Lait maternel humain
lait produit par les femmes
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Le lait maternel humain est produit par le corps de la femme et permet d'alimenter un bébé. Il est produit par les glandes mammaires contenues dans les seins de la femme.

Introduction
Le lait humain a évolué pour devenir l’aliment optimal du nourrisson[1],[2]. Produit par les glandes mammaires, le lait assure la nutrition, la protection immunitaire et le soutien au développement du nouveau-né. Le lait est un fluide complexe composé d’une multitude de constituants, notamment des nutriments (lipides, protéines, glucides), des molécules bioactives (vitamines et facteurs immunomodulateurs), diverses cellules (lactocytes, macrophages, cellules souches et bactéries) ainsi que des composants de type cellulaire (globules lipidiques du lait et vésicules extracellulaires) dotés de fonctions biologiques importantes[3]. Pris ensemble, les composants nutritifs et non nutritifs du lait humain sont hautement efficaces pour la survie et le développement sain des nourrissons humains. Cependant, des carences nutritionnelles du lait humain (par exemple dans le lait de mères ayant accouché prématurément[4]), associées à l’augmentation de l’exposition aux xénobiotiques[5], représentent des risques sanitaires significatifs et à long terme pour le nourrisson.
L’allaitement maternel constitue une stratégie clé de santé publique, les principales organisations de santé recommandant un allaitement exclusif durant les six premiers mois de vie[6],[7].Toutefois, les nourrissons sont fréquemment sevrés avant cette période en raison d’insuffisances de la lactation, rapportées par 40 à 50 % des personnes allaitantes aux États-Unis et par 60 à 90 % à l’échelle mondiale[7]. L’examen de l’expression des gènes et des protéines dans le tissu mammaire en lactation pourrait permettre d’évaluer la différenciation et la fonctionnalité du tissu mammaire au cours de la lactation, ainsi que d’estimer le potentiel d’une lactation réussie. Cela pourrait être particulièrement utile pour répondre aux difficultés liées à la lactation, notamment les problèmes de production de lait et l’activation sécrétoire retardée chez les personnes allaitantes ayant des nourrissons prématurés. Cependant, les études sur la lactation reposent historiquement en grande partie sur des modèles animaux, qui ne reproduisent pas pleinement la physiologie de la lactation humaine, ou sur du tissu mammaire sain difficile à obtenir, en particulier pendant la lactation, et présentant une capacité de mise à l’échelle limitée. Les différences entre les modèles humains et animaux concernent notamment le nombre et la localisation des glandes mammaires, le moment et la trajectoire du développement mammaire, ainsi que la composition du lait[8],[9].
Phases de production de lait
En fonction de l'âge du bébé, on distingue trois types de lait :
Colostrum
Le colostrum est produit par les seins dès le troisième trimestre de grossesse puis 2 à 3 jours après l'accouchement[10].
Il contient une proportion importante (12 g/L) de sucres rares, les oligosaccharides. On en a dénombré plus de 130 espèces différentes. Ce sont des prébiotiques, des composés qui exercent une stimulation sur les micro-organismes du côlon et jouent un rôle dans la croissance de la flore protectrice (Bifidus) de la muqueuse intestinale, empêchant l’adhérence des microbes aux parois. Ces sucres très particuliers existent dans très peu de sortes de laits de mammifères.
Le colostrum est composé à deux tiers de globules blancs, qui permettra au bébé de se défendre contre des infections rapidement en fabriquant des anticorps. Il contient aussi un taux important de beta-carotène qui lui donne une couleur jaune-orangée.
Lait transitionnel
Entre le colostrum et le lait mature, le sein produit pendant une à quatre semaines ce que l'on appelle le lait transitionnel. La quantité produite augmente entre 600 et 700 mL par jour. Les niveaux de lipide et de lactose augmentent brusquement, tandis que ceux des protéines, de sel et de minéraux diminuent. Les proportions entre les deux protéines du lait, caséine et lactosérum, passent de 90/10 à 60/40, et continueront à s'équilibrer à 50/50 vers 1 an[11].
Lait mature
Les composants majeurs du lait maternel sont[12] : l'eau (87,5 % environ), les glucides (7 % environ), les lipides (4 % environ), les protéines (1 % environ), les micronutriments (0,5 % environ). Cette composition évolue en cours d'allaitement dans une même tétée, sur 24 heures et selon les besoins et l’âge du bébé[13].
