Jean-Antoine Chastel

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Jean-Antoine Chastel, né le 20 avril 1745 et mort le 30 mai 1823 à La Besseyre-Saint-Mary (Haute-Loire)[1], est un paysan de l'Ancien Régime.

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Jean-Antoine Chastel
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Au XXᵉ siècle, il apparaît dans des fictions autour de l’affaire de la Bête du Gévaudan, où romanciers et essayistes lui attribuent un rôle central [2], sans aucune preuve historique sérieuse.

Biographie

Jean-Antoine Chastel est le fils de Jean Chastel, cultivateur et brassier, et de Anne Charbonnier. Il naît le 20 avril 1745 et grandit au village de La Besseyre-Saint-Mary, dans le Gévaudan, ancienne province française qui correspond à l'actuel département de la Lozère et d'une partie de la Haute-Loire. Les archives le disent cultivateur.

Le 28 janvier 1778, il épouse Catherine Charitat [3]. De leur union naît neuf enfants entre 1778 et 1795. Il meurt le 30 mai 1823 à La Besseyre-Saint-Mary, à l'âge de 78 ans [4].

La Bête du Gévaudan

Mont Mouchet en hiver.

La bête du Gévaudan est le surnom d'une bête féroce, ou de canidés mangeurs d'hommes, entre 1764 et 1767. Des attaques sont signalées dans le Dauphiné, le sud de l'Auvergne, le nord du Vivarais, le Rouergue et le sud du Velay[5],[6].

Le 16 août 1765, des membres de la famille Chastel sont incarcérés après une violente altercation avec les gardes-chasses de François Antoine, chasseur et porte-arquebuse envoyé de Versailles par Louis XV [7]. Toutefois, en l'absence de documents historiques, rien ne prouve que l'inculpé soit Jean-Antoine Chastel ou son père Jean Chastel [8],[9].

Le 19 juin 1767, au mont Mouchet, Jean-Antoine Chastel et son père font partie des hommes qui accompagnent le marquis de Châteauneuf-Randon d'Apchier à une ultime chasse. Au lieu-dit la Sogne d'Auvers, Jean Chastel abat un animal identifié comme un loup, ou un canidé ressemblant à un loup [10]. Selon la tradition orale, et l'essai de l'abbé Pierre Pourcher en 1889 [11], Chastel récite « les litanies de la Sainte Vierge » quand la Bête « le reconnaît et s’assoit devant lui ». Finissant calmement sa prière, il « ferme son livre, plie ses lunettes dans sa poche, prend son fusil et tue la Bête, qui l'avait attendu ». Aucun document d’archive ne mentionne de tels détails. L'abbé Pourcher transforme une simple chasse au loup en mythe, faisant du paysan un « saint » ou un « héros chrétien régional » [12]. Les historiens soulignent le caractère romanesque et fantasmagorique de cette scène, qui sera pourtant reprise dans de nombreux essais, thèses et romans [13].

Depuis la mort du loup de Chastel, plus aucune attaque sur l'homme n'est signalée dans la province du Gévaudan [14].

Après la mort de son père en mars 1789, Jean-Antoine Chastel (signant simplement « Jean ») entame une procédure juridique pour réclamer la récompense promise à qui tuera la Bête du Gévaudan, sur le compte de la généralité d'Auvergne. La crise financière de la Révolution française empêche le fils Chastel de recouvrer aisément cette somme, puisque le 25 novembre 1797, le cultivateur « en est encore à passer devant les notaires de Langeac une procuration en blanc pour faire valoir sa créance auprès du commissaire liquidateur de la dette nationale, à Paris »[15].

Accusations

Au début du XXe siècle, la fiction s'empare de l'affaire. Sous la plume du romancier Abel Chevalley[16] ou de Henri Pourrat[17], Jean-Antoine Chastel, devenu simplement « Antoine Chastel », est un marginal vivant au mont Mouchet. Dans leurs romans respectifs, les auteurs imaginent un homme au passé trouble, ancien esclave des barbaresques et gardien de fauves, qui dresse la Bête à son retour d'Afrique. Ce récit romanesque séduit le public et influence d'autres auteurs[18],[19],[20]. Il sera repris, ou du moins suggéré, dans le téléfilm La Bête du Gévaudan de Yves-André Hubert, (Le Tribunal de l'impossible, diffusé en 1967 sur l'ORTF)[21].

Entre les années 1970 et 2000, dans une volonté de réhabiliter le loup en France[22], plusieurs essayistes, éthologues et défenseurs de la cause animale - comme Gérard Ménatory[23] ou Michel Louis[24] - ravivent les polémiques visant la famille Chastel. Dans l’imaginaire collectif, « Antoine Chastel » est accusé de former un duo de tueurs en série avec le comte Jean-François de Morangiès[25]. La complicité supposée entre ces deux figures sociales fascine : d’un côté, le paysan marginal et soupçonné de rancunes obscures; de l’autre, l'aristocrate puissant et dépravé. Cette alliance fantasmée s’inscrit dans une longue tradition littéraire où l’on cherche à incarner le mal sous des visages humains[26]. Or, les historiens rappellent que les archives ne corroborent aucune de ces accusations : elles relèvent davantage du mythe, du mensonge et du roman que de faits établis[27],[28].

En 2014, Catherine Hermary-Vieille signe La Bête aux éditions Albin Michel, un roman qui dépeint « Antoine Chastel » comme un criminel pervers, sadique, dépourvu de toute empathie pour ses victimes[29]. Une représentation qui s’inscrit une fois de plus dans une continuité romanesque et sans preuves historiques[30].

Alain Decaux reste sceptique sur la culpabilité de la famille Chastel : « Rien ne prouve la culpabilité d'Antoine Chastel »[31]. L'homme de radio Pierre Bellemare prend également sa défense : « L'enfance aventureuse d'Antoine Chastel n'a jamais été prouvée et semble même invraisemblable. Ce ne sont que des racontars de village à propos d'une famille dont l'algarade avec les dragons prouve qu'elle n'était pas facile à vivre. »[32].

Les accusations visant Jean-Antoine Chastel ne relèvent, en l’absence de preuves historiques irréfutables, que de pures spéculations. Elles relèvent davantage de l’imaginaire collectif et du besoin de donner un visage humain à « la Bête » que d’une enquête fondée sur des sources fiables[33].

Voir aussi

Notes et références

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