Flavius Josèphe

historien romain d'origine juive de langue grecque From Wikipedia, the free encyclopedia

Flavius Josèphe, autrefois désigné comme Flavius Joseph[2], à l'origine Yossef ben Matityahou HaCohen (en alphabet hébreu : יוסף בן מתתיהו הכהן, Joseph fils de Matthatias le Prêtre), devenu citoyen romain sous le nom de Titus Flavius Josephus (en grec Ἰώσηπος, Iốsêpos) grâce à l'empereur Vespasien, né en 37-38 à Jérusalem (Judée) et mort vers 100 à Rome, est un historiographe romain d'origine juive.

Décès
Vers 100
Rome
Nom dans la langue maternelle
Ἰώσηπος ΦλάβιοςVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
יוסף בן מתתיהוVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
Titus Flavius Josèphe
(Joseph fils de Matthatias)
Buste dit de Flavius Josèphe
(la critique cependant est sceptique)[1].
Biographie
Naissance
Décès
Vers 100
Rome
Nom dans la langue maternelle
Ἰώσηπος ΦλάβιοςVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
יוסף בן מתתיהוVoir et modifier les données sur Wikidata
Époque
Nationalité
Activités
Père
Matthias (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Matthias (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Josèphe a eu au moins trois épouses successives
Enfants
Flavius Hyrcanus (en)
Flavius Justus (en)
Titus Flavius Simonides Agrippa (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Gens
Autres informations
Conflit
Mouvement
Œuvres principales
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Écrite en grec, son œuvre est une source importante, voire cruciale, sur l'histoire des Judéens au Ier siècle. Deux de ses principaux ouvrages, les Antiquités judaïques et la Guerre des Juifs, relatent les événements et conflits de son temps entre Rome et les juifs, même s'ils ne sont pas sans poser de problèmes aux historiens actuels[3].

Issu d'une famille sacerdotale, Flavius Josèphe participe comme officier à la révolte juive des années 66-70, mais fait dès 67 sa reddition à Vespasien, légat chargé du commandement des légions combattant en Judée. D'abord prisonnier (67), puis libéré et affranchi (69), il se met au service de Vespasien à qui il aurait prédit l'empire dès 67. Il suit Vespasien devenu empereur en décembre 69 à Rome, où, devenu romain, il vit à la cour jusqu'à la fin du Ier siècle, rédigeant des ouvrages qui nous sont pour la plus grande partie parvenus.

Son nom

Après la fin de la révolte juive (70), Joseph ben Mattathias obtient grâce à Vespasien, devenu empereur quelques mois auparavant, la citoyenneté romaine avec le nom romain (tria nomina : praenomen, nomen, cognomen) Titus Flavius Josephus, recevant le prénom et le nom de son bienfaiteur, Titus Flavius Vespasianus[4], et conservant son nom hébreu (Yossef) latinisé (Josephus) comme cognomen.

Sa désignation conventionnelle actuelle, « Flavius Josèphe », a été proposée en 1728 par Jean Hardouin (mort en 1729) pour bien le distinguer de saint Joseph, mais ce n'est qu'au XIXe siècle qu'elle a remplacé la précédente, « Flavius Joseph ».

Biographie

« La vie de Flavius Josèphe est bien connue par les détails qu'il en donne lui-même dans ses propres écrits : c'est donc une véritable biographie que l'on peut tracer de cet auteur, grâce aussi à son Autobiographie (Vita) »[5]. Dans cette Vita publiée dans les premières années du IIe siècle[6] pour répondre aux accusations de Juste de Tibériade, il fait grand cas de ses quartiers de noblesse[6].

Origines familiales

Joseph naît à Jérusalem en 37-38[7]. Son père, Matthias appartient à une famille sacerdotale de la classe Yehoyarib à qui les Hasmonéens avaient attribué la première place[8]. Il reçoit le nom de son grand-père paternel, Joseph.

Par sa mère, qui descend de Jonathan Apphus, fils de Mattathias, il est apparenté aux rois de la dynastie des Hasmonéens[7].

Il a un frère aîné, Matthias.

