Kargopol

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Kargopol (russe : Каргополь, au Moyen Âge : Карго поле, Kargo pole) est une ville russe de Poonéjie de la région historique du Nord russe, centre administratif du raïon de Kargopol, dans l'oblast d'Arkhangelsk. Sa population s'élevait à 8 737 habitants en 2023.

Faits en bref Administration, Pays ...
Kargopol
(ru) Каргополь
Blason de Kargopol
Héraldique
Dans le sens des aiguilles d'une montre : l'église Zosime-et-Savvati-sur-le-mont, la maison Wagner, la place de la Cathédrale, l'église de la Nativité-de-la-Vierge, vue de Kargopol depuis l'Onega et la maison Baranov.
Administration
Pays Drapeau de la Russie Russie
Région économique Nord
District fédéral Nord-Ouest
Sujet fédéral Drapeau de l'oblast d'Arkhangelsk Oblast d'Arkhangelsk
Raïon Raïon de Kargopol
Code postal 164110 — 164111
Code OKATO 11 218 501
Indicatif (+7) 81841
Démographie
Population 9 962 hab. (2022)
Densité 766 hab./km2
Géographie
Coordonnées 61° 30′ nord, 38° 56′ est
Altitude 120 m
Superficie 1 300 ha = 13 km2
Fuseau horaire UTC+04:00
Divers
Fondation 1380
Statut Ville depuis 1784
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Russie européenne
Voir sur la carte topographique de Russie européenne
Kargopol
Géolocalisation sur la carte : oblast d'Arkhangelsk
Voir sur la carte topographique de l'oblast d'Arkhangelsk
Kargopol
Liens
Site web www.kargopol.ru

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    La région de Kargopol est habitée depuis l'Antiquité par les tribus finnos-ougriennes. À partir du Xe siècle, elle est colonisée par des peuples Slaves, et la région rentre sous le joug de la république de Novgorod. La ville est probablement fondée vers 1146, avec la construction d'une forteresse, et devient alors une partie de la principauté de Beloozero. Mentionnée directement pour la première fois en 1380, la ville rentre sous la domination de la Grande-principauté de Moscou en 1478. Devenant un lieu d'exil pour Moscou, Ivan le Terrible place la ville dans son opritchnina. Au XVIe siècle, Kargopol s'érige comme centre commercial du Nord russe, entre les régions russes et l'Europe occidentale. Elle possède alors le monopole du commerce du sel, et d'autres chartes royales lui garantissent de nombreux privilèges. C'est alors son apogée, et ce jusqu'au XVIIIe siècle, de grandes églises et monastères sont érigés, telles que la cathédrale de la Nativité-du-Christ. En 1765, la ville est ravagée par un incendie, et elle est alors reconstruite dans un style néoclassique avec le soutien du pouvoir central. Le XIXe siècle fait perdre à Kargopol de sa grandeur, l'éloigant des nouvelles routes commerciales formées par la révolution industrielle en Russie. L'établissement du pouvoir soviétique fait perdre à la ville plusieurs de ses monuments architecturaux, tandis qu'un camp de travail pénitentiaire, Kargopollag, est installé dans la ville et ses environs. Depuis la fin de l'URSS, la ville tente de se mettre en valeur à des fins touristiques.

    Son patrimoine culturel et architectural riche lui vaut aujourd'hui d'être inscrite sur la liste de la quarantaine des villes historiques de Russie. Elle est aussi membre du réseau des villes créatives UNESCO en artisanat et arts populaires, la ville étant notamment connue pour les jouets de Kargopol. Adhérente à l'association des Plus Beaux Villages de Russie, ses monuments incluent l'église Saint-Jean-Baptiste et l'église de la Résurrection parmi d'autres.

    Géographie

    Situation

    Kargopol est situé dans le coin sud-ouest de l'oblast d'Arkhangelsk, oblast au nord de la capitale. L'oblast se trouve en Russie européenne, dans le district fédéral du Nord-Ouest. Moscou, se trouve à 630 kilomètres au sud-sud-ouest due la ville, tandis que la capitale du sujet Arkhangelsk est à 350 kilomètres au nord-est. La ville la plus proche est Niandoma, à 70 kilomètres au nord-est-est[a].

