Léon XIII

256e pape de l’Église catholique, de 1878 à 1903 From Wikipedia, the free encyclopedia

Vincenzo Gioacchino Pecci, né le 2 mars 1810 à Carpineto Romano près de Rome, alors rattachée aux territoires annexés formant les 130 départements du Premier Empire français, et mort le 20 juillet 1903 à Rome (Italie), est un ecclésiastique italien, 256e pape de l’Église catholique, élu le 20 février 1878 sous le nom de Léon XIII (en latin Leo XIII).

Nom de naissanceVincenzo Gioacchino Raffaele Luigi Pecci
PèreDomenico Lodovico Pecci (d)
MèreAnna Francesca Prosperi Buzi (d)
Faits en bref Biographie, Nom de naissance ...
Léon XIII
Image illustrative de l’article Léon XIII
Léon XIII photographié par Braun & Cie le .
Biographie
Nom de naissance Vincenzo Gioacchino Raffaele Luigi Pecci
Naissance
Carpineto Romano, Empire français
Père Domenico Lodovico Pecci (d)
Mère Anna Francesca Prosperi Buzi (d)
Ordination sacerdotale par le card. Carlo Odescalchi
Décès (à 93 ans)
Palais apostolique de Rome, royaume d'Italie
Pape de l'Église catholique
Élection au pontificat (à 67 ans)
Intronisation
Fin du pontificat
(25 ans et 5 mois)
Cardinal de l'Église catholique
Créé
cardinal
par le pape Pie IX
Titre cardinalice Cardinal-prêtre de Saint-Chrysogone
Évêque de l'Église catholique
Ordination épiscopale par le cardinal Luigi Lambruschini
Camerlingue de la Sainte Église romaine
Archevêque de Pérouse
Nonce apostolique en Belgique
Archevêque titulaire de Damiette (de)

Signature de Léon XIII

Blason
Lumen in cœlo
 Une lumière dans le ciel »)[1]
(en) Notice sur catholic-hierarchy.org
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Son pontificat qui dura plus de vingt-cinq ans compte parmi les plus longs de l’histoire de la papauté, après ceux de Pie IX et de Jean-Paul II. Il est le premier pape à avoir exercé son ministère sans la souveraineté sur les États pontificaux, supprimés en 1870.

Léon XIII est l’auteur de 86 encycliques, par lesquelles il s’attache à définir la position de l’Église catholique face au monde moderne.

Parmi elles la plus célèbre, Rerum novarum, publiée en 1891, est considérée comme le texte fondateur de la doctrine sociale de l'Église catholique. Il y affirme le droit des travailleurs à un salaire juste, à des conditions de travail sûres et à la formation de syndicats, tout en réaffirmant le droit à la propriété privée et à la libre entreprise. Par cette approche il se distingue tant du socialisme que du capitalisme, proposant une troisième voie fondée sur la justice sociale et la dignité de la personne humaine. Léon XIII considère l’action pastorale au sein de la société comme une mission essentielle de l’Église, appelée à défendre les droits et la dignité de chaque individu.

Avec l'encyclique Æterni Patris, le pape donne également un nouvel essor au thomisme, le système philosophique et théologique de Thomas d'Aquin, qu’il érige en référence intellectuelle de l’Église. Afin d’en encourager l’étude et la diffusion il crée la Commission léonine.

Par l'encyclique Providentissimus deus publiée en 1893, il donne une impulsion aux études bibliques.

Léon XIII manifeste aussi une grande dévotion mariale : il consacre onze de ses encycliques au rosaire et approuve la création de deux nouveaux scapulaires mariaux.

Son tombeau se trouve dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de Rome.

Naissance et origines familiales

Vincenzo Gioacchino Pecci naît le 2 mars 1810 au palais Pecci à Carpineto Romano, de l'union du comte Domenico Lodovico Pecci (1767–1833) et de la comtesse Anna Francesca Prosperi-Buzzi (1773–1824)[2]. Il est le sixième d'une fratrie de sept[3]. Son frère aîné Giuseppe Pecci deviendra cardinal ; son plus jeune frère, Ferdinand, meurt prématurément de la scarlatine pendant ses études au séminaire[C 1].

Vincenzo Gioacchino Pecci est baptisé dans la chapelle privée du palais familial par l'évêque d’Anagni, Gioacchino Tosi. Il reçoit les prénoms de Vincenzo Gioacchino en hommage à saint Vincent Ferrier, sous le patronage duquel la chapelle est placée ; dans sa vie cléricale il utilise le prénom Gioacchino[A 1].

La famille Pecci, d’origine patricienne, est attestée dès 1531, lorsque Antonio Pecci, un ancêtre à la onzième génération, acquiert un domaine dans les monts Lépins, dépendant de Carpineto Romano. Ses descendants y demeurent plus de quatre siècles. À partir du XVIIIe siècle, plusieurs membres de la lignée exercent des fonctions ecclésiastiques, tels qu’un auditeur de la Rote romaine, un protonotaire apostolique et un administrateur de la Chambre apostolique[4].

Formation et débuts ecclésiastiques

En , à l'âge de huit ans,Vincenzo Gioacchino Pecci est confié avec son frère, Giuseppe, aux jésuites du collège de Viterbe[4], avant d'entrer en 1824 au Collegium romanum[N 1] de Rome. Vincenzo se fait remarquer par sa maîtrise précoce du latin[A 2]. Ses professeurs rapportent que dès l’âge de douze ans il écrivait couramment en prose et en vers « avec une facilité et une élégance merveilleuses pour son âge »[5] et en 1825 lors du Jubilé, il est chargé de réciter en latin un compliment au pape Léon XII lors de l'audience accordée aux élèves du Collegium romanum à cette occasion.

Il reçoit une formation en rhétorique, philosophie, mathématiques et physique[5]. Pendant ses études, il loge chez son oncle, Antonio Pecci (rue de l’Aracoeli) et subvient à ses besoins en travaillant comme répétiteur de philosophie au Collège germanique[A 2]. Il y côtoie notamment Barnaba Tortolini (en), alors répétiteur en mathématiques et physiques[C 2]. Vincenzo Gioacchino Pecci fréquente également l'université la Sapience[2].

En 1830, il se distingue dans une dispute publique en latin sur des questions théologiques au Collège romain. Il attribue son succès à son maître, le père Jean Perrone[A 3]. En 1831, à l'âge de 21 ans, il obtient un doctorat en théologie[2].

Le , après avoir prouvé ses origines nobles, il est admis à l'Académie des nobles ecclésiastiques qui prépare les futurs diplomates du Saint-Siège. Il devient alors pensionnaire du palais Severoli mais pendant ses congés il retourne à Carpineto Romano où il pratique la chasse, l’alpinisme, le jardinage et la culture de la vigne, loisirs auxquels il attribuera plus tard sa longévité.

En janvier 1833, il rencontre pour la première fois le pape Grégoire XVI lors d'une audience accordée aux élèves de l'Académie des nobles ecclésiastiques.

En octobre 1834, il demande à recevoir ordres mineurs[A 4] (première étape vers la prêtrise). Ses qualités universitaires le font remarquer par le cardinal Lambruschini qui le recommande au pape Grégoire XVI. Le 6 février 1837, Vincenzo Gioacchino Pecci est nommé « prélat domestique de Sa Sainteté »[2] (titre honorifique qui le fait entrer dans la Maison pontificale et marque le début de sa carrière au sein de la Curie romaine), puis référendaire de la Signature de justice (c’est-à-dire rapporteur auprès de la plus haute juridiction du Saint-Siège, chargée de l’examen des causes et des recours en matière ecclésiastique).

En 1837, lorsque Rome est frappée par une épidémie de choléra, il assiste le cardinal Giuseppe Antonio Sala dans l’organisation des secours sanitaires, échappant lui-même à la contagion. En reconnaissance de son dévouement il est nommé prélat adjoint à la Sacrée Congrégation du Concile (aujourd'hui nommé Dicastère pour le clergé).

Fin 1837, il confirme son désir d'entrer dans les ordres et effectue sa retraite spirituelle au sein du noviciat des Jésuites à Saint-André du Quirinal[A 5]. Le , à l’âge de 27 ans, il est ordonné prêtre par le cardinal Carlo Odescalchi[2].

Légat en Italie et nonce en Belgique (1838-1846)

Vincenzo Gioacchino Pecci, nonce apostolique à Bruxelles.