Formation

Les deux frères grandissent ensemble et reçoivent l'éducation qui était de mise dans les familles aisées[6]. « Il a très bonne opinion de ses capacités intellectuelles »[6], faisant état de sa « réputation de mémoire et d'intelligence supérieure (Vita) »[6], ce qui semble juste. Il raconte également, que vers sa quatorzième année, il était déjà malgré son jeune âge un érudit réputé sage, les « grands prêtres et les notables de la cité venaient [le] voir pour apprendre de [lui] tel ou tel point particulier de la loi »[6].

Josèphe indique aussi que lorsqu'il eut treize ans, ayant le désir d'apprendre les diverses opinions des Pharisiens, des Sadducéens et des Esséniens, qui d'après lui formaient l'essentiel des « sectes » juives, il « s’instruisit de toutes, et en fit l'épreuve avec beaucoup de travail et d'austérité[9] » afin que les connaissant toutes il puisse s'attacher à celle qui lui paraîtrait la meilleure. Après cela, il aurait aussi fait un séjour de trois ans auprès d'un ermite du désert dénommé Bannos dont André Paul rapproche les mœurs de celles de Jean le Baptiste : « se content[ant] pour vêtement de ce que lui fournissaient les arbres, et pour nourriture, de ce que la terre produit spontanément, et us[ant] de fréquentes ablutions d'eau froide de jour et de nuit, par souci de pureté »[10].

Un Judéen de haut rang

Première mission à Rome (63-64)

En 63-64, il est envoyé à Rome et négocie avec succès auprès de Poppée, épouse de l'empereur Néron, la libération de plusieurs prêtres juifs mis en accusation et emprisonnés par le procurateur de Judée, Antonius Felix[4].

Officier des insurgés juifs (66-67)

Revenu à Jérusalem, après le début de la révolte juive en 66, il est nommé commandant militaire de Galilée par les autorités du début de la révolte contre les Romains[4].

Il prend une part active à cette première guerre judéo-romaine, mais son commandement a du mal à s'imposer du fait de la concurrence d'autres responsables régionaux comme Jean de Gischala et Juste de Tibériade[4]. Ceux-ci, ainsi que Jésus fils de Sapphias, le soupçonnent de jouer un double jeu et l'accusent de trahison. Ils parviennent à obtenir sa destitution, mais Joseph, en faisant jouer d'autres influences à Jérusalem, arrive à conserver son poste.

Vespasien.
Tête colossale de Titus, provenant d'une statue haute de 3,20 mètres, Glyptothèque de Munich (Inv. 338).

Reddition (juillet 67)

La campagne de Vespasien débute en Galilée au printemps 67.

Selon le récit récit de Flavius Josèphe, à la suite de la prise de la forteresse de Jotapata (actuelle Yodfat), où des centaines de soldats juifs sont tués et où la plus grande partie des autres se suicident, il se retrouve piégé en juillet 67 dans une grotte avec quarante compagnons. Ceux-ci refusent de se rendre aux Romains et décident un suicide collectif.

Seuls Joseph et un compagnon en réchappent, car « un tirage au sort destiné à fixer l'ordre dans lequel ils se donneraient réciproquement la mort désigna Josèphe »[11], pour périr le dernier avec ce compagnon (voir Problème de Josèphe). Après la mort de leurs compagnons d'arme, « il réussit à le convaincre de choisir avec lui la vie »[11], pour finalement se livrer au général en chef des troupes romaines de Vespasien et son fils Titus[4].

Cette version a semblé douteuse à nombre de critiques qui pensent qu'il a plutôt manipulé le tirage au sort, ce qui lui a valu pendant des siècles une réputation de traître [12].

Au service de Rome

Captivité et premiers contacts avec Vespasien (67-69)

Selon ses dires, il aurait promis l'empire à Vespasien, lors d'un oracle inspiré des prophéties messianiques contenues dans les livres saints judaïques[13].

Intrigué, Vespasien lui accorde la vie sauve, mais le maintient en captivité (donc comme esclave) dans le camp de Césarée de juillet 67 à décembre 69.

