Kabyles

groupe ethnique berbère d'Algérie From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Kabyles (en kabyle : Iqbayliyen, Imaziɣen, Izwawen, Igawawen ou Leqbayel, en tifinagh : ⵉⵇⴱⴰⵢⵍⵉⵢⵏ[9],[10]) sont une ethnie berbère originaire de la Kabylie (en kabyle : Tamurt n Leqbayel[10] ou Tamurt n Yizwawen[11],[12]), une région berbérophone d'Algérie à dominante montagneuse[13]. Ils peuplent le littoral et les divers massifs montagneux de la région : les montagnes du Djurdjura, des Bibans et des Babors. Les Kabyles constituent le premier groupe berbérophone par le nombre en Algérie. Ils parlent le kabyle, une langue berbère, première en Algérie par le nombre de locuteurs avant le chaoui. Une minorité parle des variantes (Le chaoui des Amouchas ou le tasahlite) dans le massif des babors. À partir de la fin du XIXe siècle, ils constituent, depuis l'indépendance de ce pays, le milieu le plus favorable au développement de la revendication identitaire berbère[14],[15]. Ils sont aujourd’hui présents dans d'autres régions d’Algérie, notamment à Alger, et parmi la diaspora algérienne en France.

Drapeau de l'Algérie Algérie (Kabylie) 3 000 000-3 500 000[1]
Drapeau de l'Algérie Algérie (hors Kabylie) 2 000 000-2 500 000[2]
Drapeau de la France France 700 000-800 000[3]
Drapeau de la Belgique Belgique 56 000[4]
Faits en bref Algérie (hors Kabylie), France ...
Kabyles
Description de l'image Le costume historique. Cinq cents planches, trois cents en couleurs, or et argent, deux cents en camaieu. Types principaux du vêtement et de la parure, rapprochés de ceux de l'intérieur de (14577660047).jpg.
Populations importantes par région
Drapeau de l'Algérie Algérie (Kabylie) 3 000 000-3 500 000[1]
Drapeau de l'Algérie Algérie (hors Kabylie) 2 000 000-2 500 000[2]
Drapeau de la France France 700 000-800 000[3]
Drapeau de la Belgique Belgique 56 000[4]
Drapeau du Canada Canada 20 565 (2021)[5]
Drapeau des États-Unis États-Unis 16 000[4]
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni 15 000[4]
Population totale 5 800 000-6 900 000
Autres
Régions d’origine Kabylie
Langues Kabyle (incl. chaoui des Amouchas, tasahlite[6])
Langues secondaires : arabe algérien, arabe coranique (liturgique), arabe standard moderne[7], français
Religions Islam sunnite (majoritaire)
Irréligion
Christianisme[8]
Ethnies liées Zouaoua, ketamas, sanhadja, diaspora kabyle
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte de la Kabylie.
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Dénominations et étymologie

Une famille kabyle.

Nom originel des populations de Kabylie

Stèle numide faisant figurer en écriture libyque ZWW (Azwaw), retrouvée à Sidi Naamane à 10 km de Tizi Ouzou[16]

Historiquement, les Kabyles ne se caractérisaient pas eux-mêmes de Kabyle mais de Izwawen. Pour désigner la population de la Kabylie dans son sens actuel, les arabophones utilisaient le mot Zouaoua (Zwawa), sg. Zouaoui (Zwawi) qui, d’après une hypothèse, serait une déformation du berbère Agawa, un massif au cœur de la Grande Kabylie, le massif Agawa, d'où l'origine du mot Igawawen[17] pour désigner les Kabyles, et qui est le nom d’une puissante confédération de huit tribus répandue en Kabylie et organisée en deux groupes : Aït Bethroun (Aït Yenni, Aït Boudrar, Aït Bou Akkach, Aït Ouasif) et Aït Menguellath (Aït Menguellath, Aït bou Youssef, Aït Akbil, Aït Attaf)[18]. La toute première mention des Zouaouas est relatée dans un passage du 9e siècle d'al Yaqoubi, qui avec les Sanhadjas, les place dans la région de Haz (approximativement les actuelles Médea et Bouira) et les considèrent comme Branès[19]. Ibn Khaldoun avait relevé que les Zouaoua sont aussi une fraction des Kutamas, tribu issue de la branche des Branès (descendants de Bernès, fils de Berr et frère de Medghacen)[18]. L'appellation zwawa qualifiait ainsi une partie des Kabyles, son équivalent en langue berbère étant izwawen. D'après d'autres chercheurs, le mot Azwaw et le mot Agawa/Agawaw n'auraient pas la même étymologie, Igawawen désignant une confédération alors que Izwawen désigne l’ensemble des kabyles.

Le professeur Salem Chaker avance que le terme Zwawa/Zwawi utilisé par les arabophones ne devrait pas être relié à agawa/igawawen mais plutôt à Azwaw/Izwawen (prénom kabyle et nom de clan répandu en Kabylie). Salem Chaker soutient l'idée que Izwawen est le véritable nom ancien et autochtone des Kabyles qui, « comble de la dépression historique, ont presque oublié leur véritable nom »[18]. En outre, dans l’Ouest algérien, les Kabyles sont toujours désignés sous le nom de Zouaoua/Zouaoui[20].

Les kabyles du Djurdjura se définissaient sous le nom de Imazighen, c'est-à-dire « hommes libres » ou suivant d'autres, les « agriculteurs »[21],[22].

Origine et usage du mot « kabyle »

Le terme français « kabyle » (et sa berbérisation aqbayli) est emprunté à l'arabe qabīla tribu, famille »), dont le pluriel, qabāʾil, désigne les Kabyles[23],[24]. Qabīla est dérivé de la racine q-b-l qui, comme le verbe qabila, dénote la tribu, la famille[25]. Les termes « Kabylie » et « Kabyle » se popularisent au milieu du XIXe siècle au moment où, prenant possession de l’Algérie, les Français (militaires, administrateurs puis chercheurs) ont éprouvé le besoin d’identifier les différentes régions de la colonie et les populations qui y étaient établies[26].

