Incroyance

fait de ne pas croire à une croyance religieuse From Wikipedia, the free encyclopedia

L'incroyance (dans cet article) désigne l'absence de croyance religieuse, mais surtout la manifestation d'une forme de mépris de telle ou telle croyance (doctrine, paradigme, pratique). Le terme est daté de 1836 par le dictionnaire Robert[1], tandis que l'adjectif incroyant est daté de 1783.

Diagramme de positions irreligieuses.

Contrairement à l'athée, l'incroyant ne nie pas l'existence de l'esprit ni de la spiritualité. L'incroyance serait donc le contraire de la foi, tout particulièrement de la foi chrétienne, par indifférence ou refus de réflexion dans ce domaine. Elle concernerait également toute forme de monothéisme comme de polythéisme.

Paradoxalement, la plupart des grands philosophes du XXe siècle étaient des incroyants, mais aucun ne semble s'être expliqué clairement sur ce concept (incroyance) et cette attitude de pensée, alors que tant de textes présentent le concept opposé (foi), considéré comme la norme. L'agnosticisme affirme l'impossibilité humaine de connaître ce qui dépasse l'expérience, donc d'accéder à une quelconque transcendance.

Dans le domaine du religieux et/ou du surnaturel, des manifestations d'incroyance ont pu exister sans que le terme moderne d’incroyant (ou d’athée) les stigmatise : apostat, bougre, hérétique, impie, infidèle, mécréant, païen, sauvage... L'esprit de tolérance à l'égard de telle pratique religieuse visible dans le domaine public peut également signifier qu'il convient de la tolérer faute de pouvoir l'éradiquer.

La répression (individuelle ou collective) de l'incroyance, réelle ou supposée, en surface ou en profondeur, renforce pour un temps l'adhésion majoritaire à la croyance, et la défiance minoritaire (voire groupusculaire) envers tel pouvoir qui gère l'ordre social. Un exemple pourrait en être l'Iran contemporain (1979-2026), où l'islam chiite duodécimain est la religion officielle de la république islamique d'Iran.

Au XXIe siècle, dans la majorité des pays développés sont garanties liberté de religion (croyance, culte) et liberté de conscience : la question de l'incroyance religieuse ne devrait donc plus s'y poser.

Histoire

Monde

Après quelques siècles d'anthropologie de la religion, d'histoire des religions, de comparatisme religieux, et de sciences des religions, il convient d'admettre que l'incroyance (non-croyance), l'esprit critique, l'agnosticisme, le doute, le scepticisme, le naturalisme, le matérialisme, l'athéisme, sont des notions anciennes, parfois antiques, certes ni éternelles ni universelles ni majoritaires, et sans rapport avec quelque forme de culte, rite ou pratique religieuse, ne serait-ce qu'en raison de la trop fréquente violence dans la religion (discrimination religieuse, intolérance religieuse, conversion forcée, persécutions religieuses, martyre, guerres de religion, guerre sainte ...).

En transcendance, une quête spirituelle (individuelle ou collective) se fait, entre autres, par lecture, étude, prière, méditation, dialogue, partage, travail : expérience religieuse respectable, parfois éveil spirituel. Chaque spiritualité s'inscrit dans un contexte. Chaque confession religieuse, qu'elle prétende à quelque universalisme ou non, a sa propre histoire : apparition, développement, déclin, disparition, avec parfois des résurgences. Par exemple, l'histoire du christianisme abonde en désaccords, dissensions, hérésies, ruptures (schismes, sectes) : confessions du christianisme, christianisme non confessionnel. Il en est de même pour l'islam, le judaïsme, l'hindouisme, le bouddhisme, pour n'évoquer que quelques grandes religions du présent, tous courants confondus.

En immanence, les fonctions sociales positives des religions sont réelles ou revendiquées telles : lien social, lien interpersonnel, bienfaisance, charité, justice sociale, solidarité, bonne gouvernance. L'évergétisme antique (grec, hellénistique, romain, etc.) a laissé la place à d'autres formes de politologie des religions.

Les divers arts sacrés et diverses mystiques sont à l'origine d'une multitude d'œuvres d'art. Les arts profanes également.

Après Lucien de Samosate (vers 120-180), le Traité des trois imposteurs (Moïse, Jésus, Mahomet) serait l'une des premières revendications d'incroyance médiévale, ouest-européenne, de diffusion limitée.

France

Avant 1600

Sans remonter à la religion celtique (ici gauloise), ni aux religions de la culture gallo-romaine, et à leurs disparitions progressives, l'histoire du christianisme en France commence vers 100-150, longtemps avant le baptême de Clovis (vers 500). L'histoire de l'Église catholique en France, quel que soit le niveau de foi ou d'adhésion des populations, s'étend sur plus de mille ans, avant le désastre des guerres de religion en France (1562-1598), suivies des rébellions huguenotes (1620-1629), et de diverses opérations de maintien de l'ordre comme les dragonnades (1681-1686, 1744-1759). De la réforme protestante à la réforme radicale, puis de la contre-réforme à la déchristianisation (Révolution française) et à la sécularisation, la période moderne en France reste contrastée dans le domaine religieux, en termes de foi, de croyance, d'incroyance, de piété, de piété populaire, de religion populaire, de superstition (mythologie chrétienne), de morale religieuse, ou simplement de pratique religieuse (d'obédience quelconque).