En 1838, à l’âge de 27 ans, Pecci est nommé légat pontifical à Bénévent, une enclave pontificale au cœur du royaume de Naples. Ses mesures fermes permettent d’y endiguer le banditisme. En 1841, le pape Grégoire XVI le transfère à la légation pontificale de Pérouse[C 3]. Il y supervise la réfection des routes et organise la visite pontificale pour l’inauguration de la Via Gregoriana[A 6]. Il participe également à la fondation d’une caisse d’épargne.

En 1843, il est nommé archevêque titulaire de Damiette [N 2] et reçoit l'ordination épiscopale des mains du cardinal Luigi Lambruschini, dans l'église San Lorenzo in Panisperna[A 6]. Il est alors âgé de 32 ans.

Le il est nommé nonce apostolique en Belgique. Pour s'y rendre il voyage par bateau de Civitavecchia à Marseille, puis par la route jusqu'à Bruxelles. Il apprend le français durant le trajet et prend des cours particuliers dans cette langue à Nîmes où il est retenu pendant une quinzaine de jours[C 4] par une indisposition.

À Bruxelles, durant sa nonciature, il met fin au conflit entre l’université de Namur, tenue par les jésuites et l’université de Louvain. Il entre en contact avec la famille royale belge et bénit le prince héritier Léopold, duc de Brabant, futur roi Léopold II, âgé de huit ans.

Il soutient l'opposition des députés catholiques contre le gouvernement de Jean-Baptiste Nothomb sur la question des jurys d'examen, opposition qui contraint le ministre à démissionner en . Le roi Léopold Ier, soucieux de ne pas froisser la majorité catholique, soutient cette opposition et propose Pecci comme cardinal auprès du pape Grégoire XVI[C 3]. Le roi lui confère également le grand cordon de l'Ordre de Léopold[A 7].

Durant ce séjour belge, le comte Ferdinand de Meeûs, gouverneur de la Société générale de Belgique, lui expliquera la nécessité pour l'Église de s'intéresser à la nouvelle industrie et au monde ouvrier.[réf. souhaitée]

Avant de rentrer à Rome en 1846, il voyage afin « d’étudier les institutions européennes »[B 1]. Il se rend à Paris par la nouvelle ligne de chemin de fer reliant Bruxelles à Paris et dont il participe à l'inauguration le [6]. Il séjourne ensuite environ un mois à Londres où il est présenté à la reine Victoria[C 5].

Archevêque de Pérouse et cardinal (1846-1877)

En 1846, Pecci est nommé archevêque de Pérouse, charge qu’il occupe pendant trente-deux ans (jusqu'en 1877). Le pape Grégoire XVI le crée également cardinal in pectore (en secret). Après la mort de Grégoire XVI, son successeur le pape Pie IX rend public ce titre et durant le consistoire du 19 décembre 1853, le crée officiellement cardinal, répondant ainsi au souhait exprimé par le roi Léopold Ier de Belgique. Pie IX lui maintient également son titre d'archevêque[7]. Pecci est alors âgé de 43 ans.

Archevêque de Pérouse, Pecci consacre une part importante de son épiscopat à la formation du clergé, suivant personnellement l’instruction et la progression des séminaristes, assisté de son frère Giuseppe Pecci, revenu à Pérouse à la suite de la dispersion de la Compagnie de Jésus en 1848[C 6].

En 1849, afin de protéger la ville il obtient le retrait des troupes autrichiennes lancées à la poursuite de Garibaldi qui campent à Pérouse. En 1854, il doit faire face à la disette qui frappe l'Ombrie et qui le sensibilise à la question sociale. En 1857, il reçoit pendant quatre jours le pape Pie IX qui visite Pérouse [A 8].

Pecci fait restaurer et embellir la cathédrale Saint-Laurent, notamment l’oratoire de Sant’Onofrio où se trouvait autrefois le retable de Sant'Onofrio de Luca Signorelli, aujourd'hui conservée dans le Musée annexe de la cathédrale et le tableau de Francesco Appiani Saint Émidio baptisant Polisia. Il fonde le sanctuaire de Notre-Dame de la Miséricorde à Ponte della Pietra en l'honneur de l'image miraculeuse de la Vierge, qu'il consacre en 1871[B 2].

En 1859, il fonde à Pérouse l'académie de Saint-Thomas d'Aquin destinée à l’étude de la scolastique, ainsi que l'association de Saint-Joachim pour les prêtres indigents[B 3].

L’annexion de l’Ombrie par le royaume de Sardaigne en 1860, puis la naissance du royaume d’Italie en 1861 met fin à l’autorité temporelle du pape sur la région. Pérouse passe ainsi de la suzeraineté du pape à celle du roi d'Italie. Pecci devient dès lors citoyen italien, tandis que Rome reste protégée par les troupes françaises jusqu'en 1870. Pecci, en désaccord avec les positions politiques de Pie IX vis-à-vis de l'Italie nouvelle, est « systématiquement écarté des questions temporelles » par le cardinal Giacomo Antonelli, secrétaire d'État du pape. En 1869, Pecci ne se déplace pas pour rencontrer le roi en visite à Pérouse mais organise un synode qui réunit les évêques d'Ombrie et des Marches[A 9].

En 1870, après l’annexion définitive de Rome par le roi d'Italie et la fin des États pontificaux, le pape Pie IX se réfugie dans le palais du Vatican, où il se considère comme un captif. Devenu citoyen italien, Pecci s'oppose aux lois anticléricales du gouvernement de Victor-Emmanuel II[8]et condamne dans ses mandements les « erreurs modernes »[9] dans l’esprit du Syllabus de Pie IX dont il a demandé la rédaction[10]. Plusieurs de ses instructions pastorales annoncent déjà les orientations doctrinales et sociales de son futur pontificat[C 7].

En 1875, le pape Pie IX le nomme protecteur du Tiers-Ordre de saint François (devenu pape, Pecci réunira en 1897 les deux branches franciscaines qui existait alors (les observantins et les récollets[A 10]) en un ordre unique, les Frères mineurs de l'Observance).

Camerlingue de l’Église romaine (1877-1878)

En septembre 1877, Pecci est nommé camerlingue de la Sainte Église romaine. À ce titre, il s’attache alors à défendre les droits du Saint-Siège face au gouvernement italien et étudie avec soin les constitutions pontificales et l’histoire des conclaves, conformément aux responsabilités qui incombent au camerlingue en cas de sede vacante.

À la mort de Pie IX (le 7 février 1878), pour éviter toute intervention du gouvernement italien sous prétexte de maintien de l’ordre, il décide de faire exposer la dépouille du pape dans la chapelle du Saint-Sacrement de la basilique Saint-Pierre, plutôt qu’à la chapelle Sixtine[C 8].

Conclave de 1878 et élection au pontificat

Le pape Léon XIII en 1878.

Lors du conclave de 1878, réuni après la mort de Pie IX, Pecci est élu pape le 20 février 1878, à l'âge de 67 ans, au troisième tour de scrutin avec 44 voix sur 61 votants, soit la majorité des deux tiers requise. Il est probablement choisi en raison de son âge et de sa santé jugée fragile, la majorité des cardinaux souhaitant alors un pape de transition après le long pontificat de Pie IX (1846-1878)[11]. Il jouit par ailleurs de la réputation d’avoir progressivement élaboré une pensée personnelle et de posséder un réel sens des réalités contemporaines[12].

Il prend le nom de Léon XIII, en reconnaissance à ses prédécesseurs Léon Ier le Grand et Léon XII. Une autre explication avancée de son choix est que son élection a lieu un 20 février, jour de la fête de saint Léon de Catane[5].

Après le pontificat de Pie IX, d'abord assez libéral puis plus conservateur et dogmatique après les révolutions de 1848, auteur du Premier concile œcuménique du Vatican qui proclame l’infaillibilité pontificale, l’Église catholique découvre la figure intellectuelle et diplomate qu'est Léon XIII. Bien que sa santé suscite initialement des inquiétudes, il déjoue ces pronostics et règne pendant vingt-cinq ans, atteignant l’âge de 93 ans, une longévité exceptionnelle qui lui permet de survivre à la plupart de ses électeurs.

Adaptation du protocole pontifical après 1878

Léon XIII est le premier pape élu après la chute du pouvoir temporel de la papauté. Ce contexte politique particulièrement délicat, l'amène par prudence et diplomatie à modifier le protocole de l'accession au trône pontifical. La première bénédiction Urbi et Orbi est donnée depuis la loge intérieure de la basilique Saint-Pierre et non depuis le balcon extérieur, Léon XIII ayant constaté que le gouvernement italien n’avait pas salué son élection par un tir de canon depuis le château Saint-Ange. Le déplacement traditionnel en cortège jusqu'à Saint-Jean-de-Latran pour sa prise de possession en tant qu'évêque de Rome est écarté et son couronnement n'a pas lieu à la basilique Saint-Pierre mais dans la chapelle Sixtine le [A 11].

