Iran International
chaîne de télévision en persan émettant depuis Londres
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Iran International est un réseau de télévision par satellite, une chaîne de radio et un site d'information persanophone fondé en mai 2017 à Londres.
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On reproche à la chaîne un manque de transparence quant à son financement, de sorte qu'elle est soupçonnée d'être un instrument de l'Arabie saoudite, bien qu'elle s'en défende.
Elle est une chaîne populaire en Iran, malgré le brouillage du signal satellitaire et les intimidations à l'égard de ses journalistes.
Elle est d'orientation monarchiste et soutient Reza Pahlavi[3].
Contenu et programmes
Iran International a commencé à diffuser ses programmes le 19 mai 2017, jour de la 12e élection présidentielle iranienne[4]. Première et unique chaîne d'information télévisée en langue persane à l'étranger, elle émet depuis un studio d'une seule pièce[4]. La chaîne se concentre principalement sur l'actualité et les journaux télévisés, mais diffuse également des émissions et des documentaires sur la science, l'art, la technologie, le sport et la culture. Parmi ses programmes d'analyse et d'information, on retrouve notamment ۲۴ (« 24 ») avec Fardad Farahzad, Titer Aval (« 1er titre ») avec Nyusha Saremi (anciennement Fardad Farahzad) et Cheshm andaz (« perspective »), une émission d'analyse et d'actualité[5].
Iran International utilise des technologies modernes et accorde une grande importance à l'esthétique. Comparée aux chaînes de télévision de la République islamique d'Iran, elle paraît plus aérée, colorée et moderne. Sa salle de rédaction est calme et son décor est d'un bleu métallique brillant. Le studio de la chaîne est luxueux et les caméras se déplacent sur des trépieds robotisés ou des rails aériens[4].
En 2021, le propriétaire du réseau lance une chaîne jumelle, Afghanistan International[6].
Audience
Iran International revendique une audience de vingt millions de téléspectateurs, malgré le brouillage des satellites[7],[8]. Son public principal est constitué de résidents iraniens, et ses programmes sont diffusés dans le monde entier par satellite et en direct sur Internet. Pour atteindre son public en Iran, Iran International a déployé plusieurs stratégies : émission de signaux depuis plusieurs satellites à différentes fréquences et angles afin de contourner les interférences ; diffusion de programmes sur Internet ; collaboration avec Psiphon pour contourner le filtrage Internet en Iran[9] ; participation au projet Toosheh (en)[10] ; et création de stations de radio. Depuis mai 2019, la chaîne afghane 1TV s’est engagée à diffuser au moins une heure de journaux télévisés d’Iran International en Afghanistan, conformément à un accord bilatéral. Iran International estime que cette collaboration permettra d’accroître son audience d’environ trois millions de personnes[11].
D’après une étude du journal Etemad (en), Iran International compte moins d’abonnés sur Twitter que d’autres grands médias persans occidentaux. Pourtant, Iran International affirme que son nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux est bien supérieur à celui de ses concurrents[5].
En 2023, une enquête en ligne menée par le Groupe d'analyse et de mesure des attitudes en Iran (GAMAAN) place Iran International à la première place des chaînes télévisées les plus regardées en Iran, devant Manoto TV (en) et BBC persian[12]. La moitié des personnes interrogées déclarent également faire « beaucoup » ou « dans une certaine mesure » confiance à Iran International[13]. Les amateurs d'Iran International apprécient particulièrement l'émission « Cheshm andaz », avec Sima Sabet, ses différents documentaires, et « 24 », avec Fardad Farahzad[14]. Ce sondage est à prendre avec précaution, dans la mesure où il concerne un pays sous dictature[15].
Couverture de l'actualité
Iran International n'hésite pas à publier des reportages sur des sujets sensibles, tels que les violations des droits humains, la persécution de la minorité baha'ie[16],[17], l'homophobie[18], les crimes d'honneur[19], la pandémie de COVID-19[20]. C'est la chaîne qui annonce la condamnation de l'actrice Taraneh Alidoosti en juin 2020[21] et celle du réalisateur Mohammad Rasoulof[22].