Une partie des éléments du lait provient de la filtration sélective du sang (eau, sels, albumine, globulines), l’autre d’une synthèse (lactose, caséine, matières grasses, acide citrique) par les cellules de l’acinus d’éléments propres au lait.
La composition du lait maternel est relativement stable de par le monde et ne varie que dans une faible proportion en fonction du mode de vie et de l’alimentation de la mère. Par la spécificité de sa composition, et contrairement au lait de vache, le lait humain se conserve relativement bien[14]. En moyenne, les humaines produisent entre 800 et 1 000 mL de lait par 24 heures.
Composants d'origine cellulaire du lait maternel

Panneau de gauche : les composants biochimiques comprennent les macronutriments (glucides, protéines et lipides), les micronutriments (minéraux essentiels tels que le calcium, le fer, le sodium et le potassium), les composants bioactifs (comme les immunoglobulines, les hormones et les facteurs de croissance) ainsi que les xénobiotiques (composés externes tels que les médicaments et les contaminants environnementaux).
Panneau de droite : la fraction cellulaire comprend les globules lipidiques du lait assurant le transport des lipides, les vésicules extracellulaires véhiculant des protéines et de l’ARN, ainsi que divers types cellulaires, notamment les cellules épithéliales luminales, les cellules souches et les cellules immunitaires (lymphocytes B, lymphocytes T, macrophages et monocytes), ainsi que des microbes et des virus qui contribuent à la colonisation intestinale et à la modulation immunitaire chez le nourrisson.
Eau
L'eau étant le principal constituant du lait maternel (87,5 %), celui-ci est particulièrement désaltérant. Il n’est donc pas nécessaire de rajouter des biberons d’eau entre des tétées à la demande[réf. nécessaire].
Glucides
Le lait humain contient 60 g/L de lactose, ce qui représente 85 % de sa teneur en glucides. Le lactose est un disaccharide, constitué de glucose et de galactose. Le glucose est destiné aux cellules cérébrales, musculaires, graisseuses et intestinales. Le galactose joue un rôle essentiel dans la construction du cerveau, le maintien d'une glycémie stable et l'épuration de la bilirubine.
Lipides
La teneur moyenne en lipides du lait maternel est d'environ 40 grammes par litre. Cette teneur peut subir des variations importantes (de 3 à 180 grammes par litre) suivant l'heure de la journée, l'âge de l'enfant, le volume de la tétée, la constitution de la mère et son type d’alimentation. La synthèse des lipides est complexe et longue, c'est pourquoi les lipides ne se concentrent dans le lait humain qu'en fin de tétée de chaque sein. Ce moment ne doit pas être supprimé par des tétées trop courtes.
Les lipides du lait humain sont constitués à 98 % par les triglycérides, des graisses qui jouent un rôle dans la myélinisation du système nerveux, l'acuité de la vision et la synthèse d'hormones[15]. Le lait humain contient également des phospholipides, du cholestérol, bénéfique au niveau cardio-vasculaire et cérébral. Les acides gras essentiels (linoléique, linolénique) doivent être apportés à la mère par son alimentation.
Les lipides sont constitués notamment d'environ 22,6 % d'acide palmitique, 8,6 % d'acide myristique, 7,7 % d'acide stéarique, 5,8 % d'acide laurique, 1 % d'acide caproïque et 0,4 % d'acide butyrique pour un total d'environ 50 % des lipides sous forme d'acides gras saturés[16].
Globule lipidique du lait
Lorsqu’on l’observe au microscope, les caractéristiques visuelles du lait humain sont remarquables. Bien qu’il s’agisse d’un fluide, le lait humain présente une organisation structurée importante sous forme de compartiments qui séquestrent les nutriments et les composés bioactifs. Un exemple emblématique de cette organisation est le globule lipidique du lait, un assemblage colloïdal naturel dont le diamètre varie de 0,1 à 20 µm, composé d’un cœur de triglycérides encapsulé dans une membrane complexe dérivée de la cellule épithéliale mammaire sécrétrice.²¹ Le cœur lipidique est entouré d’une membrane tripartite : une monocouche interne constituée de protéines et de lipides polaires, dont les chaînes d’acides gras sont orientées vers le cœur du globule et qui provient du feuillet cytoplasmique du réticulum endoplasmique, ainsi qu’une bicouche de lipides polaires, de protéines, de glycoprotéines et de cholestérol issue de la membrane plasmique lors du processus de bourgeonnement. De plus, une couche de cytoplasme piégée, d’environ 10 à 20 nm d’épaisseur, est présente entre la monocouche interne et la bicouche externe[17],[18].