De même, les cérémonies d’obédience des cardinaux se tiennent intégralement dans la chapelle Sixtine et non partiellement à la basilique Saint-Pierre comme il était d’usage.

Pontificat

Enseignement catholique et nominations épiscopales

Dès le début de son pontificat Léon XIII est confronté à la question de l'enseignement catholique à Rome. En , le conseil municipal décide que l'instruction religieuse n'est plus obligatoire et qu'elle ne sera désormais dispensée qu'aux enfants dont les parents en font la demande expresse. En réponse, le pape encourage la création d'écoles catholiques à Rome, ainsi que d'écoles du soir destinées aux apprentis, confiées aux salésiens de Dom Bosco.

Il doit également faire face au droit d'exequatur revendiqué par le pouvoir civil dans la nomination des évêques italiens. Ce droit d'approbation exercé par le gouvernement italien a freiné de nombreuses désignations épiscopales depuis 1870[N 3]. Léon XIII tente, en vain, d'y remédier en remettant en vigueur une constitution de Benoît XIV de 1740 en créant le une Congrégation de cinq cardinaux chargés de préparer à l'avance les vacances de siège[A 12].

Gouvernement de l'Église et du Saint-Siège

À la suite de l’annexion des anciens États pontificaux et de Rome par les troupes italiennes en 1870, Léon XIII, comme son prédécesseur Pie IX, se considère comme « prisonnier du Vatican ». Il continue de revendiquer la souveraineté temporelle du Saint-Siège, estimant que celle-ci a été indûment confisquée par la monarchie italienne, désormais dirigée par Humbert Ier, successeur de Victor-Emmanuel II.

Le 20 septembre 1900, trente ans après la perte de ces territoires, Léon XIII dissout officiellement les États pontificaux, mettant ainsi la papauté en accord avec la réalité politique[13]. Il maintient toutefois la consigne donnée aux catholiques italiens de ne pas participer à la vie politique nationale, ni comme électeur ni comme candidat, mais il introduit un premier assouplissement au non expedit de Pie IX en leur permettant de participer aux élections municipales

Concernant le clergé, il adresse en 1882 l’encyclique Etsi Nos (en) aux évêques d’Italie, dans laquelle il esquisse un programme pastoral adapté au monde moderne. Il y souligne l’importance de la formation intellectuelle des prêtres, notamment dans les sciences naturelles, afin de répondre efficacement aux critiques dirigées contre la foi car « de nombreuses découvertes ont été sagement et utilement faites, qu'il ne convient pas d'ignorer, surtout quand des hommes malfaisants ont l'habitude de tourner, comme de nouvelles armes, contre les vérités divinement révélées, chaque ajout de ce genre que le jour apporte »[A 13].

En reconnaissance de l’engagement des zouaves pontificaux, volontaires catholiques du monde entier ayant défendu le pouvoir temporel du pape entre 1860 et 1870, Léon XIII encourage en 1890 l’Association des chevaliers pontificaux[14].

Ouverture des archives du Vatican

Alors que la fin du XIXᵉ siècle est marquée par un climat anticlérical et largement hostile au catholicisme, Léon XIII lance dès le début de son pontificat un vaste programme de promotion de la recherche historique sur la papauté et l’Église. A compter de 1881, il autorise progressivement la libre consultation par les chercheurs et universitaires des Archives secrètes du Vatican (devenues en 2019 les Archives apostoliques du Vatican) qui constituent les archives centrales du Saint-Siège, regroupant tous les actes et documents relatifs au gouvernement et à l’activité pastorale du pape et des dicastères de la Curie romaine[15] et nomme le cardinal Joseph Hergenröther premier préfet des Archives. Les papes suivants poursuivent et étendent la politique d’ouverture des Archives[15].

Dans le même mouvement, il institue également une commission cardinalice pour l’étude des sciences historiques (nommée Comité pontifical des sciences historiques en 1954 par Pie XII ) et fonde, le 1ᵉʳ mai 1884, l’École vaticane de paléographie, diplomatique et archivistique, destinée à former des spécialistes en paléographie et en histoire comparée, dont la direction est confiée à Isidoro Carini.

Réforme de l’Index librorum prohibitorum

L’Index librorum prohibitorum, institué à l’issue du concile de Trente, est une liste d’ouvrages jugés contraires à la foi ou aux mœurs, dont la lecture était interdite aux fidèles. Après les premiers assouplissements amorcés par Pie IX, Léon XIII réforme en profondeur l’Index par la constitution apostolique Officiorum ac Munerum (en) du 25 janvier 1897[16], en réorganisant, adoucissant et simplifiant tant ses procédures que la liste elle-même[17].

Relations avec les Églises orientales

Face à la diversité des Églises orientales, Léon XIII développe une politique dite « unioniste », visant à favoriser leur rapprochement et leur union avec Rome[18],[19].

Sa vision de la Terre sainte s’inscrit à la fois dans une perspective spirituelle, diplomatique et apostolique. Après la restauration du Patriarcat latin de Jérusalem en 1847 et l’instauration du protectorat français sur les chrétiens d’Orient, il franchit une première étape avec l’encyclique Sancta Dei Civitas (it) du 3 décembre 1880[20], par laquelle il encourage les catholiques à soutenir l’Œuvre d’Orient, fondée à Paris en 1856, dont la mission est de venir en aide spirituellement et matériellement aux chrétiens d’Orient.

À la suite du Congrès eucharistique de Jérusalem en 1893, il publie deux lettres majeures : Praeclara gratulationis (en) le 20 juin 1894 et Orientalium dignitas Ecclesiarum le 30 novembre 1894. La même année, six conférences patriarcales se tiennent à Rome, sous sa présidence[19].

Dans un contexte marqué par le déclin de l’Empire ottoman et la naissance de nouveaux États en Europe balkanique, Léon XIII estime ces évolutions favorables à un dialogue avec les populations orthodoxes. Il engage plusieurs initiatives, dont la reprise de relations diplomatiques avec la Russie[21] mais sans résultats durables sur le plan de l’unité interconfessionnelle[22].

Parmi ses créations cardinalices figure Antoine-Pierre IX Hassoun, patriarche de l’Église catholique arménienne, élevé au cardinalat en 1880. En 1895, il réorganise également la communauté copte catholique en la répartissant entre les trois diocèses de l’Église copte catholique, placés sous l’autorité du patriarche d’Alexandrie, résidant au Caire.

Canonisations, proclamations au doctorat et au patronat

Au cours de son pontificat, Léon XIII préside quatre cérémonies de canonisation, proclamant au total 27 saints proposés comme modèles et intercesseurs aux fidèles.

Il proclame quatre docteurs de l’Église[23] : Cyrille de Jérusalem et Cyrille d’Alexandrie (en 1882), Jean Damascène (en 1890) et Bède le Vénérable (en 1899).

Il attribue également à quatre reprises le titre de saint patron : Thomas d’Aquin, comme patron des universités et des institutions catholiques (1880)[24] ; Vincent de Paul, comme patron des œuvres catholiques de charité (1885)[C 9] ; Jean de Dieu, comme patron des malades et des hôpitaux (1886) ; et Pascal Baylon[25], comme patron des congrès et associations eucharistiques (1897)[26].

Réorganisation des congrégations et des ordres religieux

Le 12 mars 1887, Léon XIII confirme l’approbation de l’Institut des chanoines réguliers de l’Immaculée Conception, fondé en 1871 à Saint-Claude (France) et élève leur église, installée en 1890 dans l’ancien monastère de Saint-Antoine près de Grenoble( France), au rang d’abbaye et nomme dom Gréa premier abbé[A 14].

Le 24 janvier 1891, il approuve les constitutions de la congrégation des Filles de Marie et de Joseph.

Il procède également à une réorganisation des grands ordres religieux, notamment de l’ordre de Saint-Benoît, en fondant la confédération bénédictine en 1893 par le bref Summum semper[A 15].

Créations cardinalices

Durant son pontificat, Léon XIII crée 147 cardinaux au cours de 27 consistoires.

