Khyan
pharaon égyptien de la XVème dynastie
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Khyan (ou Séouserenrê) est un souverain Hyksôs de la XVe dynastie.
| Khyan | |||||||
Sculpture de lion découvert à Bagdad avec un cartouche au nom de Khyan - British Museum (EA 987). | |||||||
| Nom en hiéroglyphe | |||||||
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| Transcription | Ḫyȝn | ||||||
| Période | Deuxième Période intermédiaire | ||||||
| Dynastie | XVe dynastie | ||||||
| Fonction principale | roi | ||||||
| Successeur | Yanassi ou Apopi ? | ||||||
| Famille | |||||||
| Enfant(s) | ♂ Yanassi | ||||||
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Attestations
Le roi est attesté par un certains nombres de documents[1] :
- un récipient en pierre découvert à Hattusa (Turquie), conservé au Musée des civilisations anatoliennes (num. inv. 19513),
- une sculpture de lion, découverte à Bagdad (Irak), conservée au British Museum (EA 987),
- un couvercle de jarre, découvert à Cnossos (Grèce), conservé au Musée archéologique d'Héraklion (num. inv. 263),
- une stèle fragmentaire où est mentionné le « fils aîné du roi » Yanassi et sur laquelle se trouve une dédicace lacunaire à un dieu, probablement Seth ; elle a été découverte à Tell el-Dab'a et est conservée au Musée égyptien du Caire (TD-8422 [176]),
- une statue de la XIIe dynastie usurpée découverte à Tell Basta et conservée au Musée égyptien du Caire (JE 28574 = CG 389),
- une colonnette en granite au temple d'Hathor à Gebelein et conservée au Musée égyptien du Caire (JE 30392),
- de nombreux sceaux-scarabées, sceaux-cylindres et scellements, découverts à Gezer, Tell Zafit, Ezbet Rushdi, Tell el-Dab'a, Tell el-Yahoudieh, Gizeh, Saqqarah, Abousir el-Melek (en)[Note 1].
- Objets inscrits au nom de Khyan
- Statue de la XIIe dynastie usurpée par Khyan
- Scarabée dans une bague au nom du « fils de Rê » Khyan
Règne
Selon Manfred Bietak, le règne de Khyan marque l'apogée du royaume hyksôs[2]. D'après cette hypothèse, Khyan régnait directement sur la Basse et la Moyenne-Égypte jusqu'à Cusae et exerçait une domination indirecte sur la vallée du Nil jusqu'à Thèbes[3], contraignant les royaumes égyptiens autochtones, notamment ceux de la XVIe dynastie et de la dynastie d'Abydos (en admettant son existence), à devenir des États vassaux[4]. À l'époque de Khyan, les relations entre les Hyksôs et leurs vassaux égyptiens étaient probablement pacifiques, axées sur les échanges commerciaux et incluant peut-être même des donations aux sanctuaires de Haute-Égypte, comme celui de Gebelein, où une colonnette portant le nom de Khyan (ainsi qu'un linteau en calcaire d'Apopi) a été mise au jour[5]. Ces affirmations sont toutefois contestées. Pour Alexandre Ilin-Tomich, le territoire directement gouverné par les rois hyksôs d'Avaris se limitait probablement à l'est du delta et la nature et l'étendue de leur contrôle sur la Moyenne-Égypte demeurent incertaines[6]. Quant aux blocs précédemment mentionnés, ils pourraient avoir été emporté là après le pillage d'Avaris par les armées thébaines lors de leur victoire sur les Hyksôs[7],[8].
Origine du nom
Kim Ryholt note que le nom Khyan a généralement été « interprété comme Hayanou amorite (prononcé h-ya-a-n), ce que la forme égyptienne représente parfaitement, et c'est très probablement l'interprétation correcte. » Il convient de souligner que le nom de Khyan n'était pas original et était utilisé depuis des siècles avant la XVe dynastie. Le nom Hayanou est mentionné dans les listes royales assyriennes « pour un ancêtre lointain de Samsi-Addu (vers 1800 av. J.-C.)[9]. »
Famille
Une stèle de Khyan mentionnant le « fils aîné du roi » Yanassi a été découverte à Avaris[10]. L'égyptologue danois Kim Ryholt, qui a publié un catalogue exhaustif des monuments de tous les nombreux rois de la Deuxième Période intermédiaire, relève un détail personnel important concernant la famille de ce roi : l'association de Khyan avec ceux de son fils aîné sur cette stèle suggère que Yanassi était en réalité son successeur désigné, comme le suggère également son titre[11]. Si certains chercheurs, comme Claude Vandersleyen, considèrent que ce Yanassi lui a bien succédé (il s'agirait du Iannas de Manéthon)[12], Ryholt considère qu'il n'a jamais régné et qu'Apopi serait un usurpateur ayant succédé directement à Khyan[11]. Cependant, la proximité chronologique entre les deux rois est remise en cause par d'autres chercheurs (voir ci-après).