Libération et affranchissement (69-70)

Cette prédiction, qui participe de la propagande flavienne à la recherche de légitimité d'origine divine[13], lui vaut d'être libéré en 69 avec le statut d'affranchi, peu après la désignation de Vespasien comme empereur par les légions d'Égypte et de Judée (juillet 69). En effet, après le suicide de Néron en 68, pas moins de trois prétendants à la succession sont apparus (Galba, mort en janvier 69, Othon, mort en avril, et Vitellius). Le quatrième, Vespasien, doit donc éliminer Vitellius, tout en poursuivant la guerre contre les insurgés juifs. Vitellius est assassiné à Rome le 22 décembre 69 et Vespasien est reconnu par le Sénat peu après. Il rentre cependant à Rome seulement à la fin de l'année 70 (il y est représenté par son fils cadet, Domitien).

Joseph rejoint son nouveau protecteur à Alexandrie[4], capitale de l'Égypte romaine. Il se met à son service comme intermédiaire (interprète et négociateur) entre les Romains et les juifs, notamment lors du siège de Jérusalem conduit par le fils aîné de Vespasien, Titus, en 70[4], ce qui lui vaut une réputation de traître dans le monde juif[14].

Installation à la cour de Rome (à partir de 71)

Après la fin de la révolte, il suit son protecteur à Rome, où il obtient la citoyenneté romaine. Il prend alors le prénom de Titus et le nom de Flavius en l'honneur de ses protecteurs[15].

Il bénéficie ensuite d'une pension versée par les trois empereurs successifs de la dynastie des Flaviens, près duquel il vit en courtisan lettré[4] : Vespasien (9-79), Titus (39-81) et Domitien (51-96). C'est durant cette période qu'il rédige tous ses écrits historiques connus, principale source non chrétienne sur la période du second temple de Jérusalem. Il rapporte notamment le siège et la prise de Massada en 74.

La question s'est posée de savoir quel rôle Josèphe avait joué dans l'affaire de la liaison de Titus avec Bérénice, que Vespasien ne voyait sans doute pas d'un bon œil. Comme on le sait (Racine, Bérénice), Titus finit par renvoyer Bérénice peu après être devenu empereur. Josèphe, proche de Titus, a dû être au courant de tous les détails de cette affaire, mais il n'en dit pas un mot[16]. Tout au plus une phrase de son autobiographie pourrait y faire allusion : « Dieu me délivra encore de plusieurs autres fausses accusations de mes ennemis ».

Pour Robert Eisenman, l'Épaphrodite que Domitien fait exécuter alors que Josèphe publie ses Antiquités judaïques en 94 est le secrétaire de même nom qui a joué un grand rôle dans l'écriture de son œuvre et qu'il mentionne (Ant. 1,8, Vita 430, Appion 2, 1 et 2, 296)[17]. Il estime que cette exécution est peut-être en rapport avec le contenu d'une des versions du livre[17].

Mariages et descendance

Flavius Josèphe a probablement été marié trois fois[4]. Il répudie une première épouse, une captive originaire de Césarée[4]. Il divorce ensuite de sa deuxième, une Judéenne d'Alexandrie[4] avec laquelle il a un fils, Flavius Hyrcanus (en), puis se marie de nouveau avec une Judéenne de Crète[4]. « De ces deux dernières unions, il est resté trois fils: Hyrcan, Justus, et Simonidès surnommé Agrippa dont on ne sait rien par ailleurs »[4].

Mort et funérailles

On ignore la date exacte de sa mort, qui se situe à l'extrême fin du Ier ou au début du IIe siècle[13]. Dans son Histoire ecclésiastique[18], Eusèbe de Césarée rapporte qu'une statue de Flavius Josèphe a été érigée à Rome.

« Il se pourrait qu'il soit question de lui dans le Talmud de Babylone (Pesahim 53a), sous le nom de « Théodore », traduction grecque de Matthatias[13]. »

Généalogie ascendante

Œuvre

Transmission

La conservation et la transmission de toute l'œuvre de Flavius Josèphe est redevable à la tradition chrétienne « qui y a vu le complément indispensable de ses Écritures saintes, et plus particulièrement du Nouveau Testament »[19]. « S'il n'avait tenu qu'à la tradition juive, il est probable que son œuvre ne serait jamais parvenue à la postérité »[19]. En effet, Josèphe n'est cité dans la littérature juive  peut-être à une exception près  qu'à partir du Xe siècle[19]. Au contraire, les chrétiens de ce qui allait devenir la Grande Église semblent l'avoir tout de suite adoptée et les écrivains chrétiens l'ont très tôt utilisée et citée, comme en témoignent Origène (mort vers 253), Eusèbe de Césarée, Jérôme de Stridon  qui le surnomme le « Tite-Live grec »[20]  et bien d'autres par la suite[19].

