Légion des volontaires français contre le bolchevisme

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La Légion des volontaires français contre le bolchévisme, dite Légion des volontaires français (LVF), ou « Infanterie Regiment 638[1] » en allemand pour sa partie combattant au sein de la Wehrmacht, est une organisation créée le , quinze jours après le déclenchement de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne[2]. Elle se donne pour but de soutenir l'Allemagne dans l'opération Barbarossa contre l'URSS par l'envoi de troupes françaises aux côtés de la Wehrmacht.

Création
Dissolution
PaysFrance
AllégeanceDrapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Faits en bref Création, Dissolution ...
Légion des volontaires français, (LVF)
Infanterie Regiment 638
Image illustrative de l’article Légion des volontaires français contre le bolchevisme
Avers et revers du drapeau de la LVF.

Création
Dissolution
Pays France
Allégeance Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Rôle Combattre aux côtés du Troisième Reich sur le Front de l'Est
Effectif 6 500
Fait partie de 7e division d'infanterie et WehrmachtVoir et modifier les données sur Wikidata
Guerres Seconde Guerre mondiale
Commandant historique Edgar Puaud
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Elle est créée et promue par des partis collaborationnistes français, notamment le Rassemblement national populaire (RNP), le Parti populaire français (PPF), la Ligue Française et le Mouvement social révolutionnaire (MSR).

Au cours de son existence, l'« Infanterie Regiment 638 » ne combat sur le front de l'est qu'à l'automne 1941, puis à l'été 1944. L'essentiel des combats, entre ces deux dates, est mené contre les partisans soviétiques, les actions de la LVF s'inscrivant dans la stratégie de Bandenbekämpfung ("lutte contre les bandits) de l'armée allemande. Dans ce contexte, la LVF se livre à de nombreux pillages et massacres, et participe à la Shoah par balles[3].

En septembre 1944, sa partie combattante, l'« Infanterie Regiment 638 », est dissoute sur décision des Allemands et ses effectifs sont principalement intégrés à la Division SS Charlemagne. La LVF utilisait comme étendard le drapeau tricolore français[4].

Contexte

En juin 1940, la France est vaincue par l'Allemagne d'Hitler, et signe une convention d'armistice le 22 juin, pensée comme le prélude à un traité de paix[5]. Son armée est limitée à 100 000 hommes en zone libre. Rapidement, le gouvernement de Vichy, dirigé par Pierre Laval, prend la voix de la collaboration avec l'occupant allemand, tout en maintenant une position de neutralité militaire.

À Paris, en zone occupée, des figures collaborationnistes émergent, s'appuyant sur des formations politiques préexistantes ou nouvellement créées : les plus importantes sont le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, le Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, la Ligue Française de Pierre Costantini, le Mouvement social révolutionnaire (MSR) d'Eugène Deloncle et le Parti Franciste de Marcel Bucard. Ces partis ont en commun d'adhérer à une idéologie fasciste, et de vouloir aller plus loin que le Vichy dans le rapprochement avec l'Allemagne, en souhaitant dépasser la position de neutralité pour s'engager franchement du côté de du Reich.

Le 22 juin 1941, l'Allemagne, rompant le pacte de non-agression signé en 1939, déclenche l'opération Barbarossa pour conquérir l'URSS.

Création de la LVF

Manifeste publié dans Le Matin du . De gauche à droite : Costantini (Ligue française), Déat (RNP), Deloncle (MSR) et Doriot (PPF).

L'idée de créer une légion de volontaires français pour soutenir l'Allemagne est évoquée par Jacques Doriot dès le 22 juin 1941, mais c'est finalement Marcel Déat et Eugène Deloncle qui se rapprochent d'Otto Abetz pour créer l'association le 7 juillet. Ils obtiennent pour cela l'autorisation de Pétain et d'Hitler.