Le globule lipidique du lait séquestre des protéines spécifiques, des hormones de croissance et des vitamines, qui peuvent être incorporées dans la membrane limitante[19]. Cette membrane agit comme une barrière stabilisatrice entre les composants aqueux du lait et le globule lipidique isolé, et facilite la libération régulée des produits de la lipolyse ainsi que le transfert de substances polaires vers la phase aqueuse du sérum lacté. Outre sa valeur nutritionnelle, le globule lipidique du lait humain joue un rôle majeur dans la protection du nourrisson contre les infections grâce à la production, dépendante des lipases, d’acides gras libres et de monoglycérides exerçant de puissantes propriétés antimicrobiennes et antivirales dans l’intestin du nourrisson[20]. Les mucines, les lactadhérines et d’autres glycoprotéines présentes dans la membrane du globule lipidique du lait se lient aux agents pathogènes, empêchant leur fixation à la muqueuse gastrique[20].
Protides
Le lait humain contient 9 à 12 grammes par litre d’acides aminés, soit associés sous forme de protéines ou d'enzymes soit sous forme d'acides aminés libres.
Protéines
Les protéines du lactosérum constituent la moitié des protéines du lait maternel (6 g/L). Il comprend :
- l’alpha-lactalbumine (3,5 g/L), productrice de lactose nécessaire à la construction du cerveau humain ;
- la lactotransferrine ou lactoferrine (1,5 g/L), nécessaire pour l'absorption intestinale du fer et agent anti-infectieux puissant par sa capacité à s’approprier le fer nécessaire au développement de certaines bactéries.
Le lait maternel est exempt de β-lactoglobuline, une protéine du lait de vache extrêmement allergisante pour l'être humain. Il faut 100 jours (3 mois et demi) pour que l'intestin du bébé mette en place une barrière anti-allergique efficace contre les protéines non humaines. Avant ce moment, tout apport alimentaire différent du lait de mère est reconnu comme étranger par l'organisme et crée un risque d'intolérance.
Dans le lait maternel, la caséine (4 g/L) est particulièrement digeste. Parmi les trois types alpha, beta et k, la caséine beta a un profil particulier pour chaque femme, probablement déterminé par son code génétique. Sa dégradation libère des peptides à activité anti-infectieuse. La caséine k (facteur Bifidus) est une glycoprotéine qui stimule la croissance du Bifidobacterium.
Les immunoglobulines (1-2 g/L) sont des protéines qui fournissent des défenses immunitaires, des anticorps. Le lait maternel contient principalement des immunoglobulines A sécrétoires, IgA, et, dans des proportions moins importantes, des IgG et IgM.
La muqueuse digestive du bébé est immature à la naissance et met au moins quatre mois à s’édifier. Il est protégé des agressions microbiennes par les protéines de défense du lait maternel.
Dans le colostrum, les IgA, sont présentes de façon massive (près de 90 g/L). Ils tapissent la muqueuse digestive, empêchant les bactéries pathogènes de se fixer sur la paroi. Les microbes sont agglutinés par les IgA, leurs toxines et leurs enzymes sont neutralisés et la prolifération locale des virus est empêchée.
Enzymes
Parmi les enzymes on peut citer le lysozyme, un bactéricide, la lipase pour l'absorption des graisses par le bébé, et la lactase divisant les molécules de lactose en glucose et galactose.
Acides aminés
Le lait humain contient une vingtaine d'acides aminés. Les acides aminés essentiels sont dérivés du plasma de la mère alors que les lactocytes du tissu mammaires peuvent synthétiser des acides aminés non essentiels[21],[22]. Dans le lait humain, les acides aminés libres (2 g/L) sont présents dans une proportion 3 à 4 fois plus importante que dans le lait de vache. Ils permettent l’assimilation des lipides et participent à la construction du cerveau. Acides aminés libres essentiels du lait maternel : histidine, isoleucine, leucine, lysine, méthionine, phénylalanine, taurine, thréonine, tryptophane, valine. Acides aminés libres non essentiels du lait maternel : arginine, alanine, acide aspartique, cystéine, acide glutamique, glycocolle, proline, sérine, tyrosine. Parmi les acides aminés du lait humain, la taurine (10 fois plus que dans le lait de vache) joue un rôle important dans la construction du cerveau et le fonctionnement des cellules cérébrales, intervient dans les fonctions cardiaques et musculaires et dans l’assimilation des lipides.