Organisation des moudjahidines du peuple iranien
Iran International Network a été critiquée durant l'été 2018 pour sa couverture en direct et exhaustive du rassemblement de l'Organisation des Moudjahidines du peuple iranien (OMPI) à Paris[23]. Le journaliste Mehdi Jami a fait état de désaccords internes concernant la nature de cette couverture, ce qui a conduit le réseau à mettre fin à sa collaboration avec lui[24]. Un employé du réseau a considéré cette couverture comme une preuve de l'influence des investisseurs sur le contenu des programmes du média[25].
Après l'attaque contre le défilé des forces militaires iraniennes à Ahvaz, dans la province du Khuzestan, en septembre 2018, cette chaîne a diffusé une interview de Yaqub Hor Altostri en tant que porte-parole de l'OMPI, qui a indirectement revendiqué cette attaque et l'a qualifiée de « résistance contre des objectifs légitimes »[26]. À la suite de cette attaque, 25 soldats et civils ont été tués. En 2018, l'ambassadeur d'Iran au Royaume-Uni a déposé une plainte auprès de l'Ofcom, l'organisme de surveillance des médias, à propos de cette interview. Après une longue enquête, l'Ofcom a annoncé qu'Iran International n'avait enfreint aucune loi[27],[28].
Festival Tirgan
Iran International a été accusé d'artwashing par certains, comme le docteur Arezo Khadir. Selon elle, le mécénat d'Iran International, financé par Mohammed bin Salmane, au festival Tirgan 2019 à Toronto est un moyen pour l'Arabie saoudite de redorer son image[29].
Manifestations de 2019
La couverture exhaustive des manifestations de novembre 2019 en Iran par la chaîne a provoqué la colère des autorités iraniennes. Le pouvoir judiciaire iranien a officiellement annoncé l'imposition de « restrictions judiciaires et légales » au personnel de la chaîne[30]. Le ministère iranien du Renseignement a accusé la chaîne d'exagérer la crise, d'ordonner aux manifestants de mettre le feu et d'inciter les téléspectateurs à l'émeute[7],[31]. Hamid Baeidinejad, ambassadeur d'Iran à Londres, a annoncé que son pays avait déposé une plainte auprès de l'Ofcom contre trois chaînes de télévision londoniennes, dont Iran International. Cette dernière a, à son tour, porté plainte auprès de l'Ofcom contre l'Iran pour avoir brouillé le signal du satellite Hotbird[32]. Le 24 janvier 2019, Manouchehr Faramarzi est arrêté à Bandar-e Mahchahr, accusé d'avoir des liens avec la chaîne Iran International[33]. Le sociologue Majid Mohammadi (en) a considéré la couverture des événements de novembre par Iran International comme « plus réussie » que celle des autres réseaux de télévision et de radio en langue persane en dehors de l'Iran, citant le fait de « la plupart des attaques » dirigées contre le réseau comme preuve de cette affirmation[34]. Sadegh Saba a qualifié la performance du réseau dans la couverture de ces événements de « très réussie » et a considéré le réseau comme « victime de son propre succès »[5].
Zarifgate
La chaîne gagne en notoriété en 2021 en publiant un enregistrement dans lequel le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif dénonce l'ingérence des militaires dans la politique extérieure de l'Iran. L'affaire est désignée sous le nom de « Zarifgate »[35].
Mouvement « Femme, vie, liberté »
En 2022, le site de la chaîne Al Jazeera rapporte d'après un haut fonctionnaire iranien que cette chaîne est sanctionnée par le gouvernement iranien, argumentant qu'elle doit même « être ajoutée à la liste des groupes et individus terroristes », en raison de sa couverture des manifestations consécutives à la mort de Mahsa Amini[36]. Iran International rend public le scanner du crâne de la jeune femme, agressée pour avoir mal porté le hijab, qui montre des blessures compatibles avec un passage à tabac[37]. Selon le quotidien israélien Maariv, ces documents ont été transmis à Iran International par un groupe de hackers issu des renseignements israéliens[38].
Soulèvement de 2025-2026
Pendant les manifestations de 2025-2026, la chaîne est accusée de propagande pro-monarchiste[39]. Pourtant, dans le contexte d'un black-out informationnel, puisque Internet est coupé[40], des médias occidentaux citent Iran International comme source[41],[42]. La chaîne fait état de bilans bien supérieurs à ceux annoncés par le régime[43].