Le lendemain, le 8 juillet 1941, Jacques Doriot, dans son journal Le Cri du peuple célèbre la création de la LVF dans ces termes :

« La croisade contre le bolchévisme donne son véritable sens à la guerre actuelle. Il était impossible que la France en fût absente. Encore sous le coup de la défaite, en proie aux attaques criminelles de l'Angleterre contre l'Empire, il n'est pas possible de lui demander une intervention officielle dans la guerre contre Staline. Ce que la France officielle ne peut pas faire, des groupements divers l'ont réalisé avec la sympathie du Maréchal Pétain et de l'amiral Darlan. [...] En participant à l'écrasement du bolchévisme, la "Légion des Volontaires Français" permettra à la France de reprendre sa place comme grande puissance européenne. »[6]

Les autres journaux collaborationnistes se font également le relai de la création de la LVF.

Si les fondateurs de la LVF se félicitent de l'appui du Maréchal Pétain et de celui d'Hitler, ces soutiens sont en réalité très réservés. Vichy d'une part ne donne pas d'appui militaire, et interdit l’engagement aux officiers en congé d’armistice. Hitler, d'autre part, refuse que la création de la LVF entraîne une quelconque obligation envers le gouvernement français et que son effectif dépasse les 15 000 hommes[7].

Recrutement

Affiche de propagande de la LVF.

Le recrutement débute officiellement le 7 juillet. D'abord en Île-de-France dans une soixantaine d'anciens commerces israélites, puis dans 320 centres en zone occupée. En zone libre, le premier bureau est ouvert à Marseille le 10 juillet.

La propagande s'empare du sujet et les partis communiquent des chiffres très exagérés. Déat parle dans L'Œuvre de plus de 10 000 volontaires inscrits rien qu'en zone occupée le [8].

Le 18 juillet, les fondateurs de la LVF organisent un grand rassemblement au Vélodrome d'Hiver, lors duquel, devant une foule de 15 000 personnes, les figures du fascisme français se succèdent à la tribune pour exhorter les Français à s'engager dans la LVF[9]. Les images de ce meeting sont ensuite diffusées par la propagande.

Les freins au recrutement

Dans les faits, le recrutement est extrêmement compliqué. Il est difficile de convaincre la population d'aller combattre dans des conditions extrêmement difficiles sur le front de l'est, au sein d'une armée perçue comme ennemie. Le 21 août, on apprend que la LVF portera l'uniforme allemand et prêtera un serment de fidélité à Hitler : cette allégeance crée des réticences même parmi les engagés[10]. Le recrutement donne lieu à des escroqueries, certains engagés disparaissant après avoir touché une solde. Ces fraudes ne sont pas punissables comme des désertions, la LVF n'étant pas une autorité militaire mais une association.

Côté allemand, il y a peu d'enthousiasme à investir dans cette opération qui nécessiterait de former des hommes n'ayant, pour la plupart, aucune expérience du combat et manquant de discipline. C'est pourquoi les conditions de recrutement imposées sont draconiennes et écartent les deux tiers des candidats. Sur les 100 000 combattants espérés au départ par les créateurs de la LVF, seuls 12 000 sont enrôlés[réf. nécessaire].

Face à cette situation, les partis réagissent en promettant monts et merveilles aux Français, comme la libération de deux prisonniers de guerre en échange d'un soldat à la LVF[réf. nécessaire].

Critères de recrutement et rémunération

Les critères de recrutement sont précis. Diverses conditions sont exigées des postulants :

  • être Français de « souche aryenne » ;
  • avoir un casier judiciaire vierge.
  • avoir entre 18 et 45 ans pour les soldats, jusqu'à 45 ans pour les officiers[10] ;
  • avoir une excellente condition physique, mesurer au moins 1,60 m, avoir une bonne vision et une excellente denture.

Ces critères ne sont en fait pas toujours respectés. Ainsi, quelques Noirs antillais (Norbert Désirée par exemple) et des Maghrébins (dont Saïd Mohammedi) se retrouvent sur le front de l'Est, et le plus jeune engagé dans la première vague de recrutement a 15 ans[9].