Hormones
Dans les protides, on classe les hormones du lait dont certaines favorisent la croissance et le développement des organes sexuels propres à l'espèce. Quelques hormones du lait maternel : insuline, facteur de croissance épidermique, prostaglandines, hormones thyroïdiennes, prolactine, stéroïdes ovariens et surrénaliens, calcitonine, érythropoïétine, neurotensine, somatostatine, bombésine.
Sels minéraux, oligo-éléments, micronutriments
La quantité de sels minéraux et oligo-éléments (2 g/L) du lait maternel est adaptée aux possibilités d'élimination rénale du bébé dont les organes ne sont pas encore à maturité. La concentration des oligo-éléments est élevée dans le colostrum. Ils jouent un rôle essentiel dans la constitution du squelette.
On trouve dans le lait les sels minéraux et oligo-éléments suivants : calcium, chlore, cuivre, fer, iode, magnésium, manganèse, phosphore, potassium, sélénium, sodium, soufre, zinc. La teneur en fer du lait maternel est assez faible en quantité (0,3 à 0,4mg/l) mais il a une très forte biodisponibilité et est donc très bien absorbé (environ 3 fois mieux que celui de la viande, dont le fer est déjà 3 fois mieux absorbé que celui des végétaux). Le nourrisson possède par ailleurs à la naissance des réserves hépatiques de fer importantes. On conseille de plus de ne pas couper immédiatement le cordon ombilical, pour permettre au sang nourricier de la grossesse, de passer encore un moment dans l'organisme du nouveau-né tout juste sorti du ventre maternel, afin d'optimiser ses réserves de fer. Il n'y a donc pas de risque de déficience en fer chez le bébé allaité jusqu'à la diversification vers 6 mois, dans la mesure où bien sûr la mère allaitante a elle-même un taux de fer correct et une alimentation équilibrée.
Ainsi que ces vitamines liposolubles et hydrosolubles : A, B1, B2, B5, B6, B8, B9, B12, C, D, E, K, PP.
Le lait humain contient de nombreux facteurs de défense immunitaire antibactériens (diphtérie, tétanos, streptocoques, coqueluche, dysenterie, colibacilles, typhus, etc.), antiviraux (grippe, poliomyélite, etc.). et antiparasitaires. Il contient également des agents de protection contre l'entérocolite ulcéro-nécrosante, de l’interféron et le système de complément (20 protéines de défense contre les agents pathogènes qui pénètrent dans l’organisme). De nombreux éléments du lait humain n’ont pas encore été identifiés et leur fonction reste à découvrir.
Vésicules extracellulaires
Les exosomes et les vésicules extracellulaires constituent un autre composant important du lait dérivé des cellules[23]. Leur taille varie considérablement en fonction de leur mode de production[24],[25].La fusion des endosomes multivésiculaires avec la membrane plasmique des cellules épithéliales mammaires donne naissance à des exosomes de 30 à 100 nm. Le bourgeonnement direct de vésicules à partir de la membrane plasmique, selon un processus appelé ectocytose, conduit à la formation de microvésicules, dont le diamètre est plus large, allant de 100 à 1 000 nm. Ces vésicules nanométriques encapsulent diverses molécules bioactives, notamment des micro-ARN , des protéines et des lipides, qui survivent au milieu acide de l’intestin du nouveau-né et peuvent être endocytées par les cellules intestinales afin d’exercer des effets immunomodulateurs et régénératifs[26]. Le contenu des vésicules extracellulaires dans le lait de transition s’est avéré dépendre de l’âge gestationnel, des différences étant observées entre le lait de mères ayant accouché prématurément et celui de mères ayant accouché à terme[27].