    La localité est située dans le raïon de Kargopol, raïon du sud-ouest de l'oblast. Le raïon compte 244 localités, qui étaient réparties dans six municipalités jusqu'à la dissolution de celles-ci en 2020[1]. Kargopol se situait dans l'établissement rural de Kargopol, établissement rural qui regroupait 2 localités, dont Parfenievo était le centre administratif, avec comme autre localité Zajiguino. La superficie de la municipalité était de 36,7 km2[1].

    Localités limitrophes

    Parfenievo est entouré par huit localités limitrophes :

    • au sud se trouve Porchnevskaïa ;
    • à l’est, se situent Kazakovo et Kouzino ;
    • à l’ouest, se trouvent Erchika, Pogost et Priogorodni ;
    • au nord se trouvent Zajiguino (nord-ouest) et Zeliony Bor (nord).

    Hydrographie

    Kargopol se trouve sur la rive gauche de l'Onega, à seulement km en aval de sa source, le lac Latcha, et à 400 km de son embouchure, la mer Blanche. Elle se situe dans la vallée du fleuve Onega, dont les pentes sont imperceptibles et se fondent dans le relief environnant, et plus spécifiquement dans sa plaine inondable. La profondeur de la rivière varie d'entre 3 et 5 m tandis que la largeur du lit oscille entre 150 et 400 m. Le régime hydrologique de l'Onega est de type mixte, alimenté à 46 % par la neige, à 30 % par la pluie, et le reste par les eaux souterraines. Chaque année se produit la crue printanière, lors de la fonte nivale, commençant vers le 10 avril avec le pic de crue atteint entre fin avril et début mai. La crue printanière dure en moyenne entre deux mois et demi et trois mois. Une période de basses eaux se produit en été-automne, et au début de novembre se forment les premières glaces qui restent en moyenne pour une durée 164 jours, avec une épaisseur pouvant atteindre 30 et 50 cm[2].

    Outre l'Onega, Kargopol est arrosée par le ruisseau Kichkine, affluent gauche de l'Onega coulant dans le sud de la ville[2].

    Topographie

    Climat

    Kargopol est marqué par un climat continental modéré, caractérisé par des hivers longs et des printemps courts, un été relativement court et modérément chaud, ainsi qu'un automne long et humide. Son climat est fortement influencé par le mouvement des masses d'air d'origines diverses qui rend les conditions météorologiques instables dans toutes les saisons. La température annuelle moyenne est de +1,5 °C, avec comme mois le plus chaud de l'année qui est juillet avec une température moyenne de +16 °C, tandis que le mois le plus froid est janvier avec une température moyenne de −12,3 °C. À Kargopol, la température maximale absolue de l'air enregistrée est de +34 °C en juillet 2010, tandis que la minimale absolue de l'air est de −44,2 °C en janvier 1987[3]. La date moyenne des premières gelées est le 13 septembre, tandis que la date des dernières est le 30 mai, avec seulement 109 jours en moyenne sans gel par an[4].

    Les précipitations sont importantes durant l'année, avec annuellement en moyenne 530 mm, dont 380 mm en été. L'hiver est marqué par les chutes de neige, qui s'étalent sur une période 175 jours/an en moyenne dans l'oblast. L'enneigement est maximal en février-mars, avec entre 52 cm en moyenne et jusqu'à 80 cm certaines années. Les dernières chutes de neige ont lieu à la fin du mois d'avril. La période froide est caractérisée par un faible taux d'ensoleillement et des tempêtes de neige pendant en moyenne 46 jours/an. Les vents prédominants sont ceux du sud et du sud-ouest, et sont plus fréquemment observés en hiver. La vitesse moyenne annuelle du vent est de 4,3 m/s à Kargopol, avec jusqu'à 17 jours par an avec des vents forts[4].