Il crée cardinal Joseph Sarto, futur Pie X, ainsi que plusieurs figures marquantes telles que l’anglais John Henry Newman, son frère Giuseppe Pecci, l’américain James Gibbons, engagé dans la cause ouvrière, le français Benoît Langénieux et Elzéar-Alexandre Taschereau, premier cardinal canadien. Il donne aussi à l’Australie son premier cardinal avec Francis Moran, nommé archevêque de Sydney en 1884[7].

Enfin, Carlo Christofori, est le dernier prélat à être créé cardinal alors qu’il n’était pas encore prêtre, en 1885.

Principales encycliques

Rerum novarum et le catholicisme social

Un an avant son accession à la chaire de saint Pierre, à l'occasion du carême de 1877, le cardinal Pecci écrit une lettre pastorale sur l'Église et la civilisation où il dresse un historique du travail depuis l'Antiquité et en vient à évoquer les conditions faites aux travailleurs en cette fin du XIXe siècle. Il y dénonce « un indigne abus des pauvres et des faibles, de la part de ceux qui veulent les exploiter à leur profit » et y fustige « les écoles modernes d'économie politique » et « le nombre exagéré d'heures de travail imposées à ceux qui doivent gagner leur pain à la sueur de leur front ». Devenu pape, il fait créer à Rome, en 1882, un Cercle romain d'études sociales dont le principal animateur est l'archevêque Domenico Maria Jacobini. Ce cercle regroupe des personnalités éminentes catholiques qui, ne pouvant participer à la vie politique de leur pays, s'engagent sur le terrain social. Léon XIII se tient régulièrement informé de leurs travaux qui portent sur la condition des ouvriers dans les différents pays occidentaux, sur la question des salaires, sur le droit à la propriété et ses limites mais aussi sur le travail des femmes et des enfants. En 1889, il encourage la tenue du congrès de l'Union catholique pour des études sociales en Italie organisé à Padoue par l'évêque Giuseppe Callegari[A 16].

Sur les pas des catholiques sociaux, tels que Frédéric Ozanam, il se saisit de la question ouvrière, tout d'abord par son appui à la Conférence internationale de Berlin en , puis dans l'encyclique Rerum novarum du . Il y fustige « la concentration, entre les mains de quelques-uns, de l'industrie et du commerce devenus le partage d'un petit nombre d'hommes opulents et de ploutocrates, qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires », mais, tandis que Friedrich Engels publie les parties 2 et 3 de l'œuvre Le Capital de Karl Marx, mort en 1883, Léon XIII condamne le marxisme comme une « peste mortelle » pour la société. Dans ce document, Léon XIII critique également le libéralisme et son régime de concurrence effrénée qui réduit les ouvriers à la misère, mais rejette le socialisme qui veut abolir la propriété privée, droit naturel, et instaurer la lutte des classes. Il recommande l'association fraternelle des travailleurs et l'intervention de l'État pour régler les rapports entre patrons et ouvriers.

En 1891, l'encyclique Rerum novarum est fondatrice du catholicisme social, évoquant les conditions de travail inhumaines de la classe ouvrière et les moyens pour les catholiques d’y remédier. Dès 1890, Léon XIII avait fait part de ses positions sociales lors d'une correspondance avec l'empereur Guillaume II préparant la Conférence internationale de Berlin.

En 1901, il accepte de se faire officiellement représenter à l'assemblée constitutive de l'Association internationale pour la protection légale des travailleurs qui se tient à Bâle les 27 et 28 septembre. Il confie cette mission au comte Edoardo Soderini qui participe aux comités et séances aux côtés du représentant de gouvernement italien, Luigi Luzzatti[A 17].

Æterni Patris et la relance des études thomistes

Plusieurs initiatives[24] marquent la volonté de Léon XIII de promouvoir l’étude de la philosophie thomiste au sein de l’Église, appuyant ce modèle sur l’enseignement de Thomas d'Aquin.

Ce renouveau est inauguré dès 1879 par la promulgation le 4 août de l’encyclique Æterni Patris sur la philosophie chrétienne et par la fondation le 15 octobre de l’académie pontificale Saint-Thomas à Rome[27]. Parallèlement, il fonde une Académie historico-juridique qui « est destinée à faire descendre dans les réalités de la vie politique » les étudiants en théologie[B 4].

Un travail de fond est entamé pour la publication des œuvres de Thomas d'Aquin, la recherche d’ouvrages inédits, la vérification et la confrontation des sources et manuscrits existants. Confiée aux Dominicains à travers la Commission léonine, cette œuvre poursuit ses travaux jusqu'à nos jours[24].

Providentissimus Deus et les études bibliques

L'encyclique Providentissimus Deus, publiée en 1893, donne une impulsion aux études bibliques, demandant aux catholiques de pratiquer l'exégèse pour réfuter les accusations d'erreurs contenues dans la Bible. Cette encyclique réaffirme le principe de l'inerrance biblique énoncé lors du concile Vatican I, et récuse la notion d'auteur à propos des rédacteurs bibliques : la Bible, ayant Dieu pour auteur direct, ne peut contenir aucune erreur même concernant les faits scientifiques ou historiques[28],[29]. Cette position sera remise en cause lors du concile Vatican II avec la constitution Dei Verbum[30].

Pour Christoph Theobald, le cardinal Camillo Mazzella, parlant des textes de la Bible comme « des choses et des assertions que Dieu a voulu faire écrire »[31], a fortement influencé cette encyclique, de même que le cardinal Johann Baptist Franzelin. Dans la mesure où celle-ci, estime Theobald, considère que Dieu est « l'auteur littéraire » des Écritures et que « leur inspiration s'étend à toutes leurs parties », il conclut que cette école dite « romaine », dont font partie Mazzella ou encore Louis Billot, « prend des allures franchement fondamentalistes »[32]. C'est à ces conceptions que se heurtèrent, quelques années plus tard, Marie-Joseph Lagrange et surtout Alfred Loisy, principaux acteurs de la crise moderniste[33].

Émile Poulat note cependant que Léon XIII, en 1903, peu avant de mourir, a décidé de dessaisir le Saint-Office et l'Index de la dénonciation portée contre Loisy par le cardinal français Richard, instituant une « Commission internationale pour les questions bibliques » dont Loisy considérait les membres comme « à peu près tous honnêtes »[34]. L'abbé Loisy sera néanmoins destitué de sa chaire d’exégèse biblique à l'École française de Rome dès 1893.

Encycliques et sentences sur les relations entre religion et société civile

Léon XIII en 1887.

La condamnation du divorce. Dès 1880, Léon XIII publie Arcanum divinæ, une première encyclique sur le mariage, qui veut en rappeler le sens authentique et s’attacher à condamner le divorce. Le XIXe siècle assiste à une cristallisation ample et ouverte de remise en cause du mariage chrétien et de séparation de route de plus en plus marquée entre l’Église catholique et les États. En France par exemple, si la révolution promulgue une loi sur le divorce en 1792 abrogée en 1816, le sujet redevient d’actualité, le rétablissant en 1884.

La lutte contre l'avortement. L'Église cherche à conjurer la montée du matérialisme et du « paganisme médical ». Le Saint-Office édicte une série de six sentences, échelonnées de 1884 à 1901, sur les actes chirurgicaux à caractère abortif considérés comme illicites au regard de l'Évangile, quels que soient le motif et l'âge gestationnel. Le concept d'animation du fœtus qui est avancé (date de la formation de l'âme[N 4]) perd de sa force, remplacé plus tard par le concept de « vie innocente » dès sa conception (Casti connubii (1930) et Humanæ vitæ 1968)[35].

Sous l'impulsion de Léon XIII, la première association française de médecins catholiques est fondée en 1884 sous le nom de Société Saint-Luc, surtout implantée dans le Grand Ouest français, et qui représente en 1910 près de 6 % du corps médical. Cette société lutte contre le rationalisme et l'athéisme, et intervient sur les questions liées à la procréation, notamment en s'opposant à l'avortement thérapeutique[35].

Les trois encycliques « politiques ». La ligne papale sur ce thème s'exprime essentiellement au travers de ce triptyque[36] :

Les thèmes abordés sont essentiellement l'origine divine du pouvoir, l'attitude que les dirigeants devraient suivre pour se conformer à l'enseignement de l’Église, la reconnaissance de diverses formes de gouvernement (dont la démocratie), la dénonciation de diverses écoles de pensée et philosophies (laïcisme, libéralisme, naturalisme, socialisme, communisme), les réflexions sur la séparation de l’Église et de l’État, ou encore l'implication des laïcs dans la vie civile.

Ces trois encycliques de Léon XIII constituent des sources du Catéchisme de l'Église catholique publié en 1992[N 5].

