Lee Teng-hui

homme d'État taïwanais From Wikipedia, the free encyclopedia

Lee Teng-hui (chinois traditionnel : 李登輝 ; pinyin : Lǐ Dēnghuī ; pe̍h-ōe-jī : Lí Teng-hui), né le à Sanzhi (Taïwan) et mort le à Taipei, est un homme d'État, un économiste et un agronome de Taïwan.

Élection21 mars 1990
Réélection23 mars 1996
Vice-présidentLi Yuan-zu
Lien Chan
PrédécesseurChiang Ching-kuo
Faits en bref Fonctions, Président de la république de Chine (Taïwan) ...
Lee Teng-hui
李登輝
Illustration.
Lee Teng-hui
Fonctions
Président de la république de Chine (Taïwan)

(12 ans, 4 mois et 7 jours)
Élection 21 mars 1990
Réélection 23 mars 1996
Vice-président Li Yuan-zu
Lien Chan
Prédécesseur Chiang Ching-kuo
Successeur Chen Shui-bian
Vice-président de la république de Chine

(3 ans, 7 mois et 24 jours)
Président Chiang Ching-kuo
Premier ministre Yu Kuo-hwa
Prédécesseur Hsieh Tung-min
Successeur Li Yuan-tsu
Gouverneur de la province de Taïwan

(2 ans, 5 mois et 15 jours)
Président Chiang Ching-kuo
Prédécesseur Lin Yang-kang
Successeur Chiu Chuang-huan
Maire de Taipei

(6 ans, 5 mois et 26 jours)
Prédécesseur Lin Yang-kang
Successeur Shao En-hsin (邵恩新)
Ministre sans portefeuille, spécialisé dans les questions agraires

(5 ans, 11 mois et 30 jours)
Président Yen Chia-kan
Premier ministre Chiang Ching-kuo
Biographie
Nom de naissance Lee Teng-hui
Surnom M. Démocratie
Date de naissance
Lieu de naissance Sanshi (préfecture de Taihoku, Taïwan sous domination japonaise)
Date de décès (à 97 ans)
Lieu de décès Taipei (Taïwan)
Sépulture Cimetière militaire de Wuzhi
Nationalité Taïwanaise
Parti politique Parti communiste chinois (1946-1948)
Kuomintang (1971-2001)
Indépendant (depuis 2001)
Fratrie Lee Teng-chin
Conjoint Tseng Wen-hui
Diplômé de Université de Kyoto
Université nationale de Taïwan
Université de l'État d'Iowa
Université Cornell
Religion Presbytérianisme

Image illustrative de l’article Lee Teng-hui
Présidents de la république de Chine (Taïwan)
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Membre du Kuomintang, il devient président de la république de Chine en 1988, à la mort de Chiang Ching-kuo. Il se maintient au poste jusqu'en 2000, devenant le premier président élu au suffrage universel en 1996. Il organise la fin de la Loi martiale et la transition du pays vers la démocratie. Il poursuit les efforts de ses prédécesseurs en termes économiques et préside au miracle économique taïwanais.

Après sa présidence, il se révèle un défenseur de l'indépendance de Taïwan. Il rejoint l'Union pour la solidarité de Taïwan et s'engage dans le rapprochement diplomatique entre Taïwan et le Japon, devenant un conseiller et un soutien de la présidente Tsai Ing-wen.

Biographie

Une jeunesse japonaise

Lee Teng-hui voit le jour à Sanzhi, dans les environs de Tamsui et de Taipei en 1923. Il naît dans une famille d'ascendance Hakka, originaire du comté de Yongding, dans la province du Fujian[1]. Son grand-père est un chef de village, possédant des terres et vendant du riz, du thé et de l'opium tandis que son père est un policier, travaillant pour les autorités coloniales japonaises[2],[3]. Il a un frère ainé appelé Lee Teng-chin (李登欽) qui suit les traces de leur père et rejoint l'académie de la police coloniale[4].

Lee Teng-hui, alors à l'école japonaise

Taïwan est à l'époque une colonie japonaise depuis le traité de Shimonoseki en 1895 dans lequel le Japon arrache l'île, ainsi que l'archipel des Pescadores à la Dynastie Qing. Tokyo traite Taïwan comme une « colonie modèle », malgré quelques insurrections comme l'Incident de Tapani (en). Dans l'objectif de répondre à ses besoins économiques, le Japon mène donc une industrialisation avec une ouverture démocratique très limitée[5] avant de transformer l'île en base économique et militaire avancée pour organiser sa pénétration puis son expansion en Chine puis en Asie du Sud-Est[6].

Élevé donc dans un monde japonais, Lee Teng-hui déclare plus tard dans sa vie que le Japon a été sa « mère patrie » et qu'il a été japonais jusqu'à ses 22 ans[7]. Fils de fonctionnaires, il jouit d'une bonne éducation et apprend à la fois la langue japonaise et les caractères chinois. Il subit aussi le processus de japonisation appelé le mouvement kōminka (皇民化運動)[8], organisé par les autorités coloniales pour acculturer les sujets taïwanais. Il chante ainsi l'hymne impérial Kimi ga yo, lève le hinomaru tous les matins et vénère la famille impériale[2], lit le Dit du Genji, et le Bushido, l'âme du Japon, apprend le judo et le kendo dans un butokuden[4]. Élève modèle, il est préfet de classe en primaire et sort deuxième sur les 144 autres élèves de son école de Tamsui[2]. Rejeté à deux reprises par les collèges publics de Taipei favorisant les élèves d'origine japonaise, il rejoint un collège privé en 1938[2].