Le terme originel « Qaba'il », qui signifie en arabe « Tribus » est le terme que les Français utiliseront pour désigner ces montagnards qui portaient des noms différents en fonction de la tribu à laquelle ils appartenaient. Aussi pouvait-il plus rarement désigner aussi bien les berbères des Aurès que ceux de l'ouest algérien. On parlait alors de « Kabylie de l'Ouarsenis »[27],[28].

Le nom s'est ensuite restreint aux berbérophones de Kabylie[29] et a pris une signification ethnique pour désigner ce groupe ethnique en particulier.

Le terme d’el Qbayl (sing. el Qbayli) a été adopté dans différentes régions du Maghreb et à différentes époques pour désigner des groupements tribaux particuliers. Il a ainsi été utilisé, à l’époque des Almoravides et des Almohades (xie et xiiie siècles), pour désigner les trois tribus masmouda qui occupaient alors la plaine de Marrakech, le Haouz d’aujourd’hui. Le terme devait sans doute s’étendre, à une période plus ancienne, à une région plus importante, puisque le terme taqbaylit (berbérisation d’el qbayliya) qui désigne l’idiome berbère des tribus de Kabylie est aussi utilisé par les Aït Menacer, Ichenouiyen (sous la forme haqbaylit) et Aït Salah[30].

C’est par le biais de l’administration coloniale, qu’en Algérie, ce terme connaît un sort particulier qui l’a amené à désigner spécifiquement la population berbérophone situé à l’est d’Alger (Kabylie). Cependant il n’en fut pas toujours ainsi, aussi bien en Algérie qu’en Tunisie où ce terme avait un sens plus courant[31] :

« Kebaïli est fréquemment utilisé dans tout le Maghreb pour désigner l’homme mal dégrossi, descendu dans la plaine et dont on ne comprend pas “le patois”. C’est une manière de sauvage[32]. »

D’après d’autres témoignages, on relève aussi que, dans l’est algérien et en Tunisie, on a fait longtemps la distinction entre deux types différents de « Kabyles », les « Kabyles ennigh’as » (el qbayl nnighas) et les « Kabyles el hadra » (el qbayl el hadra) :

« Les ennigh’as, ce sont les berbérophones qui sans cesse répètent “ennigh’as”, ce qui en berbère veut dire je lui ai dit. Les Kabyles “el hadra” quant à eux, sont les montagnards arabophones de la région de Mila-Constantine qui ne parlent pas l’arabe bédouin mais un arabe plus ancien, celui des premiers envahisseurs arabes qui ont tenu garnisons dans la région[33]. »

À l’arrivée des Français au Maghreb, le terme el qbayl, francisé en kabyle, était donc d’un usage courant dans les villes pour désigner les populations sédentaires des campagnes et des montagnes alentour. Ces populations pouvant être soit berbérophones, soit arabophones[31].

L'appellation historique berbère pour désigner la Kabylie est tamurt n Yizwawen[11],[12].

Histoire

Durant toutes les invasions antérieures aux Français, les Kabyles avaient réussi à conserver leur indépendance et ce n'est qu'en 1857 avec la fin du conflit mené par la confédération de Lalla Fatma N'Soumer, qu'ils furent entièrement conquis[34],[35],[36],[37],[38].

Antiquité

Stèle iconographique numide retrouvée à Abizar en Kabylie

Dans l'Antiquité, les Kabyles sont organisés en confédérations que les Romains appellent Quinquegentiens et Bavares. L'historien Ammien Marcellin fait connaître les différentes tribus Quinquegentiennes sous les noms de Tendenses (Ifnaien), Mississenses (Imssissen), Isaflenses (Iflissen), lesalenses (Aït Irathen) et Jubaleni (dans les Bibans)[39]. Certains mythes kabyles font d'un certain géant Maziq (Mazigh), le patriarche des archs kabyles. Son royaume se composait de cinq confdérations, qui rappellent les cinq confédérations des Quinquegentiens[40].

La Kabylie fait partie du royaume de Numidie[41]. Il est plus tard annexé par l'Empire romain, et est divisé entre les provinces d'Afrique et de Maurétanie césarienne. Les Romains puis plus tard les Byzantins contrôlent la route principale et la vallée, et évitent les montagnes (appelées Mont Ferratus, littéralement : montagnes de fer). Les Kabyles sont le fer de lance de nombreuses révoltes contre la domination impériale romaine dans la province, les plus dévastatrices étant celles des Quinquengentiens et leurs alliés Bavares, puis celle du chef Firmus[42].

Période de la conquete musulmane

À la faveur de l'expansion de l'Islam au VIIIe siècle, les Omeyyades contrôlent des plaines en Kabylie, mais pas toutes les campagnes. Les montagnes autour de Béjaïa sont reconnues par les conquérants pour leur forte résistance (appelées en arabe : el aadua ou el ‘adua, en français : « l'ennemie »)[43]. L'Islam est introduit progressivement et pacifiquement sous l'impulsion de marabouts. En 743, suivant la Grande révolte berbère, et l’effondrement du califat Omeyyade, les Kabyles restent indépendants du joug de la nouvelle dynastie Aghlabide.

Les Kutamas auraient reconnu l'autorité religieuse des rois de Tahert et intégré le conseil des six membres[44],[45].

Période fatimide

Carte des mouvements fatimides au Maghreb de 909 à 973.