La condamnation de la franc-maçonnerie. En avril 1884, Léon XIII publie aussi l'encyclique Humanum Genus contre la franc-maçonnerie, dans laquelle il énumère les nombreuses condamnations de celle-ci par ses prédécesseurs, constituant en cela un autre volet du manifeste catholique du contre-modernisme. Cette condamnation restera constante par la suite[38], notamment par la note publiée en 1983 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi[39].

La condamnation de l'esclavage et de la traite humaine. En 1899, il rappelle dans l'encyclique In Plurimis l'opposition du christianisme à l'esclavage et la traite humaine, en opposition avec la dignité de tout baptisé, notamment au Brésil, mais aussi au Soudan et à Zanzibar. En gratitude pour l'engagement de la princesse héritière et régente du Brésil Isabelle contre l'esclavage, Léon XIII avait déjà remis à celle-ci en 1888 la distinction papale de la « rose d'or »[40].

Encycliques liées au culte

Alors que le dogme de l'Immaculée Conception a été promulgué par son prédécesseur Pie IX en 1854, Léon XIII publie pendant son pontificat onze encycliques sur le rosaire et une douzième sur la Vierge Marie, s'insérant dans la longue liste des papes ayant promu la pratique de cette prière[41]. Dans la première, datant de 1883, Supremi Apostolatus, il rappelle, chronologiquement, toutes les circonstances dans lesquelles l'Église a eu recours à son intercession. Six ans plus tard, avec Quamquam pluries, il associe Joseph à la dévotion envers son épouse. Dans l'encyclique Fidentem piumque animum (1896), il évoque avec lyrisme cette prière « décorée du beau nom de Rosaire, comme si elle avait quelque chose du parfum suave des roses et de la grâce des guirlandes fleuries »[A 18].

Il est également connu pour sa prière à Saint-Michel, archange, qui « constitue un véritable exorcisme »[A 19].

Il est question du culte du Sacré-Cœur dans une des dernières encycliques de Léon XIII, Annum Sacrum, publiée le , portant sur la consécration du genre humain au Sacré-Cœur[A 19].

Diplomatie

Lorsque Léon XIII monte sur la chaire de Pierre, le Saint-Siège n'a plus de territoire et le pape n'est plus un souverain. Dès lors aurait pu se poser la question de sa légitimité à entretenir des relations internationales. Formé à la diplomatie à l'Académie des nobles ecclésiastiques à Rome, ayant exercé la fonction de nonce en Belgique au moment décisif de son histoire qu'a été la conquête de son indépendance, Léon XIII « a reconstruit une diplomatie sans le support d'un État » en se positionnant en médiateur et en arbitre des litiges qui opposaient alors les États. Paradoxalement, il permet au Saint-Siège de « retrouv(er) une autorité morale accrue ». Ses médiations, nombreuses, ont concerné les territoires coloniaux d'Afrique et d'Amérique latine tels l'archipel des Carolines en 1885, le Congo en 1890, les tarifs douaniers entre le Pérou et l'Espagne en 1891 ou encore entre la Grande-Bretagne et le Venezuela en 1894[42].

Portrait de Léon XIII par Philip de László (1900).

Dans le même temps, le souverain pontife doit compter avec un contexte international hostile à la religion catholique : l'anticléricalisme français qui expulse les congrégations, le Kulturkampf prussien qui tente de mettre sous tutelle de l'État les catholiques allemands, la méfiance de l'Italie mais aussi par exemple l'instabilité politique chronique de l'Espagne. Dans tous ces pays de longue tradition chrétienne en voie de laïcisation, le pouvoir du clergé est combattu, tandis que des théories révolutionnaires prônant la violence telles que le nihilisme russe ou l'anarchisme, se développent. L'autorité est aussi largement agressée : le tsar de Russie Alexandre II est assassiné en 1881, l'impératrice d'Autriche en 1898, le roi d'Italie en 1900.

Relations du Saint-Siège avec la France

Devant les appels au renversement des institutions par certains catholiques français[43], Léon XIII rappelle la doctrine traditionnelle de la soumission des sujets à tous les gouvernements, quelle que soit leur forme (Toast d'Alger, encyclique Au milieu des sollicitudes et lettre Notre Consolation[44]). Il demande une réconciliation des différents courants politiques et l'union de « tous les gens honnêtes » pour contrer le parti anticlérical au pouvoir et parvenir à la mise en sourdine, sinon à la suppression, des lois antireligieuses, comme en Allemagne. Il rappelle aux catholiques français que « l'Eglise n'a aucune hostilité de principe envers la démocratie » et qu'elle ne « dogmatise pas la forme de l'Etat »[45].

L'opposition d'une partie notable de catholiques aux directives de Léon XIII, à la suite de quelques figures influentes — souvent laïques — de l'Église de France, semble davantage idéologique que politique, plus gallicane que favorable au principe monarchiste. L'opposition à ce qui sera désormais nommé le Ralliement, a d'ailleurs pour origine, dès la fin de l'année 1892, les écrits d'Émile Dillon, un ami d'Alfred Loisy (dans un article anonyme de la Contemporary Review d'), relayé sinon plagié par un protestant allemand Friedrich Heinrich Geffcken (dans Léon XIII devant l'Allemagne[46]) et un ancien ministre piémontais Ruggero Bonghi. Ces trois auteurs semblent s'être inspirés de La société de Rome[47] écrit anticlérical d'Henri Durand-Morimbau dit Henri des Houx sous le pseudonyme de Comte Paul Vasili. Le jésuite Salvatore Brandi s'employa non sans succès, au début de l'année 1893, à réfuter Émile Dillon et Friedrich Heinrich Geffcken dans une série d'articles de la Civiltà Cattolica, reprise en France dans l'Univers et la Revue des deux mondes (puis rassemblés en brochure La politique de Léon XIII[48]).

L'opposition aux directives du pape, sans être majoritaire dans une Église de France profondément marquée par l'école ultramontaine (Louis-Édouard Pie, Louis-Gaston de Ségur, Louis Veuillot, entre autres), influença néanmoins un certain nombre de catholiques ; ainsi, « les dames dévotes de Bretagne et d'Anjou priaient pour la conversion du pape »[49] ; certains vont même jusqu'à soutenir qu'au véritable Léon XIII on a substitué un sosie ; Les Caves du Vatican contiennent une allusion à cette fable qu'on a répétée avec Paul VI. La comtesse de Pange raconte[50] que son père, le duc de Broglie, a coutume d'inviter à déjeuner une ou deux fois par an les curés du voisinage ; l'un d'eux, un peu échauffé par le vin de champagne dont il n'a pas l'habitude, n'hésite pas à lancer au dessert un : « Et quand je pense à ce monstre de pape ! », qu'il refuse de retirer.

Prérogative du Saint-Siège, Léon XIII éleva 22 églises comme basiliques mineures en France, ce qui leur donna un titre honorifique et une dignité particulière[51] au sein des églises et des cathédrales.

Relations du Saint-Siège avec l'Empire allemand

Léon XIII et Bismarck.

Les relations avec le nouvel Empire allemand (proclamé à Versailles le ) sont rompues depuis l'arrivée au pouvoir du chancelier Bismarck. Toute la diplomatie de Léon XIII sera tournée vers l'apaisement progressif du Kulturkampf. Entre 1871 et 1887, le prince de Bismarck veut renforcer la « solidarité » des composantes de l'Empire et ce, au détriment de l'Église (notamment en rabaissant le parti catholique du Zentrum dont l'un des fondateurs est l'évêque de Mayence Wilhelm Emmanuel von Ketteler). Ainsi, toute critique de l'Empire (cela inclut non seulement la Prusse, mais aussi la Rhénanie prussienne à majorité catholique) est punie de prison.

