Ingrid Mattson
ouléma canadienne
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Ingrid Mary Mattson, née le 24 août 1963, est une ouléma et militante canadienne. Professeure d'études islamiques, elle est titulaire de la chaire communautaire London and Windsor en études islamiques à l'Université Western Ontario au Canada. Elle s'engage pour le dialogue interreligieux, pour une meilleure place des femmes dans l'islam, contre les violences envers les femmes et les enfants. Ancienne présidente de la Société islamique d'Amérique du Nord (en), elle est décrite comme « peut-être la figure la plus marquante parmi les femmes musulmanes américaines » dans un article du New York Times de 2010.
Biographie
Ingrid Mattson, sixième d'une famille de sept enfants, est née en 1963 à Kingston en Ontario, où elle passe son enfance, et fréquente des écoles catholiques[1]. Elle attribue aux femmes catholiques dont elle a reçu les enseignements « une éducation fantastique » et parle de son école comme « un lieu pour explorer et développer cette spiritualité précoce et juvénile »[2]. Elle étudie la philosophie et les beaux-arts à l'Université de Waterloo, au Canada, de 1982 à 1987.
Dans le cadre de ses études, elle passe l'été 1986 en tant qu'étudiante invitée à Paris, en France. Durant cette période, elle se lie d'amitié avec des étudiants ouest-africains issus d'une communauté musulmane soufie. En lisant le Coran, elle découvre « une conscience de Dieu, pour la première fois depuis son plus jeune âge »[2]. De retour à Waterloo, elle se convertit à l'islam en 1987 et obtient une licence en philosophie et en beaux-arts la même année[3],[4]. Elle étudie l'arabe et part dans un camp de réfugiés au Pakistan[5]. Ingrid Mattson obtient un doctorat en langues et civilisations du Proche-Orient à l'Université de Chicago en 1999[6].
Travaux
Le travail d'Ingrid Mattson se concentre sur la promotion de relations positives entre des groupes de confessions religieuses différentes[7]. Elle passe sa carrière universitaire à enseigner les études islamiques et les relations interreligieuses dans des institutions historiquement chrétiennes. De 1998 à 2012 Ingrid Mattson est professeure d'études islamiques et en relations islamo-chrétiennes au séminaire de Hartford, dans le Connecticut. Durant cette période, elle fonde le premier programme d'études supérieures accrédité pour les aumôniers musulmans aux États-Unis. Pendant plusieurs années, elle est également directrice du Centre MacDonald pour l'étude de l'islam et les relations islamo-chrétiennes au séminaire de Hartford[8]. Elle est « peut-être la figure la plus marquante parmi les femmes musulmanes américaines » selon un article du New York Times de 2010[9].
Carrière
Investissement dans le dialogue inter-religieux
Lorsqu'elle est vice-présidente puis présidente de la Société islamique d'Amérique du Nord[10],[11], Mattson collabore à plusieurs reprises avec des représentants du gouvernement américain. Elle est consultante sous les présidences de George W. Bush et de Barack Obama. Son travail porte sur les politiques relatives à l'extrémisme violent, sur le service militaire des Américains musulmans et la protection des droits civiques de ces derniers[12].
En tant que présidente de la Société islamique d'Amérique du Nord, Mattson créée un bureau national pour les relations interreligieuses à Washington en 2006. Elle s'investit auprès de la communauté juive, avec le « programme de jumelage » de la Fondation pour la compréhension ethnique ou « Juifs et musulmans en Amérique », développé en coopération avec le Jewish Theological Seminary et financé par la Carnegie Institution[13],[14],[15],[16],[17].

Mattson milite également pour une meilleure compréhension et des partenariats plus étroits entre musulmans et bouddhistes . Elle partage la scène avec le Dalaï-Lama à plusieurs reprises, notamment lors du programme « Graines de paix » à Seattle en 2008, dans l'Indiana en 2010 et à Chicago en 2011[18],[19].
Mattson est l'une des premières signataires de « A Common Word »[20] et participe à de nombreuses conférences et dialogues entre chrétiens et musulmans avec l'Institut royal jordanien Aal al-Bayt pour la pensée islamique[21]. En 2012, elle reçoit un doctorat honorifique en 2012 du Chicago Theological Seminary (en) pour ses services à la communauté religieuse[22].
Son livre, L'histoire du Coran : son histoire et sa place dans la vie musulmane (maintenant dans sa 2e édition) est choisi en 2012 par le National Endowment for the Humanities pour être inclus dans le programme « Bridging Cultures »[23].
Points de vue sur le rôle des femmes dans l'Islam
Mattson plaide pour un rôle public accru des femmes musulmanes en tant que leaders religieuses. Lorsqu'elle fonde le premier programme d'études supérieures accrédité pour les aumôniers musulmans aux États-Unis, elle insiste pour qu'il soit ouvert aux femmes[24].
Mattson porte le hijab, mais soutient que les gouvernements ne devraient pas avoir le pouvoir d'imposer ou d'interdire le port du vêtement religieux[25].
Mattson a collaboré avec une agence de services sociaux musulmane appelée Peaceful Families. Ce groupe milite contre les violences conjugales au sein de la communauté musulmane et s'oppose aux interprétations du Coran qui autorisent la violence ou la discrimination envers les femmes[26].
Mattson est également fondatrice et directrice du Projet Hurma, une initiative visant à aider les communautés musulmanes à prévenir et à combattre les abus spirituels et sexuels commis par des personnes en position d'autorité et d'influence religieuses[27]. Elle explique dans une interview au magazine Haute Hijab qu'elle avait été motivée par le constat, à maintes reprises, de l'incapacité de la communauté à reconnaître et à gérer correctement de telles situations. Elle déclare à ce sujet : « J'ai réalisé que nous avions besoin d'une approche large et interdisciplinaire pour examiner l'ampleur du problème, bien comprendre toutes les dynamiques et développer des supports et des processus pédagogiques que nous pourrions mettre à la disposition de la communauté. »[28].
Opposition à l'extrémisme islamique
Mattson critique l'extrémisme religieux islamique depuis sa première rencontre avec les talibans, alors qu'elle tentait d'éduquer des jeunes réfugiées afghanes au Pakistan[29]. Au lendemain des attentats du 11 septembre, Mattson a publié un article sur Beliefnet (en) intitulé « Les musulmans américains ont une obligation particulière ». Elle y déclare : « En tant que dirigeante musulmane américaine, je dénonce non seulement les kamikazes et les talibans, mais aussi les dirigeants d'autres États musulmans qui entravent la démocratie, répriment les femmes, utilisent le Coran pour justifier des comportements non islamiques et encouragent la violence. »[30]. Elle a donné des conférences publiques pour dénoncer la violence au nom de l'islam et plaidé pour une résolution pacifique des conflits et des différends. Dans un essai de 2007, Mattson a condamné les « identités exclusivistes, triomphalistes et communautaires (religieuses ou politiques) » qui justifient les attaques violentes contre d'autres groupes[31]. Mattson est l’une des premières signataires du Message d’Amman (en), une réponse musulmane internationale à la violence sectaire et au terrorisme au nom de l’Islam[32].