La dynastie des Fatimides fondée au xe siècle, a son centre d'origine situé en Petite Kabylie, où le dâ`i (signifiant « agent recruteur, propagandiste, apôtre ») ismaélien, Abou Abdallah al-Chii, a trouvé un public réceptif pour les croyances millénaires qu'il prêchait et a ensuite conduit, avec succès, la tribu kabyle Ketama à conquérir l'Ifriqiya (Tunisie actuelle, alors occupée par les Aghlabides), atomisant la présence arabe au Maghreb[46], puis l'Égypte. De meme que les Kutama, les Zouaouas ont également suivi le mouvement fatimide, et ont meme ralliés le 3e calife Al Mansour lors de la révolte de Abu Yazid en 947[19]. Après avoir pris le contrôle de l'Égypte, les Fatimides perdent de l'intérêt pour le Maghreb, le chef sanhadja Bologhine ibn Ziri, hérite du contrôle de l'Ifriqiya (la Kabylie et une grande partie de l'Algérie, y compris la Tunisie moderne). La branche Ziride des Hammadides règne sur la place quelque deux siècles, avec un effet durable sur le développement non seulement de la Kabylie mais aussi de l'Algérie dans sa globalité, refondant des villes comme Béjaïa (sa capitale après l’abandon de Kalâa des Béni Hammad) et Alger, entre autres.

Béjaïa, capitale des Hammadides, cité du savoir et des sciences

Une partie de la Kabylie des Babors (Jijel) sont originaires de deux tribus berbères, les Kutamas (sous la dynastie Fatimide), et les Sanhadja (sous la dynastie Hammadide). À cela il faut ajouter les berbères d'Andalousie qui se sont réfugiés à Béjaïa (Bougie), aidés par le sultan hammadide En-Nacer de Béjaïa au xie siècle.

Après l'effondrement des Hammadides, la Kabylie passe régulièrement sous le joug de diverses dynasties berbères, alors qu'une grande partie de l'intérieur n'est pas contrôlée efficacement. Les Espagnols, en pleine reconquista, en profitent, au début du xvie siècle, pour prendre pied dans les ports : Mers el-Kébir (1504), Oran (1509), Béjaïa (1512), Le Penon (en face d'Alger, en 1510). Menacés, les habitants appellent à leurs secours des corsaires turcs, les frères Barberousse. En 1516, ils prennent Alger, évincent le seigneur local et, quatre ans plus tard, instituent la régence et se placent sous la protection virtuelle du sultan ottoman[47].

Époque ottomane

Qala’a des Beni Abbas au XIXe siècle

La fin du XVe siècle est une période précurseuse de la future hégémonie espagnole, qui coïncide avec l’affaiblissement du monde musulman occidental. Les rois du Maghreb Zianides, Wattassides et Hafsides perdent de leur autorité et apparaissent alors plusieurs chefferies locales un peu partout, parmi elles, celle de la famille Belkadi, qui gouverne longtemps la grande Kabylie, ayant pour capitale Koukou, aujourd'hui un petit village près de Tizi Ouzou. Après la chute de Grenade, dernier royaume musulman d'Andalousie en 1492, le corsaire Arudj Barberousse, accompagné de ses frères, rapatriaient les musulmans chassés d'Espagne. Après avoir entendu parler d'eux, Ahmed Ibn Belkadi, sultan de Koukou, fit appel aux frères Barberousse pour l'aider à libérer les villes de Jijel et Béjaïa en 1514 après que l'Espagne ait conquis plusieurs places dans tout le Maghreb[48]. Pendant la décennie qui suivit, Aruj, élu roi d'Alger en 1516, suivi plus tard de son frère Khayr ad-Din Barberousse, passèrent leur temps à guerroyer face au espagnols au Maghreb, toujours accompagnés de Ahmed Ibn Belkadi et de ses kabyles. Une fois Alger en paix, Khayr ad-Din Barberousse comptait rentrer chez lui et rendre le royaume à ses lieutenants indigènes, notamment à Ahmed Ibn Belkadi. Cependant, les notables d'Alger émettent une fatwa pour que Khayr ad-Din Barberousse reste à Alger, c'est la naissance de la régence d'Alger[49].

Durant la période de la régence, une partie de la Kabylie est inaccessible aux gouverneurs d'Alger, qui doivent se contenter d'alliances militaires ou commerciales, de raids occasionnels et de colonies militaires dans certaines vallées et les Kabyles sont plus ou moins autonomes. Une partie d'entre eux résident dans trois royaumes différents, le royaume de Koukou, le royaume des Aït Abbès, et la principauté des Aït Jubar[50]. Le statut de ces royaumes oscillait entre vassalité, autonomie et indépendance vis à vis de l'autorité d'Alger. Les hommages dus des cheikhs de Koukou et des Aït Abbès s'apparentaient à des tributs qu'ils devaient verser, faisant par là acte d'obédience à l'autorité centrale d'Alger[51].

L'armée algérienne au XVIe siècle partant libérer Tlemcen des Saadiens. Armée composée de troupe kabyles, avec notamment le chef Abdelaziz Amokrane

Les Kabyles faisaient partie d'un des corps d'armée les plus important de la régence d'Alger. Ils étaient impliqués dans les conflits du royaume d'Alger avec les puissances chrétiennes comme entre autres lors de l'expédition d'Alger de 1830, la libération et l'expulsion de Louis XIV de Jijel, ou encore dans la défense d'Alger contre les espagnols en 1775, durant laquelle, le dey d'Alger illumina la ville d'Alger et y organisa une fête de 8 jours en l'honneur des kabyles pour les féliciter de leur bravoure[52]. Ils participèrent également aux conflits algéro-marocains et algéro-tunisiens. Nous les avons vu participer à la libértation de Tlemcen des saadiens en 1551, bataille dont l'issue victorieuse des algériens fut due en partie aux kabyles[53]. En effet, Abdelaziz, le chef des Beni Abbès, tua de ses propres mains Moulay Abdelkader, fils du sultan saadien et commandant de l'armée marocaine, avant d'expédier sa dépouille mutilée comme trophée à Alger[54]. En 1700, les kabyles sont envoyés par le dey d'Alger pour defendre Constantine, alors assiégée par Mourad III Bey de Tunis[55].