Composants cellulaires du lait humain
Le lait humain comprend des populations diverses de cellules d’origine maternelle, notamment des cellules épithéliales, immunitaires, microbiennes et des cellules souches. Le nombre de cellules varie selon le stade de la lactation, avec des niveaux maximaux rapportés dans le colostrum (146 000 cellules par millilitre), puis une diminution après l’accouchement[28]. Les études de séquençage de l’ARN en vrac et à l’échelle de la cellule unique montrent que la composition cellulaire du lait évolue tout au long de la lactation. L’analyse révèle jusqu’à dix grands types cellulaires, comprenant sept types de cellules immunitaires et trois compartiments de cellules épithéliales[29]. Ces études mettent en évidence l’existence de cellules mammaires distinctes et leurs profils d’expression génique dans le lait humain, soulignant la complexité et la grande diversité biologique des caractéristiques cellulaires du lait humain.
Cellules épithéliales
La présence de cellules épithéliales dans le lait humain était initialement considérée comme une conséquence de l’apoptose. Cependant, la découverte que nombre de ces cellules sont viables et capables de former des colonies en cultures primaires suggère qu’il s’agit de cellules qui se détachent des canaux et des alvéoles au cours de la synthèse et de la sécrétion du lait. Il existe des preuves indiquant que les cellules du lait transférées au nourrisson infiltrent ensuite différents organes au bénéfice du nouveau-né[30],[31].
Les cellules épithéliales, identifiées par l’expression des marqueurs des cellules épithéliales mammaires matures cytokératine 18 (CK18) et CK19[32], constituent les cellules les plus abondantes de la glande mammaire et sont essentielles au maintien de la structure et de la fonction de l’organe[33]. On distingue deux catégories de cellules épithéliales mammaires : les cellules épithéliales canalaires, qui tapissent les canaux de la glande mammaire, et les cellules épithéliales alvéolaires ou luminales, qui se différencient en lactocytes lors de la production de lait[34]. Les cellules épithéliales lactocytaires représentaient en moyenne 81,7 ± 24 % de l’ensemble des cellules par échantillon de lait, indépendamment de la donneuse et du stade de lactation[29].
Toutes les cellules épithéliales retrouvées dans le lait expriment des gènes impliqués dans la synthèse du lait. La diversité et l’abondance des cellules épithéliales augmentent au cours de la lactation, bien que la proportion de lactocytes en cycle et sécrétoires diminue, probablement en raison d’une spécialisation accrue avec le temps.
Cellules immunitaires
Les macrophages et les lymphocytes présents dans le lait humain migrent depuis la circulation sanguine et le système immunitaire muqueux maternel, en particulier l’intestin et les voies respiratoires, et sont attirés vers la glande mammaire par des molécules de signalisation et d’adhésion spécifiques[35],[36].La présence de cellules immunitaires dans le lait humain varie en fonction du stade de la lactation ainsi que de l’état de santé du parent ayant accouché et du nourrisson[37]. Au cours des premières phases de la lactation, notamment dans le colostrum, une proportion importante des cellules du lait humain est constituée de leucocytes, incluant les macrophages, les neutrophiles et les lymphocytes. Les macrophages représentent le type de cellule immunitaire le plus abondant, avec en moyenne 50,5 ± 34 % par échantillon[35]. Ces cellules traversent la muqueuse intestinale et pénètrent dans la circulation sanguine du nourrisson afin de renforcer la défense immunitaire et le développement du système immunitaire[38],[39].
L’analyse par cytométrie en flux des cellules du lait humain a révélé une infiltration accrue de cellules CD45+ en réponse à la mastite et à d’autres infections. La corrélation entre le nombre de cellules immunitaires dans le lait et la mastite pourrait être exploitée pour développer un test diagnostique de cette affection, qui constitue une cause majeure de perte irréversible de la production lactée[40].
Cellules souches
Les premiers rapports identifiant, dans le lait humain, une population de cellules positives pour la nestine[41] et p63 [42], ainsi que les démonstrations montrant que des cellules isolées du lait humain peuvent s’étendre, se différencier et se multiplier en culture, ont indiqué la présence d’une population résidente de cellules souches[43]. Les cellules souches du lait humain expriment des marqueurs de pluripotence, notamment OCT4, SOX2 et NANOG, qui constituent le circuit critique de facteurs de transcription retrouvé dans les cellules souches embryonnaires humaines[44]. Ces cellules sont rares dans le sein non lactant, mais sont activées pendant la grossesse afin de diriger le développement du tissu mammaire vers un organe lactant. Les cellules souches du lait peuvent se différencier en un large éventail de types cellulaires, incluant des cellules issues des trois feuillets embryonnaires (endoderme, mésoderme et ectoderme), ce qui constitue une caractéristique majeure de la pluripotence[45]. Contrairement aux cellules souches embryonnaires, les cellules souches du lait ne forment pas de tumeurs lorsqu’elles sont injectées par voie sous-cutanée chez des souris immunodéprimées dans le test du tératome[44]. Bien que l’abondance relative des cellules souches dans le lait humain reste incertaine, elles sont ingérées en quantités significatives par le nourrisson allaité.