« C'est pour des raisons théologiques que l'œuvre de Josèphe, apparemment peu lue par les Grecs et dédaignée par les Juifs a été recueillie par les chrétiens qui en ont assuré la transmission et la conservation pour la postérité »[21]. « Selon une certaine théologie chrétienne de l'histoire »[19], ils ont interprété la chute de Jérusalem  relatée en détail dans la Guerre des Juifs  comme la punition du peuple Juif pour ses méfaits allégués à l'égard de Jésus[19]. De plus, les écrits de Josèphe « sont proches de ceux du Nouveau Testament[22] » et en « éclairent l'arrière plan historique et religieux »[22]. L'œuvre de Josèphe a même été considérée comme étant le cinquième évangile, au moins jusqu'à la Contre-Réforme, dans le courant du XVIe siècle[23]. L'Occident latin l'a « lue et traitée presque à l'égal d'un texte sacré »[24].

De bello Judaico, vers 1200.

Longtemps ignorée ou rejetée par les Juifs, l'œuvre de Flavius Josèphe[25] a été essentiellement transmise par les chrétiens, intéressés par des récits en rapport avec l'origine de leur religion. Le IVe Livre des Maccabées a été longtemps attribué à Josèphe, et dans une version de la Peshitta (la Bible syriaque) conservée dans la Bibliothèque ambrosienne de Milan le livre VI de la Guerre des Juifs est intégré au canon biblique comme Ve Livre des Maccabées. Au VIIIe siècle, dans ses Sacra parallela (florilège de citations de la Bible et des Pères de l'Église groupées par matière et par ordre alphabétique), Jean Damascène fait figurer des extraits des Antiquités judaïques et de la Guerre des Juifs[26].

Josèphe est l'un des rares auteurs antiques dont nous avons conservé la plupart des œuvres[27]. On ne sait si le rapport préliminaire en araméen sur lequel se fonde sa Vita a existé, une hypothèse qui reste difficile à confirmer[28] ; de même, nous ne savons pas s'il a écrit son traité en quatre livres sur la doctrine judaïque, qu'il annonce à la fin des Antiquités judaïques (XX, 266)[29].

C'est à la tradition chrétienne, qui a utilisé ses écrits à son profit, que l'on doit la conservation et la transmission de l'œuvre de Flavius Josèphe[30]. Selon Simon Claude Mimouni, « l'œuvre de Josèphe, avant d'être « récupérée » par les chrétiens, a sans doute été portée par des Judéens ne relevant nullement du mouvement rabbinique, mais plutôt du judaïsme synagogal de culture et de langue grecques »[5].

Critique

« Joseph ben Mattathias, dit Flavius Josèphe, est considéré comme le plus grand historiographe judéen et comme l'un des plus grands historiographes de l'Antiquité gréco-romaine »[30],[31]. « C'est à Rome, alors qu'il fait partie de la « famille » des Flaviens, que Flavius Josèphe écrit son œuvre littéraire »[32]. Il demeure dans cette ville jusqu'à sa mort sous la protection de la famille impériale dont il est pensionné permanent, installé dans une maison, propriété des empereurs[33], y menant une existence de courtisan lettré tout en écrivant ses livres[4],[33].