L'iconique capitaine Hamidou Ben Ali, d'origine kabyle

Dans son manifeste contre les exactions de l'armée française, le nationaliste Hamdan Khoja, un des derniers dignitaires du gouvernement d'Alger, en décrivant les spécificités des algériens, nous informe que les kabyles sont intelligents et possèdent de grandes qualités. que certains d'entre-eux embrassent la voie de marin, et que leur capacité à reconnaitre les montages leur est très utile dans la navigation. Il ajoute qu'il pouvaient être élevés au grade de capitaine et q'une fois leur service terminé, il partaient s'installer à Alger, où ils changent leurs mœurs, passant de la simplicité au luxe; alors ils abandonnent à jamais leurs montagnes pour se fixer parmi les habitants de la ville, dont ils adoptent les habitudes et les coutumes[56].

Époque contemporaine

À l'approche de l'armée française en 1830, le Dey appelle tous les habitants de la régence à la résistance et les sages de Kabylie lui fourniront 18 000 soldats[57]. Peu de temps après la chute d'Alger, Mohamed ben Zamoum, de la tribu des Iflissen Umellil, officier de l'armée algérienne, réunit les tribus et les combattants suite à cette défaite dans le fort de Tamentfoust pour restructurer les rangs et organiser pour les quelques années à venir la résistance dans toute la Mitidja et au-delà[58]. Les Kabyles pleuraient la chute d'Alger dans le poème qui suit : « Infortunée reine des cités ! - La ville aux beaux remparts, - Alger la colonne de l'Islam, - est maintenant l'égale des habitants du tombeau; - la bannière des Français l'enveloppe tout entière. »[59].

L'émir Abdelkader en Kabylie

En parallèle, dans l'ouest de l'Algérie, Abdelkader est proclamé émir et se voit prêté allégeance par les tribus avoisinantes. L'émir Abdelkader a pour ambition de chasser les Français de l'Algérie et cherche pour cela des alliances. C'est ainsi qu'il effectue un voyage en Kabylie, une première fois à la fin de l'an 1837, durant lequel il nomma son khalifa de Kabylie Ahmed Ben Salem et désigna Mohamed ben Zamoum comme Agha d'une partie de la Kabylie, et Belkacem Oukaci Agha d'une partie, notamment du Sebaou jusqu'à Isser et Amraoua. L'émir fut accueilli chaleureusement par les Kabyles et ces derniers lui seront d'une grande aide dans ces futurs combats avant d'effectuer un second voyage en 1839. Suite à ces événements, le maréchal Bugeaud souhaite punir les Kabyles pour avoir prêté allégeance à Abdelkader et avoir combattu sous ses étendards. Il tente pour cela, d'abord de les intimider mais ils se montrent loyaux envers l'émir. Ainsi, Bugeaud décida de s'attaquer frontalement aux Kabyles en 1844, mais ces derniers lui alignèrent une armée de 25 000 hommes et le repoussèrent. En 1846, l'armée française apprend que l'émir Abdelkader compte se rendre une troisième fois en Kabylie et pense que c'est le bon moment pour le capturer, mais c'était sans compter sur les 1500 soldats kabyles qui escortaient et protégeaient Abdekader. En cette même année de 1846, le sultan du Maroc s'était engagé envers la France à traquer l'émir de son côté. Encerclé de toute part, c'est d'abord son khalifa qui tombe aux mains des Français en 1847, suivi quelques mois plus tard de l'émir, privé de sa passerelle kabyle[60],[61],[62].

Fatma N'Soumer, résistante à la conquête de la Kabylie par la France dans les années 1850.

La Kabylie est graduellement prise par les Français lors de leur conquête, à partir de 1857, malgré une résistance vigoureuse des Kabyles. Des chefs comme Fatma N'Soumer continuent la résistance plus longtemps, jusqu'à la révolte de Mokrani en 1871.

Maison des Kabyles de Léon Couturier à l'exposition universelle de Paris de 1889.

Les autorités françaises confisquent beaucoup de terres aux tribus les plus rebelles et les accordent aux colons, connus sous le nom de pieds-noirs. Pendant cette période, les Français procèdent à de nombreuses arrestations et déportations, principalement en Nouvelle-Calédonie (voir les Algériens du Pacifique). En raison de la colonisation française, de nombreux Kabyles émigrent dans d'autres régions à l'intérieur, et à l'extérieur de l'Algérie[63]. Au fil du temps, les travailleurs émigrés sont également allés en France.

Dans les années 1920, les travailleurs immigrés algériens en France organisent le premier parti de promotion de l'indépendance. Messali Hadj, Amar Imache, Si Djilani et Belkacem Radjef sont très rapidement suivis en France et en Algérie dans les années 1930. Ils forment des militants devenus indispensables au combat pour une Algérie indépendante.

Krim Belkacem, chef historique du FLN durant la guerre d'Algérie, originaire de Aït Yahia Moussa, en Kabylie.

Depuis l'indépendance de l'Algérie, dont le signataire des accords d'Évian, du côté du FLN, est Belkacem Krim, des tensions apparaissent à plusieurs reprises entre la Kabylie et le gouvernement central. En 1963, le parti FFS de Hocine Aït Ahmed conteste l'autorité du FLN, qui s'impose comme le seul parti de la nation.

En 1980, plusieurs mois de manifestations ont lieu en Kabylie pour exiger la reconnaissance du berbère comme langue officielle ; cette période est appelée le Printemps berbère. En 1994-1995, un boycott scolaire a lieu, appelé « grève du cartable ». En juin et , des manifestations violentes ont lieu après l'assassinat du chanteur Matoub Lounès et contre la loi exigeant l'utilisation de la langue arabe dans tous les domaines.

Dans les mois qui suivent , de grandes émeutes (appelées Printemps Noir)- avec l'émergence du Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie et de l'Arouch, des conseils locaux néo-traditionnels, suivent l'assassinat de Massinissa Guermah, un jeune Kabyle, par des gendarmes. Les protestations diminuent progressivement après que les Kabyles ont obtenu des concessions du président Abdelaziz Bouteflika.

Du 9 au 17 août 2021, des feux de forêt, plusieurs étant d'origine criminelle, se déclarent en Kabylie causant la mort de plus de 100 personnes, la destruction de domiciles et la perte d'un écosystème de plusieurs dizaines de milliers d'hectares[64],[65],[66],[67]. Par la suite, la diaspora a organisé des manifestations, notamment à Paris, le 10 octobre 2021[68],[69],[70].