Service des sports
Iran International Sports est une division d'Iran International qui propose une couverture sportive nationale et internationale pour la télévision et la diffusion en ligne. Iran International détient les droits de diffusion en direct de plusieurs événements sportifs. La chaîne diffuse également des émissions d'analyse telles que « Hat Trick » avec Mazdak Mirzaei (en) et « Chand Chand »[44]. Selon Arab News, Iran International s'est imposée comme une référence dans le domaine sportif auprès du jeune public, en couvrant des événements et des actualités généralement absents des chaînes iraniennes[5]. Par exemple, en avril 2019, le combat de boxe opposant Sadaf Khadem à une adversaire française, premier combat international officiel d'une boxeuse professionnelle iranienne, à Royan, a été diffusé en direct sur la chaîne[45]. L'arrivée à Iran International Sports, à l'été 2019, de Mazdak Mirzaei, journaliste sportif chevronné de la Société iranienne de radiodiffusion (IRIB), a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux et dans les médias[46].
Propriété et financement
Le propriétaire d'Iran International Network est Volant Media Company et sa filiale au Royaume-Uni Global Media Company[47]. La chaîne est administrée par DMA Media[48]. Initialement, Fahad Ibrahim Al-Daghithar, ancien président de Zain Saudi Arabia (en), le troisième opérateur de télécommunications d'Arabie saoudite, détenait 75 % des actions de Volant Media[49]. Adel Abdul Karim, de nationalité saoudienne et britannique, a acquis des parts d'Al-Daghithar en 2018[50], devenant ainsi l'unique propriétaire des deux sociétés[51],[52]. Adel Abdul Karim a une longue expérience de collaboration avec des magnats des médias saoudiens, notamment Abdul Rahman Rashid, membre du conseil d'administration de Saudi Research and Media Group (en), ancien PDG d'Al-Arabiya et ancien rédacteur en chef d'Al-Sharq Al-Awsat[24]. Associated Press rapporte en février 2023 qu'aucun citoyen saoudien ne détient plus de la majorité des parts de Volant Media[53]. Cependant, en septembre 2023, The National rapporte que le réseau est détenu par des particuliers, dont un citoyen anglo-saoudien[54].
En octobre 2018, The Guardian publie un rapport dans lequel les contributions financières du prince saoudien Bin Salman à l'Iran International Network sont mentionnées. The Guardian interviewe également l'un des employés anonymes de ce réseau et évoque l'influence des investisseurs sur le contenu éditorial de ce média. À cet égard, le Wall Street Journal rapporte que « les journalistes d'Iran International ont protesté contre le fait que l'administration avance une ligne pro-saoudienne et anti-République islamique d'Iran »[55]. Le journal cite également un ancien journaliste d'Iran International affirmant avoir subi « une pression systématique et très continue » lorsqu'il était correspondant pour ce média[55].
Le Guardian rapporte qu'Iran International a reçu 250 millions de dollars de l'Arabie saoudite pour lancer la chaîne[56] via une société offshore aux îles Caïmans[24]. La source anonyme n'a pas précisé d'échéancier, mais le Guardian indique que le budget est suffisant pour cinq ans, incluant le loyer des bureaux et les salaires du personnel[25]. D'après The Economist, les investisseurs de la chaîne sont des ressortissants saoudiens[57]. Le Wall Street Journal affirme que des individus liés à la famille royale saoudienne ont financé et lancé la chaîne pour concurrencer l'influence iranienne dans la région[55]. Sadegh Saba confirme que la chaîne est financée par un citoyen britanno-saoudien[8]. Une source anonyme a déclaré au Guardian que Saoud al-Qahtani, conseiller du prince héritier en matière de renseignement et l'un des deux hauts responsables démis de ses fonctions après l'assassinat de Jamal Khashoggi, était impliqué dans le financement de la chaîne. Il a déclaré : « On comprend mieux comment ces types [les géants des médias saoudiens] tentent de changer le monde en rachetant des médias grâce à tout l’argent que [Mohammed ben Salmane] distribue sans compter… avec de l’argent provenant de la cour royale[25]. » Iran International a toujours nié tout lien avec des gouvernements : « Iran International appartient à Volant Media, une société privée à responsabilité limitée basée à Londres, et ses actionnaires sont des personnes physiques indépendantes. Elle n’a absolument aucun lien avec Mohammed ben Salmane ou le gouvernement saoudien (ni avec aucun autre gouvernement, y compris le gouvernement israélien)… DMA Media dément également toute tentative de dissimulation de l’identité du propriétaire d’Iran International[58]. »
Le réseau Iran International, dans une réponse publiée à la fin de l'article du Guardian, nie avoir reçu de l'argent de l'Arabie saoudite[59].
