Jeu de mail
ancien jeu sportif français
From Wikipedia, the free encyclopedia
Le jeu de mail ou pallemail (prononcé « paille-maille »), est un ancien jeu sportif français très populaire, pratiqué entre le début du XVIIè jusqu'au début du XXè siècle. Il partage des origines communes avec le croquet[1], le billard français ainsi que le golf.

Orthographes & étymologie
Le mail s'est d'abord appelé paillemail[2], mais il a également été orthographié par la suite pallemail[3] ou palle-mail[4] dans les différentes règles de jeu ; ou encore palmail, palmaille, palemail, palemaille, pallemaille, paillemail, paillemaille, etc par différents auteurs[5]. Ce nom tire ses origines de l'italien pallamaglio, formé de palla « boule » (ou « balle ») et maglio « maillet », issu lui-même du latin malleus. Au fil du temps, la forme abrégée mail lui sera préférée et l'italien, à son tour, sous l'influence du français, le nommera maglio.
Historique
La plus ancienne trace écrite liée au jeu de mail est un texte en latin datant de [6].
« Unus consociorum nominatus Raymundus cepit mailhetum ac billardum cum quo luserant, et volens ludere dedit ictum de dicto mailheto bolae et chuquae. »
« Un des compagnons, nommé Raymond, prit un maillet ou billard avec lequel ils jouaient et, désireux de jouer à son tour, frappa un coup dudit maillet de balle et chouque. »

Toutefois, il ne s'agit pas du mail proprement dit, mais d'un jeu affinitaire appelé chuqua, cité dans une lettre de rémission[7]. Le pallemail n'est arrivé en France qu'au XVIe siècle, sans doute avec Catherine de Médicis.
Très pratiqué en France et en Italie dès la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, le jeu atteint sous le nom de Pall Mall l'Angleterre au XVIIe siècle, époque à laquelle il est à son apogée en France plus précisément à bordeaux . Ce nom est dérivé probablement du terme français palemail ou paille-maille (le mail étant un maillet à long manche envoyant une balle sous un arceau de fer), autre nom donné au jeu en France aux XVIe et XVIIe siècles. Le terme mail provient quant à lui du latin malleus : marteau, maillet[8].
L'Écosse est touchée plus tôt que l'Angleterre[6]:308. Cousin du golf, ancêtre du croquet et même lointain parent du billard, ce sport pouvait se pratiquer en individuel ou par équipes. Selon Brantôme, le roi de France Henri II était excellent en jeu de paume et au jeu de mail[9]. Louis XIV, qui détestait la paume, raffolait en revanche du mail. Le terrain de jeu de mail du jardin des Tuileries fut même agrandi pendant son règne. Le jeu se pratiquait encore en France dans les régions de Montpellier[10] au XIXe siècle, et à Aix-en-Provence avant la Première Guerre mondiale[9].
Le jeu
Le jeu de Mail possède de multiples modes de jeu et de variantes, notamment :
- Le jeu dit « ordinaire » ou « régulier », qui se joue dans un terrain défini dédié appelé également mail ; en individuel (dit « au Roüet ») ou bien en équipes (dit « en Partie »)[11]. Il s'agit de la première version officielle pratiquée dont les règles ont été définies par la royauté[2].
- Les « Grands-Coups », qui consiste à frapper sa boule le plus loin possible en une seule fois[11].
- Le « Mail comme un billard », qui se joue sur un terrain plus petit et à la manière des premières versions du billard[11].
- Le « Jeu des Passes », qui se veut plutôt être une démonstration ou un spectacle d'habilité, joué sur un petit terrain entouré de gradins[12].
- Le « Tirage du Globe », organisé principalement lors de fêtes ; qui consiste à essayer chacun son tour de casser un globe de verre suspendu à l'aide de sa boule[10].
- La « Chicane », qui à la différence des précédents, se joue sur les chemins de campagne et non sur un terrain de mail[11].
Terrain
Le jeu ordinaire se pratique sur un terrain spécifique également appelé Mail.
Celui-ci est constitué d'une longue allée de sable, rectiligne ou courbée, de plusieurs centaines de mètres de long (généralement entre 600 et 800 mètres mais certaines peuvent même dépasser les 1000 mètres), sur 6 à 10 mètres de large ; délimitées par des palissades de bois et arborées sur les côtés.
A chaque bout du terrain, un archet de fer plié en portique ou en arcade appelé « passe » est fixé dans le sol, avec en amont une « pierre de passe », généralement ronde.
Équipement
Pour jouer, l'équipement de chaque joueur se compose[13] :
- d'un mail ou maillet, composé d'un long manche mince et ployant, dont la tête est de forme cylindrique et en bois dur.
