Khazars
ancien peuple semi-nomade d’Asie centrale
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Les Khazars sont un peuple turcophone des steppes eurasiennes dont l'existence est attestée entre les VIe et XIIIe siècles à la tête du Khaganat Khazar. Potentiellement originaire d'une confédération de tribus turciques, les Khazars émergent dans le contexte des recompositions politiques consécutives à l’effondrement de l’Empire hunnique et à l’expansion des Göktürk.
Au cours du VIIe siècle, ils s’imposent comme l’une des principales puissances de la steppe pontique et du Caucase, contrôlant un territoire stratégique pour le commerce eurasien. Ils contribuent à l'essor de nouvelles voies commerciales de la Volga et reliant la mer Baltique, favorisant une période de stabilité nommée Pax Khazarica. Leurs élites dirigeantes se convertissent au Judaïsme entre le VIIIe et IXe siècle. Toutefois le Kaghanat décline pour être finalement défait par les campagnes menées par Sviatoslav Ier à la tête de la Rus' de Kiev.
Après la disparition du Kaghanat, une partie des Khazars persistent dans la région caucasienne tandis que d'autres groupes s'exilent ou sont assimilés au sein d'autres populations de la région comme les Coumans. Leur héritage historique et culturel reste toutefois discuté, notamment en raison de diverses hypothèses concernant leur rôle dans l’ethnogenèse de certains peuples d’Eurasie et de théories contestées relatives à une origine khazare des Juifs ashkénazes.
Étymologie
L'étymologie du terme khazar reste débatue et repose sur ses nombreuses variantes dans les sources. Cependant, leur similarité permet de restituer un ethnonyme originel sous la forme de *qazar ou *xazar[1]. Il est également possible que le terme fasse d'abord référence l'entité politique khazare avant de désigner un peuple[2]. Plusieurs significations sont données au terme et proviendrait du turc qazmak qui signifie « errer », « nomadiser », « piétiner la terre » ou « être seul dans la steppe »[3],[4],[1]. D'autres propositions existent et sont généralement moins retenues. L'hypothèse d'un rapprochement au titre de César est difficile à soutenir car jamais évoquée par les Byzantins voisins. Un rapprochement avec les Hazaras, reposant sur la signification de « mille » est parfois envisagée, ainsi que celle de la racine turque *qas- désignant ce peuple sous la signification d'« oppresseurs », comme chez les Cosaques et les Kazakhs[1].
| Langue | Nom dans la langue | Transcription en français |
|---|---|---|
| Arabe | al-Hazar | |
| Arménien | Xazir (pl. Xazirk') | |
| Grec moderne | Χάζαροι | Hazaroï |
| Grec ancien | Χάζαροι | Khadzaroï |
| Russe | Хазары | Khazary |
| Ukrainien | Хозари | Khozary |
| Turc | Hazarlar | |
| Hébreu | כוזרים | Kuzarim |
| Tatar de Crimée | Хәзәрләр | Xäzärlär |
| Persan | خزر | Hazar (pl. Hazaran) |
| Syriaque | (pl.) Kazaraye | |
| Latin | Cosri, Chazari, Gazari, Caziri, Gasani | |
Description
Les sources relatives aux Khazars ne permettent pas de représenter convenablement leur apparence physique car les descriptifs sont fortement contrastés. Ibn Saïd les décrit au XIIe siècle comme ayant « le teint blanc, les yeux bleus, de longs cheveux flottants et généralement roux, une haute stature », Al-Birjandi (en) indique quand à lui au XVIe siècle qu'ils sont « extraordinairement beaux et amicaux ». Ces descriptifs tardifs sont directement contrastés par des textes byzantins qui leur donnent des attributs particulièrement négatifs comme étant une « foule affreuse, insolente, à face large, aux yeux sans cils, semblables à des femmes aux cheveux en désordre »[5]. Les textes tardifs opposent également Khazars blancs et Khazars noirs, interprétant que cela correspond à leur couleur de peau, alors que l'étude des textes contemporains permet de comprendre qu'il s'agit d'une désignation sociale et non d'un marqueur ethnique[6].