Politique éditoriale et indépendance
Iran International ne diffuse pas de publicité et son financement n'est pas transparent, ce qui a suscité des doutes quant à son indépendance éditoriale. Le directeur par intérim de la chaîne, Rob Bynon, insiste sur l'indépendance et le professionnalisme de la rédaction d'Iran International[25]. La chaîne a invité le journaliste du Guardian, Saeed Kamali Dehghan, auteur d'articles sur le sujet, à un débat télévisé, affirmant que « le contenu et la couverture de la chaîne sont déterminés par les normes professionnelles énoncées dans la Charte de journalisme d'Iran International », notamment l'impartialité[60]. Le Guardian a consulté des documents divulgués montrant que Nabil al-Khatib, un consultant qui travaille avec la chaîne, a interrogé des membres du personnel et leur a fourni des informations sur la couverture des droits de l'homme en Arabie saoudite. Il aurait également suggéré des sujets de reportage sur l'Iran et l'Arabie saoudite. Il a été allégué que la nationalité palestinienne de Nabil al-Khatib aurait été utilisée pour dissimuler les ressources financières saoudiennes du réseau. Mais al-Khatib nie ces allégations, il affirme être un consultant indépendant qui conseille des diffuseurs du monde entier et nie avoir cherché à influencer la ligne éditoriale de la chaîne[25].
Press TV, la chaîne anglophone de la Société iranienne de radiodiffusion, considère que la création d'Iran International relève de la propagande anti-iranienne, incitant les Iraniens à se dresser contre le régime islamique et préparant le terrain pour son renversement. La chaîne est qualifiée de « porte-voix des terroristes anti-iraniens »[61],[62]. Iran International est consciente des perceptions qui entourent son opposition au gouvernement iranien et affirme n'avoir aucune animosité à son égard. Selon Christina Millman, membre de DMA Media, la chaîne ne souhaite pas jouer le rôle d'un média d'opposition[4]. Cependant, selon Kourosh Ziabari, journaliste au Fair Observer, la chaîne reçoit régulièrement des invités très critiques envers la République islamique et n'hésite pas à se présenter comme un média d'opposition[63]. Le journaliste Rouhollah Faghihi considère également la chaîne comme une plateforme pour les dissidents iraniens[64]. Iran International a souvent interviewé Reza Pahlavi, le fils de l'ancien shah[64].
Les avis divergent quant au succès ou à l'échec de la chaîne. Sadegh Saba, l'un de ses journalistes les plus expérimentés, attribue son succès auprès du public à la politisation de la société iranienne et à la soif d'informations non censurées sur les positions de l'opposition, une soif à laquelle la chaîne a su répondre[5]. Arash Azizi, journaliste au Persian Independent, la qualifie de « CNN iranienne »[65]. Selon Armin Rosen, journaliste américain, la chaîne se perçoit comme « la BBC iranienne en exil »[4].
Positionnement monarchiste
Iran International s'inscrit dans la mouvance monarchiste de la diaspora iranienne et entretient une image nostalgique de l’ancien régime. Elle répand aussi une position pro-israélienne, cherchant à propager l'idée selon laquelle Gaza et le Liban auraient « volé » l’argent du pays, via le soutien au Hezbollah et au Hamas[38].
Équipe
Le réseau a son siège social à Chiswick, dans l'ouest de Londres, et possède des bureaux dans le monde entier, mais pas en Iran, où son site web est bloqué. Selon Sadegh Saba, le réseau souhaiterait ouvrir un bureau et envoyer un journaliste en Iran, mais les autorités iraniennes s'y opposent. Le réseau fait appel à des journalistes citoyens pour couvrir l'actualité iranienne ; ces derniers lui envoient quotidiennement des dizaines de vidéos[4],[5].