À l’instar des leucocytes du lait, les cellules souches ingérées par le lait pourraient traverser l’épithélium intestinal par diapédèse et pénétrer dans la circulation sanguine du nourrisson pour être distribuées dans diverses niches de l’organisme. Cela pourrait entraîner un microchimérisme tissulaire, prolongeant un processus déjà observé in utero[46]. De manière remarquable, des études menées sur des modèles murins ont révélé l’intégration de cellules souches dérivées du lait dans le cerveau de souriceaux allaités[47]. L’observation selon laquelle les greffes maternelles sont mieux tolérées chez les individus ayant été allaités suggère que les cellules souches infiltrantes issues du lait humain pourraient conférer une tolérance immunitaire aux antigènes maternels chez le nourrisson, renforçant ainsi l’argument en faveur du lait humain par rapport aux préparations pour nourrissons[48].
Microorganismes
Le lait humain contient plus de 200 phylotypes microbiens. En termes d’abondance, environ la moitié peut être attribuée à un microbiome lacté commun, tandis que le reste présente une variabilité individuelle[49]. Initialement, la présence de microorganismes dans le lait était attribuée à une contamination provenant de la cavité buccale du nourrisson, de la peau maternelle ou d’infections maternelles. Toutefois, ces mécanismes n’expliquent pas la présence de microorganismes dans le précolostrum sécrété avant la parturition[50], ni la détection d’espèces anaérobies typiquement retrouvées dans l’intestin[51]. Des expériences soutiennent l’existence d’une voie entéro-mammaire, par laquelle des bactéries présentes dans l’intestin maternel sont captées par des cellules dendritiques capables de traverser les jonctions serrées de l’épithélium gastro-intestinal[52]. Ces bactéries migrent ensuite via le système lymphatique jusqu’à la glande mammaire en lactation.
Les nourrissons peuvent tirer de grands bénéfices de la large diversité de probiotiques présents dans le lait humain. Parmi cette diversité microbienne, les genres Bifidobacterium et Lactobacillus se distinguent tout particulièrement. Bifidobacterium est essentiel au maintien d’un microbiote intestinal équilibré, au renforcement du système immunitaire et à la protection contre les infections[53]. Ces bactéries jouent un rôle crucial dans la digestion des oligosaccharides du lait humain, favorisant la croissance d’autres microorganismes bénéfiques et empêchant la prolifération de pathogènes nuisibles[54]. Lactobacillus, autre espèce microbienne clé, contribue de manière déterminante à la santé intestinale du nourrisson en produisant de l’acide lactique, ce qui abaisse efficacement le pH intestinal et inhibe la croissance de bactéries délétères[55],[56],[57].D’autres microorganismes méritent également d’être mentionnés, notamment Akkermansia muciniphila, qui joue un rôle important dans le renforcement de la barrière intestinale et la réduction de l’inflammation[58]. En outre, le lait humain contient des Staphylococcus et des Streptococcus, qui ont un impact significatif sur le développement du système immunitaire du nourrisson, en améliorant son efficacité et en le protégeant contre les maladies[59].
Les métabolites générés par les microorganismes du lait, notamment les acides gras à chaîne courte tels que l’acétate, le butyrate et le propionate, remplissent des fonctions essentielles dans le maintien de la santé intestinale, la régulation du système immunitaire et le soutien du métabolisme énergétique. Ces métabolites jouent un rôle majeur dans la promotion de la tolérance immunitaire du nourrisson, l’atténuation de l’inflammation et le maintien de l’homéostasie intestinale[60],[61].En effet, le lait humain constitue la source exclusive d’acides gras à chaîne courte durant la première année de vie, avant la maturation du microbiome infantile. Le rôle protecteur du lait maternel est particulièrement crucial chez les nourrissons prématurés, chez lesquels une diversité microbienne intestinale réduite augmente la susceptibilité aux bactéries pathogènes[62]. Dans l’ensemble, les microorganismes et leurs produits dérivés présents dans le lait humain exercent un effet probiotique, favorisant la croissance et le bien-être des nourrissons en renforçant le système immunitaire, en soutenant une flore intestinale saine et en protégeant contre diverses infections[63].