Géographie

Le Djurdjura (nommé : Mons Ferratus) sur la table de Peutinger, avec Bida / Syda (Djemâa Saharidj), Tigisi (Taourga), Sitifi Colonia (Sétif), Mons Ferratus (Djurdjura), etc. Ier et IVe siècles.

L'emplacement géographique de la Kabylie a joué un rôle important dans l'histoire des Kabyles. Le paysage montagneux difficile d'accès de Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira a servi de refuge, dans lesquels les Kabyles se sont retirés quand ils étaient sous pression, ou occupés, préservant ainsi leur patrimoine culturel d'autres influences culturelles.

Les côtes de Kabylie par Frederick Arthur Bridgman.

La région a été le fer de lance de plusieurs dynasties locales (Numides, Fatimides avec la tribu Kutama, Zirides, Hammadides et Hafsides de Bejaïa) ou du nationalisme algérien, et la guerre d'indépendance. Les Romains et Byzantins contrôlaient la route principale et la vallée pendant l'Antiquité, et évitaient les montagnes (appelées Mont Ferratus, littéralement : montagnes de fer). Les Arabes durant l'expansion de l'islam ont contrôlé les plaines, mais pas toutes les campagnes (appelées en arabe el aadua, en français "l'ennemi" pour leur résistance)[43]. La régence d'Alger tente d'avoir une influence indirecte (via les tribus kabyles makhzen d'Amraoua, et les marabouts)[71]. Les Français vont progressivement réaliser la conquête de la région, et mettre en place une administration directe.

Les provinces algériennes possédant de nombreuses populations parlant la langue kabyle comprennent : Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira, ainsi que Boumerdès, Sétif, Bordj Bou Arreridj et Jijel. Alger a également une importante population de Kabyles, où ils représentent plus de la moitié de la population de la capitale. La Kabylie est appelée Al Qabayel tribus ») par la population arabophone, et Kabylie en français. Ses habitants indigènes l'appellent Tamurt Idurar terre des montagnes ») ou Tamurt n Iqvayliyen / Tamurt n Iqbayliyen terre du kabyle »). Elle fait partie des montagnes de l'Atlas, et est situé au bord de la Méditerranée.

Organisation sociale

Manuscrit du qanun (droit coutumier) des Aït Ali ou Herzun.

L'organisation sociale des Kabyles autrefois éleveurs et agriculteurs sédentaires a été abondamment étudiée, notamment par le sociologue français Pierre Bourdieu[72]. Ce modèle a été largement modifié par la forte émigration qui a bouleversé les rapports sociaux[73], l'urbanisation, mais on peut tracer les grands traits de la société traditionnelle.

L’unité sociale de base de la société kabyle est la famille élargie, l'axxam le foyer »). La txarubt la faction ») est l’extension de la famille élargie, chaque composante de la faction se réfère à l'héritage symbolique d'un ancêtre de lignée paternelle. La txarubt assure l'intégrité de chaque individu et la défense de l'honneur du nom en commun, avant l'introduction du nom patronymique par l'administration coloniale, c'était le moyen d'identification le plus utilisé.

Dans certains villages importants (taddart), il y a une structuration par quartier qui regroupe différentes factions (tixarubin), c'est l'adrum. C'est l'ensemble de ces quartiers qui forment le village. Plusieurs villages peuvent s'unir et former laarch la tribu »), un ensemble de tribus donne une taqbilt une confédération »), qui donnera son nom aux berbères de la région appelés kabyles[74].

Chef de tribu Kabyle[75].

Chaque village formait une tajmaât une assemblée »), une petite ou grande organisation selon l'importance numérique du village, semblable à la république démocratique[76]. Elle était composée de tous les hommes ayant atteint la majorité, et en principe tout citoyen, quelle que soit sa condition socio-économique, pouvait y prendre la parole pour exposer ses idées et prendre position lors des propositions de résolutions. Les vieillards, à qui l'on attribuait le titre d’imgharen, parce qu'ils étaient chefs de famille ou même de la lignée vivante, bénéficiaient d'un respect particulier et d'une grande écoute, aussi accordait-on à leurs décisions dans la tajmaât une plus grande importance, et la démocratie kabyle s'apparentait parfois davantage à une gérontocratie.

On y nommait l’amin chef ») (ou l’ameqqran, « l'ancien », suivant les régions) qui était chargé du bon déroulement de l'assemblée et de la mise en application de ses décisions. Pour les plus grandes tajmaât, le chef était parfois assisté dans ses fonctions par un uqil et plusieurs t'emen[77]. L'uqil avait la responsabilité des revenus de la tajmaât, et avait en plus un droit de regard sur les décisions du chef. Il appartenait en général à un çof ligue », alliance de plusieurs tribus[78]) opposé à celui du chef, constituant un véritable contrepoids au pouvoir exécutif, ce qui assurait une certaine stabilité politique[77]. Le t'emen, sorte de «député-maire », représentait son çof lors des réunions et transmettait les décisions. Conseil municipal, cour de justice et cour souveraine, la tajmaât se référait, en cas de litige ou de problème, à des textes de lois, les « qanôun kabyles »[79], la plus haute autorité juridique, qui définissaient le moindre manquement et sa sanction[80].

Le code de l'honneur et la vendetta Kabyle.

Le code de l'honneur protégeait « la maison, les femmes, les fusils » et stipulait que le meurtre devait être vengé par les liens du sang (les auteurs de ces actes y compris les vengeurs étaient rejetés de la communauté). La filiation est patrilinéaire. Le patronyme de l'ancêtre commun se transmettait. La tajmaât vivait sous l'autorité du groupe, où l'esprit de solidarité est fort développé. Pour exemple le terme tiwizi solidarité ») désigne l'activité collective consistant à aider un villageois dans une de ses tâches comme le ramassage des olives[81], à laquelle il contribue directement ou en nourrissant les participants.