    Davantage d’informations Mois, jan. ...
    Kargopol (lat: 61 30N lon: 38 56E, altitude de la station: 126 m)
    Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
    Température minimale moyenne (°C) −13,8 −13,1 −8,7 −2,2 4,1 9,1 12,4 10,1 6,1 0,7 −5,8 −10,3 −1
    Température moyenne (°C) −10,5 −9,6 −4,6 2,3 9,5 14,6 17,5 14,6 9,5 2,9 −3,6 −7,5 2,9
    Température maximale moyenne (°C) −7,3 −5,9 0,1 7,7 15,5 20,3 22,9 19,8 13,7 5,6 −1,3 −4,9 7,2
    Record de froid (°C)
    date du record
    −44,2
    1987
    −43,9
    1946
    −36,8
    1952
    −26,9
    1956
    −13
    1918
    −3,2
    1892
    1,1
    1949
    −1,6
    1955
    −7,4
    1996
    −23,1
    1921
    −35,4
    1890
    −43,8
    1978
    −44,2
    1987
    Record de chaleur (°C)
    date du record
    5
    1971
    6
    1973
    12,9
    2007
    25,8
    2001
    31,7
    2021
    35,1
    1998
    34
    2010
    32,8
    2010
    27,1
    1963
    20,8
    1974
    9,9
    2010
    7,6
    2006
    35,1
    1998
    Précipitations (mm) 44 36 35 33 57 68 85 81 64 60 57 52 671
    Précipitations les plus basses (mm)
    année du record
    7
    1940
    4
    1984
    2
    1996
    5
    1937
    4
    1919
    6
    1999
    11
    1941
    5
    1955
    8
    1906
    2
    1987
    8
    1931
    8
    1944
    371
    1946
    Précipitations les plus hautes (mm)
    année du record
    98
    2025
    73
    2004
    106
    1906
    90
    1966
    144
    1899
    150
    1948
    167
    1954
    250
    1961
    165
    1945
    140
    2019
    97
    1923
    82
    1965
    829
    2009
    Record de pluie en 24 h (mm)
    date du record
    21
    1948
    20
    1888
    22
    2025
    28
    1920
    37
    1923
    47
    1998
    56
    1975
    70
    1961
    48
    1908
    33
    2019
    27
    2024
    18
    1899
    70
    1961
    Fermer
    Source : pogoda i klimat « données climatiques », sur pogoda i klimat (consulté le )
    Diagramme climatique
    JFMAMJJASOND
     
     
     
    −7,3
    −13,8
    44
     
     
     
    −5,9
    −13,1
    36
     
     
     
    0,1
    −8,7
    35
     
     
     
    7,7
    −2,2
    33
     
     
     
    15,5
    4,1
    57
     
     
     
    20,3
    9,1
    68
     
     
     
    22,9
    12,4
    85
     
     
     
    19,8
    10,1
    81
     
     
     
    13,7
    6,1
    64
     
     
     
    5,6
    0,7
    60
     
     
     
    −1,3
    −5,8
    57
     
     
     
    −4,9
    −10,3
    52
    Moyennes : • Temp. maxi et mini °C • Précipitation mm

    Milieux naturels et biodiversité

    Toponymie

    Le nom de la ville est un demi calque caractéristique du Nord russe lorsque le nom du substrat finno-baltique n'est repris que pour moitié, l'autre moitié du nom étant d'origine russe. La deuxième partie du mot Kargopol signifie champ en russe (pole - поле). La signification de la première partie, le mot kargo, varie selon les versions : kargo dans les dialectes du nord signifie corbeau. En carélien par contre, karhupeldo signifie du côté des ours. Le tout signifie donc soit champ du corbeau, soit champ du côté des ours.

    Histoire

    Archéologie

    Selon les archéologues, les plus anciennes colonies humaines de la région remontent au quatrième millénaire avant notre ère, à la période néolithique. Plus de 50 sites anciens ont été retrouvés qui sont toujours localisés à proximité des lacs ou sur les berges de rivières. Les colonies humaines étaient constituées de petits groupes qui ne dépassaient pas 25-30 personnes. Leur activité était principalement la pêche et la chasse aux oiseaux aquatiques. La proximité du lac Latcha et de l'Onega rendait le site attrayant pour ce type de population. Les fouilles sur le site archéologique de Kargopol, datant des IIe et Ier millénaires av. J.-C., ont mis au jour deux sépultures, des pointes de flèches et de lances en slix, mais aussi des outils comme des couteaux, grattoires et récipients[5].

    À l'arrivée des Novgorodiens, qui sont les premiers colons russes de la région, à l'est du lac Ladoga et du lac Onega, le territoire de Kargopol est habité par des tribus finno-ougriennes, et notamment les Tchoudes[6]. Le souvenir de ces tribus est conservé dans les noms de rivières, de lacs : Tikhmanga, Oukhta, Lovzanga, Pilegma, Lekchma et d'autres encore[7].

    Moyen Âge

    Kargopol est un des plus anciens site de peuplement de la Russie du Nord, fondé probablement au XIIe siècle ou même au XIe siècle[8]. Aux moins deux inscriptions des Xe et XIe siècles retrouvés sur des sac de collectes de l'impôt font référence à la région de Kargopol et à l'embouchure de la Vaga[9],[10]. Vers ce moment-là, aux XIe et XIIe siècles, l'influence du christianisme commence à se répandre dans la région, lorsque les habitants de la région arrêtèrent d'incinérer leurs morts pour les enterrer, bien qu'une partie du rite funéraire était toujours païen, les corps étant enterré avec des ornements et outils[11].

    Probablement en 1146, le prince de Belozersk Viatcheslav aurait battu les Tchoudes, puis aurait trouvé sur le chemin du retour à Kargopol un endroit où se reposer, y installer son camp et construire une prison. Cet évènement proviendrait d'un manuscrit trouvé dans l'un des monastères de Kargopol en 1785 par le poète et homme politique russe Gavrila Derjavine, gouverneur d'Olonets. Dans la Chronique des temps passés, une campagne du prince de Beloozero contre les Tchoudes est mentionnée en 1146[12].

    Aux XIIe et XIIIe siècles, Kargopol aurait fait partie de la principauté apanage de Beloozero. Cela est soutenue par la Zadonchtchina, récit poétique du russe relatant la bataille de Koulikovo, où sont faits mentions les douze princes de Beloozero qui auraient perdu la vie, dont Gleb de Kargopol. La première mention directe de Kargopol dans des sources écrites remontent à 1380 sur cette même baraille. Dans la Chronique de Nikon il est mentionné que le prince Gleb de Kargopol a amené ses troupes sous les bannières du grand prince de Moscou, Dimitri Ier Donskoï, et a participé à la bataille de Koulikovo (1380) [8]. Cette même chronique atteste que ce même prince est venu à Kolomna à l'appel de Donskoï pour participer aux batailles contre l'émir Mamaï[12].

    Kargopol aurait pu être, au moins pour un certain temps, capitale d'une principauté apanage. Sur la fresque des voûtes du porche de la cathédrale du monastère Novospasski de Moscou, figure parmi les princes apanages de l'arbre généalogique le prince Fiodor de Kargopol. Malgré cela, la région restait sous l'influence de la puissante république de Novgorod[13]. Kargopol prit rapidement de l'importance économique et défensive, prise en compte à la fois par Moscou et Novgorod. Les deux puissances, soucieuses de contrôler le pays de la Dvina et le Pomorié, se tournèrent vers la ville. Ainsi en 1389, selon la Chronique d'Oustioug, Donskoï transféra à son troisième fils André les villes de Kargol et Kargopol, dans l'ancien Grand-duché de Beloozero[13]. En 1397, Vassili Ier Dmitrievitch qui cherche à renforcer l'influence moscovite dans le Nord russe, envoya des armées contre les habitants de Zavolotchié. En réponse, la république de Novgorod envoya des troupes dans le pays de la Dvina, et récupéra le contrôle de la région[14].

    La ville de Kargopol (sous sa forme ancienne Kargo Pole) est citée également en 1447 lors de la guerre de Succession moscovite quand Dimitri Chemyaka et Ivan de Mojaïsk y trouvèrent refuge alors qu'ils fuirent les persécutions du grand prince Vassili II contre lequel ils étaient opposés. Lors de cet exil, ils emportèrent le trésor de Moscou à Kargopol et prirent en otage la princesse Sophie, sœur de Vassili II, et sa mère[14].

    Moscovie et tsarat de Russie

    Conquête moscovite

    Kargopol participa en 1471 à la bataille de la Chelon du côté de la république de Novgorod contre Moscou. Du fait de la subordination de la république de Novgorod en 1478 à la grande-principauté de Moscou, les terres situées le long du fleuve Onega jusqu'à la mer Blanche ont formé l'ouïezd de Kargopol soumis à l'autorité du gouvernement de Moscou[14]. Des habitants de la ville participent à une campagne moscovite dans la région de Viatka en 1488[15]. À partir de la fin du XVe siècle, Kargopol devient aussi un lieu d'exil. À l'époque d'Ivan III (1462—1505) les familles des prisonniers provenant des khans Tatars y sont retenues.

    L'Âge d'or de Kargopol (XVIe et XVIIe siècles)

    Cathédrale de la Nativité-du-Christ, construite entre 1552 et 1562, avec des ajouts des XVIIe et XVIIIe siècles, qui témoigne de la richesse d'alors de la ville.

    Au XVIe siècle, Kargopol devient une ville commerciale importante. Des routes commerciales vont alors vers Novgorod, Kola, Beloozero, Arkhangelsk et ainsi vers l'Europe occidentale, vers la Volga et ainsi vers l'Asie centrale, l'Inde et la Chine, et vers Kirillov, Vologda, Iaroslavl et Moscou[16]. Une nouvelle prison y est érigée. En 1506, le grand-prince Ivan III transmet la propriété de Kargopol à son fils Vassili par testament. La charte de 1536 prohiba aux habitants de Beloozero et de Vologda de se rendre sur l'Onega, et les obligent à commercer le sel avec les habitants de l'Onega à Kargopol. Kargopol détenait un monopole sur le sel, et la ville possédant des salines pour purifier le sel[17]. En 1539, la ville reçoit de larges droits à l'autonomie, notamment en matière de justice pénale. Par la ville de Kargopol passe le commerce de sel et de poisson avec les Pomors. Outre le sel, les marchands de Kargopol interviennent dans les transactions sur le bois, la fourrure, le minerais de fer. Les environs de la ville étaient riches en minerais de fer, en bois et en fourrure[18]. Heinrich von Staden visite la ville dans la seconde moitié du XVIe siècle, lors de son voyage en Moscovie de 1564 à 1576. Kargopol est alors présenté comme carrefour de routes commerciales, et souligne qu'en cas d'occupation de la Moscovie, Kargopol pourrait devenir un centre d'approvisionnement[19]. La ville commerçait le fer de Carélie, le saumon de mer Blanche et développa des activités commerciales sur la côte de Ter[20].

    Lors de l'introduction de l'opritchnina par Ivan le Terrible à la fin du XVIe siècle, la ville de Kargopol fait partie du territoire sur lequel s'exerce l'autorité absolue du tsar. En 1588, l'ambassadeur de la reine d'Angleterre Élisabeth Ire Giles Fletcher, the Elder (en) décrit pour la reine les principales villes de Russie qu'il a visitées et parmi celles-ci la ville de Kargopol. C'est l'apogée de la ville[21]. En 1612, lors de la guerre russo-polonaise), la ville repousse les attaques des Lituaniens et des Polonais et en 1614 elle résiste à un siège mené par les cosaques. En 1648, à l'époque du soulèvement de Moscou une révolte populaire débute contre la collecte des taxes pour l'année 1647 dont le taux avait triplé [22]. Par les décrets de 1657 et de 1660, Kargopol était gouverné par un voïvode, témoignant de son importance croissante, et la voïvodie de Kargopol comprenait plus de 30 volosts[23]. La ville obtint le droit en 1685 de faire le commerce du saindoux. À ce moment-là, la ville avait des entrepôts, granges, quais, jetées. Ce fut à la même époque qu'en ville et ses environs de grandes églises furent construites pour les visiteurs marchands et les pèlerins se rendant aux Solovki[20].

    Vue aérienne des églises de Kargopol sur la place de la cathédrale

    Empire russe

    Le XVIIIe siècle à Kargopol

    En 1703, Kargopol devient un des chantiers navals d'Olonets en 1708, la ville fait partie du gouvernement d'Ingrie, puis à partir de 1710 au gouvernement de Saint-Pétersbourg. La ville fut placée de 1710 à 1719 sous la juridiction de l'Amirauté, lui donnant le droit d'utiliser la population de Kargopol pour les chantiers navals de Saint-Pétersbourg[23]. En 1727, elle devient un centre d'ouïezd de la province de Belozersk, l'ouïezd de Kargopol.

    En 1765, se produit un terrible incendie (il y en eut d'autres en 1515, 1552, 1612, 1615, 1619, 1679, 1737), qui détruit la plupart des résidences et des constructions artisanales et commerciales. Neuf églises sont également gravement endommagées parmi lesquelles la cathédrale de la Nativité-du-Christ. Commencée en 1552, placée au centre de la ville le long du fleuve Onega, c'est une des principales églises de la ville. Après l'incendie, les rues sont reconstruites selon un plan géométrique régulier et c'est pour cette raison que c'est l'une des premières villes russes à avoir conservé un tel plan jusqu'à ce jour. Lors de la reconstruction des maisons, interdiction est donnée de construire à proximité des églises d'une part pour des raisons de sécurité par rapport au feu et d'autre part pour des raisons esthétiques de sauvegarde de la vue des façades des églises[24].

    En 1775, la voïvodie est supprimée, remplacé par un bourgmestre à la tête de la ville[23].

    En 1776, par décret de l'impératrice Catherine II, le territoire de Kargopol entre dans le gouvernement d'Olonets et dans le gouvernement général de Novgorod. En 1784, la réforme administrative fait entrer le gouvernement d'Olonets, y compris Kargopol, dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg. En 1801, elle est réintégrée au gouvenement d'Olonets[23].

    Une fois que la Russie eut retrouvé l'accès à la mer Baltique et après la fondation de Saint-Pétersbourg, Kargopol déclina progressivement. Les habitants de Kargopol furent encore actifs dans l'exploration de la Russie d'Asie. Alexandre Baranov, le premier gouverneur de l'Amérique russe (Alaska), y est né.

    Du XIXe siècle à 1917

    Kargopol au début du XXe siècle

    À cette époque, la ville possède un hôpital de 45 lits, un hospice pour 30 personnes; un orphelinat avec atelier pédagogique de menuiserie et de reliure de livres pour les garçons.

    Dans le domaine de l'éducation, il existe une école paroissiale pour garçons, fondée en 1809, où étudient une cinquantaine d'élèves. Également une école pour garçons d'une centaine d'élèves et une école paroissiale pour les filles qui compte 73 élèves. Le nombre de maisons construites en pierre s'élève à l'époque à 11 et 331 maisons construites en bois.

    L'artisanat principal est représenté par le traitement des fourrures d'écureuils dont les productions sont présentées à la Foire de Nijni Novgorod. Mais cette production diminue fortement durant tout le XIXe siècle. Bien qu'à la fin du siècle la ville ne représente plus l'importance qu'elle avait au début elle reste , derrière Petrozavodsk et Vytegra une des plus importantes villes de la province et la seule à porter aussi fort l'empreinte de l'ancienne Russie grâce notamment à son architecture. En dehors de la ville deux monastères avaient été fondés, selon la légende au XIVe siècle: le monastère de la Dormition pour femmes et le monastère du Sauveur pour hommes. Ce dernier est devenu en 1911 le siège des évêques de Kargopol dans l'éparchie d'Olonets. Kargopol était aussi un centre d'iconographie dont le style des icônes se distinguait par son écriture nordique particulière.

    La construction du chemin de fer du Nord à la fin du XIXe siècle, reliant Arkhangelsk et Vologda par Niandoma, laissa à l'écart Kargopol, qui vit son importance commerciale continuer à décliner davantage. À l'aube des révolutions russes de 1917, la ville était isolée, tandis que les églises et monastères continuaient à être de grands propriétaires fonciers et de capitaux[25].

    Période contemporaine

    Ère soviétique

    Au début de l'année 1918 est créée à Kargopol une section du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (bolchévique) et le pouvoir soviétique se met en place. Durant l'entre-deux-guerres, un certain nombre d'édifices religieux de l'architecture traditionnelle de la région a été détruit, parmi lesquels on peut citer : l'église du Sauveur des Valouchkis dont les origines dataient du XVIIe siècle, la cathédrale du monastère de la Transfiguration du Sauveur (1717), l'église Saint-Vladimir (milieu du XVIIe siècle), l'église de l'Entrée-du-Christ-à-Jérusalem (1732).

    Le , l'ouïezd de Kargopol passe du gouvernements d'Olonets au gouvernement de Vologda[26]. La ville est rattachée en 1929 au kraï du Nord, puis à l'oblast d'Arkhangelsk en 1937[23].

    Depuis les années 1937 et jusqu'en 1960, il a existé à Kargopol une administration du camp de prisonniers mis au travail essentiellement dans l'exploitation du bois, mais avec des activités annexes (briqueteries, meubles) . Il s'agit du Camp de travail pénitentiaire de Kargopollag auquel était adjoint le camp voisin de même nature de Yertsevo. En 1940, il comptait 30 000 détenus[27]. Dans les années 1940, durant la Grande guerre patriotique, un aéroport a été construit à l'ouest de la ville.

    Depuis la dislocation de l'URSS

    Politique et administration

    Découpage territorial

    Population et société

    Démographie

    Évolution

    Recensements (*) ou estimations de la population[28],[29]

    Davantage d’informations 1785*, 1891* ...
    Évolution démographique
    1785* 1858 1891* 1897* 1926* 1931 1939*
    2 8702 0702 6843 0573 4493 9006 300
    Fermer
    Davantage d’informations 1959*, 1970* ...
    1959* 1970* 1979* 1989* 2002* 2010* 2012
    8 65011 42710 74912 49511 19210 21410 139
    Fermer
    2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
    10 10310 05610 04810 05210 05510 06210 037
    Davantage d’informations - ...
    2021 2022 - - - - -
    10 0259 962-----
    Fermer

    Pyramide des âges

    Ethnies et langues

    Enseignement

    Économie

    Principales activités

    Les types d'exploitations sont :

    • des laiteries
    • des ateliers de panification
    • un éditeur de journal local Kargopol
    • des ateliers de fabrication de jouets

    Le développement économique pose un problème à la ville du fait de l'éloignement d'Arkhangelsk, du faible développement du transport routier et du chemin de fer (il n'y a pas de gare à Kargopol), du caractère peu compétitif des produits locaux. L'industrie du bois pourrait se développer, mais la faiblesse des infrastructures et l'éloignement des ports d'exportation et des marchés rend ce développement difficile[30]. Les possibilités touristiques de la ville sont riches (architecture médiévale, architecture en pierre et en bois, parc nationaux zapovednik), mais l'éloignement de Kargopol rend leur développement tout aussi difficile.

    Voies de communication et transports

    Au centre de la ville, sur la Prospekt Oktiabrski, se trouve la gare routière des autocars. De Kargopol il est possible de se rendre en autocar à Niandoma où se trouve la gare la plus proche, à Plessetsk, au village de Koniovo, à la ville d'Arkhangelsk, à Severodvinsk.

    Culture et patrimoine

    Exemple d'icône de Kargopol du XVIIIe siècle

    Architecture

    La ville compte en avril 2024 neuf objets patrimoniaux culturels d'importance fédérale[31], 80 objets d'importance régionale[32] ainsi qu'un objet identifié[33].