Les auteurs modernes interprètent ces descriptifs comme proches des traits mongoloïdes, mais pas seulement[7]. Ils affichent une variété d'apparences hysiques avec des traits europoïdes également, caractéristique des populations turcophones. l'anthropologie physique et la génétique tend également à conserver cela. La majorité des tombes identifiées sont dédiées à des individus présentant pour 65% des traits mongoloïdes et pour 35% des traits europoïdes. L'identité génétique reste encore insuffisante et les résultats difficiles à interpréter[8].
Histoire
Origines
Les tribus associées aux Khazars ne constituent pas une entité unifiée mais plutôt une confédération de peuples nomades de la steppe eurasienne, dominée par une composante turcophone. Beaucoup de groupes turcs, tels que les peuples de langues oghoures, qui rassemblent les Saragoures, les Oghours, les Onoghours et les Bulgares, déjà présents au sein de la confédération de Tiele, sont attestés assez tôt dans l'ensemble khazar. Ils ont été poussés vers l'ouest par les Sabires, qui eux-mêmes fuient les Avars et commencent à se répandre dans la zone comprise entre la Volga, la mer Caspienne et la mer Noire dès le IVe siècle. Ils sont notamment mentionnés par l'historien Priscus en 463, lorsqu'ils mènent une ambassade à Constantinople[9],[10]. Tous ces peuples viennent des confins mongols et sibériens et émergent après l'effondrement de l'Empire hunnique. Une alliance de ces tribus turques, rassemblant aussi des peuples iraniens, proto-mongols et paléo-sibériens, triomphent du khanat de Ruanruan en 552 et se dirigent vers l'ouest, amenant avec eux tout un conglomérat multi-ethnique originaire de Sogdiane[11].
L'origine ethnique des Khazars ne fait pas consensus et plusieurs théories sont proposées[12],[13]. La première théorie voudrait qu'il s'agisse des Akatzir, présentés par certains historiens comme des proto-khazars, un groupe hunnique pouvant se retranscrire *Aq Qazar[14],[13]. La seconde théorie en ferait une confédération tribale d'Onoghours, Sabires et peuples turciques[13]. La troisième propose un autre groupe proto-khazars, les Sabires alors implantés au nord du Caucase[12]. La quatrième leur attribue une origine Ouighour. La cinquième propose qu'il s'agisse de Shvetahûna qui auraient migré vers le Caucase et formé une union avec les Sabirs[13].
Au VIe siècle, la confusion est particulièrement grande et il est difficile de suivre précisément les mouvements de recomposition de ces différents peuples, avec l'arrivée des Outigours et des Koutrigoures mais surtout des Avars, qui font véritablement irruption en Europe orientale à partir des années 550 et s'attaquent aux peuples qui y sont présents. Ils sont eux-mêmes bousculés par les Göktürk, un peuple divisé en deux khanats qui, réunis, s'étendent de la mer Noire orientale jusqu'aux confins de la Sibérie orientale[15].
Khaganat khazar

Au cours des premières décennies du VIIe siècle, Ziebil (en) parvient à stabiliser le Khaganat turc occidental mais, dès sa mort, il se dissout après avoir été un allié précieux des Byzantins face aux Sassanides[16]. En effet, il subit la pression intense des armées de la dynastie Tang qui pénètre en Asie centrale. Deux fédérations émergent de cet effondrement, composées chacune de cinq tribus. Pendant un temps, elles s'opposent aux Tang dans le Turkestan oriental tandis qu'à l'ouest, deux États nomades apparaissent : l'Ancienne Grande Bulgarie dirigée par Koubrat et la confédération Nushibi. Koubrat devient le principal rival des Avars dans la région du Kouban alors que le khaganat des Khazars commence à se structurer, plus à l'ouest, probablement dirigé par un rejeton des Ashinas. Si les Tang s'imposent en Orient, en Occident tant les Bulgares que les Khazars dominent la steppe[17]. Une tradition historiographique remontant au XIXe siècle établit la fondation indépendante d'un Khaganat Khazar en 626, cependant le souverain identifié est en réalité toujours sujet du Khaganat turc occidental[18].
Finalement, les Khazars s'imposent et les Bulgares se soumettent ou bien décident de pénétrer plus loin vers les Balkans, sous la direction d'Asparoukh qui défait les Byzantins lors de la bataille d'Ongal, à l’été 680[17]. Le clan dominant au sein de cette confédération semble être celui des Ashinas, issu du khaganat turc occidental[19],[20],[21]. Néanmoins, l’historien Constantin Zuckerman est plus sceptique sur le rôle des Ashinas dans la fondation de l'ensemble khazar[22]. Golden note que les sources chinoises et arabes concordent et fait l'hypothèse que leur chef pourrait être Irbis Seguy qui disparaît vers 651, rattaché au clan des Nushibis[23].
C'est donc sur les décombres d'un empire steppique que se constitue celui des Khazars. Après s'être imposé sur la région de la basse Volga jusqu'aux espaces entre le Danube et le Dniepr, le khaganat des Khazars devient la force dominante de la steppe eurasiatique vers 670[24]. Selon Omeljan Pritsak, la langue de la fédération bulgare devient la lingua franca de l'Empire khazar, qui impose une sorte de Pax Khazarica[25]. La Khazarie domine alors le commerce de la région, permettant aux marchands venus d'Europe de transiter à travers les vastes plaines de l'Europe orientale en sécurité[26].
Les guerres arabo-khazares animent fortement le Khaganat Khazar qui s'allie à l'Empire byzantin[27]. Dès 721, le conflit s'ouvre clairement pour le contrôle de Derbent[28]. En 724, une contre-offensive musulmane permet d'intégrer l'Ibérie du Caucase au Califat et il faut attendre 729 pour que les Khazars reprennent le contrôle du nord-est de la Transcaucasie et s'enfoncent dans l'Azerbaïdjan iranien jusqu'à Mossoul. En 737, une expédition musulmane s'enfonce à son tour dans le Khaganat[29] et oblige le Khagan à se convertir à l'islam, cependant l'instabilité au sein des Omeyyades et le soutien des Byzantins lui permet de reprendre rapidement son indépendance[30]. La conversion au Judaïsme, vers 740, pourrait être effectuée en réaction à la conversion forcée à l'Islam[31].

Au terme de ces guerres, l'Empire khazar traverse une période de prospérité. La Pax Khazarica désigne cet épisode de stabilité et de tolérance politique qui favorise la sécurité et le maintien de l’ordre dans les steppes pontiques et le Caucase. Ce qui renforce dès lors l'influence khazare sur le commerce réseau trans-eurasien de la route de la soie[32]. Quelques conflits surviennent encore avec la puissance arabo-musulmane[33] tandis que, du côté byzantin, l'alliance est préserver afin de se prémunir des varègues[34]. En 830, cette alliance se renforce avec la construction, par Théophile, de la forteresse de Sarkel à la croisée des deux empires et ce afin de résister aux groupes Magyars, Petchénègues ou Varègues[35]. La politique extérieure khazare semble avoir un temps tiré avantage de la présence varègue, formant un Khaganat Rus'[36].
Cependant, à partir de la seconde moitié du IXe siècle, les tensions aux frontières augmentent et la Rus' de Kiev d'Oleg le Sage devient un acteur indépendant de la région[37]. L'alliance khazaro-byzantine disparait également au début des années 900. Constantin VII Porphyrogénète, l'auteur du De administrando Imperio, s'interroge sur la meilleure manière d'isoler les Khazars. Les Byzantins commencent à s'allier avec les Petchénègues et les Rus' avec des fortunes diverses. Dans le même temps, les échanges connaissent une évolution sensible dans la région car les Musulmans fondent des routes commerciales qui les mettent directement en contact avec des Bulgares de la Volga convertis à l'islam, sans passer par la Khazarie. Cette dernière pourrait avoir vu une chute de près de 80 % de ses revenus commerciaux, ce qui a des conséquences drastiques sur son équilibre[38]. Dans ces conflits, les Rus' sont utilisés comme mercenaires par l'un et l'autre pouvoir. En 941, les khazars soutiennent le déclenchement du raid Rus sur Constantinople. Et, à l'inverse, les Byzantins soutiennent une expédition Rus vers Barda en territoire khazar en 943[39].
