Jurande

corps de métier constitué de maîtres artisans dans l'Ancien régime From Wikipedia, the free encyclopedia

Jurande est le nom donné en France, sous l'Ancien Régime, au groupe des jurés d'une corporation constitué par le serment mutuel que prêtaient, chaque année dans la plupart des cas, les maîtres d'un corps de métier : serment d'observer les règlements, mais aussi serment de solidarité et de morale professionnelle. La charge de juré était conférée à des membres de la corporation par élection interne. Choisis pour la représenter et défendre ses intérêts, ils devaient aussi veiller à l'application du règlement intérieur et accordaient les titres de maîtres et apprentis.

Histoire

Les jurandes furent établies, en même temps que les corporations, par Saint-Louis. Les jurés (généralement quatre par corporation[1]) étaient en quelque sorte les gardes du métier, les inspecteurs du travail et les protecteurs du personnel ouvrier. Dans les corporations féminines (de lingères, couturières, etc.), les élues étaient nommées maîtresses jurées[2]. Dans l'industrie textile, où cinq métiers étaient pratiqués par les femmes (fileresses de soie à grands ou petits fuseaux, bordeuses sur soie, fabricantes d'orfrois et aumônières), la jurande était mixte ou composée d'hommes ; cependant pour celle des tisserandes de soie pour couvre-chefs féminins, elle n'était constituée que de jurées[3].

« Par ordonnance de 1467, Louis XI arma tous les gens de métier, les partagea en soixante et une bannières et compagnies, en mettant chaque bannière sous la conduite d'un principal ou d'un sous-principal, élus tous les ans par les chefs d'hôtels, des métiers et des compagnies. Toujours préoccupé du soin de fortifier l'autorité royale, il exigea que les principaux et sous-principaux prêtassent et fissent prêter à tous les gens de métier serment de fidélité et d'obéissance immédiate envers le roi sur les saints Évangiles et sur la damnation de leur âme. C'est de ce serment que tire son origine le nom de juré qui, dès lors, fut donné à ceux qui exerçaient cette charge »[4].

Les jurandes ont été supprimées par Turgot par un édit de février 1776, abrogé en . Elles ont été définitivement supprimées comme les autres corporations par le décret d'Allarde des 2 et , confirmé par la loi Le Chapelier du .

Rôle

Les jurés étaient chargés de visiter les maîtres et de vérifier la qualité des ouvrages ainsi que de présider toutes les cérémonies d'entrée dans la corporation. Ils étaient normalement élus à la pluralité des voix[2] par l'assemblée des maîtres et nommés par les autorités publiques. Leurs mandats étaient généralement courts, un an. Il y avait ordinairement quatre jurés pour chaque corps.

Les jurandes constituaient un obstacle à l'utilisation d'une main d'œuvre docile et bon marché par la bourgeoisie industrieuse naissante [5].

Charpentiers et maçons

Les jurés des charpentiers et ceux des maçons étaient nommés à vie. Les charges de jurés-charpentiers et maçons étaient donc de véritables offices. Charles VI en défendit la vente[6].

Orfèvres

De 1275 (1313 pour l'or) jusqu'à la Révolution, les jurandes des orfèvres sont les garantes du titre de l'ouvrage réalisé par l'orfèvre ; un poinçon « de jurande » atteste cette garantie. La vérification du titre des pièces est alors confiée à des fonctionnaires[7].

1994 - Une Jurande réapparaît

A Thiers dans le Puy-de-Dôme, on produit de la coutellerie depuis le Moyen-Âge et la corporation est assujettie à une jurande dès 1582 :

Les « règles et statutz pour le règlement du mestier et artisage de coustelerie, en la ville et mandement de Thiers, accordéz par la commune délibération des maistres coutelier de ladite ville et banlieue sur l’exécution des lettres de chartres du roy Henri III du mois de mai 1582, nouvellement compilées et réformées sous le bon plaisir et autorisation de Sa Majesté et autres qu’il appartiendra et confirmées par lettres patentes du roy Louis XIII du mois de septembre 1614 » forment le cadre de la réglementation décidé par le pouvoir [8]. Comme expliqué ci-dessus, cette jurande disparaît à la révolution.

Au début des années 1990, la coutellerie de Thiers est confrontée, d’une part à la concurrence des exportations venues d’Asie à bas coût, et d’autre part aux revendications venues de la ville de Laguiole où on recommence à produire le couteau éponyme qui n’était plus fabriqué qu’à Thiers depuis près de 40 ans.

A l’automne 1993, quatorze couteliers se réunissent et décident de créer une confrérie à laquelle ils donnent le nom, en patois local, de « Confrérie du Couté de Tié ». Sa première décision porte sur la création d’un couteau représentatif de Thiers et ses environs. Au mois de mai 1994, le modèle du couteau « LE THIERS ® » est déposé à l’INPI, ce qui le protège des contrefaçons[9].

La Confrérie, soucieuse de laisser à chacun de ses membres la possibilité de décliner librement le modèle du couteau « LE THIERS ®» dans leur production, tout en garantissant une haute qualité assise sur une morale professionnelle irréprochable, se rend compte que les dispositions les plus adaptées pour faire respecter son règlement trouvent leurs réponses dans la création d’une autorité semblable à celle du Moyen-Âge : ils créent donc une Jurande présentée aux couteliers thiernois en novembre 1994[10]. C’est ainsi que le Conseil de Jurande, présidé par un Grand Maître élu, s’assure que le couteau proposé coche tous les critères du règlement en terme de respect de la forme, de qualité, et de territorialité pour autoriser sa fabrication[11].

Ainsi adapté à notre époque, ce cadre juridique qu’on croyait relégué aux oubliettes continue de prospérer à la satisfaction de ses adhérents, toujours plus nombreux : en 1995, près de 30 entreprises avaient rejoint la Confrérie. En 2007, elles étaient 40. Dix ans plus tard, ils sont 51 fabricants auxquels s’ajoutent 14 couteliers d’art[12].

Notes et références

Annexes

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI