisse et laisse son exécuteur testamentaire décider du choix des récipiendaires. Tous ses livres, notes, lettres et autres documents, ainsi que ses distinctions, sont remis à son neveu Maurice Dunant, qui vit à Genève. À des fins de recherche, la correspondance échangée avec Rudolf Müller sera rendue publique en 1975.

Pensée et postérité

Buste Henry Dunant, à proximité de la place de Neuve, à l'angle de la rue de la Tertasse et de la Rampe de la Treille, au début de la rue de la Croix-Rouge à Genève. Sculpté par Luc Jaggi et inauguré le .
Buste de Henry Dunant au square de la Croix-Rouge, œuvre de Nurset Suman, à l'entrée de l'abbaye de la Cambre en Belgique.
Monument commémoratif à Heiden.
Blessés de guerre d'un hôpital militaire français pendant la Première Guerre mondiale.

À l'occasion de l'anniversaire de Henry Dunant, le , le mouvement de la Croix-Rouge internationale commémore son souvenir. L'hôpital de Heiden, où il a passé les dernières années de sa vie, abrite le musée Henry Dunant (de). Dans sa ville natale de Genève, dans plusieurs villes d'autres pays, des rues, des places, des écoles et des bâtiments portent son nom. À Genève, le premier monument commémoratif est inauguré en 1963, pour le centième anniversaire de la fondation du Comité International. Tous les deux ans, la commission permanente du mouvement de la Croix-Rouge remet la médaille Henry Dunant : distinction la plus élevée du mouvement.

Il faut aussi considérer le rôle de Gustave Moynier.

Dunant, par son livre, son charisme et ses activités avant la conférence de Genève en 1863, joue un rôle décisif. Sa présence fortuite sur un champ de bataille, comme tant d'autres de cette époque, le traitement de ses expériences dans un livre, ses propositions donnent à Solférino et à l'année 1859 leur place dans l'histoire. Moynier, pragmatique, est l'artisan du développement ultérieur du comité et de l'expansion du mouvement de la Croix-Rouge et de ses activités.

Une coopération entre les deux hommes aurait accéléré les événements : par exemple, la solution juridique aux problèmes des prisonniers de guerre ne sera trouvée que 25 ans plus tard, dans les conférences de La Haye de 1899 et de 1907, et dans les nouvelles conventions de Genève signées en 1929 et 1949, bien après le décès de Dunant et Moynier.

Fondation

Logo de la Fondation Prix Henry Dunant.

La Fondation Prix Henry Dunant, basée à Genève, est une fondation Suisse, inscrite au registre du commerce et dotée d'un capital initial de trente mille francs suisses. Elle est administrée par un conseil de fondation, nommée à l'origine par la fondatrice Pierrette Mourgue d'Algue. Dans la mesure du possible, la famille d'Henry Dunant est aujourd'hui représentée au conseil. Créée en 1986, sous la forme d'une Association Prix Henry Dunant, en collaboration étroite avec la Société Henry Dunant, elle devient Fondation Prix Henry Dunant en 1998[19]. La Fondation décerne deux prix chaque année à des personnes qui contribuent à faire rayonner les idées d'Henry Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge[20],[21]. Le Prix Henry Dunant est attribué à des individus, ou des entités, qui se distinguent par leur contribution exceptionnelle à l'enrichissement, à la promotion et au renouvellement des principes et des valeurs défendus par Henry Dunant[21],[20], tels que le catcheur Pierre Claver Mbonimpa en 2011[22] ou encore, en 2017, Mohammed Abdelmajid Ben Ahmed, responsable de la diffusion du Droit international humanitaire (DIH) du Croissant-Rouge tunisien[23].

Littérature

La biographie de Dunant a été transposée dans des livres, des films, des documentaires et des fictions.

La première œuvre littéraire est le roman biographique Le Voyageur. Les visions de Henry Dunant d'Eveline Hasler. La vie de Dunant y est racontée dans une perspective narrative, par un observateur anonyme des dernières années de sa vie. Un autre roman, Dunant. Le roman de la Croix-Rouge de Martin Gumpert (de), paraît en 1938 et compte parmi les premières transpositions littéraires de la vie de Dunant.

Parmi les ouvrages documentaires importants en allemand, figure le livre de Willy Heudtlass et Walter Gruber plusieurs fois édité entre 1962 et 1985 : J. Henry Dunant. Fondateur de la Croix-Rouge. Auteur de la convention de Genève. Heudtlass, au début des années 1960, put accéder à des lettres jusqu'ici inconnues car se trouvant en possession des descendants de Rudolf Müller et Hans Daae. Il faut aussi signaler le livre de Jacques Pous, Henry Dunant, l'Algérien paru avec une préface d'Henry Guillemin aux éditions Grounauer à Genève, qui concerne la période algérienne de la vie de Dunant[24].

Théâtre, cinéma et télévision

En 1948, sort dans les salles D'homme à hommes de Christian-Jaque, coproduction franco-suisse d'une durée de 96 minutes.

En 1978, Dieter Forte monte une pièce de théâtre qu'il baptise Jean Henry Dunant ou l'introduction de la civilisation et la fait jouer pour la première fois le au Théâtre national de Darmstadt. Une version cinématographique sort dans les salles de la RDA en 1964.

Un documentaire sur sa vie est produit en 1998 par le Musée Henry Dunant (de) sous la forme d'un film d'environ 30 minutes : Henry Dunant (1828-1910).

Le premier téléfilm, intitulé Henry Dunant, du rouge sur la croix, est diffusé le à Genève. D'une durée d'environ 90 minutes et réalisé par Dominique Othenin-Girard, avec un budget d'environ 5,6 millions d'euros, cofinancé par Arte, l'EPTV (télévision algérienne) ainsi que 18 chaînes de télévision européennes, il est né de la coopération entre les studios et chaînes de télévision d'Autriche, de Suisse et de France. La Société Henry Dunant y a trouvé un certain nombre d'erreurs[25].

Walter Weideli présente Agonie et résurrection d'Henry Dunant, en 1980 : pièce télévisée créée par Jean-Jacques Lagrange à la Télévision suisse romande.

En 2006, Henry Dunant, du rouge sur la croix, est un téléfilm de Dominique Othenin-Girard.

Publications

  • Notice sur la régence de Tunis, Genève, 1858
  • L'Empire de Charlemagne rétabli ou le Saint-Empire romain reconstitué par sa majesté l'empereur Napoléon III, Genève, 1859
  • Mémorandum au sujet de la société financière et industrielle des Moulins de Mons-Djemila en Algérie, Paris, non daté (v.  1859)
  • Un souvenir de Solférino, Genève, 1862 réédition Éditions Ampelos
  • L'Esclavage chez les musulmans et aux États-Unis d'Amérique, Genève, 1863
  • La Charité sur les champs de bataille, Genève, 1864
  • Les Prisonniers de guerre, Paris, 1867
  • Bibliothèque internationale universelle, Paris, 1867

Distinctions

Dans les arts et la culture populaire

Filmographie

Cinéma

Télévision

Téléfilm

Astronomie

Homonyme

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

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