Disparition

Le terme « Khazar », en tant qu'ethnonyme, est employé pour la dernière fois au XIIIe siècle par des populations du Caucase du Nord que l'on croyait de confession juive[40]. La nature d'une hypothétique diaspora khazare, juive ou autre, est sujette à controverse. Avraham ibn Daud mentionne avoir rencontré des étudiants rabbiniques d'origine khazare jusqu'à Tolède, dans les années 1160[41]. De nombreux mercenaires khazars servent dans les armées des califats islamiques et d'autres États. Des documents de Constantinople attestent de l'existence d'une communauté khazare mêlée aux Juifs de la banlieue de Péra[42]. Des marchands khazars sont actifs à Constantinople et à Alexandrie au XIIe siècle[43].
Les Khazars contribue à l'ethnogenèse de nombreux peuples, notamment les Hazaras, les Magyars, les Kazakhs, les Cosaques du Don et de Zaporijia, les Koumyks, les Krymtchaks, les Karaïtes de Crimée, les Csángós, les Juifs des montagnes et les Subbotniks[44],[45],[46].
À la fin du XIXe siècle, le mythe khazar émerge et suppose que le noyau des Juifs ashkénazes modernes descend d'une hypothétique diaspora juive khazare. Les études linguistiques et génétiques n'ont pas confirmé cette théorie et, malgré quelques rares appuis, la plupart des chercheurs la considèrent avec un scepticisme considérable[40],[47]. Cette théorie est parfois associée à l'antisémitisme[48].


Société
Généralités
Le nomadisme des Khazars s'atténue lors de la formation du Khaganat Khazar. En effet, ceux-ci s'implante à proximité et au sein des populations urbaines de sites préexistants. Toutefois, un mode de vie semi-nomade semble préservé avec une activité dans les steppes du printemps à l'automne[49].
Les Khazars commercent, en Eurasie, avec ou sans Radhanites, du miel, des fourrures, de la laine, du mil et d'autres céréales, du poisson et des esclaves (slaves). La production en Khazarie relève de la poterie et de la verrerie, de la colle de poisson (ichtyocolle) et de l'élevage (moutons, bétail, et produits dérivés)[50].
Tribus khazares
Un système de caste suggère une distinction, raciale ou sociale, entre les « Khazars blancs » et « Khazars noirs »[51].
Le géographe médiéval persan Istakhri avait établi une différence raciale entre ces deux castes: « les Khazars ne ressemblent pas aux Turcs. Ils ont les cheveux noirs et sont de deux sortes : les Khazars Noirs (Kara-Khazars) qui ont le teint basané ou très sombre comme certains Indiens, et les Khazars Blancs (Ak-Khazars), qui sont d'une beauté frappante. »[52], mais rien ne semble corroborer cette thèse[53], peut-être extrapolée des termes « noirs » et « blancs » qui renvoient en réalité à une symbolique spatiale (« noir » pour le nord, « blanc » pour le sud — voir plus tard les Kara Koyunlu, Moutons noirs turcomans, et Ag Koyunlu, Moutons blancs turcomans)[54].
Religion
Origines tengristes ou zoroastriennes
La religion d'origine des Khazars reste incertaine. De par leur origine culturelle turque, il est supposé qu'ils pratiquent le tengrisme. Cependant, les associations au culte tengriste se font généralement en les comparant à d'autres groupes. Et lorsque les sources contemporaines les décrit directement, elles les rapprochent plutôt d'un culte zoroastrien. Shams al-Din al-Ansari al-Dimashqi indique notamment qu'ils « n'admettent pas qu'il y a un Dieu au ciel » contrairement au culte tengriste turc[55].
Lors de leur implantation, ils font l'objet d'un prosélytisme chrétien, plus de l'Arménie et de l'Albanie que de Byzance, ainsi que d'une pression musulmane, avec des conversions de la population lors des invasions omeyyades. Le bouddhisme exerce également une certaine influence[56]. Les premiers contacts avec le judaïsme auraient eu lieu avec des marchands juifs venus de Byzance[57], ou par le biais des populations grecs judaïsées de Crimée.