« Ces circonstances rendent suspecte, même a priori, la présentation que Josèphe nous propose de faits auxquels il a été si étroitement mêlé »[33]. Historien officiel des Flaviens, la crédibilité de Flavius Josèphe a souvent été mise en cause. Ses travaux sont souvent considérés comme de la propagande romaine ou déconsidérés comme une apologie de ses propres actions visant à réhabiliter sa réputation[34],[33]. Selon Marcel Simon, « son récit abonde en contradictions, en ambiguïtés, voire, dans la mesure où nous sommes en mesure de l'établir, en erreurs »[33]. « Publié avec l'imprimatur et sur l'ordre de Titus, la Guerre des Juifs est un écrit de propagande officielle, qui magnifie, sans le moindre mot de critique, la puissance romaine et qu'anime une aversion foncière pour le nationalisme exacerbé des Zélotes, rendus responsables »[33] de la défaite des Juifs et de la destruction du Temple de Jérusalem. Après les morts de Domitien (96) et d'Agrippa II, Juste de Tibériade a publié un livre qui visiblement contestait fortement les affirmations de Josèphe sur bien des points[35]. Toutefois, ce livre semble avoir presque immédiatement disparu et les attaques de Josèphe à son encontre ont probablement contribué à cette disparition. Son Autobiographie est d'ailleurs écrite pour répliquer aux contestations de Juste de Tibériade. D'après Eusèbe de Césarée, Josèphe y écrit d'ailleurs : « l'empereur Titus a jugé que la mémoire de ces faits ne devait être transmise aux hommes que par ces seuls récits »[36], ce qui explique probablement la disparition de ceux de Juste. Analysant précisément ce qu'écrit Josèphe dans son Autobiographie, Shaye Cohen constate[réf. nécessaire] qu'il se permet d'ignorer ce que disait Justus au sujet des sièges de Jotapata et de Jérusalem, probablement parce que les principales charges étaient ailleurs et concernaient d'autres événements après son arrivée en Galilée[37].

Selon Marcel Simon, « il est d'autant plus difficile de formuler un jugement équitable [sur Josèphe] que tout ce que nous savons de lui vient de sa propre plume »[6].

Principaux ouvrages

La Guerre des Juifs

Jüdische Chronic, traduction hâtive de 1552, en allemand, de Bellum Judaicum « Guerre des Juifs », de Flavius Josèphe. Page de couverture avec illustration fantaisiste.

La Guerre des Juifs contre les Romains (en grec Φλαυίου Ἰωσήπου ἱστορία Ἰουδαικοῦ πολέμου πρὸς Ῥωμαίους / Flaouiou Iôsèpou historïa Ioudaïkou polémou pros Rhômaïous), est édité en grande partie entre 75 et 79[38] (le livre VII pourrait dater d'entre 81 et 96[39]. Il s'agit d'un récit en sept livres du dernier soulèvement de la Judée (66) et de la prise de Jérusalem par Titus (en 70). Œuvre écrite par Josèphe probablement avec l'aide d'assistants pour la rédaction grecque, à partir d'une version araméenne, qui a été reprise et élargie[40]. Traduction André Pelletier, Les Belles Lettres, 1975, t., rééd. 2003. Traduction Pierre Savinel, Éditions de Minuit, 1977, en un volume. [lire sur Gallica] [lire sur Remacle]

Les Antiquités judaïques

Les Antiquités judaïques (93) est un récit de vingt livres, inspiré par les Antiquités romaines de Denys d'Halicarnasse, adaptant l'histoire du peuple juif à la mentalité romaine. Il est édité aux alentours de 93/94, sous le règne de Domitien[41]. De fait, les livres I à IX ne sont qu'un « des ouvrages bibliques jusqu'à Esdras-Néhémie »[41]. Les dix derniers livres constituent un document historique de tout premier ordre. « Les Antiquités judaïques sont particulièrement importantes pour la connaissance des périodes grecque et romaine en Palestine, de même que pour la connaissance des dynasties hasmonéenne et hérodienne[41]. » Il y contredit ses affirmations faites dans la Guerre des Juifs sur plusieurs points, par exemple sur l’avènement au trône d'Agrippa Ier ou son rôle dans l’avènement de Claude à l'Empire ou son appréciation sur le procurateur Lucceius Albinus. Traduction Étienne Nodet, livres I à XI, Éditions du Cerf, 1992-2010. [lire sur Gallica] [lire sur Remacle]

L'Autobiographie

Autobiographie (en grec Ἰωσήπου βίος / Iôsepou Bios) est une véritable autobiographie de Josèphe[42]. Elle est publiée en appendice à la seconde édition des Antiquités judaïques (vers l'an 100)[42]. On y trouve une défense de sa conduite en Galilée en 66 et 67, face aux critiques très violentes de Juste de Tibériade[42]. Il y contredit ses affirmations faites dans la Guerre des Juifs sur plusieurs points, notamment sur son action et celles de ses adversaires juifs en Galilée et sur les circonstances de leurs morts. Traduction André Pelletier, Les Belles Lettres, 1959, 5e éd. 2003, XXI-155 p. [lire sur Gallica] [lire sur Remacle]

