Historiciser le mal

traduction française et édition critique et scientifique de Mein Kampf From Wikipedia, the free encyclopedia

Historiciser le mal, sous-titré une édition critique de Mein Kampf, est une traduction en français et une édition critique du livre d'Adolf Hitler Mein Kampf. L'ouvrage est publié par Fayard en 2021. Il s'agit d'une traduction et d'une adaptation réduite de l'édition critique Allemande Hitler. Mein Kampf. Eine kritische Edition parue en 2016 et publiée par l'Institut d'histoire contemporaine (IfZ).

PaysDrapeau de l'Allemagne Allemagne
Directeur de publicationChristian Hartmann, Thomas Vordermayer (d), Othmar Plöckinger (d), Roman Töppel
LangueAllemand
Faits en bref Auteur, Pays ...
Historiciser le mal
une édition critique de Mein Kampf
Auteur Adolf Hitler
Pays Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Directeur de publication Christian Hartmann, Thomas Vordermayer (d), Othmar Plöckinger (d), Roman Töppel
Version originale
Langue Allemand
Titre Hitler, Mein Kampf : eine kritische Edition
Éditeur Institut für Zeitgeschichte
Lieu de parution München
Date de parution 2016 (2 vol.)[note 1]
Nombre de pages 1996
ISBN 9783981405231
Version française
Traducteur Olivier Mannoni
Éditeur Fayard
Lieu de parution Drapeau de Paris Paris
Date de parution
Nombre de pages 847
ISBN 978-2-213-67118-5
Fermer

Ce projet éditorial a débuté chez Fayard en 2011, amorcé dans la perspective de l'entrée de Mein Kampf dans le domaine public le . Sa possible réédition en français faisait alors l'objet de débats, et ce bien que le texte circule facilement, tant sur le marché du livre neuf[note 2] que sur internet.

Cette édition, dirigée par Florent Brayard et Andreas Wirsching (directeur de l'IfZ), présente une nouvelle traduction du texte réalisée par Olivier Mannoni en étroite collaboration avec l'équipe scientifique. Jusqu'alors, les seules traductions disponibles dataient des années 1930 et étaient obsolètes pour plusieurs raisons : elles ne rendaient pas compte du style original qui est confus, répétitif et lourd, rendant le livre difficile à lire ; elles comportent des erreurs de traductions, et ne rendent pas compte du sens que certains termes ont pris avec l'avènement de la Seconde Guerre mondiale. Historiciser le mal présente le texte de Mein Kampf accompagné d'un appareil critique conséquent : introduction générale, introduction de chapitres (spécifique à l'édition française), notes de bas de pages. La mise en page du texte d'Hitler, contenant d'abondantes notes de bas de page qui l'encerclent, est une référence explicite au Talmud, revendiquée tant par l'éditeur allemand que par Fayard.

La publication du livre a fait l'objet de circonstances particulières dans le but de prévenir toute polémique. Le livre est vendu au prix élevé de 100  pour limiter sa circulation (contre 59  pour l'édition allemande, deux fois plus épaisse et en deux volumes), et n'est disponible que sur commande. Il est offert aux bibliothèques qui en font la demande. Les bénéfices issus des ventes sont intégralement reversés à la Fondation Auschwitz-Birkenau (en).

À propos de l'ouvrage

Adaptation de la réédition allemande de 2016

Historiciser le mal est la traduction de l'ouvrage Hitler. Mein Kampf. Eine kritische Edition, réalisé sous la direction de Christian Hartmann, Thomas Vordermayer (d), Othmar Plöckinger (d), Roman Töppel et publié par Institut d'histoire contemporaine (IfZ) en janvier 2016. Sa parution a été accompagnée de nombreux débats[note 3]. En un an, le livre s'est vendu à plus de 85 000 exemplaires et plus de 6 éditions ont été imprimées[note 4]. Le livre a connu un très grand succès en librairie, alors que la publication du texte était interdite depuis 1945[1],[4].

L'édition critique allemande compte 1 996 pages (le texte original d'Hitler en compte 750) réparties en deux volumes. Le texte est accompagné de plus de 3 500 notes. L'édition française reprend cet appareil critique en le condensant et en l'adaptant au public français[5].

Depuis 2022, l'édition allemande est disponible intégralement et gratuitement au format numérique sur le site de l'éditeur[note 5].

Équipe de rédaction

Prémices (2011-2016)

Le projet d'un édition du texte en français par Fayard remonte à 2011. C'est Anthony Rowley, alors directeur du département histoire chez Fayard, qui propose l'idée à Olivier Nora directeur de la maison d'édition. Les motivations sont diverses : tout d'abord un constat de l'historien que le texte circule toujours, notamment en ligne ; la date de passage du texte dans le domaine public approche, qui ne manquera pas d'accroître cette circulation ; des chercheurs de l'IfZ ont débuté un travail d'édition critique. Dès le début de ce projet l'idée est posée de ne pas toucher les bénéfices issus de la vente du livre, qui seront reversés à une association. Rowley et Nora recrutent Olivier Mannoni comme traducteur. Puis une première équipe de chercheurs se forme, composée de Christian Ingrao, Johann Chapoutot, Stefan Martens (d), Nicolas Patin et David Gallo (d). Mais des tensions apparaissent, notamment du fait des contraintes éditoriales d'alors : le projet se restreint à « une édition compacte » de moins de mille pages dont deux cents de présentation et de notes. De plus, Anthony Rowley décède le 26 octobre 2011, et est remplacé par Fabrice d'Almeida[6].