Conversion au judaïsme
Les Khazars sont notamment connus pour la conversion de la dynastie régnante et d'une partie de la population au judaïsme[58]. Cependant, ce point fait l'objet de violentes controverses, repose sur des sources contradictoires et des éléments falsifiés à l'origine du mythe khazar[59]. Pour comprendre cette conversion, il faut rappeler que les élites nomades turcophones ont tous adopté au Moyen-Âge une religion à vocation universelle : l'Islam, le Bouddhisme ou le Christianisme. Dans le cas des Khazars, leur emplacement à la croisée du christianisme et de l'Islam pourraient avoir soutenu un choix d'ordre stratégique par l'élite dirigeante de se dissocier de toute forme de tutelle religieuse extérieure[60].
Concernant la date et le contexte de la conversion au judaïsme, les sources sont contradictoires et contiennent des éléments chronologiques mythiques mêlés à des éléments historiques. Une hypothétique première phase de conversion des élites débute vers 737 jusque 830[61],[62],[57]. Les années 830 correspondraient à une nouvelle phase d'affirmation judaïque par les élites, attesté par les pièces de monnaies. Puis enfin une dernière étape après 861 et surtout au tournant du Xe siècle avec la diffusion et l'adoption par la population khazare[61]. Toutefois, dans le cadre de la controverse sur l'origine khazare des Ashkénazes mentionnée plus bas, la réalité de cette conversion a été contestée par des historiens sionistes, notamment en 2013 par le professeur Shaul Stampfer (en) de l'université hébraïque de Jérusalem[63],[64].
La diffusion et l'implication des coutumes juives par la population khazare reste complexe à déterminer. Cependant, la politique de tolérance religieuse et les stèles découvertes démontrent que le judaïsme pratiqué par les khazars est non seulement allégé sur le plan des lois et coutumes, mais également syncrétique avec les rites nomades [65].
Rites
Les motifs décoratifs révélés par l'archéologie mettent en avant des symboles solaires et quelques personnages, mais l'interprétation est encore incertaine. Des amulettes sont également identifiées dans les tombes associées à la culture de Saltiv[66]. La variété des types funéraires sont à associer à la multiplicité ethnique au sein du Kaghanat. Les catacombes reprennent les rites alains, les tombes en simple fosse les rites bulgares. Dans le cas des khazar, ils seraient inhumés dans des tombes individuelles sous kourgane. Le défunt est accompagné de mobilier et d'un cheval empaillé. aucune tombe de Khagan n'a été clairement identifiée[67]. Des monuments sacrificiels existent également dans lesquels des rites nomades sont pratiqués. Ces différentes pratiques persistent après la diffusion du christianisme, de l'islam et du judaïsme[68].
Langue
Le khazar est la langue présumée des Khazars et dont l'écriture n'est connue que par de brèves inscriptions rédigées en alphabet runique. Cette écriture aurait été liée à d'autres groupes turcophones comme les Magyars et les Avars. Aucune tentative de traduction ne fait consensus à ce jour. En l'absence de quantité d'écritures, l'étude et l'identification de la langue s'effectue par les sources externes qui l'associent aux langues turciques dans laquelle se confrontent plusieurs hypothèses, notamment celle d'une langue oghoure ou d'une branche proto-bulgare, voire carrément d'une langue oghouro-bulgare[69].
Historiographie

Les Khazars ont un statut controversé dans l'historiographique du fait de leur conversion au judaïsme alléguée par des sources médiévales et dont la réalité et l'importance restent l'objet de débats. Présentés ou revendiqués comme ancêtres de diverses populations, dont les Ashkénazes, ces théories relèvent pour certaines de mythes d'après Iaroslav Lebedynsky : « [elles] ont parfois des implications politiques très actuelles, parasitent, voire discréditent, l'étude d'un sujet pourtant important »[70].