Son personnel et ses opérations quotidiennes sont gérés par DMA Media, société de services d'information qui a participé au lancement de BBC Persian[48]. Initialement, Rob Beynon, PDG de DMA Media, a dirigé temporairement Iran International[24]. Ali Asghar Ramezanpour est le rédacteur en chef[66],[67]. Le réseau emploie environ 200 personnes[5], dont 140 journalistes[68]. Iran International emploie un grand nombre d'Iraniens vivant à l'étranger, y compris des militants des droits de l'homme, et selon un employé, leurs salaires sont le double de ce que les réseaux concurrents (Manoto TV (en) et la BBC) sont prêts à payer[24].
En février 2023, le réseau annonce le transfert de ses studios à Washington, D.C., en raison de menaces qui, selon la police londonienne, pèsent sur la sécurité de son personnel[53]. En septembre 2023, la chaîne reprend ses émissions depuis Londres dans un studio de haute sécurité avec des barrières en acier et des gardes armés[54].
Les journalistes, travaillant à l'étranger, reçoivent les informations d'Iran, en particulier au format vidéo. Leur travail consiste à vérifier et recouper ces sources[69],[70]. Mais leurs informateurs sur place reçoivent des menaces. En mars 2026, 18 personnes sont arrêtées par le régime, accusées d'avoir collaboré avec Iran International[71].
Pressions du gouvernement iranien
Les employés du réseau et leurs familles en Iran subissent des pressions, du harcèlement, des menaces et des intimidations de la part des forces de sécurité et du pouvoir judiciaire iraniens, qui leur demandent de démissionner et de rentrer en Iran. Leurs proches en Iran sont interrogés et leurs passeports confisqués afin de les empêcher de quitter le pays[7],[72]. En décembre 2019, après les manifestations de novembre, le ministère iranien du Renseignement annonce dans un communiqué avoir identifié et arrêté des individus qui tentaient de transmettre des informations au réseau Iran International, et a « considéré les actions de ce réseau et de ses employés comme un exemple de coopération avec les ennemis de la République islamique d'Iran dans des actes terroristes », promettant de les « poursuivre internationalement »[73]. L'Iran a menacé d'enlever les employés du réseau en Grande-Bretagne et de les renvoyer en Iran s'ils ne démissionnent pas. Mojtaba Pourmohsen fait partie des personnes dont les proches, notamment son père de 75 ans et sa belle-mère, ont subi des pressions et ont été convoqués. Le frère d'un présentateur de la chaîne a été arrêté et ses parents ont été interrogés à cinq reprises en un mois. Un journaliste de la chaîne a reçu plus de 300 appels de numéros inconnus en dix jours, principalement la nuit[7]. Azadeh Shafiei[74], Pouya Azizi[75], et Sanaz Ghazizadeh[76] figurent parmi la vingtaine de membres de la chaîne ayant subi des pressions. Face à ces menaces, la chaîne a renforcé ses mesures de sécurité et s'est coordonnée avec Scotland Yard et la police antiterroriste britannique. Des agents de sécurité en civil ont été déployés pour protéger les locaux de la chaîne, et un soutien psychologique a été proposé aux personnes menacées. La chaîne a également déconseillé à ses employés de se rendre en Iran ou dans des pays où l'Iran exerce une influence significative, comme l'Irak ou la Syrie[77].
Des pirates informatiques, soupçonnés d'agir pour le compte du Corps des gardiens de la révolution islamique, ont créé de faux comptes Iran International sur les réseaux sociaux afin de discréditer les journalistes du réseau et d'identifier les abonnés de ces faux comptes. De fausses offres d'emploi sont également publiées sur ces pages pour inciter les abonnés à divulguer leurs informations personnelles, ce qui, selon des experts comme Mark Stevens, directeur de la Global Network Initiative et avocat du réseau, pourrait mettre leur vie en danger. Stevens a accusé Instagram et sa maison mère, Facebook, de violer le droit international et les droits de l'homme en ne prenant pas les mesures nécessaires et en hébergeant ces faux comptes et pages. Une fausse chaîne Iran International sur Telegram compte 600 000 abonnés[78].