Le Japon est à l'époque, depuis 1937, engagé dans une violente guerre en Chine qui s'étend rapidement au reste de l'Asie et au Pacifique en 1940-1941 après l'invasion de l'Indochine française puis l'attaque sur Pearl Harbor. En réaction et à l'occasion des 2 600 ans de la fondation légendaire du Japon, le mouvement kōminka s'intensifie à Taïwan en 1940[9]. Les familles taïwanaises sont sommées par le pouvoir colonial d'adopter des noms japonais. Comme 10 % des Taïwanais, Lee s'exécute et devient Iwasato Masao (岩里政男)[9] tandis que son frère devient Iwasato Takenori (岩里武則).

Lee Teng-hui (droite) et son frère Lee Teng-chin (gauche)

Diplômé de son collège privé en 1941, il rejoint le lycée préparatoire de Taihoku (zh), un établissement exclusif où il se retrouve être l'un des seuls taïwanais en cours. Il se spécialise en agronomie et se destine à travailler pour le Société des chemins de fer de Mandchourie du Sud (ou Mantetsu; 満鉄), l'une des principales compagnies japonaises opérant sur le territoire de l'État fantoche japonais du Mandchoukouo[2]. Il termine ses études en 1943 et part pour le Japon où il réussit l'examen d'entrée pour l'université de Kyoto, recevant aussi une bourse d'études[10]. Entré dans la faculté d'agronomie, il y lit Marx, Hajime Kawakami et Thomas Carlyle, mais ses études sont rapidement interrompues par la mobilisation générale de l'entièreté de l'empire du Japon face aux avancées alliées dans le Pacifique[3],[6]. Il est ainsi engagé volontaire dans l'armée, devenant l'un des quelques soldats taïwanais de l'armée impériale japonaise, tandis que son frère s'engage dans la marine. D'abord renvoyé à Taïwan, où il sert dans une batterie anti-aérienne à Takao. Après une formation à l'académie anti-aérienne de Chiba et un court passage par la ville de Qingdao occupée, il est assigné à la défense de Nagoya au grade de sous-lieutenant[11]. Il est dans la ville pendant la campagne de bombardements menés par les États-Unis[2],[12]. Pendant que Lee Teng-hui participe à la défense du Japon, son frère, Lee Teng-chin, est tué par l'aviation américaine dans la baie de Manille le 15 février 1945[13].

De communiste taïwanais à technocrate nationaliste

L'empire du Japon signe ses instruments de capitulation le 2 février 1945 dans la baie de Tokyo. Le sort de l'île de Taïwan, encore indécis, est placé entre les mains des Alliés anglo-américains qui occupent l'île un temps. En octobre, le gouverneur Chen Yi prend le contrôle du territoire pour la république de Chine et, en 1946, les troupes chinoises occupent l'ancienne colonie japonaise. À l'époque, la Chine est dominée par le parti nationaliste, le Kuomintang du Généralissime Chiang Kai-shek, un mouvement autoritaire, républicain et anticommuniste.

Lee Teng-hui, lui, est encore au Japon et retourne à la faculté d'agronomie de Kyoto pour conclure ses études. Comme beaucoup d'étudiants taïwanais dans l'archipel, il s'intéresse de nouveau au marxisme et à la dialectique de Hegel alors que l'idéologie communiste le Parti communiste japonais sont de nouveau autorisés au Japon. Il lit Le Capital[14] et fait ainsi partie de la foule qui accueille le retour du chef communiste Sanzō Nosaka à Tokyo après son exil en URSS et en Chine[2].

Lee Teng-hui en 1947, alors étudiant à l'université nationale de Taïwan.

Il rentre à Taïwan au printemps 1946 où il rejoint l'université nationale de Taïwan en vertu d'une facilitation permettant aux anciens sujets coloniaux enrôlés dans des universités impériales de rejoindre l'établissement situé à Taipei[15]. Il y suit des cours d'économie agricole[16] et devient ami avec le futur entrepreneur Yang Hongyou (楊鴻游) et avec le futur militant indépendantiste Peng Ming-min (en), un survivant de la bombe atomique de Nagasaki. Parmi les autres camarades de Lee à l'université, on compte aussi l'économiste Shirley Kuo (en) qui sera sa ministre des Finances en 1988. Il produit un mémoire de fin d'études sur « les problèmes du Travail agraire taïwanais », marqué par une lecture marxiste de l'économie et par le concept de plus-value[2],[14].