L'historiographie khazare est étroitement liée à celle du Khaganat Khazar puisque l'essentiel des sources contemporaines concernent l'empire, ses relations et ses batailles. Les informations relatives au judaïsme khazar proviennent des auteurs musulmans tandis que les textes byzantins, arméniens et géorgiens n'en font aucune mention. Les principales sources contemporaines, souvent appelée judéo-khazare, sont des documents hébreu supposés émaner du milieu khazar, comme la correspondance khazare. L'authenticité de ces documents est encore fortement débatue[71]. Une autre source problématique est la Chronique de Gazi-Baradj relatant l'histoire des proto-Bulgares, étroitement liés aux Khazars, mais composé tardivement et sans certitude dans la première moitié du XIIIe siècle[72]. L'essentiel des sources historiques provient dès lors des documents byzantins, arabes, iraniens, caucasiens, syriaques et slaves orientaux[72].
Plusieurs courants ou écoles historiographiques se distinguent dans l'étude des Khazars au XIXe siècle. L'école dites hongroise se concentre sur l'étude linguistique des langues altaïques et ouraliennes, donnant un éclairage sur le khazar ainsi que le proto-bulgare dès le début du XXe siècle. Les travaux de l'école hongroise permettent d'apporter une approche nouvelle à la compréhension linguistique sans se concentrer spécifiquement aux Khazars[73]. Le courant de l'historiographie russe et de la question khazare prend ici une approche plus historique visant à mettre en lumière les origines de l'État Russe et de la Rus de Kiev. Les travaux du XIXe siècle mettent en perspective les Rus' et les Khazars, afin de déterminer l'importance de ces derniers dans la constitution des premiers. De nombreux travaux de traductions sont réalisés. Cependant, ce courant continue durant l'ère soviétique à perpétuer la vision d'une communauté slave indépendante qui lutte contre les barbares nomades. L'influence khazare est donc particulièrement réduite et considérée comme néfaste, et plusieurs données majeures catégorisées comme des mythes - notamment sur la question de la tolérance religieuse[74].
Au XXe siècle, plusieurs publications majeures se concentrent sur l'étude des Khazars et de leur Khaganat. Le premier ouvrage, publié en 1936 par Mikhaïl Artamonov, se concentre sur les origines des khazars. Abraham Polak publie en 1942 plusieurs travaux ainsi qu'une monographie importante qui se trouve au coeur du débat sur l'origine des Ashkénazes. Ananiasz Zajaczkowski entame des travaux offrant un éclairage sur les relations linguistiques entre les Khazars, les Coumans et les Karaïmes. L'ouvrage The history of the Jewish Khazars de Douglas Morton Dunlop (en) est souvent considéré comme le véritable commencement de l'étude moderne des Khazars reposant sur un matériel pluridisciplinaire[75].
Les données archéologiques associent les Khazars à la culture de Saltiv (en) qui se développent dans la steppe pontique dès le VIIIe siècle. Elle présente de nombreux sites et un matériel abondant qui correspond à la domination politique des Khazars. Elle se divise également en d'autres groupes locaux intégrant les Proto-Bulgares et aux Alains. Ces données n'ont livré que de rares exemples illustrants le judaïsme khazar[76].
Mythes et théories
Origine khazare des Cosaques
Le mythe liant l'origine des Cosaques d'Ukraine aux Khazars remonte au XVIIe siècle. Cette thèse repose sur la ressemblance étymologique entre les mots ukrainiens Cosaques (kozaky) et Khazars (Kozary). S'il est probable que les deux termes aient une même racine turque, le lien évoqué par Mathias Strykowski en 1582 n'est qu'hypothétique. Ce mythe est repris par la suite par Ioanikii Galiatovsky dans Synopsis de Kiev (1674) et Trésor nécessaire (1676), puis dans les textes liturgiques de Dimitri de Rostov qui présente les Khazars comme des slaves orientaux[77].
La théorie prend un tournant politique au XVIIIe siècle dans les chroniques de Hrabianka (en), dans la Constitution de Pylyp Orlyk et l'Histoire de la Rus qui établissent l'ancienneté de la revendication cosaque sur base de leur ancêtre Khazar. Cet emploi politique a pour objectif de doter les Cosaques d'ancêtres prestigieux. Ce Khazarisme réapparait chez les néo-cosaques dans les années 1990 en Russie[77].