Le lait maternel tiré au sein (pompé) pour être plus tard redonné au biberon présente une diversité microbienne plus élevée (y compris en termes d'agents pathogènes) que le lait des mères directement donné au sein[64]. Les microbes présents dans la bouche du bébé influent aussi significativement en retour sur la composition microbienne du lait maternel[64].
Variations de la composition du lait maternel
La composition du lait maternel varie en fonction du déroulement de la tétée, au cours du rythme circadien et sur la période d’allaitement.
En cours de tétée

En début de tétée, le lait maternel est composé de beaucoup d'eau et de sels minéraux pour désaltérer. Puis la proportion de glucides directement assimilables par l’organisme augmente, d’abord les oligosaccharides puis le lactose. En milieu de tétée, les protéines et lipides augmentent en quantité. À la fin de chaque tétée, les lipides se concentrent de plus en plus dans le lait et donnent au bébé un sentiment de satiété[65]. C'est le signal de fin de tétée pour le bébé. C’est pourquoi il faut faire téter le bébé suffisamment longtemps à chaque sein.
Un bébé nourri à la demande peut ainsi adapter lui-même les tétées selon ses besoins. Par exemple en ne buvant que le lait de début de tétée, riche en eau et en sucre s’il a seulement soif, ou en tétant plus longtemps pour avoir les protéines et les lipides nourrissants s’il a faim.
Au cours des 24 heures
Vers midi, le lait contient plus de lipides. À midi et le soir, il contient plus de protéines. La proportion entre les oligosaccharides et le lactose varie. Il y a plus de lactose le matin, et plus d’oligosaccharides l’après-midi.
La nuit, l'hormone prolactine est sécrétée plus intensément, favorisant l'endormissement chez la mère et l'enfant[66].
Sur la période d’allaitement
La composition du lait maternel varie au cours de la période totale d’allaitement. Dans les premières semaines, du colostrum au lait à maturité, la teneur en lactose augmente et celle en oligosaccharides diminue. La proportion des lipides double. Les sels minéraux diminuent de moitié. La proportion des protéines est divisée par dix. La teneur en acides aminés libres baisse pour remonter ensuite légèrement. Parallèlement, le volume de lait produit augmente au fil des semaines. Les demandes d’augmentations du bébé sont souvent brusques et le volume augmente par paliers.
L'allaitement est un processus interactif où le comportement de l'enfant peut déterminer dans une certaine mesure la composition de sa nourriture.
En période de sevrage, par exemple, les quantités de sodium et de protéines augmentent dans le lait maternel. En revanche, les concentrations de potassium et de lactose décroissent progressivement.
Maladie de l'enfant
Lorsque l'enfant est exposé à des microbes ou virus pathogènes, la mère entrera également en contact avec ceux-ci, et développera rapidement en réponse des leucocytes qui seront transmis au bébé afin de faciliter sa guérison[67].
Conservation du lait maternel
Plus l'allaitement s'achemine vers le sevrage (2 ans ou plus), plus le lait maternel devient concentré et se rapproche du colostrum.
Virus
Le lait humain peut constituer un réservoir pour certains virus et servir de voie de transmission des infections au nourrisson. Pour que cela se produise, le virus doit infecter et se répliquer dans les épithéliums mammaires, puis être sécrété dans le lait. En outre, pour que l’infection soit effective, le virus doit survivre au contact de la cavité buccale et du tractus digestif du nourrisson, se multiplier, sortir des entérocytes et pénétrer dans la circulation sanguine afin de provoquer une infection systémique[69].
Virus de l’immunodéficience humaine
Des études menées dans les années 1980 ont établi que le lait humain contient à la fois des particules libres et associées aux cellules du virus de l’immunodéficience humaine de type 1, susceptibles d’être transmises aux nourrissons allaités. Paradoxalement, le lait de personnes séropositives pour le VIH possède une activité fortement inhibitrice vis-à-vis du VIH, et les nourrissons allaités présentent un taux plus faible d’acquisition du SIDA[70].