En 1873, du 11 au 14 mai, sont promulguées quatre lois concernant la formation du clergé, l'exercice de l'autorité épiscopale et les liens hiérarchiques des ordres religieux et des congrégations. Ces lois, appelées « lois de mai », sont complétées en 1874 et 1875 par de nouvelles dispositions soumettant le clergé à une législation unique. En réponse, les évêques et le clergé catholiques se mobilisent autour de Zentrum, le « parti du centre », dont les représentants défendent les libertés religieuses, avec l'appui des députés d'Alsace-Lorraine récemment annexée et des députés polonais de Prusse, de Posnanie et de Silésie, dont les populations catholiques trouvaient en l'Église un refuge pour leurs activités patriotiques. Cette résistance amène le « chancelier de fer » à infléchir ses positions et à évoquer, en août 1881, une modification des lois de mai et une amnistie partielle par la voix de son émissaire à Rome, le baron Kurd (Conrad) von Schlözer. En 1882, Léon XIII réussit à rétablir les relations diplomatiques avec la Prusse. Le pape a soutenu, avec un certain succès, les évêques dans leur appui aux actions sociales et à la formation d'associations de laïcs d'entraide de travailleurs. Face à la menace naissante du socialisme, le gouvernement prussien ménage le parti Zentrum dont Bismarck a besoin des voix. Le chancelier est sensible à la médiation de Léon XIII qui permet en 1885 de régler, par la diplomatie, la question de l'occupation des Îles Carolines et Palaos en Océanie. Ainsi en 1887, les congrégations peuvent progressivement revenir[N 6] et les lois les plus répressives de la précédente période du Kulturkampf ne sont plus appliquées[A 20] Cependant, dans le domaine de la politique extérieure, à partir du renouvellement de la Triplice en février 1887, puis avec l'abandon du traité de réassurance avec la Russie en 1890, le pape s'inquiète du caractère offensif du dernier système bismarckien dirigé contre la France.

Relations du Saint-Siège avec l'empire d'Autriche-Hongrie

Léon XIII entretenait des relations privilégiées avec l'évêque croate de Dakovo, Josip Juraj Strossmayer, qui prônait l'unification religieuse des Slaves. En 1880, dans son encyclique Grande Munus et en signe de sollicitude, il étend à la chrétienté tout entière la fête des saints Cyrille et Méthode[A 21].

En 1889, il est confronté au drame de Mayerling. François-Joseph Ier, l'empereur d'Autriche, devra envoyer deux télégrammes pour obtenir la dispense permettant à son fils et héritier, mort dans des conditions scandaleuses, d'être inhumé chrétiennement. Le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro sera soupçonné par le souverain autrichien de s'être opposé à cet acte de miséricorde du pape. L'empereur s'en souviendra. Lors du Conclave de 1903, il usera de son droit d'exclusive afin d'empêcher le prélat, pourtant favori, de ceindre la tiare pontificale.

Par ailleurs, Léon XIII sera de ceux dont l'héritier de l'empire, François-Ferdinand, arrachera une approbation pour épouser Sophie Chotek en dépit du désaccord de l'empereur François-Joseph[52].

Relations du Saint-Siège avec l'Empire russe

Léon XIII a marqué une politique de détente et de rapprochement avec la Russie, notamment par la signature d'accords diplomatiques dès 1880, la reconnaissance des saints slaves Cyrille et Méthode comme docteurs de l'Église[18]. Il en résultera une détente notable des relations entre l'Empire russe et le Saint-Siège.

Cette action diplomatique n'empêcha pas par ailleurs le pape de condamner dans une des premières encycliques, Quod Apostolici muneris, publiée 28 décembre 1878, le socialisme, le communisme et le nihilisme, déclarés alors comme erreurs modernes. Si ces idées gagnent du terrain dans l'empire russe, l'encyclique reste générique et ne pose pas de lien explicite avec la Russie.

Au début de son pontificat, Léon XIII envoie une missive au ton conciliant au tsar Alexandre II de Russie, dans laquelle il rappelle à son bon souvenir l'existence de ses sujets de confession catholique (notamment Polonais et Allemands de Russie) qui souhaitent vivre en loyaux sujets de l'Empire. L'empereur répond tout aussi courtoisement, promettant que ses sujets catholiques disposeront des mêmes droits que les autres. Les relations entre Pie IX et la Russie étaient rompues depuis 1870 en raison de la question polonaise et dans un contexte d'attentats contre les souverains[N 7].

Léon XIII vers 1903.

À plusieurs reprises, Léon XIII fait lire des lettres en chaire, contre ces attentats. En réponse, des sièges épiscopaux reçoivent enfin l'approbation impériale et sont pourvus. Mais la question polonaise n'évolue guère : le Saint-Siège juge inacceptable l'usage du russe — langue administrative de l'Empire récemment imposée en Pologne — dans l'enseignement et le catéchisme. Plus encore, des Ruthènes en majorité uniates ont été obligés de se placer sous la juridiction canonique de l'Église orthodoxe.

Lorsqu'Alexandre II est assassiné, Léon XIII envoie, en 1881, au couronnement du nouveau tsar Alexandre III un prélat de haut rang pour le représenter[53]. Alexandre III, reconnaissant, demande au pape d'exhorter les évêques de Pologne à ne pas apporter leur soutien aux mouvements patriotes polonais et à l'agitation politique.

Les relations s'améliorent encore lorsque Léon XIII use de son influence pour rapprocher la Russie de la France. En effet, le pape voit d'un mauvais œil la création de la Triplice, qui réunit une Italie gouvernée par un ministère de gauche anticlérical et tenté par l'expérience voisine du Kulturkampf de Bismarck, un Empire austro-hongrois miné par les nationalismes et un nouvel Empire allemand qui a chassé les congrégations de son pays et promulgué des lois anticatholiques. D'un autre côté, bien que jugeant le régime politique de la France insatisfaisant et instable, la Russie a besoin des capitaux français pour se développer et pour se défendre d'une Allemagne trop orgueilleuse à ses frontières tandis que la France souhaite sortir de son isolement diplomatique et contrecarrer la puissance de la Triplice. La diplomatie française s'active avec le premier emprunt russe et l'élaboration de l'alliance militaire[18]. Léon XIII rétablit des rapports officiels avec Saint-Pétersbourg en 1888[A 22].

Après la mort d'Alexandre III en 1894, la question des uniates est réglée avec la lettre apostolique Orientalium dignitas sur le respect des rites orientaux[A 23]. En 1896, les Statuts des Confessions étrangères dont fait partie le catholicisme sont revus et réédités mais les relations directes entre les fidèles, les évêques de l'Église catholique en Russie et Rome restent interdites, ainsi que les conversions de l'orthodoxie au catholicisme[54]. La question de la langue russe dans le culte et des matières russes dans les séminaires trouve une entente en 1897[18]. Le nouveau tsar Nicolas II facilite le financement de la gestion du grand séminaire catholique de Saint-Pétersbourg, des églises catholiques sont construites dans les grandes villes commerçantes de Russie, tandis qu'en Pologne les derniers sièges épiscopaux vacants sont pourvus.

La nonciature de Saint-Pétersbourg ne rouvre pas[C 10].

Relations du Saint-Siège avec le Royaume-Uni

Léon XIII en 1898.

Depuis le milieu du XIXe siècle, le Royaume-Uni est traversé par un mouvement de conversion, dit le mouvement d'Oxford, autour de John Henry Newman. L'un des premiers actes du pontificat de Léon XIII vis-à-vis de l'Angleterre est de le créer cardinal en 1879 alors qu'il n'est que simple prêtre.

Dans ce contexte, après avoir réuni un groupe d'experts autour du cardinal Camillo Mazzella, Léon XIII clarifie la position de l'Église vis-à-vis de l'anglicanisme par la lettre apostolique Apostolicae curae du et déclare nul le rite d'ordination sacerdotal anglican[A 24].

En Écosse, qui est restée fidèle au catholicisme, il rétablit la hiérarchie catholique dès la première année de son pontificat. Par la bulle Ex supremo Apostolatus, il constitue deux évêchés : celui de Saint-André et Édimbourg et celui de Glasgow[A 25].

En juin 1902, le jeune évêque Merry del Val représente le pape au couronnement d’Édouard VII à Londres[55].

Relations du Saint-Siège avec l'Espagne

En 1885, à la demande du roi Alphonse XII d'Espagne, il élève la capitale du pays, Madrid, au rang d'évêché et crée le Diocèse de Madrid[réf. souhaitée].

Relations du Saint-Siège avec le Portugal

En 1886, Léon XIII signe un concordat avec le roi du Portugal Louis Ier sur l'organisation religieuse aux Indes, mettant un terme au schisme goanais que son prédécesseur n'avait pu régler[A 26].

Relations du Saint-Siège avec l'Amérique du Nord

Durant son pontificat, il fonde aux États-Unis trois nouvelles provinces ecclésiastiques, 23 diocèses et une université. Il crée à Washington la permanence d'une délégation apostolique. Le , il adresse aux catholiques américains l'encyclique Longinqua Oceani[C 11].

En 1899, par la lettre apostolique Testem benevolentiæ nostrae, il redresse certaines conceptions du catholicisme aux États-Unis - le libéralisme et le pluralisme religieux - en condamnant l'américanisme[56].