Contre Apion

Contre Apion (peu avant la mort de Josèphe[42]) : Œuvre polémique en deux volumes dans laquelle il défend des traditions juives[43]. Il y dément l'accusation d'Apion selon laquelle les Juifs devaient participer à des rituels qui ont abouti à des sacrifices humains sanglants[44]. C'est aussi une réponse aux critiques soulevées lors de la publication des Antiquités judaïques tant dans les milieux juifs que dans les milieux grecs[45]. Traduction Léon Blum, Les Belles Lettres, 1930, XXXIX-243 p., 3e éd. 2003. Nouvelle édition, augmentée et mise à jour par Sylvie Anne Goldberg, Paris, Les Belles Lettres, Classiques en Poche, 2018. [lire sur Gallica] [lire sur Wikisource] [lire sur Remacle (tome 1)] [lire sur Remacle (tome 2)]

Traductions et adaptations en latin

Le pseudo-Hégésippe

Au IVe siècle, un chrétien produisit une libre adaptation en latin de la Guerre des Juifs, en cinq livres (les trois derniers livres sur sept étant réduits en un seul, et des passages des Antiquités judaïques et quelques éléments d'autres auteurs étant intégrés). Des remarques apocryphes, qui pourraient être considérées comme hostiles ou revanchardes à l'égard des Juifs, sont ajoutées. Dans les manuscrits, le texte est intitulé soit De excidio urbis Hierosolymitanæ (La Destruction de Jérusalem), soit simplement Historiæ, mais il est plus connu sous le nom de Pseudo-Hégésippe. Très diffusé au Moyen Âge (douze manuscrits rien qu'à la Bibliothèque nationale de France), ce texte a été longtemps attribué à Ambroise de Milan, puis placé sous le nom d'« Hégésippe ». Le nom d'auteur Hégésippe (Hegesippus) qui se rencontre dans la majorité des manuscrits provient sûrement de la bévue tardive d'un copiste (pas avant le IXe siècle) : sans doute une mauvaise lecture de Iosippus, orthographe utilisée pour Iosephus. Cette erreur a conduit ensuite à une confusion avec l'Hégésippe du IIe siècle cité par Eusèbe de Césarée, qui n'a sûrement rien à voir avec ce texte[46]. La majorité des spécialistes modernes le considèrent prudemment comme anonyme.

Cette adaptation « s'inscrit dans une interprétation chrétienne de l'histoire où l'on rencontre aussi des références à Jean le Baptiste et à Jésus de Nazareth »[46]. Dans son livre III, l'auteur ajoute des récits sur les apôtres qui sont « étrangers à la littérature canonique »[46].

Traductions en latin

Ce Pseudo-Hégésippe ne doit pas être confondu avec une traduction ancienne de la Guerre des Juifs en latin, datant également de la fin du IVe ou du début du Ve siècle : elle a été attribuée, soit à saint Jérôme, à cause d'une allusion dans sa lettre 71, où il dément justement une rumeur selon laquelle il aurait réalisé cette traduction (d'autant qu'il admire Josèphe, le considérant comme « le Tite-Live grec »[47]), soit plus souvent à Rufin d'Aquilée (mais dans sa traduction de l' Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée les citations de Josèphe sont rendues différemment). Les traductions latines conservées des Antiquités judaïques et du Contre Apion sont un peu plus tardives : elles ont été effectuées sous l'égide de Cassiodore vers le milieu du VIe siècle (Inst. div. litt., § 17, où il ne donne pas le nom du traducteur)[26]. Ces traductions furent très répandues au Moyen Âge (Franz Blatt, qui a entamé une édition du « Josèphe latin », recense pour les Antiquités 171 manuscrits[48]).