À Radom, les Allemands purgent l'unité des militants politiques les plus importants ainsi que du personnel russe blanc, arabe et africain dont l'enrôlement était déjà interdit[11],[12].

Les soldes, les mêmes que celles des soldats allemands, sont réglées par le Reich. Un soldat célibataire touche 1 200 francs par mois, 2 400 francs s'il est au front (un ouvrier gagne en France environ 25 francs par jour travaillé, soit environ 650 francs par mois[13]).

Un adjudant peut gagner 5 000 francs et un commandant 10 000 francs par mois[14]. Ces soldes sont définies dans le guide Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme - Ce que tout Français doit savoir[15].

Effectifs

Le , sur 1 679 volontaires, 800 sont réformés dont 707 pour mauvaise denture[16].

Le , le 1er bataillon regroupe 25 officiers, 803 sous-officiers et troupiers[16].

Le , le 2e bataillon comprend 27 officiers, 150 sous-officiers et 619 troupiers[17].

Le , 21 officiers, 125 sous-officiers et 498 troupiers forment la compagnie d’état-major et deux compagnies d'engins et complètent le 2e bataillon[18].

Le , ces effectifs qui forment le 638e régiment d'infanterie[19].</ref> partent pour le front[20]</ref>. Pendant l'hiver, un 3e bataillon est recruté, mais au printemps les pertes ont été telles qu'il ne demeure que 2 bataillons[20].

Sur les 13 400 hommes qui se sont présentés pour s'engager tout au long de l'existence de la Légion des volontaires français, 4 600 ont été refusés à la visite médicale (une mauvaise denture était un facteur éliminatoire), 3 000 ont été exclus pour diverses raisons, au total seuls 5 800 hommes ont été recrutés[21].

Plus globalement, les faibles effectifs de la LVF traduisent une difficulté profonde des Français à l'engagement militaire aux côtés des nazis : avec jamais plus de 6 500 combattants simultanément engagés, la France eut la plus faible contribution en volontaires de toute l'Europe collaborationniste, seules la Suisse et la Suède, pays neutres, en fournissant moins. À titre de comparaison, le collaborationniste Léon Degrelle leva plus de 20 000 volontaires belges francophones, pour une population plus de dix fois inférieure. Si l'on ajoute à la LVF, les Waffen SS, les engagés dans la Kriegsmarine, dans la NSKK (organisation paramilitaire nazie de transport), etc. Selon Gérard Le Marec, le nombre de Français sous le casque allemand approcherait les 40 000, c'est-à-dire un chiffre équivalent à celui des engagés dans la France libre avant le ralliement de l'AFN aux côtés des Alliés. Cependant, ces chiffres sont à prendre avec recul : lors du débarquement de Normandie, l’ambassadeur allemand Otto Abetz évalue le nombre total de combattants français et wallons sous uniforme allemand à seulement 4 500[22].

Motifs d'engagement

Il y a une grande hétérogénéité des profils et des motivations. Les collaborationnistes convaincus semblent une minorité mais également une proportion considérable d'aventuriers, de marginaux, de repris de justice, quelques Russes blancs, et même, mais de façon marginale, des anciens des Brigades internationales[23] en rupture avec le communisme. De nombreux cadres et soldats sont réformés ou chassés pour ivrognerie, vols ou incompétence[24].

Selon le lieutenant Ourdan, 85% des volontaires viennent à la légion pour les soldes ; 10% ont un mélange de motivations financières et idéologiques ; 5% seulement ne se sont engagés que pour des motifs idéologiques[10].

Selon Pierre Rusco qui finit sous-officier dans la LVF, les deux tiers des engagés viennent de la légion étrangère, ce qui indiquerait que le goût de l'aventure et des combats est une motivation importante[25].