Rectificatif : le terme djemâa, que les Kabyles ont intégré en tajmaât en le berbérisant, est un mot d'origine arabe ; le mot exact en kabyle est plutôt agraw qui signifie assemblée.

Le çof se rapporte non pas à un clan mais à une ligue, le clan est une organisation qui se rapporte à une famille élargie, comme la tribu, alors qu'un çof peut être changeant[82].

Population

Démographie

Cartographie des tribus de la Kabylie (1940).

Selon la définition la plus courante en usage aujourd'hui en Algérie, le Kabyle est celui dont la langue maternelle est le kabyle, ou sinon dont les parents ont le kabyle pour langue maternelle.

En se fondant sur cette définition la plus courante, le nombre de Kabyles en Kabylie est donc d'environ 3,5 à 4 millions (1,2 million d'habitants dans la wilaya de Tizi Ouzou, 1 million dans la wilaya de Béjaia, les deux seules wilayas entièrement kabylophones, et environ 1,5 à 2 millions d'habitants dans les communes kabylophones des wilayas de Bouira, Boumerdès, Jijel, Bordj Bou Arreridj et Sétif).

En dehors de la Kabylie, les Kabyles sont nombreux à avoir migré vers d'autres régions d'Algérie, principalement Alger et ses environs, mais aussi dans une moindre mesure Oran et Constantine. Il est impossible de connaître leur nombre de façon précise, mais on peut l'estimer à environ 2 millions, sur deux générations.

Les Kabyles sont donc environ 5,5 à 6 millions en Algérie, soit environ 15 % de la population algérienne.

En dehors du pays, du fait d'une ancienne et forte émigration kabyle vers la France, les Kabyles représentent aujourd'hui environ 40 % des Algériens et descendants d'Algériens en France soit environ 800 000 Kabyles en France (sur 2 millions d'Algériens et enfants d'Algériens présents en France). Mais la France n'est pas la seule destination des Kabyles. Il y a aussi de grosses communautés kabyles au Canada et en Belgique.

Culture

Langue

Carte des aires linguistiques du nord-est algérien.

La culture kabyle est une composante de la culture algérienne, maghrébine et méditerranéenne. La spécificité linguistique de la région s'illustre notamment par ses traditions, sa musique et son folklore.

La langue kabyle taqbaylit, textuellement "la (langue) kabyle" (ⵜⴰⵇⵀⴰⵢⵍⵉⵜ) (Tifnaɣ traditionnels ⵜⵈⵀⵉⵍⵜ) ou tazwawt (ⵜⴰⵣⵡⴰⵡⵜ) (Tifinaɣ traditionnels ⵜⵣⵓⵓⵜ) se rattache aux langues berbères qui comportent plusieurs variantes. Très attachés à leur identité berbère, les Kabyles se réclament en fait de la langue Tamaziɣt, une langue officielle en Algérie depuis le .

Taqbaylit/tazwawt la kabylité ») signifie aussi, dans la sémantique kabyle en général, la référence à un système de valeurs ancestrales (code de l'honneur), non contradictoire de l'esprit du clan (çof), qui régulent et gèrent la vie collective à l'échelle d'un village ou d'une tribu ou confédération.

Religion

Deux sœurs chrétiennes de Kabylie, en Algérie, entre 1905 et 1920, carte postale illustrée éditée par la mission des Pères blancs.

Selon Armand Viré « les Kabyles professent tous la même religion, l'Islam », influencé par le soufisme[83], comme le soulignaient aussi Adolphe Hanoteau et Aristide Letourneux[84]. Selon Mouloud Mammeri la confrérie Rahmaniya est l'une des plus puissantes confréries soufi d'Algérie.

Avant l'acceptation de l'islam par les Kabyles, la Kabylie a connu l'ensemble des religions du bassin méditerranéen sans pour autant les avoir pratiquées, ayant même contribué, comme partie intégrante du monde berbère, à la fourniture de quelques dieux et déesses aux Grecs et aux Romains et aux Égyptiens, telle que Antée. D'abord dévoués a un Dieu nommé Yakuc qui était le Dieu probablement de tous les Berbères étant donné que ce nom se retrouve sous différentes formes d'un bout à l'autre du Maghreb et est toujours employé au Mzab dans certaines incantations, la religion des Kabyles repose sur une cosmogonie précise et très élaborée encore connue des vieillards. Peu d'ouvrages ont été faits à propos de la cosmogonie kabyle, on a celui de l'anthropologue Léo Frobenius dans son tome 1 en allemand traduit en français par Muqran Fetta en "contes kabyles". Le culte se concentrait donc autour d'un Dieu unique et transcendant, Yakuc mais aussi d'un monde invisible de gardiens sentinelles des lieux (iɛassassen/inaḍafen) et des esprits (aharayruc, pl. iharayrac/djinn, pl. ledjnun), les croyances en de nombreuses créatures mythologiques, monstrueuses et/ou bienfaisantes faisaient aussi partie de la religion des Kabyles. Beaucoup de représentations rupestres préhistoriques ainsi que des figurations rupestres et stèles libyques montrent que ce culte remonte à une période très ancienne[85].

Une minorité chrétienne évangélique est en développement important dans les années 2000 et 2010[86],[87].

Islam

La ville de Béjaïa, en petite Kabylie, connait au Moyen Âge, une dynamique remarquable sur le plan culturel, et religieux[88],[89]. La ville est surnommée la « Petite Mecque » par Ibn Arabi, et tel que rapporté par Ibn Khaldoun (El Mekka Es-Saghira)[90].

L'islam s’est installé au Moyen Âge et il constitue la religion majoritaire des Kabyles. Son influence sur la culture, la société est majeure ; et ce à travers diverses périodes historiques.