Une paraphrase en hébreu : le Yossippon

La réintroduction de Josèphe dans la tradition juive rabbinique date du milieu du Xe siècle, avec une paraphrase en hébreu d'une partie substantielle de ses écrits appelée le Yossipon[49]. Réalisée en Italie du Sud, il s'agit d'une libre adaptation des textes latins de plusieurs livres des Antiquités, puis de l'Hégésippe. « Le succès de cet ouvrage est dû pour une grande part à une fausse attribution à Josèphe lui-même, mais qui est pris pour Joseph ben Gourion »[50]. Il a connu une telle diffusion qu'on en connaît très vite une traduction arabe réalisée par un Juif du Yémen au Xe – XIe siècle, ainsi qu'une traduction éthiopienne à partir de l'arabe au XIIe – XIVe siècle[50] (livre reconnu canonique par l'Église éthiopienne orthodoxe).

Traductions dans les langues du Moyen Âge

Testimonium in Histoire de Flavius Josèphe, Paris, 1631.

S'agissant des langues vernaculaires européennes du Moyen Âge, les catalogues de bibliothèques monastiques montrent qu'il a existé des traductions de Flavius Josèphe dès les IXe et Xe siècles, d'abord en irlandais, puis en anglo-saxon, en vieux français et en divers dialectes germaniques[51]. La traduction-adaptation en langue slavonne (Vieux-slave) date probablement du XIIe siècle[52]. Les plus anciennes traductions en vieux français qui nous soient parvenues datent du règne de Charles V[51] (1364-1380), qui fit traduire un grand nombre d'œuvres de l'Antiquité (c'est une date relativement tardive, car on possède des versions d'autres textes antiques en vieux français qui datent des XIIe et XIIIe siècles). « L'intérêt pour l'histoire en général, pour l'histoire antique et pour Josèphe en particulier, atteint son apogée au tournant du XVe siècle »[51]. On possède de nombreux manuscrits, enluminés ou non, mais seulement en latin et en français, à l'exclusion (apparemment) des autres langues[51] (la version française se retrouve dans des manuscrits un peu partout en Europe, le plus célèbre étant sans doute le manuscrit des Antiquités illustré par Jean Fouquet). La deuxième traduction française conservée est due à Guillaume Coquillard (dans les années 1460/70)[53]. Dès 1470 paraissait à Augsbourg la première édition imprimée des textes latins des Antiquités et de la Guerre des Juifs, réalisée par l'imprimeur Johann Schussler. Il y eut ensuite celle d'Albertinus Vercellensis (Venise, 1499, puis 1510), puis celle de Johann Froben (Bâle, 1524), qui a servi de référence depuis. Une version française imprimée et illustrée de la Guerre des Juifs fut réalisée entre 1493 et 1498 par Antoine Vérard et offerte au roi Charles VIII[54] (avec une traduction faite spécialement par un anonyme, qui indique dans une dédicace au roi qu'il a terminé son travail le 7 décembre 1492). En 1516, l'imprimeur Jehan Longis mettait sous presse une nouvelle traduction française de la Guerre (celle de Nicolas de Herberay, seigneur des Essarts). Une édition en langue allemande fut imprimée à Strasbourg en 1531. Le Yossipon, paraphrase en hébreu d'une partie substantielle des écrits de Josèphe[55] avait été imprimé à Mantoue dès 1476[56].

Les textes en grec

Quant aux textes antiques grecs, conservés par les Byzantins (dans la Bibliothèque de Photius, la Guerre des Juifs fait l'objet du codex 47, les Antiquités judaïques des codex 76 et 238), ils sont connus par plus de cent trente manuscrits s'échelonnant du Xe au XVIe siècle (dont trente-trois du Xe au XIIIe siècle ; une vingtaine en tout à la Bibliothèque nationale de France). L’édition princeps, due également à Johann Froben, fut réalisée à Bâle en 1544[53]. Cependant, les vieilles traductions latines continuèrent d'être utilisées dans des éditions bilingues (par exemple l'édition partielle des Antiquités judaïques préparée par Edward Bernard (en) et publiée à Oxford en 1700). En 1958, une édition du « Josèphe latin » fut commencée par Franz Blatt aux presses de l'Université d'Aarhus (cinq premiers livres des Antiquités), mais l'entreprise ne fut pas menée jusqu'au bout[53].

Notes et références

Voir aussi

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