Positionnement de Vichy

Le gouvernement de Vichy, malgré la collaboration d'État et la signature des protocoles de Paris (), se positionne comme neutre militairement dans le conflit mondial et se montre rétif à tout ce qui pourrait déboucher sur une collaboration militaire, interdisant aux soldats de l'armée d'Armistice de s'engager dans la LVF. Pétain a une attitude ambiguë envers la LVF : il déclare sa sympathie pour l'initiative dont les membres détiendraient « une part de notre honneur militaire »[26] et que « leur sacrifice, contribuant à écarter de nous le péril bolchevique, protège notre pays en sauvant également l’espoir d’une Europe réconciliée »[27] (lettre à des volontaires publiée dans le journal du PPF). Il désapprouve cependant ensuite le port de l'uniforme allemand et garde une attitude distante envers cette unité [28].

En juin 1942, le gouvernement de Vichy, sous l'égide de Laval et de son secrétaire d'État Jacques Benoist-Méchin, tente de transformer la LVF, association loi de 1901, en Légion tricolore entièrement sous son contrôle et d'en faire une force française qui pourrait combattre pour la France, selon des objectifs fixés par la France. Face à l'opposition formelle des Allemands, la Légion Tricolore n'existe quasiment que sur le papier jusqu'à sa dissolution en décembre 1942[10].

Statuts et fonctionnement

Il faut veiller à distinguer l'association, en charge du recrutement, de l'unité combattante, toutes deux désignées sous le même nom.

L'association

La LVF est une association loi de 1901 dont le siège national se situe 12 rue Auber (ancien local d'Intourist) ou 19 rue Saint-Georges dans le 9e arrondissement de Paris[29]. Elle est dirigée dans la Zone occupée par un Comité central chargé du recrutement, présidé par Eugène Deloncle, et dont font partie Jacques Doriot, Marcel Déat, Marcel Bucard, Pierre Costantini, Paul Chack et Pierre Clémenti, tandis que le recrutement dans la Zone libre est confié à un Comité d'action à Marseille, dirigé par Simon Sabiani[30].

Un Comité d'honneur, présidé par Fernand de Brinon, donne sa caution morale. Des personnalités y participent : le cardinal Baudrillart, recteur de l'Institut catholique de Paris, le chanoine Alphonse Tricot, vice-recteur, les académiciens Abel Bonnard et Abel Hermant, le président de la Fédération de la presse Jean Luchaire, le savant Georges Claude, l'écrivain Alphonse de Châteaubriant, Auguste Lumière, etc.[31] ; ainsi que, plus marginalement, des dirigeants du Parti national breton comme Alan Heusaff, Yves Le Négaret et Taldir Jaffrennou. Son organe de presse était Le Combattant européen, dont le rédacteur était Marc Augier.

La principale action de l'association est d'assurer le recrutement pour l'unité combattante. Ils font aussi la promotion des actions de la LVF, en organisant des conférences ou des projections de films lors desquels des légionnaires de la LVF prennent la parole[10].

L'unité combattante

L'« Infanterie Regiment 638[1] », est l'unité combattante. Elle est intégrée à l'armée Allemande, dont elle porte l'uniforme, en 3 puis 2 bataillons.

Entraînement

La caserne nationale de la LVF se trouve à Versailles (caserne Borgnis-Desbordes). C'est là que, lors du premier défilé de la LVF à peine constituée, le , le résistant affilié à l'Action française Paul Collette tire devant les caméras sur Pierre Laval et Marcel Déat, qu'il blesse tous deux. Aussitôt arrêté, il avoue s'être engagé uniquement pour réaliser cette action. Le geste, retentissant, a lieu en présence des plus hauts dignitaires de la collaboration et d'éminents représentants des autorités allemandes.

Fait symbolique de la collaboration, c'est dans cette même caserne que le drapeau français flotte pour la première fois depuis [32] en zone occupée.

La Wehrmacht se méfie de ces soldats français, dont l'état-major est divisé entre divers mouvements politiques rivaux, et la troupe issue de multiples mouvances et origines sociales opposées.