Au début de la conquête musulmane du Maghreb, la population berbère se convertissait massivement. Mais les inégalités entre arabes musulmans et non-arabes, l'imposition de lourdes taxes, le statut de dhimmis, ont provoqué des révoltes répressives envers les arabes, les révoltés allant jusqu'à massacrer et expulser des tribus arabes entières (lors de la Grande révolte berbère en 739-743) et un repli de la population dans des doctrines contestataires du pouvoir du calife, le kharidjisme et le chiisme. En petite-Kabylie, c'est le chiisme ismaélien des tribus Kutama avec l'aide des Zouaoua pourtant peu islamisés, qui prédominera et qui participera à établir la dynastie fatimide et à fonder la ville du Caire pour capitale[91]. L'Empire Fatimide initié par les Kutamas s'étendait du Maghreb jusqu'à Bagdad en Irak.

Le sunnisme a été ensuite introduit notamment avec le règne de la dynastie berbère hammadite qui, depuis Béjaïa sa capitale, a rayonné sur l'Algérie et le bassin occidental de la Méditerranée aux XIe et XIIe siècles[92]. Pratiquant un « islam » parfois influencé par le maraboutisme et le soufisme (à l'image de la confrérie Rahmaniyya).

La ville de Béjaïa connaîtra son âge d'or, notamment pour son rayonnement spirituel en raison du grand nombre de saints soufis qui en sont issus, les plus célèbres sont Yemma Gouraya, ou Saïd El-Bedjaouy[93],[94]. La ville attirera même de grands mystiques, comme Ibn Al Arabi de Cordoue, qui participeront à l'identité religieuse de la région et plus généralement de l'Afrique du nord en mêlant la mystique soufie aux vieilles croyances animistes des berbères[95]. Pendant cet âge d'or Béjaïa sera surnommée la petite Mecque[96]. La Wilaya de Tizi-Ouzou est la Wilaya qui abrite le plus de mosquée en Algérie, la moitié des mosquées se trouvent dans cette wilaya.

Politique et laïcité

Selon Yidir Plantade, la Kabylie comme le reste du Maghreb est restée attachée au cours de son histoire à une religiosité populaire avec des figures locales comme les saints et les marabouts[97]. Pour lui, déjà avant la venue française, la société kabyle est « à mi-chemin entre religiosité profonde et sécularisme pré-moderne », cependant il parle de la laïcité comme un élément exogène à la Kabylie et il considère la culture laïque comme importée d'outre-Méditerranée par l'école républicaine française[98]. Il note cependant le fait que, lors de la colonisation française, ces idées ont marqué profondément les Kabyles qui fréquentaient les écoles coloniales. Il décrit ces nouvelles élites comme « modelée par l'école et par l'administration française »[99]. Ces mouvements laïques après avoir séduit la population dans les années 1960 avec l'émergence du mouvement berberiste connaissent un déclin. Selon l'auteur, face à l'impasse dans laquelle ce mouvement laïque est engagé on assiste à un regain de religiosité en Kabylie surtout de la part de la jeunesse[100].

Diaspora

Zinédine Zidane, footballeur français d'origine kabyle. Il remporte le Ballon d'or et la coupe du monde en 1998.

Pour des raisons historiques, politiques et économiques, les Kabyles ont émigré en France. Ils sont au nombre de 1 500 000 en France[101],[102]. Plusieurs personnalités françaises notables ont un ascendant d'origine kabyle, comme Idriss Aberkane, Isabelle Adjani, Fadela Amara, Karim Amellal, Yasmine Amhis, Taos Amrouche, Hakim Arezki, Rachid Arhab, Slimane Azem, Chimène Badi, Jordan Bardella, Alain Bashung, Djamel Beghal, Yamina Benguigui, Karim Benzema, Dany Boon, Madjid Boutemeur, Salem Chaker, Magyd Cherfi, Arezki Dahmani, Lounis Dahmani, Jean-Baptiste Djebbari, Alexandre Djouhri, DjurDjura, Mohamed Fellag, Rachid Ferrache, DJ Snake (William Grigahcine), Kheira Hamraoui, Mohand Saïd Hanouz, Augustin Ibazizen, Idir, Mehdi Idir, Arezki Idjerouidene, Rachid Kaci, Marina Kaye, Nacer Kettane, Jalil Lespert, Belkacem Lounès, Maïwenn, Tassadit Mandi, Kylian Mbappe, Ali André Mécili[103], Mehdi Meklat, Marcel Mouloudji, Nâdiya, Kamel Ouali, Mustapha Ourrad, Le Raptor (Ismaïl Ouslimani), Édith Piaf[104],[105],[106], Rilès, Erika Sawajiri, Abdelmalek Sayad, Jacques Villeret, Alice Zeniter, Zinédine Zidane ou Claude Zidi.

Musique

Lounès Matoub en 1975, chanteur identitaire kabyle, qui fut militant de la cause berbère en Algérie avant d'être assassiné le .

La variété kabyle (moderne ou traditionnelle) est l'une des musiques les plus importantes en Algérie. De nombreux artistes sont natifs de Kabylie ou d'origine kabyle, notamment Kamel Hamadi, Mohamed Iguerbouchène, Rabah Taleb, Farid Ferragui, Cherif Kheddam, Rabah Asma, Lounis Aït Menguellet, Nouara, Brahim Izri, Massa Bouchafa, Ǧamila, Lounès Matoub[107], Idir, Youcef Abdjaoui, Slimane Azem, Chérifa, Malika Domrane, Yasmina, Bahia Farah, DjurDjura, Ideflawen, Tagrawla, Amzik, Cheikh Sidi Bémol, Abranis, Ali Amran, Taos Amrouche, Souad Massi, Djamel Allam, Salah Sadaoui, Allaoua Zerrouki, Cheikh Sadek El Béjaoui, Amar Ezzahi, Boudjemaâ El Ankis, Boudjemâa Agraw, Takfarinas, Aït Meslayene, Cheikh El Hasnaoui, Mouloud Zedek, Oulahlou, Ferhat Mehenni, etc.

La Kabylie a donné aussi quelques grands noms au chaâbi algérien comme notamment Hadj M'hamed El Anka, Kamel Messaoudi, Abdelkader Chaou, etc.