Au Canada, après l'envoi d'un premier visiteur apostolique à la fin du pontificat de Pie IX, Léon XIII en envoya un second (en 1883-1884), puis monseigneur Merry del Val (en 1897), et enfin y créa formellement une délégation apostolique le 3 août 1899[55].

Relations du Saint-Siège avec l'Asie

Léon XIII s'intéresse aux développements de l'Église catholique en Asie.

Inde - La lettre apostolique Humanae salutis[57] datée du établit la hiérarchie catholique en Inde, alors sous domination anglaise. Quelques années plus tard, l'encyclique Ad Orientis extremas oras[58](24 juin 1893) poursuit l'œuvre d'évangélisation dans ce pays en mettant l'accent sur la fondation de séminaires pour la formation d’un clergé autochtone ainsi que sur l'extension de postes missionnaires dans les régions non-chrétiennes du pays.

À partir des années 1880, Léon XIII relance des missions pontificales en Extrême-Orient et y noue des relations diplomatiques[59].

Japon - En 1884, la liberté religieuse est accordée aux Japonais. En 1888, Léon XIII crée un troisième vicariat apostolique puis un quatrième en 1891. Il y établit la même année la hiérarchie catholique avec l'archevêché de Tokio et les évêchés de Nagasaki, d'Osaka et de Hakodate[A 27]. En 1901, il rencontre Yamamoto Shinjiro qui est reçu en audience en tant que Japonais catholique. Il l'encourage à persévérer et répandre la foi catholique en son pays. Benoît XV continuera son œuvre dans ce sens et remettra à cet envoyé du gouvernement japonais les insignes de grand-croix de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand[60].

Autres faits

Authentification des reliques de Jacques le Majeur

Léon XIII authentifia la découverte des ossements retrouvés sous la cathédrale par l’archevêque de Compostelle comme étant les reliques de Jacques de Zébédée. Dans sa lettre apostolique de 1884 intitulée Deus omnipotens, il rappelle avec force détails l’origine de Compostelle, reposant sur « une tradition orale constante, répandue partout, qui remonte jusqu'aux temps apostoliques et confirmée d'ailleurs par des Lettres publiques de Nos Prédécesseurs », évoquant à plusieurs reprises la présence à Compostelle du tombeau de l’apôtre sans la mettre en doute[61]. C'est alors la reprise des Chemins de Compostelle.

Rencontre avec Thérèse de l'Enfant-Jésus

Illustration de la rencontre entre Léon XIII et la future sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

En novembre 1887, Thérèse Martin, la future sainte Thérèse de Lisieux, est en pèlerinage à Rome avec le diocèse de Coutances. Le 20 novembre, le pape Léon XIII reçoit ce groupe en audience. Désobéissant au protocole, Thérèse Martin profite du moment où elle salue le Saint-Père pour lui demander, en l'honneur du jubilé de ses cinquante ans de sacerdoce, l'autorisation d'entrer au Carmel nonobstant son jeune âge : 15 ans. Le pape lui répond : « Mon enfant, faites ce que les supérieurs vous diront », puis il la bénit et en lui indiquant : « Allons, allons, vous entrerez si le Bon Dieu le veut »[62]. Si la réponse l'avait laissée déçue, la jeune fille entra au Carmel de Lisieux quelques mois plus tard.

Création de l'ordre pontifical Pro Ecclesia et Pontifice

Littéralement « Pour l’Église et pour le pape », la distinction Pro Ecclesia et Pontifice a été instituée par Léon XIII le 17 juillet 1888 à l'occasion de son jubilé sacerdotal (50 ans de prêtrise), et étendue en 1898 pour récompenser des services rendus à l'Église catholique. La décoration est en forme de croix grecque sur laquelle sont représentés Pierre et Paul, surmontés des armoiries pontificales. Le ruban est blanc et jaune, aux couleurs du Vatican.

Premier pape filmé

Léon XIII est le premier pape à avoir été filmé : en 1896, le cinéaste Vittorio Calcina, représentant des Frères Lumière en Italie, l'immortalise dans un évènement, probablement une messe, qui se déroule dans les jardins du Vatican[63]. Ce film fait de lui l'humain le plus vieux jamais filmé, car il était né en 1810. Le pape a rencontré les frères Lumière dès 1891 lorsque ceux-ci ont fourni gratuitement des plaques photographiques pour la carte du ciel de l'Observatoire du Vatican. C'est en 1900 qu'ouvre le premier cinéma de Rome, place Saint-Pierre, le « Cinéma du Vatican ».

L'ouverture de Léon XIII au cinéma vient de son intérêt pour les sciences optiques et la photographie. Alors encore évêque de Pérouse, Gioacchino Pecci écrit en 1867 une ode à l'Ars photographica. Devenu pape, il fait insérer une personnification de cet art dans la fresque dédiée aux beaux-arts sacrés dont il passe commande en 1883 pour la Galerie des candélabres des palais épiscopaux, qui fait dorénavant partie des Musées du Vatican. Le pape avait un photographe attitré, Francesco De Federicis, qui prit douze clichés de Léon XIII dont trois se trouvent exposés dans sa maison natale, le palais Pecci à Carpineto Romano. Le , l'ensemble des films tournés par la Compagnie Biograph[N 8] en 1898 et par les frères Lumière entre 1899 et 1902, a fait l'objet d'une projection publique dans ce même palais[64].

Fin du pontificat

Dégradation de sa santé

Le , le pape, alors nonagénaire, rapporte de légers sentiments de dyspepsie. Léon XIII contracte initialement un rhume lors d'une sortie le , mais celui-ci dégénère en une pneumonie. Cette nuit-là, il perd connaissance. Lorsqu’un médecin est appelé au chevet du pape, il détermine que l'huile de ricin avec laquelle Léon XIII avait tenté de se soigner avait dérangé son estomac et aggravé son état. Les neveux du pape sont immédiatement informés de la maladie de leur oncle, tout comme les cardinaux Mariano Rampolla del Tindaro et Luigi Oreglia di Santo Stefano, en leur qualité respectives de secrétaire d'État et de camerlingue de la Sainte Église romaine. Le , le pape fait sa dernière confession au cardinal Serafino Vannutelli. Le jour-même, il perd l'appétit et souffre d'essoufflements. Le lendemain, le médecin déclare qu’une hépatisation affecte les lobes supérieur et moyen du poumon droit, tandis que Léon XIII souffre d'une faiblesse cardiaque considérable et de difficultés respiratoires malgré l'absence de fièvre ou de quintes de toux. Ce même jour, après avoir reçu les sacrements, le pape déclare : « Je suis maintenant près de ma propre fin. Je ne sais pas si tout ce que j'ai fait a été bon, mais j'ai certainement obéi à ma conscience et à notre foi ».

Le 6 juillet, on administre au pape une injection pour le soulager de la douleur qu'il ressent, alors qu'on rapporte que la pneumonie qu'il a contractée commence à se propager au poumon gauche. Le pape, qui avait un pouls imperceptible, a eu une nuit agitée et a dû recevoir de l'oxygène. Ce matin-là, il laisse entendre à ceux qui l’entourent qu'il préférerait que le cardinal Girolamo Maria Gotti lui succède lors du prochain conclave. Lorsque les médecins demandent au pape de se reposer, afin de ne pas aggraver davantage sa santé déclinante, Léon XIII a déclaré : « Si cela ne pouvait être utile, mais je ne crois pas que cela le serait. Le bref reste de ma vie doit être dévoué à Dieu et à l’Église, pas à mon pauvre confort ». Le pape perd connaissance mais se réveille pour recevoir les sacrements à 21 h, avant de vivre une nouvelle nuit agitée. Léon XIII ne dort que trois heures, mais une douleur intense le contraint à se réveiller immédiatement, le souverain pontife se plaignant de douleurs des deux côtés du thorax qui obligent les médecins à le déplacer afin de lui offrir un meilleur confort. Sa situation devient réellement critique dans l'après-midi, où il reçut les derniers sacrements, alors que ses médecins constataient une soudaine détérioration. Le 7 juillet, le pape, affaibli, demande qu'on ouvre les volets de sa fenêtre, déclarant : « Je souhaite revoir une fois de plus, peut-être pour la dernière fois, les rayons du soleil ». Dans les nuits suivantes, le pape souffre de plusieurs crises de toux, transpirant abondamment en raison de sa fièvre montante. La santé de Léon XIII s’améliore légèrement le , lorsqu’il reçoit des pèlerins hongrois. Cependant, épuisé, il s’effondre peu après cette ultime réunion.