Théorie de la continuité Rus'
Au XIXe siècle une théorie fait de la Rus' de Kiev un État slave qui a été en mesure de tirer le meilleur du modèle du Kaghanat khazar. Au travers du prisme de la recherche russe, les Khazars sont dépeints comme des nomades asiatiques ennemis héréditaires des slaves orientaux et dont le fonctionnement politique n'est qu'artificiel. Cette théorie est fortement influencée au XXe siècle par l'historiographie soviétique marquée par une ambiance politique et intellectuelle anti-juive. Elle vise à renforcer l'identité slave en indépendance de l'influence khazare[78].
En opposition à cette théorie, les auteurs du XXIe siècle soulignent qu'il existe très probablement un lien de filiation politique entre le Kaghanat khazar et la Rus de Kiev, notamment par l'emploi du titre de Kaghan; l'emblème ukrainien proche des tamga, la diarchie originelle kiévienne et leur système successoral. Ce titre est d'autant plus attesté qu'il suggère l'existence d'un Khaganat de la Rus' antérieur à la Rus' de Kiev. Enfin, l'idée de la conception même de Kiev est parfois associée aux Khazars qui y aurait construit un fort pour contrôler les Polianes, cependant il ne semble pas être à l'origine de la construction d'une ville à cet endroit. Toutefois, la Rus' de Kiev n'est pas à concevoir comme une réincarnation slavo-scandinave du système politique khazar, mais bien comme un État qui le supplante[78].

Panturquisme
Le Kaghanat khazar est repris comme l'un des « seize empire turcs », concept inventé en 1969 et adopté par l'État turc sous la présidence de Kenan Evren. Cette revendication est à l'origine de plusieurs éléments de reconstructions historiques comme l'invention d'un drapeau du khaganat khazar. Le bleu du drapeau est associé au Tengri tandis que les cinq étoiles représenteraient les cinq livres de la Torah. Le symbole serait quant à lui un instrument de circoncision[79].
Origine khazare des Juifs ashkénazes
La théorie de l'origine khazare ashkénaze ou mythe khazar pour ses opposants[80] [81] est une hypothèse historique obsolète qui postule que les ashkénazes descendent principalement, ou en grande partie, des juifs Khazars, ayant subi une diaspora à la suite de la chute du Khaganat khazar[82]. Cette hypothèse est encore parfois utilisée dans des théories du complot antisémites et dans diverses approches antisionistes[83].
À la fin du XIXe siècle, Ernest Renan et d'autres chercheurs ont émis l'hypothèse que les Juifs ashkénazes d'Europe descendent de réfugiés ayant migré vers l'ouest, fuyant l'effondrement du khaganat. Bien que cette hypothèse ait été évoquée sporadiquement par plusieurs chercheurs depuis lors, elle a acquis une notoriété beaucoup plus large avec la publication de l'ouvrage d'Arthur Koestler, La Treizième Tribu en 1976[84] [82]. Elle a été récemment remise au goût du jour par le généticien Eran Elhaik, qui a mené en 2013 une étude visant à la confirmer[85].
La génétique n'est pas parvenue à mettre en évidence une origine khazare et certains généticiens concluent que ce lien est improbable car aucun marqueur de la région du Caucase n'a été identifié[86]. Atzmon et al. ont mis en évidence un mélange d'origines proche-orientales et sud-européennes/méditerranéennes chez les Ashkénazes, sans toutefois exclure un certain métissage avec des populations khazares et slaves après l'an 100[87] [86]. Xue et al. estiment qu'une origine exclusivement khazare/turque/moyen-orientale est hors de question, compte tenu de la complexité des métissages ashkénazes[88].
Certains antisionistes invoquent l’hypothèse khazare pour tenter de discréditer la revendication des Juifs modernes sur la Terre d’Israël[89]. L’hypothèse khazare est également parfois invoquée dans des arguments antisémites promus par les adeptes de divers mouvements et idéologies pour exprimer la croyance que les Juifs modernes ne sont pas de véritables descendants des Israélites[90],[91].
Le terme « Khazar » est parfois utilisé comme code pour désigner les Juifs dans des discours conspirationnistes, présentant certains d'entre eux — comme les Rothschild, Soros ou Kissinger — comme membres d'une supposée « mafia khazare » contrôlant les affaires mondiales[92],[93].