    La ville de Kargopol s'étire sur des dimensions qui n'ont que peu changé depuis les XVIe et XVIIe siècles. Cependant, peu de constructions subsistent de cette époque, en raison de l'incendie de 1765 qui détruisit une grande partie de la ville et endommagea sévèrement ses églises en pierre. Lors de la reconstruction de la ville qui s'ensuivit, aucune maison en bois ne pouvait être construite immédiatement à côté des églises. Cette mesure était à la fois pour des raisons de prévention des risques incendies mais aussi pour des raisons esthétiques. La ville a été reconstruite après l'incendie de 1765 sur un plan en damier, même si les lieux les plus anciens prennent place sur des conceptions médiévales. La place de la Cathédrale, aussi appelée nouvelle place du marché, fut aménagée à ce moment-là, partie du plan pour ressusciter la ville après le feu selon la volonté de Iakov Sivers, gouverneur-général de la province de Novgorod. Alors que la ville comptait 22 églises, celles en bois incluses, au début du XXe siècle, la période soviétique vit les églises être détruites ou négligées. Néanmoins, l'architecture civile en pierre et en bois du XIXe siècle fut elle bien mieux préservée, même si ces structures, en raison des conditions hivernales dures, nécessitent une maintenance constante[34].

    Édifices religieux

    Le musée d'histoire, d'architecture et des beaux-arts de Kargopol, créé en 1919, comprend 19 monuments d'architecture religieuse en bois et en pierre, dont 17 d'importance fédérale datent des XVIe siècle-XIXe siècle parmi lesquelles :

    De nombreuses églises en bois des XVIIe siècle et XVIIIe siècle sont conservées dans les villages entourant la ville de Kargopol comme l'église de Sretensko-Mikhailovskaïa à Krasnaïa Liaga.

    Le monastère de la Dormition Alexandre Ochevenski se situe à 40 km au nord de la ville de Kargopol.

    Le monastère de l'Ascension du Christ situé 39, rue Akoupova, dans la ville de Kargopol a servi de centre administratif du camp de travail de Kargopollag de 1937 à 1960.

    Patrimoine civil

    Institutions culturelles

    Héraldique

    Personnalités liées à Kargopol

    Bibliographie

    • (ru) G. Dourassov, Каргополье. Художественные сокровища Richesses artistiques »], Moscou, Советская Россия, , 208 p.
    • (ru + en) Уильям Брумфилд/William Brumfield, Каргополь/Kargopol, Moscou, Три Квадрата, , 87 p. (ISBN 978-594607-126-0)
    • Gustaw Herling-Grudziński, Un monde à part, témoignage sur le goulag dans la zone en 1940-1942
    • (ru) Iouri Fiodorovitch Loukine, Новая Архангельская летопись Nouvelle chronique d'Arkhangelsk »], Arkhangelsk, Maison d'édition de l'Université fédérale du Nord (Arctique), , 2e éd., 323 p. (ISBN 978-5-261-01089-0, lire en ligne)
    • (ru) Ksenia P. Guemp, Kargopol, Maison d'édition du Nord-Ouest, , 104 p.
    • (ru) I. B. Jirnova, I.N. Bogatcheva et I.I. Roussanov, Генеральный план городского поселения «Каргопольское» Каргопольского муниципального района Архангельской области Plan général de l'établissement urbain «de Kargopol» du raïon municipal de l'oblast d'Akhangelsk »], t. II, Vologda, (lire en ligne)
    • (ru) Iouri Fiodorovitch Loukine, Écoumène du Nord russe : Novgorod, Solovki, Arkhangelsk, Arkhangelsk, Maison d'édition de l'Université fédérale du Nord (Arctique), , 343 p. (ISBN 978-5-261-01700-4, lire en ligne)
    • (ru) Olga Prigodina (dir.), Lilia Khafizova (dir.) et al., Каргопольское путешествие : семь маршрутов по севернорусской земле с Каргопольским историко-архитектурным и художественным музеем Voyage à Kargopol : Sept itinéraires à travers le nord de la Russie avec le Musée d'histoire, d'architecture et d'art de Kargopol »], Moscou, Vladimir Potanin Charitable Foundation, , 834 p. (ISBN 978-5-905830-51-8)

    Notes et références

    Voir aussi

    Related Articles

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