Suite au soulèvement iranien de 2022, Iran International a annoncé le 16 novembre 2022 que deux de ses journalistes avaient été informés par le département antiterroriste de la police métropolitaine que le gouvernement iranien et le Corps des gardiens de la révolution islamique les avaient menacés, ainsi que leurs familles, d’un « danger imminent »[79]. Le 15 novembre, la chaîne a annoncé que le gouvernement du Qatar, pays hôte de la Coupe du monde de la FIFA 2022, avait révoqué les visas des journalistes d’Iran International sous la « pression de la République islamique d’Iran », bien que la FIFA ait approuvé la présence de la chaîne[80].
En 2023, la chaîne déclare avoir transféré son siège aux États-Unis, à la suite des menaces qu'elle proclame avoir reçues de la part du gouvernement iranien. Celui-ci dément les accusations, les qualifiant de « sans fondement ». Cependant, certaines autorités et agences de presse iraniennes montrent leur réjouissance ou alertent d'autres médias persanophones « anti-régimes d'en tirer la leçon »[81]. En février, un individu qui recueillait des informations susceptibles de favoriser la préparation d'un attentat est arrêté[82]. Il est condamné à trois ans et demi de prison[83].
En mars 2024, Pouria Zeraati, un journaliste d'Iran International, est agressé à l'arme blanche à Londres[84],[85]. L'enquête conduit à l'arrestation de deux ressortissants roumains en décembre[86]. En raison de la campagne de harcèlement dont les journalistes d'Iran International font l'objet, les soupçons se tournent vers le régime iranien[87].
En 2025, à la suite de la guerre entre Israël et l'Iran, l'ONU s'émeut des menaces croissantes dont les journalistes d'Iran International, accusés d'espionnage au profit de l'État hébreu, font l'objet[88]. Le 21 juin, un journaliste d'Iran International reçoit un appel de son père, resté en Iran, qui lui demande, sous la menace, de démissionner[89].
Pressions internes
Le , il a été signalé que Lord John Handy, membre du parti travailliste britannique, avait déposé une plainte auprès de l'Organisation internationale du travail (OIT) contre Iran International[90].
En effet, selon le Syndicat national des journalistes de Grande-Bretagne (NUJ), alors que la « grande majorité » du personnel d'Iran International TV était déjà membre du NUJ, le plus important syndicat de journalistes du Royaume-Uni, la direction d'Iran International a bloqué les négociations visant à établir une section du syndicat au sein de la chaîne et a conclu à la place un accord d'exclusivité avec un syndicat moins connu, la British Journalists Association, dont aucun employé de la chaîne n'était auparavant membre[91]. Toujours selon le Syndicat national des journalistes, la direction d'Iran International a fait pression sur son personnel pour qu'il rejoigne la British Journalists Association, et en juillet 2020, vingt employés de la chaîne y avaient adhéré. À la suite de la couverture médiatique de l'incident, la British Journalists Association a résilié son contrat d'exclusivité avec la chaîne et cherche à conclure un nouveau contrat non exclusif qui respecte davantage la liberté d'association pour les journalistes[68].
Prix et distinctions
Iran International, aux côtés de CNN, Al-Jazeera et Al-Hurra, est nommé pour le prix de la meilleure chaîne internationale, décerné par l'Association internationale de radiodiffusion (IBA) en 2019. Son documentaire La chèvre d'Abdul Majid, réalisé par Alireza Mirasadollah, est également nommé pour le prix de la meilleure production dans la catégorie Culture et Arts. Le film raconte l'histoire d'un adolescent marocain nommé Abdel Majid qui tente de soigner la patte cassée d'une chèvre grimpant à un arbre pour manger de l'argan[65].
En 2024, la chaîne est récompensée du prix du Courage par le Geneva Summit for human rights and democracy[92].
Le 9 mai 2025, Iran International a remporté le prix « AAM » (America Abroad Media). Cette récompense lui est décernée pour sa contribution à « donner la parole au peuple iranien », à « maintenir l'honnêteté dans le traitement de l'information » et à « connecter les Iraniens au monde »[93],[94].