Théâtre et cinéma

Le cinéma algérien se souviendra de Rouiched, un Algérois qui trouve ses racines dans les villages de Kabylie et a réuni, comme personne d'autre, les Algériens dans les salles de cinéma et de théâtre pendant plus de 40 ans. Mohamed Fellag, natif de Azeffoun, brilla durant ses débuts dans les salles de théâtre d'Alger avant d'émigrer par peur des intégristes. Il changea de public et trouva dans l'émigration algérienne et maghrébine nombre de fans. L'un des cinéastes kabyles les plus prolifiques est incontestablement Abderrahmane Bouguermouh. Il est connu pour avoir adapté au cinéma le roman de Mouloud Mammeri, La Colline oubliée (en kabyle : Tawrirt yettwattun), et réalisé également un documentaire sur les événements du 8 mai 1945[108]. Il y a aussi la réalisatrice Habiba Djahnine, en particulier son documentaire Lettre à ma sœur, évoquant l'assassinat de sa sœur Nabila Djahnine et les droits des femmes durant la Décennie noire, ou encore le réalisateur Azzedine Meddour notamment pour le film La Montagne de Baya.

Peinture

Le Silo bleu, par Ziani, huile sur toile, 2006 (conservée au Musée des Beaux-Arts d'Alger).

M'hamed Issiakhem, Hamid Tibouchi sont deux peintres et calligraphes qui ont marqué la scène algérienne et internationale par leurs œuvres, qui, pour le premier, s'inspirent plus de la guerre d'Algérie[109] avec notamment la peinture "Résurrection du Chahid (1978)"[109], et de la culture Amazigh comme le tableau "Paysage de Kabylie (1960)". Ces inspirations que l'on dénote particulièrement dans certaines œuvres d'Hocine Ziani à l'image de La Reine Tin Hinan.

Sculpture

Bâaziz Hammache, artiste sculpteur kabyle connu pour ses œuvres des statues, placées au 4 coins de l'Algérie tel que Bougie de Tizi Ouzou et le sculpteur Olivier Graïne artiste sculpteur kabyle connue pour son œuvre de la statue de Mouloud Mammeri et Le Jardin des Artistes situés à Ait Yenni.

Sport

Les Kabyles sont représentés par des sportifs tels Mouloud Iboud, Cherif Mellal, Mohand Chérif Hannachi, Mahieddine Meftah, Moussa Saïb, Ali Fergani, Zinédine Zidane, Rachid Mekloufi, Salah Assad, Mustapha Dahleb, Kheira Hamraoui, Rabah Madjer, Youcef Atal, Yacine Adli, Maghnes Akliouche, Rayan Aït-Nouri, Mehdi Tahrat, Nouria Benida-Merah, Larbi Benboudaoud, Soraya Haddad, Sarah Ourahmoune, Loucif Hamani, Chérif Hamia, Samir Aït Saïd, Abdelbasset Hannachi, Hakim Arezki[110], etc. Les clubs de foot tels la JSK (Jeunesse sportive de Kabylie), la JSMB et le MO Béjaïa sont les clubs principaux de la région, aussi la région est connue pour le Volley-Ball notamment à Béjaïa.

Littérature et sciences humaines et sociales

Sciences formelles et naturelles

Économie

Poteries à vendre sur le bord de la route, Yakouren, Tizi Ouzou, Kabylie, en Algérie.

L'économie traditionnelle de la région est basée sur l'arboriculture (vergers et oliviers) et sur l'artisanat (tapisserie ou poterie). La culture des montagnes et des collines cède peu à peu à l'industrie locale (textile et agroalimentaire). Au milieu du XXe siècle, avec l'influence et le financement de la diaspora Kabyle, de nombreuses industries sont développées dans la région. Elle devient la deuxième région industrielle la plus importante du pays après Alger. Les Kabyles sont réputés fort mobiles. Bien avant la colonisation française, ils sillonnent une bonne partie de l’Afrique du Nord pour leur commerce mais aussi en quête de travail ; leur polyvalence les prédisposait à l’exercice de différents métiers. Ils louent leurs services comme soldats, maçons, constructeurs de moulins hydrauliques, faucheurs de blé, etc.

Pendant la présence des Ottomans, les Kabyles dits Zouaoua (originaires de Kabylie occidentale) et M’ziti (originaires de Kabylie orientale) sont nombreux à Alger et Constantine organisés en corporations, à l’instar d’autres groupes régionaux ou confessionnels algériens (Biskris, Mozabites, Juifs et cetera) ; ils sont employés comme terrassiers, jardiniers, gardes du Dey, etc. Rares sont les Kabyles qui se fixent définitivement loin de leurs villages ; ce n’est qu’après la destruction des bases de l’économie kabyle traditionnelle lors des révoltes de 1857 et 1871 que l’émigration se transforme peu à peu en départs définitifs et lointains (Tunisie, Syrie, France et cetera)[117].

Génétique

Une étude d'Arredi.et al. (2004) donne les fréquences des lignées d'une population kabyle de la Wilaya de Tizi Ouzou :

  • Les haplogroupes Y-Dna, transmis exclusivement par la lignée paternelle, ont été trouvés aux fréquences suivantes en Kabylie : E1b1b1b (E-M81) (47,36 %), R1* (xR1a) (15,78 %) (plus tard analysé comme R1b3/R-M269, et aujourd'hui R1b1a2[118]), J1 (15,78 %), F* (xH, I, J2,K) (10,52 %) et E1b1b1c (E-M123) (10,52 %)[119]. L'haplogroupe J et R1 est en grande partie d'origine néolithique[120].
  • Les haplogroupes MtDNA, transmis exclusivement par la lignée maternelle, sont trouvés aux fréquences suivantes : H (32,23 %) majoritairement H1 et H3; U* (29,03 % et 17,74 % U6), trouvés dans d'anciens spécimens ibéromaurusiens; preHV (3,23 % ; preV (4,84 %); V (4,84 %); T* (3,23 %); J* (3,23 %); L1 (3,23 %); L3e (4,84 %); X (3,23 %); M1 (3,23 %) ; N (1,61 %) et R (3,23 %).

Notes et références

Bibliographie

Annexes

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