SARS-CoV-2
Pendant la pandémie de COVID-19, les inquiétudes concernant une éventuelle transmission du SARS-CoV-2 par le lait maternel, combinées à une pénurie d’alternatives à base de préparations pour nourrissons, ont conduit à des tests et évaluations approfondis. Ceux-ci ont conclu que le risque de transmission du SARS-CoV-2 par le lait humain est limité et que les bénéfices de l’allaitement pour les nourrissons dépassent largement les risques[69].
Virus de l’influenza aviaire H5N1
Depuis 2024, des titres étonnamment élevés du virus de l’influenza aviaire hautement pathogène H5N1 ont été détectés dans du lait cru de vache, soulignant l’importance de la pasteurisation et le potentiel de transmission à l’homme, y compris aux personnes allaitantes[71]. Bien que l’influenza soit considérée comme un virus respiratoire, le virus de l’influenza aviaire hautement pathogène H5N1 présente un tropisme marqué pour la glande mammaire[72], qui constitue le principal site de réplication chez les vaches laitières, entraînant des mammites et des charges virales élevées dans le lait[73].
La capacité inattendue du virus de l’influenza aviaire hautement pathogène à se répliquer efficacement dans la glande mammaire a été associée aux récepteurs de l’acide sialique : de récents travaux d’immunohistochimie montrant l’expression, dans les tissus mammaires humains, de récepteurs spécifiques de l’acide sialique essentiels à la fixation du virus de l’influenza aviaire hautement pathogène [74],[75]mettent en évidence le risque de transmission à l’homme.
Contaminants possibles du lait maternel
Dans les contexte environnement pollués, ou chez des personnes exerçant certaines professions à risque et/ou ayant consommé des aliments contaminés, le lait maternel peut aussi contenir divers contaminants, qui peuvent être détectés et mesurés par une Analyse chimique environnementale)[76].
Ces contaminants sont principalement :
- des métaux lourds[77] tels que mercure[77], plomb[77] et cadmium[77], qui peuvent notamment provenir des produits de la mer (mercure en particulier), du gibier (plomb) ;
- des organochlorés, des pesticides, des HAP ou d'autre produits chimiques toxiques ou indésirables particulièrement solubles dans les tissus gras (provenant de pollutions industrielles ou d'aliments tels que les poissons gras, les fromages, la viande, l'œuf, dont le jaune d’œuf[78] y compris dans les œufs auto-produit (par exemple, des œufs autoproduits dans différentes zones de Belgique respectivement en automne 2006 et au printemps 2007 moins de 8,0 et moins de 8,0 µg d'arsenic par kg ; 0,5 et moins de 0,5 µg/kg pour le cadmium ; 116 et 74 µg/kg pour le plomb, 0,43 et 0,52 mg/kg pour le cuivre, 20,3 et 19,2 mg/kg pour le zinc, 3,15 et 4,44 µg/kg pour le mercure (attention l'échelle diffère, parfois donnée en µg, parfois en mg)[79]. De plus, dans ces cas, des taux de dioxines et organochlorés au-dessus des normes étaient fréquents[78] ;
- des produits fluorés[80] ;
- certains résidus médicamenteux ;
- des perturbateurs endocriniens ;
- et dans certaines circonstances le lait maternel peut enfin contenir des radionucléides (iode et césium notamment, en contexte post-essais nucléaires atmosphériques ou d'accidents nucléaires).
Importance de l'acide arachidonique chez les bébés nés prématurés
Les bébés nés prématurés sont en manque d'acide arachidonique. Ce dernier est présent dans le placenta et dans le lait maternel. Ils courent plus de risques d’infirmité s'il ne sont pas alimentés en lait bien dosé en acide arachidonique. La plupart des laits commerciaux ne contiennent pas ce nutriment. C'est une cause importante au défaut de prise de poids rapide des nourrissons nés prématurés d'après l'étude de Michael Crawford de l'institut de recherche sur le cerveau à l’hôpital Hackney de Londres. Ce composé est important pour le développement du cerveau et la formation des vaisseaux sanguins de ces jeunes bébés. L'acide arachidonique est un acide oméga-6[81].
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Axelle Cariot (2012) Analyse de traces de micropolluants dans l’eau et le lait maternel en vue d’évaluer leur impact sur la santé ; Thèse Santé-Environnement. Poitiers : Université de Poitiers. <http://theses.univ-poitiers.fr>
- Majood, M., Rao, R. Human milk: insights on cell composition, organoids and emerging applications. Pediatr Res (2025). https://doi.org/10.1038/s41390-025-04458-3
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