Les diverses croisades, inquisitions et autres procès en sorcellerie au début des temps modernes prouvent la permanence ou la réapparition des persécutions religieuses du fait d'une religion devenue absolutiste, en France comme hors de France. L'historien français Lucien Febvre (1878-1956) a écrit Le problème de l'incroyance au 16e siècle : la religion de Rabelais (Albin Michel, Paris, 1942). Et le Cymbalum Mundi (1537) est un des premiers livres censurés (répertoriés) de l'époque moderne en France.

Jean Calvin (1509-1564), homme de foi, croyant, chrétien, théologien, réformateur, pasteur, publie entre autres deux livres d'incroyance dans les dogmes catholiques : Institution de la religion chrétienne (1541) et Traité des reliques (1543), aussitôt condamné, interdit, puis mis à l'Index librorum prohibitorum. C'est aussi lui qui dénonce les libertins spirituels (vers 1525-1550) et les libertins d'Anvers anabaptistes (1525-1544).

Incroyance en France en 1600-1800

Pour une analyse à la fois descriptive et critique de l'incroyance, en France, il convient de partir du XVIIIe siècle pour arriver à aujourd’hui, et traiter des problèmes de l’interprétation du libertinage, avant et après les Lumières. Pour mettre en évidence la relative pénurie de travaux sur l'argument du passage à l'illuminisme, il faut traiter des continuités et des ruptures entre la culture libertine (ou prétendue telle) et le développement des Lumières radicales, et même au-delà, celui de la libre-pensée du XIXe et du XXe siècle.

Suivre la genèse anti-religieuse d’une culture (?), désormais émancipée de la religion en 700 (?), est possible si l'on tient compte du contenu de la « doctrine des beaux esprits » (?) que Garasse (1585-1631) décline sous forme de « maximes ». Garasse appelle « bibliothèque des libertins » tous les écrits concernant l’incroyance, alors littérature clandestine. La radicalisation de la critique du christianisme est un produit d’une théologie devenue trop apologétique (?) par peur d’un athéisme balbutiant.

La croyance, la foi chrétienne catholique, bien témoignée par Fénelon et Pascal, au XVIIe siècle, montre assez la puissance alors de la religion et la difficulté d'assumer une incroyance très minoritaire. Les « libertins érudits » restent une petite minorité d’intellectuels humanistes dans la première moitié du XVIIe siècle, qui se reconnaissent dans leurs vues libres sur la religion, conduisant à des degrés divers à la mise en cause des dogmes et croyances du christianisme. L'incroyance demeure très faible avant le XVIIIe siècle, où débute une libre-pensée (relative), en trois lignes :

  • une attitude intellectuelle des incroyants marquée par un sentiment de supériorité à l’égard des chrétiens (ou des croyants en général),
  • une morale indépendante (?), d’une sagesse toute humaine et profane, réglée sur la nature, et rejetant la morale religieuse,
  • un début (?) de critique anti-théologique suivie d’une critique des fondements du pouvoir ecclésiastique et donc d'une forme d'anticléricalisme.

L’opposition au christianisme devient plus forte au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, d'abord en Angleterre et en Hollande, puis en France et en Prusse, avec un « malaise religieux toujours montant ». Une philosophie matérialiste et sceptique envers les évènements surnaturels commence à s’affirmer. Dans le domaine francophone, le premier incroyant connu (revendiqué) est, paradoxalement, un homme du système de la religion, l'abbé français nommé Jean Meslier, qui nie l'existence de Dieu. Plus tard, l’incroyance s'affirme avec Julien Offray de La Mettrie, puis baron d'Holbach et enfin Denis Diderot, qui, à travers l'Encyclopédie fait le plus grand pas envers l’affirmation de l'incroyance dans toute l’Europe.

En 1789, la Révolution française donne sa contribution à faire sortir l'incroyance du milieu intellectuel d’origine, pour la faire entrer dans la sphère publique. En effet, plusieurs mesures séculaires (?, de sécularisation) ont alors intégré la législation française à cette époque et certains révolutionnaires de l'époque ont aussi tenté de déchristianiser la France, en promouvant un culte de la Raison et un culte de l'Être suprême.

Contrepoint

Le curé de campagne Jean Meslier (1664-1729) laisse un Testament iconoclaste, dont Voltaire accepte finalement de publier une sélection d'extraits en 1762.

Le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre (1745-1766) est condamné à mort et exécuté pour blasphème par profanation de deux crucifix (sans preuves) : il est torturé, décapité et brûlé, tenant en mains un livre interdit, le Dictionnaire philosophique (1764) de Voltaire ; celui-ci publie L'Affaire du chevalier de La Barre.

Contexte

Quelques autres repères, littéraires, philosophiques et religieux :

Incroyance en France 1789-1905

Sous l'ère napoléonienne, la sécularisation de la société française est contrastée par la quiescence (ou dormance) de Bonaparte envers les institutions de l’Église. Un personnage comme Chateaubriand trouve une forme de consécration avec l'approbation de l'Empereur pour son livre Génie du christianisme (1802), avec l'exaltation de la religion chrétienne.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'incroyance devient plus solide à travers les évolutionnistes matérialistes et de suite avec Arthur Schopenhauer, Thomas Henry Huxley, Charles Darwin et plus tard avec Friedrich Nietzsche et Sigmund Freud.

Enfin, un virulent et abject antisémitisme (1870-1910), dont Léon Bloy, et/ou antisémitisme d'État (Charles Maurras), accentués par l'anti-dreyfusisme, contribuent peu à une perception positive du catholicisme en France...

Incroyance en France depuis 1905

Au niveau national comme international, christianisme et catholicisme maintiennent et élargissent leur présence, ou s'y essaient :

Notes et références

Annexes

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