- d'une boule en bois, pesant la moitié du poids de la masse et de la taille d'une paume de main. Généralement en buis, mais les meilleures étaient en bois de néflier[11].
- d'une lève en bois, composée d'un manche à hauteur de taille terminé par une sorte de cuilleron, permettant de lancer la boule de passe.
- d'une boule d'acier, appelé boule de passe, plus petite et ne se jouant qu'avec la lève.
Déroulement d'une partie
Dans le cadre d'une partie de jeu ordinaire, l'ensemble des joueurs commencent à un bout du terrain et frappent tour à tour de leur mail leur boule de bois. Le joueur le plus éloigné de l'autre bout du terrain joue un deuxième coup, puis le nouveau joueur le plus éloigné fait de même et ainsi de suite jusqu'à ce qu'ils arrivent à la « pierre de passe ». A partir de celle-ci, les joueurs remplacent leur boule de bois par celle en acier, qu'ils doivent uniquement jouer de la lève et essayent chacun leur tour de faire passer la boule au travers de l'arceau appelé également « passe ». Le premier joueur réussissant en moins de coups que les autres gagne la partie ainsi que la mise. Les joueurs peuvent alors continuer de jouer, en commençant une nouvelle partie dans le sens inverse pour arriver à la passe initiale à l'autre bout du terrain.
Extraits
« Le 7 août 1698, (Louis XIV) venait de faire faire un mail à Marly, et Monseigneur en avait fait faire un à Meudon ; de sorte que ce fut une mode qui alla jusqu'à la fureur, et on ne vit plus que des gens de toutes espèces jouer au mail, grands et petits, jeunes et vieux, hommes et femmes. Il n'y eut personne qui ne s'en voulût mêler, parce que le Roi témoignait s'y affectionner, et qu'il y faisait même jouer la duchesse de Bourgogne et les dames de sa cour. Le fils de Cambray, maître d'hôtel du Roi, qui était page de la grande écurie, y reçut à Versailles un grand coup de mail par la tête, dont on crut qu'il mourrait; mais il s'en tira heureusement, tant les pages ont la tête dure. »
— Gabriel-Jules de Cosnac, Mémoires du marquis de Sourches.
« Le 19 octobre 1698, Monseigneur jouant au mail, et plusieurs personnes de qualité étant avec lui, les unes pour jouer et les autres pour lui faire leur cour, le marquis d'Alègre, qui était du nombre des derniers, reçut un coup d'une boule de lève poussée par le duc de Berwick, au-dessus de l'œil, de laquelle il fut fort blessé[14]. »
— Gabriel-Jules de Cosnac, Mémoires du marquis de Sourches.
« Le 20 novembre 1698, on parla beaucoup de l'accident du marquis de Liancourt, lequel étant à Meudon avec Monseigneur, et jouant sur la grande terrasse à la chicane (C'est-à-dire au mail quand ce n'est pas dans un mail réglé.), sa boule alla frapper contre une barrière et revint lui donner auprès de l'œil droit, de sorte que, si elle l'avait frappé sur l'œil, elle le lui aurait crevé, et, si elle l'eût frappé à la tempe, elle l'aurait tué tout raide. On disait pourtant que ce ne serait rien, et cela se trouva véritable dans la suite[15]. »
— Gabriel-Jules de Cosnac, Mémoires du marquis de Sourches.
« Le 25 juin 1706, comme le Roi voyait jouer au mail à son ordinaire et qu'une partie finissait, un des joueurs ayant tiré à la passe, la boule de fer fit un saut sur une pierre et, ayant passé entre les jambes de l'évêque de Metz, vint frapper la jambe de l'abbé de Dromesnil, aumônier du Roi, qui était derrière lui, et lui fit une blessure assez dangereuse, lui ayant même entamé une artère et ayant été jusqu'à la pellicule qui couvre l'os[16]. »
— Gabriel-Jules de Cosnac, Mémoires du marquis de Sourches.
« Le 11 mai 1707, le Roi allant en calèche, avec les dames, voir jouer au mail dans ses jardins hauts (Il y avait à Marly un grand mail dans les jardins hauts et un petit mail dans les bosquets du jardin qui était de plain-pied au château.), il y mena aussi le prince de Vaudémont, qui était alors sur le pied d'un courtisan auquel on donnait toutes sortes de distinctions[17]. »
— Gabriel-Jules de Cosnac, Mémoires du marquis de Sourches.
Nouvelles règles pour le jeu de mail. Tant sur la manière d'y bien jouer, que pour décider les divers événements qui peuvent arriver à ce jeu
Toponymes
Bien que le jeu de mail ne soit plus pratiqué aujourd'hui, de nombreuses villes en gardent une trace dans le nom de voies de circulation, de bâtiments ou même d'autres lieux (Mail (voie)).