Puis intervient un changement de direction aux éditions Fayard en 2014 avec la nomination de Sophie de Closets, qui confie le département d'histoire à Sophie Hogg-Grandjean (d). Le projet se précise : à l'exception de Johann Chapoutot qui décide de se désengager[note 6], le reste de l'équipe est reconduite. La direction de publication est prise par Florent Brayard, qui inclura de nouveaux historiens. À l'automne 2015, le contact est pris avec IfZ, dont il s'agira de traduire le travail qu'il est sur le point de publier[6].

Partenariat avec l'Institut d'histoire contemporaine (2016-2021)

La publication de l'édition de l'Institut d'histoire contemporaine (IfZ) en 2016 relance et transforme le projet lancé précédemment en France.

La direction de publication est assurée par l'historien français Florent Brayard et Andreas Wirsching, directeur de l'IfZ. La traduction est réalisée par Olivier Mannoni ; il relate cette expérience éprouvante dans un essai paru l'année suivante[7]. Il travaille en collaboration avec une équipe composée de neuf historiens : Anne-Sophie Anglaret (d), David Gallo (d), Johanna Linsler (d), Olivier Baisez (d), Dorothea Bohnekamp (d), Christian Ingrao, Stefan Martens (d), Nicolas Patin, Marie-Bénédicte Vincent[8].

Forme et structure de l'ouvrage

La forme particulière de l'ouvrage a été soulignée dans les diverses analyses dont il a fait l'objet. Dans Libération, Simon Blin le décrit ainsi : « En quelques chiffres : 896 pages, 3,6 kilos à la pesée, 30 cm de haut sur 24,5 cm de large. Un volumineux pavé au prix élevé : 100 euros. Et au tirage initial relativement modeste : 10 000 exemplaires. Une mise en page soft, minimaliste : une couverture blanche sans photo d’Adolf Hitler, ni illustration. »[9].

De par son format, l'ouvrage est peu maniable, et doit nécessairement faire l'objet d'« une lecture sérieuse, sur une table de bureau ou de bibliothèque. »[10]. Par ailleurs, le nom de l'auteur de Mein Kampf, Adolf Hitler, n'apparaît pas sur la première de couverture[11],[6].

Le Talmud de Babylone, dont le texte est entouré de nombreuses notes et commentaires

L'ouvrage débute par une introduction générale. Puis viennent les 27 chapitres, chacun précédé d'une introduction, qui sont une spécificité de l'édition française[6]. La mise en page est calquée sur l'édition allemande : le texte original au centre de la double-page est entouré de nombreuses notes. Jean Solchany précise : « L’effet recherché était littéralement d’encercler Mein Kampf. Cette disposition n’est pas sans faire penser, soulignent les éditeurs, à la présentation du Talmud. »[12],[note 7]. Cette référence au Talmud est explicite dans l'édition allemande[note 8].

Contexte de publication

Mein Kampf a été traduit et publié en 1934 aux Nouvelles Éditions latines, et cette édition continue d'être imprimée. Entre janvier 2003 et septembre 2016, 65 500 exemplaires se sont vendus, soit plus de 4 000 par an[13]. Cette traduction est également très facilement lisible et téléchargeable sur internet.

Nouvelle traduction

« C’était la première fois, en quarante années de carrière, que l’on me demandait de livrer une bonne mauvaise traduction, c’est-à-dire un texte qui restitue les innombrables et substantiels défauts de l’original. »[14]

 Olivier Mannoni

Cette traduction posait plusieurs problèmes : outre les erreurs qu'elle contenait, elle ne tenait pas compte du sens qu'avaient pris certains termes avec l'avènement de la Seconde Guerre mondiale. De plus, les techniques et les contraintes de traduction ont évolué. Olivier Mannoni explique : « En 1934, il n’est pas concevable de rendre une traduction qui ne soit pas « française », c’est-à-dire élégante, débarrassée de ses répétitions, de ses incorrections et même, si nécessaire de ses aberrations logiques. La traduction ne doit surtout pas « sonner allemand »[…]. Or, Mein Kampf est tout le contraire de cela : c’est un texte doté d’une syntaxe abominable. Ses phrases souvent interminables sont rythmées par une nuée de conjonctions, ponctuées d’une armée d’adverbes et de particules illocutoires qui les alourdissent d’une manière parfois monstrueuse. »[14].

Après qu'Olivier Mannoni a réalisé une première traduction du texte en 2015 jugée trop littéraire, elle fait l'objet d'une refonte intégrale en collaboration avec l'équipe d'historiens. Le but est de rendre compte de la nature confuse et répétitive du texte[6].

Commercialisation

La publication du livre était prévue pour 2020, mais la pandémie de Covid-19 et le premier confinement la reportent[6].

