Ildar Dadine
militant russe
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Ildar Ildoussovitch Dadine (en russe : Ильдар Ильдусович Дадин ; en tatar de Crimée : Илдар Илдус-улы Дадин), né le à Jeleznodorojny et mort le à Vovtchansk, est un militant russe emprisonné pour avoir participé à diverses manifestations politiques à Moscou. Il est considéré par les organisations internationales de défense des droits de l'homme, parmi lesquelles Amnesty International, comme un « prisonnier d'opinion »[1].
| Naissance | |
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| Nom dans la langue maternelle |
Илдар Илдус улы Дадин ou İldar İldus uğlı Dadin |
| Nationalité | |
| Allégeance | |
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Militant politique, militaire |
| Distinction |
Prix Boris-Nemtsov (d) |
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Il est le premier citoyen à être incarcéré au titre d’une loi sanctionnant les violations répétées des règles relatives aux rassemblements publics (article 212.1 du Code pénal, 2014). Ildar Dadine devient le symbole de la jeunesse russe en révolte contre le régime du président Vladimir Poutine.
Ildar Dadine meurt le 5 octobre 2024, âgé de 42 ans, sur le front ukrainien après s'être engagé aux côtés de l'Ukraine lors de l'invasion russe.
Biographie
Engagement militant
Ildar Dadine naît en 1982 à Jeleznodorojny. Il devient agent de sécurité de métier[2].
Il commence à participer aux rassemblements d'opposition à Vladimir Poutine en 2011, durant le mouvement de contestation des élections législatives, alors que des accusations de fraude à grande échelle sont portées contre le régime. Voulant observer « de ses propres yeux », Ildar Dadine s'engage comme observateur électoral durant l'élection présidentielle de 2012, ce qu'il refera à 13 reprises lors d'autres échéances électorales[3]. Par la suite, proteste contre la condamnation des Pussy Riot, la guerre du Donbass ou pour la libération de la pilote Nadia Savtchenko.
Entre le mois d' et le mois de , Ildar Dadine participe à quatre rassemblements pacifiques solitaires. En , il manifeste, seul, sa solidarité avec Charlie Hebdo victime le d'une attaque terroriste. L'activiste brandit alors une pancarte sur laquelle est écrit « Je suis Charlie »[4]. Le 15 du même mois, Ildar Dadine manifeste son soutien à Alexeï Navalny et son frère Oleg sur la place du Manège à Moscou.
Emprisonnement
En décembre 2015, Ildar Dadine est condamné à trois ans de prison ferme par un tribunal de Moscou (ramenés à deux ans et demi en appel) en vertu de l’article de loi 212.1, pour avoir manifesté plusieurs fois dans la rue contre le gouvernement. L'article rend, à partir de 2014, passible de cinq ans de prison la participation répétée à des rassemblements de protestation pacifique[4]. Il est la première personne à avoir été condamné suivant cette loi, ce qui conduit à son surnom de « Loi Dadine »[5],[3]. Même des commentateurs pro-gouvernement s'étonnent de la sévérité de la peine[3].
Emprisonné d'abord dans la prison de Medvedkovo à Moscou, Dadine est transféré en au pénitencier de Segueja en Carélie, au nord de la Russie[3]. De sa prison, il dénonce des actes de torture (passages à tabac, menaces de viol et de mort), notamment commis par le directeur, dans une lettre adressée à son épouse Anastasia Zotova, publiée sur le site indépendant Meduza[6],[2],[3]. Selon le directeur adjoint du Service russe de l'application des peines, Dadine est tombé de sa chaise lors de son examen médical. Les médecins venus pour l'examiner constatent des symptômes d'épilepsie, dont Dadine n'a jamais souffert, selon Zotova. Ils pourraient avoir été causés par « des coups sur la tête », mais les médecins déclarent n'avoir constaté « aucune blessure d'origine traumatologique, ni signes d'un état pathologique requérant une assistance médicale »[7]. L’antenne locale des services pénitentiaires reconnaît cependant au journal d’opposition Novaïa Gazeta que des surveillants ont « eu recours à la force physique »[8]. Selon Le Point, il a subi des simulacres de noyade dans des toilettes[2]. En 2019, le directeur Sergueï Kossiev et son adjoint seront condamnés pour abus de pouvoir, mais ne purgeront pas la totalité de leur peine[3].
Début décembre, la famille et les avocats de Dadine apprennent qu'il a été transféré vers un autre centre. La direction pénitentiaire refuse cependant d'en préciser l'endroit, mais il est rapporté que la prison est située dans l'Altaï, une région montagneuse très éloignée de Moscou[4].