Sous le commandement du colonel Roger Henri Labonne (1881-1966)[33], acteur de la collaboration de la France avec l'Allemagne dès 1940 qui dirige d'août 1941 à mars 1942 la branche combattante de la LVF[34], le premier contingent de Français (25 officiers et 803 sous-officiers et soldats) arrive le 6 septembre 1941 au camp d'entrainement de Dęba dans le Wehrkreis VIII, en Pologne occupée, pour former le 1er bataillon du 638e régiment d'infanterie au sein de la Wehrmacht Heer[35]. Les volontaires doivent revêtir l'uniforme allemand[36], seul un insigne tricolore surmonté du mot « France » les différenciant du reste des troupes allemandes régulières. Quelques volontaires dont Marcel Bucard rompent leur engagement à ce moment-là. Pour d'autres comme Edgar Puaud ce n'est pas un problème : « Oh ! Je le sais, on l'a traînée dans la boue. Elle porte l'uniforme "Feldgrau", cela suffit… Dites seulement aux Français que ceux qui se battent à l'Est sont de vrais Français qui se battent pour leur pays »[37]. Les obstacles sont rapidement surmontés avec l'aide du prêtre de l'unité[pas clair], Mayol de Lupé, un fervent catholique national-socialiste. Les soldats sont autorisés à porter l'uniforme français en congé en France.

Sur le front

Soldats de la LVF sur le front soviétique en novembre 1941.

Automne 1941 : combat pour la prise de Moscou

Fin novembre, les deux premiers bataillons arrivent en URSS. Ils montent en première ligne le 1er décembre 1941 au sud du lac de Djukowo, à une soixantaine de kilomètres de Moscou. Ils sont décimés par les combats et surtout par le froid intense. Les survivants sont relevés le 7 décembre. La LVF se disloque : seuls quelques dizaines de rescapés reviendront en France.

1942 : reconstitution de la LVF

Au printemps 1942, la LVF est reconstituée avec les rescapés de l'hiver et plusieurs centaines de volontaires. Elle ne sera plus engagée directement sur le front, mais participe à combattre les groupes de partisans de la région de Briansk et à des opérations de représailles massives contre les civils russes, aidant la Wehrmacht et la Waffen-SS à brûler des villages entiers et participe à des massacres de masses, parfois de leur propre initiative (massacre du village de Sytsch). Toutefois, à d'autres moments, comme au printemps 1943, les légionnaires français sont prudents et préfèrent adopter une sorte de modus vivendi tacite avec les partisans soviétiques.

Un soldat de la LVF près de Viazma en Russie en novembre 1941.

Fin 1943, au cours d'un meeting qui se tient au Vel’ d’Hiv’ à Paris, les membres de la LVF prêtent serment à Adolf Hitler. Jacques Doriot est quant à lui décoré de la Croix de fer allemande pour sa campagne en Union soviétique .

Le commandant Edgar Puaud dirige la LVF de septembre 1943 jusqu'à sa dissolution en juillet 1944. Son premier porte-drapeau, grièvement blessé au combat, mort à Paris des suites de ses blessures le est Constantin Amilakvari, ancien adjudant-chef de la Légion étrangère. Il est le frère du colonel Dimitri Amilakvari tué le sur le plateau d'El Himeimat, lors de la Seconde bataille d'El Alamein, à la tête de la 13e demi-brigade de Légion étrangère des Forces françaises libres. L'oncle du futur président de la République Georges Pompidou, le lieutenant Frédéric Pompidou, sert également dans la LVF ; après la guerre, il s'engage dans la Légion étrangère et finit sa carrière comme capitaine à Sidi Bel Abbès.

26-27 juin 1944 : la bataille de Bobr

Avec le succès soviétique de l'opération Bagration en juin 1944, la LVF est entraînée dans la débâcle du front russe. Durant leur retraite, la LVF a pour ordre de stopper l'avance soviétique. Le 26 et , entre 600 et 800 soldats de la LVF, commandés par Jean Bridoux, se battent aux côtés de l'armée Allemande et notamment de quatre chars Tigre près de la rivière Bobr en Russie blanche. Finalement, l’unité est relevée le matin du 27 par une unité de la Wehrmacht, après 36 heures de combat[38].