Par sa nature polémique, la publication de l'ouvrage a fait l'objet d'une organisation particulière. Au moment de sa sortie, le livre n'est disponible que sur commande, et ne s'est ainsi pas retrouvé dans les vitrines ou les rayons des librairies. Il est offert aux bibliothèque qui en font la demande[11]. Le prix élevé du livre, 100 , est choisi délibérément dans le but pour restreindre sa diffusion. Les bénéfices issus des ventes sont intégralement reversés à la Fondation Auschwitz-Birkenau (en)[10].

Réception

« On prête souvent [à Mein Kampf] une aura malfaisante qui lui permettrait de « contaminer » les lecteurs, sans réellement penser ce qui se joue, intellectuellement, dans l’appropriation d’un texte écrit il y a maintenant presque un siècle. »[15]

 David Gallo et Nicolas Patin

La simple idée d'une réédition de l'ouvrage d'Adolf Hitler suscite de nombreuses réactions. Celles-ci ont notamment eu lieu à l'aune du passage de l'ouvrage dans le domaine public en 2016[16]. Outre cela, les projets d'éditions allemand et français ont fait face à de nombreuses réactions et critiques en amont et a posteriori de leur parution.

Avant la publication

Alors que le projet d'une édition critique française de Mein Kampf est annoncé dans la presse, notamment par un dossier du magazine Livres Hebdo[17], Jean-Luc Mélenchon réagit dans une lettre ouverte adressée à Sophie Hogg-Grandjean, publiée sur son site web le . Il se dit opposé au projet, fut-il une édition critique établie par des historiens, et ce malgré le fait que le texte tombe dans le domaine public. Il rappelle aussi que Fayard avait en son temps édité l'ouvrage : « Vous n’y avez aucune responsabilité mais vous savez que la maison Fayard avait déjà édité ce livre abject en 1938. […] Comment oublier que cette édition fut faite à l’époque avec l’accord personnel d’Adolf Hitler et en accédant à sa demande de falsification des passages les plus hostiles à la France pour mieux faire passer sa propagande antisémite. Le découvrir en apprenant votre volonté de le rééditer l’an prochain me glace. »[18].

En réponse, Christian Ingrao — qui participe à la conception du livre —, publie trois jours plus tard une lettre ouverte dans Libération dans laquelle l'historien répond aux arguments avancés par l'homme politique[19]. Le lendemain, le journal publie un entretien avec Johann Chapoutot, membre du premier groupe de travail de l'ouvrage[20]. Il revient sur les raisons pour lesquelles il a quitté le projet. Il donne aussi son avis et affirme : « Je trouve, mais mes collègues le savent aussi bien que moi, que cette focalisation sur Mein Kampf a l'inconvénient d'encourager une lecture hitléro-centriste du nazisme, depuis longtemps dépassée. Cela dit, une bonne édition critique du livre pourrait précisément montrer cela : que ce texte n’a pas eu l’importance qu’on lui prête, ni son auteur la centralité absolue que l’on croit. »

Les historiens Tal Bruttmann, Johann Chapoutot, Eric Fournier, André Loez et Gérard Noiriel publient dans Le Nouvel Obs du une tribune encouragent la publication de l'ouvrage, à la condition que celui-ci soit disponible en ligne et gratuitement[21]. Ils estiment qu'un « probable succès de librairie » pourrait redonner de la visibilité à l'ouvrage, et posent la question de la destination des bénéfices issus des ventes « qui pourraient être conséquents ». La publication gratuite en ligne leur paraît être « la meilleure solution, adaptée qui plus est aux modalités nouvelles du travail de recherche et d’enseignement ».

En janvier 2016, Andreas Wirsching, directeur de l'IfZ, défend l'idée d'une édition critique du texte dans la revue Esprit[22].

En avril 2018, Nicolas Patin et David Gallo organisent une journée d'étude sur le thème « La réception de Mein Kampf en France »[23].

« La France s'agite. Les historiens travaillent. »[6]

 Florent Georgesco

Après la publication

La publication de l'ouvrage le fait l'objet d'une large couverture médiatique.

Le titre donné au livre a posé question. La mention de Mein Kampf a été placé dans le sous-titre, et le nom de son auteur, Adolf Hitler, n'est lui pas présent sur la première de couverture, où les directeurs de publication, Florent Brayard et Andreas Wirsching, apparaissent comme les auteurs. Le choix du titre Historiciser le mal a fait l'objet de critiques de la part de certains historiens, comme Mario Kessler (en) ou Karola Brede (d), qui estiment que ce choix évite de faire face au sujet. Le mal étant davantage un concept moral et théologique qu'historique, Thomas Lindenberger (d) aurait trouvé pertinent de mettre le mot entre guillemets. Cette dernière analyse est contestée par la philosophe Susan Neiman, auteur d'un livre sur le mal[2].

Le prix élevé, choisi pour dissuader et limiter l'achat, est perçu par Sonia Combe comme « une raison de retourner sur Internet et de lire le texte gratuitement »[2].

Notes et références

Voir aussi

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