Mort et funérailles

La dépouille embaumée du pape Léon XIII exposée dans la Basilique Saint-Pierre de Rome, lors de ses funérailles, le .

Après plus de 25 ans de règne, Léon XIII meurt le à 15 h 50, dans sa chambre du palais du Vatican après s'être confessé une dernière fois, à l'âge de 93 ans. Les membres du Saint-Siège ont annoncé l'heure de sa mort à 16 h 04 lorsqu'elle fut formellement confirmée. Officiellement, le pape est mort d'une pneumonie, suivie d'une pleurésie hémorragique.

Lors des funérailles, le , le corps du pontife est exposé dans la basilique Saint-Pierre de Rome, avant d'y être inhumé. En 1924, vingt et un ans après sa disparition, le cercueil est transféré dans la basilique Saint-Jean-de-Latran.

Conclave de 1903

Giuseppe Melchiorre Sarto sera élu pape en 1903, succédant à Léon XIII, et prenant le nom de Pie X.

L'état d'esprit du pontificat

Le refus de l'exil

La question de l'exil, qui s'était posée à Pie IX en 1870, a tourmenté Léon XIII au plus fort du combat mené contre la papauté, ainsi qu'en témoigne une lettre du où il « fit des ouvertures très nettes » à l'empereur François-Joseph d'Autriche qui avait fait l'offre de l'accueillir à son prédécesseur. À trois reprises, certains de ses conseillers l'engagent à quitter le Vatican et à prendre le chemin de l'exil pour s'extraire du climat anticlérical particulièrement exacerbé à Rome qui leur fait craindre pour la vie même du pape : en 1881, au lendemain du transfert des cendres de Pie IX qui donna lieu à des débordements outrageants et hostiles ; en 1889, lors de l'érection du monument à Giordano Bruno le lundi de la Pentecôte au Campo de' Fiori et en 1891, lors du « pèlerinage de la France du travail », qui fut accompagné d'arrestations et de manifestations antifrançaises. Néanmoins, pas plus que son prédécesseur, Léon XIII n'a pu s'y résoudre[A 28].

La primauté donnée à la mission spirituelle

La question romaine a dépouillé le pape de son pouvoir temporel, réduit à la Cité du Vatican. Léon XIII inaugure donc un nouveau style de pontificat, et fait entrer l'Église dans le XXe siècle : « Quand le cardinal Vincenzo Gioacchino Pecci est élu pape sous le nom de Léon XIII le 20 février 1878, la papauté se trouve dans une situation tout à fait inédite : elle n’est plus souveraine sur le plan temporel, elle ne dispose plus d’aucun support territorial. Le mérite de Léon XIII sera d’en tirer les conséquences et d’inventer une nouvelle façon d’exercer le ministère suprême dans l’Église ou, si l’on préfère, la façon d’« être pape » dans le contexte d’une société moderne en voie de constante démocratisation et sécularisation. La papauté nouvelle qu’il incarne, détachée de toute préoccupation liée à des intérêts de nature temporelle et prenant progressivement conscience du rôle de l’opinion publique dans la vie politique des États démocratiques contemporains, se veut une papauté ouverte à l’universel, s’efforçant d’exercer une sorte de magistère moral sur le monde des nations »[65]. Léon XIII n'en resta pas moins convaincu de la primauté devant être accordée à Dieu et ancrée dans l'Église catholique : « La conviction qu’exprimait Léon XIII, dans sa première encyclique Incrustabili Dei concilio (21 avril 1878), était que « tous les maux » de la société moderne avaient « leur principale cause dans le mépris et le rejet de cette sainte et très auguste autorité de l’Église qui gouverne le genre humain au nom de Dieu, et qui est la sauvegarde et l’appui de toute autorité légitime » »[66].

L'entrée de l'Église dans la modernité

À la différence de son prédécesseur, Léon XIII s'est rendu compte « de l'urgente nécessité de s'adapter à (…) la transformation progressive de l'ancienne économie agricole en un monde industrialisé et à la prise de conscience de sa misère, mais aussi de sa force, par un prolétariat urbain dont l'importance numérique croît d'année en année ». Durant son long épiscopat à Pérouse, il suit de très prés les évolutions politiques qui transforment la société civile et bâtit un plan d'action qu'il met en œuvre à l'échelle de son diocèse et qu'il développe au cours de son pontificat. Il donne au monde moderne « une charte chrétienne du travail » et avec réalisme, renonce à l'espoir vain d'un retour à l'Ancien Régime pour s'engager dans la voie de la négociation avec les nouvelles démocraties. Grâce à cet esprit de conciliation, il profite de ses avancées diplomatiques pour accroître l'expansion du catholicisme dans les nations protestantes que sont l'Angleterre et les États-Unis mais aussi en Orient où il donne un nouvel élan aux Missions. Avec Léon XIII, « l'Église se détache définitivement d'une conception anachronique du monde » pour entrer dans la modernité[67].

La figure du pape

Une haute conscience de la dignité papale

À la différence de Pie IX « qui aimait la plaisanterie, le calembour, le trait ironique ou satirique », Léon XIII manifeste dans son pontificat une « certaine froideur » et témoigne d'une grande réserve qui semblent l'avoir toujours caractérisé. Jusque dans l'intimité de ses appartements privés, il conserve une « haute conscience de sa propre dignité (et) de la majesté qui convenait à ses augustes fonctions »[A 29].

Un pape « intellectuel »

Le monument de Léon XIII dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, Rome.

On a pu considérer que les encycliques du pape Léon XIII , au nombre de quatre-vingt-six, étaient savantes et que peu de gens les ont lues jusqu'au bout, mais elles ont eu une influence notable sur la participation des catholiques aux grands débats intellectuels et socio-politiques de leur époque. Il a renouvelé l'enseignement des séminaires et des universités pontificales, fait progresser les études bibliques et patristiques et ouvert les archives du Vatican.

Son « libéralisme »

À la suite de son prédécesseur, s'il développe une nouvelle forme d'intransigeantisme[66], foncièrement anti-moderne[68], auquel il donne une forme plus conquérante, qui s'attaque au présent[69] afin de « reprendre l'initiative »[68] et proposer « un catholicisme de mouvement »[69], c'est surtout la prudence qui caractérise son pontificat.

Au contraire du style plus lapidaire de Pie IX, illustré par exemple dans le Syllabus errorum, Léon XIII quant à lui développe son sens de la pédagogie dans ses encycliques, s'appuyant souvent sur ses prédécesseurs et ouvrant la voie à ses successeurs, sur des thèmes traditionnels comme sur des thèmes nouveaux.

Il poursuit inlassablement sa défense de la liberté de l'Église face aux nouveaux problèmes de la modernité : rupture entre le prolétariat et les classes aisées, mainmise du pouvoir politique sur l'enseignement dans différents pays d'Europe, laïcisation des consciences, et problème de la dissolution des congrégations en France (encyclique Nobilissima Gallorum Gens) et dans d'autres pays.

Hommages

  • Ses successeurs le citèrent régulièrement dans leurs écrits, notamment Pie XI, Pie XII, Paul VI et Jean-Paul II dans plusieurs de leurs encycliques. Trois d'entre eux se sont rendus en pèlerinage dans la localité où il est né, à Carpineto Romano, pour lui rendre hommage en 1966 (Paul VI), en 1991 (Jean-Paul II) et en 2010 (Benoît XVI). Ils ont visité à cette occasion la demeure familiale où il est né, le palais Pecci[70].
  • Une rose blanche du nom de « Léon XIII » lui est dédiée en 1890[71].
  • En France, un collège de Chateauroux est nommé en son honneur[72].
  • Fait rare s'agissant d'un pape, les armoiries de Léon XIII et sa devise, Lumen in Cœlo, figurent au frontispice de l'église de Rennes-le-Château. Elles subissent toutefois une modification, la comète y étant représentée dans le sens inversé (c'est-à-dire se levant à l'Occident et tournée vers la droite) par rapport aux armoiries du pape.
  • Dans l'église de Saint-Gengoux-de-Scissé, une peinture du cul-de-four de l'abside représente ses armoiries.
  • Une rue de Bruxelles porte le nom de « Léon XIII »[73].
  • Une place de la ville de Luxembourg porte le nom de « Léon XIII »[74].
  • Son nom est repris par le premier pape nord-américain de l'histoire, Léon XIV.

Succession apostolique

Léon XIII a ordonné les évêques suivants :

Notes et références

Voir aussi

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