Il est finalement libéré le , devant son pénitencier de l'Altaï, après que la Cour suprême a annulé trois jours plus tôt sa condamnation. La loi en vertu de laquelle il a été condamné a en effet été déclarée inconstitutionnelle[4]. Un dédommagement de 2,2 millions de roubles (38 000 euros) lui est également versé[3]. À sa libération, il affirme vouloir continuer à se « battre contre le régime fasciste de Poutine, et pour que les droits de l’homme soient respectés en Russie »[5], et rester en Russie tant que « d'autres continuent à être torturés »[2].
Il est à nouveau arrêté début mars 2017, alors qu'il manifeste seul devant le siège des services pénitentiaires de Russie. Les autorités affirment qu'il a refusé de présenter son passeport[9]. Il participe le à un rassemblement commémorant les 5 ans de la manifestation place Bolotnaïa[3]. En juin 2017, il est à nouveau condamné à une amende pour avoir lu la Constitution russe en public, puis arrêté en octobre lors d'un rassemblement en soutien à Alexeï Navalny[3].
Mobilisation pour le soutenir
Ildar Dadine reçoit le soutien de diverses associations de défense des droits de l'homme (Amnesty International ou l’association moscovite « Memorial ») qui le reconnaissent comme « prisonnier politique ». Les organisations internationales de défense des droits humains comme Amnesty International et Human Rights Watch appellent à sa libération[7].
Le , trois mois après la condamnation de Dadine, une journée internationale de solidarité est organisée (flash-mob, photos postées sur les réseaux sociaux, manifestations, conférences...). En France, L’association Russie-Libertés se joint à cette journée de mobilisation[10].
Le , une résolution est adoptée par le Parlement européen demandant « la libération immédiate et inconditionnelle d'Ildar Dadine et toutes les personnes détenues pour l'utilisation de leur droit à la liberté d'expression et de réunion ». Il appelle par ailleurs à une « enquête indépendante sur les allégations de torture, d'abus et de traitements dégradants et inhumains de la part des agents de l'Etat russe dans des centres de détention, des camps de travail et des prisons »[11].
Le même mois, Amnesty International appelle à nouveau à la libération du détenu politique. Pour le directeur d'Amnesty International Russie, « les déclarations d’Ildar Dadine faisant état de coups, d’humiliations et de menaces de viol sont choquantes, mais ne sont malheureusement que les dernières en date d’une série d’allégations crédibles selon lesquelles la torture et d’autres formes de mauvais traitements sont fréquemment utilisés dans le système pénal russe »[12].
Le , une campagne est lancée sur Tweeter avec le hashtag #ГдеИльдарДадин (Où est Ildar Dadine). En décembre, le Service pénitentiaire fédéral de la Russie confirme en effet que Dadine a été transféré de Carélie vers un autre établissement, mais sans en préciser le lieu. Des personnalités se mobilisent : Lev Ponomarev, directeur de l’association « Pour les droits de l’homme » exige du Service pénitentiaire fédéral russe d’être informé du lieu de sa détention. Le rédacteur en chef d'Écho de Moscou, Alexeï Venediktov fait de même. La Cour européenne des droits de l’homme donne à la Russie jusqu’au pour les informer du lieu de détention de Dadine[12].
Engagement en Ukraine et mort
Alors qu'il se limitait jusque là à la résistance pacifique, Ildar Dadine décide après le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie de s'engager dans la lutte armée contre le régime de Vladimir Poutine. Il s'engage début 2023 au sein du bataillon Sibir, puis de la légion « Liberté de la Russie » en décembre 2023, deux unités militaires composées de Russes combattant aux côtés des forces armées ukrainiennes. Il choisit pour nom de guerre Gandhi[3].
Ildar Dadine meurt au combat sur le front le , dans l'est de l'oblast de Kharkiv. La nouvelle est annoncée le lendemain par l'opposant Ilia Ponomarev, après avoir été confirmée par plusieurs membres de son unité[13],[3].
Un « prix Ildar Dadine » est créé par le Free Russia Forum pour « perpétuer sa mémoire et honorer toutes les formes de résistance anti-Poutine »[3].
Pressions et intimidations des autorités
Les avocats et membres d’organisations humanitaires peuvent être poursuivis pour l'aide qu’ils accordent aux personnes persécutées. C'est le cas de l'avocate russe Svetlana Iachina qui a exposé la réalité de la vie carcérale en Russie, notamment dans la prison de Carélie où était détenu Dadine avant son transfert. Svetlana Iachina est frappée alors qu’on lui interdit l'accès à une prison pour rencontrer un prisonnier, puis poussée à retirer sa plainte pour blessures afin de sauver la vie de son client[14].
Lorsque, le , sa femme Anastasia Zotova se présente à la porte de la prison afin d'obtenir un entretien avec son mari et lui remettre des effets nécessaires, on l'informe que Dadine a été placé en isolement cellulaire (cellule de punition) et soumis à de strictes conditions de détention (visites et remise de colis interdites). Selon son avocat, cet isolement serait le troisième depuis son incarcération.