C'est sans doute la plus grande réussite militaire de la LVF puisqu'ils parviennent à stopper la progression soviétique pendant quelques jours et lui infligent de lourdes pertes : 40 chars et plusieurs centaines de fantassins[38]. D'après l'auteur Saint-Loup, les journaux soviétiques auraient écrit sur cette bataille : « […] sur la rivière Bobr, des unités blindées appartenant aux deux fronts de Russie blanche se sont heurtées à la résistance de deux divisions françaises », exagérant de beaucoup les effectifs français.

Passage à la Waffen-SS

En juillet 1944, Heinrich Himmler donne l'ordre du démantèlement de la LVF. Son intention est d'intégrer ses membres et d'une manière générale tous les volontaires étrangers dans la Waffen-SS, qui comprend déjà un certain nombre de volontaires français depuis le . La dissolution officielle de la LVF est prononcée le 1er septembre 1944. L'aumônier général Jean de Mayol de Lupé intervient pour apaiser les inquiétudes des légionnaires liées à l'intégration dans la Waffen SS.

La plupart des 1 200 rescapés de la LVF sont regroupés avec les survivants d'autres unités auxiliaires de la Wehrmacht dans la 33e Division SS Charlemagne qui sera pratiquement anéantie au début de l'année 1945 (engagement en Poméranie).

Ironie de l'histoire, la LVF livra des combats particulièrement durs devant Dantzig, six ans après que le futur chef collaborationniste Marcel Déat eut exhorté ses compatriotes à ne pas « mourir pour Dantzig ». De même, il arriva aux Waffen-SS français de se heurter à des troupes d'antifascistes allemands constituées en URSS : c'était symboliser combien dans la Seconde Guerre mondiale, le conflit idéologique inédit l'emportait sur la dimension classique d'affrontement entre nations.

Quelques Français de l'ex-LVF (dont Eugène Vaulot) figureront encore parmi les derniers défenseurs du bunker de Hitler à Berlin, fin avril-début face à l'Armée rouge. Ces soldats français ont été parmi les derniers défenseurs de Berlin aux côtés de Waffen SS scandinaves et de volontaires des Jeunesses hitlériennes, au sein du Bataillon Charlemagne.

Après la Seconde Guerre mondiale

Jusque dans les années 1990, les pensions étaient versées par le gouvernement allemand aux anciens combattants français de la division SS Charlemagne[39]. En 2019, d'anciens collaborateurs en Belgique, en Espagne dont certains anciens combattants franquistes, en Grande-Bretagne, en Suède ou encore en Suisse touchent des pensions d'anciens combattants[40].

L'un des derniers combattants français sous l'uniforme allemand, Henri Fenet, un chef de bataillon, est mort en . Il avait reçu la croix de chevalier de la Croix de fer en [41].

Guerre en Ukraine

Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, plusieurs néonazis français se sont rendus sur le front pour combattre du côté ukrainien. Parmi eux, certains se revendiquent de la LVF. À l'été 2025, un de ses membres, opérant sous le pseudonyme de « Kapo », en référence à la fonction éponyme d'encadrant des prisonniers dans les camps de concentrations nazis, a été tué. Lors de sa cérémonie d'enterrement, un autre volontaire a été photographié lui rendant hommage avec une reproduction de l'étendard de la LVF historique. Ces combattants sont animés par une volonté de « rejouer le front de l'Est », de défendre l'Ukraine et a fortiori l'Europe « blanche » de « hordes bolchéviques asiatiques », correspondant à « ce qu'était la propagande du IIIe Reich dans les années 1940 » selon le journaliste indépendant Sébastien Bourdon[42].

Notes et références

Voir aussi

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