Position chronologique
Les sources historiques (Canon royal de Turin, Ægyptiaca de Manéthon) tendent à montrer que la XVe dynastie avait six rois. Cependant, à l'exception d'Apophis et peut-être Yanassi, aucun des noms présents dans la liste ne correspond de près ou de loin avec les noms attestés par l'archéologie, et particulièrement le roi Khyan. Ainsi, les chercheurs ont publié plusieurs chronologies, dont Claude Vandersleyen[13] qui le place en troisième position, où se trouve Apakhnas/Pakhnan selon Manéthon, tandis que Kim Ryholt[14] le place en quatrième position, où se trouve Apophis/Staan selon Manéthon (la mention d'Apophis dans la version de Flavius Josèphe doit être une inversion avec le cinquième nom, Iannas, qui rapelle le nom du fils aîné de Khyan, nommé Yanassi[12],[15]).
Ryholt est considère que Khyan est le prédécesseur direct d'Apopi (ou Apophis), et exclut donc Yanassi de la succession royale[15], contrairement à Vandersleyen[12]. Cependant, les recherches les plus récentes, portant sur la chronologie des sceaux-scarabées, tendent à montrer que le roi est bien plus ancien que Apopi[16],[17],[6] ; ainsi Daphna Ben-Tor propose la chronologie relative suivante[18] :
- Groupe 1 : Khyan et Méryouserrê Yâqoub-Har,
- Groupe 2 : Maâibrê Shéshi,
- Groupe 3 : Âahéteprê (= Âmmou ?), Sékhâenrê (= Yakbim ?), Khâouserrê (= Qareh ?) et Nébououserrê (= Yaâmmou ?),
- Groupe 4 : Âaouserrê Apopi.
La position précoce de Khyan au sein de la XVe dynastie semble être confirmée par de nouvelles découvertes archéologiques à Edfou. Sur ce site, des empreintes de sceaux de Khyan ont été trouvées à proximité immédiate de celles du roi Khâneferrê Sobekhotep de la XIIIe dynastie, suggérant que les deux rois auraient pu régner à peu près simultanément[19]. Les chercheurs Moeller et Marouard évoquent la découverte, dans la région orientale de Tell Edfou, d'un important bâtiment administratif du début de la XIIe dynastie, qui fut utilisé sans interruption jusqu'au début de la Deuxième Période intermédiaire, avant d'être abandonné sous la XVIIe dynastie, lorsque ses vestiges furent recouverts par une vaste cour-silo. Les fouilles menées par des égyptologues en 2010 et 2011 sur les vestiges d'un ancien édifice de la XIIe dynastie, également utilisé sous la XIIIe dynastie, ont permis la découverte d'une grande salle attenante. Celle-ci contenait 41 sceaux portant le cartouche du souverain hyksôs Khyan, ainsi que 9 sceaux mentionnant le nom du roi Khâneferrê Sobekhotep de la XIIe dynastie. Comme l'écrivent Moeller et Marouard : « Ces découvertes, issues d'un contexte archéologique sûr et scellé, soulèvent de nouvelles questions quant à l'évolution culturelle et chronologique de la fin du Moyen Empire et du début de la Deuxième Période intermédiaire[20]. » Ces conclusions sont contestées par Robert Porter, qui soutient que Khyan a régné bien après Khâneferrê Sobekhotep et que les sceaux d'un roi étaient utilisés longtemps après sa mort. Il propose également que Khâneferrê Sobekhotep ait régné bien plus tard qu'on ne le pensait auparavant[21].
Presque toutes les analyses au carbone 14 de matériaux liés à la Deuxième Période intermédiaire donnent des dates en moyenne 120 ans plus anciennes que celles prévues par la reconstitution chronologique dominante de la XVe dynastie. Bien que le débat se poursuive, les égyptologues reconnaissent la validité de ces observations et le fait qu'elles révèlent une anomalie majeure dans le consensus établi jusqu'alors. Le règne de Khyan n'est plus daté avec précision. L'égyptologue David Aston a démontré que les preuves disponibles sont compatibles avec un règne de Khyan entre 1700 et 1580 avant J.-C., la date ancienne étant son scénario privilégié[22]. L'hypothèse selon laquelle un ou plusieurs rois auraient régné entre lui et Apophis est désormais dominante.