Pendant ses études, Lee rejoint une association étudiante marxiste, où il rencontre Wu Ketai (zh), un taïwanais qui a étudié au Japon pendant la guerre avant de partir en Chine où il a agit au profit du Parti communiste chinois (PCC)[14]. Sous ses conseils, Lee rejoint le PCC en septembre 1946 mais laisse son adhésion expirer l'année suivante. Il se serait réinscrit en octobre 1947 et aurait participé à des activités de résistance communistes contre les forces nationalistes[8],[17]. Il reste cependant discret dans ses activités politiques, en particulier alors que la mauvaise gestion nationaliste, la corruption et la raréfaction de denrées primaires provoquent l'Incident 228 en février 1947. La mort d'une vendeuse de cigarettes le 26 février provoque une manifestation le 27 à laquelle Chen Yi répond par la force. Le gouverneur et des « Comités de Règlement » souhaitant obtenir une autonomie renforcée et la fin de la corruption entrent en négociations pour essayer de régler pacifiquement le conflit mais Chen Yi fait appel à la police militaire pour éradiquer l'opposition[18]. L'île sombre dans un chaos généralisé où l'armée et des groupes soulevés comme la 27e Brigade de Xie Xuehong s'affrontent et où la police militaire commet plusieurs massacres de civils et exécutions sommaires[19],[20]. Lee aurait, selon ses dires, participé à une réunion des Comités de Règlement mais aurait refusé de participer, suspectant la présence d'agents informateurs nationalistes[17]. À cette époque, Lee met fin à ses relations avec le PCC et promet à Wu Ketai de ne pas révéler l'appartenance de son ami au mouvement communiste[8].

Tseng Wen-hui et Lee Teng-hui lors de leur mariage en 1949

À la fin de la guerre civile, battues sur le Continent, les forces de Chiang Kai-shek battent en retraite sur Taïwan. Beaucoup d'amis de Lee Teng-hui ayant participé aux opérations communistes sur l'île fuient vers la Chine, dont Wu Ketai, mais Lee décide de rester. Il finit par se déclarer aux autorités nationalistes en tant qu'ancien communiste. Faisant partie des « communistes réformés », Lee n'est pas emprisonné et le KMT lui permet de reprendre sa vie civile sous surveillance[8].

Il se marie en 1949 avec Tseng Wen-hui (en), une fille originaire du même village que lui. Le couple a trois enfants: Lee Hsien-wen, né en 1950 et décédé en 1982 d'un cancer[21], Lee An-na, née en 1952[22] et Lee An-ni née en 1954[23].

Il devient un économiste agraire et participe aux travaux de développement de la ruralité à Taïwan. Il remporte en 1952 une bourse d'études du département d'État des États-Unis et part ainsi pour l'université d'État de l'Iowa où il reçoit des cours d'économie, de marketing agricole et de comptabilité. Il soutient un Master of Arts en économie agricole en 1953 et devient professeur à l'université nationale de Taïwan et à l'université nationale Chengchi[16]. Il y enseigne les pathologies végétales, le marketing et la finance et rejoint le ministère de l'Agriculture comme technicien puis la Banque coopérative de Taïwan (en)[2]. Il devient ainsi un spécialiste important de l'économie rurale et des questions bancaires et financières dans le monde agricole[15].

Il participe notamment, à partir de 1957, à la Commission mixte sino-américaine sur la reconstruction rurale (en), un programme parrainé par les États-Unis pour moderniser la production agraire taïwanaise et accompagner la réforme des cadastres menée par le vice-président Chen Cheng[16]. Son travail lui vaut une bourse de la fondation Rockefeller qui lui permet de rejoindre l'université Cornell[16] où il passe 3 années à prépare un doctorat en économie agraire et en politiques publiques[15]. Il soutient sa thèse, intitulée Flux de capitaux intersectoriels dans le développement économique de Taïwan, 1895-1960 en 1969[24]. Son travail, publié en 1971, reçoit le prix du meilleur travail de recherche de l'année décerné par l'Agricultural & Applied Economics Association (en).

Aux États-Unis, Lee assiste aux manifestations contre la guerre du Viêtnam et au mouvement des droits civiques qui influencent largement sa vision politique[2]. Il rencontre aussi Peter Huang (en), un camarade taïwanais de Cornell, membre de l'association indépendantiste Formosans du monde unis pour l'indépendance (en) qui tentera d'assassiner Chiang Ching-kuo aux États-Unis en 1970. Cette rencontre et le passé communiste de Lee lui valent une rencontre désagréable avec la justice militaire nationaliste qui lance une enquête inconcluante sur le jeune chercheur[16],[25].

L'ascension au sein du KMT

Lee Teng-hui, à l'époque de ses recherches en politique agraire

À son retour, Lee retourne enseigner à l'université nationale de Taïwan et travailler au sein de la Commission mixte sino-américaine. Il y fait un certain nombre de connaissances, dont l'économiste Wang Tso-jung (en), un membre du KMT. Reconnu comme une autorité dans son domaine, Lee est rapidement propulsé au sein des sphères dirigeantes qui le consultent. C'est ainsi qu'il rencontre le général Wang Sheng (en), l'un des principaux officiers de renseignement du pays[2].

Wang Sheng est l'un des principaux conseillers de Chiang Ching-kuo, le fils du Généralissime Chiang Kai-shek. En 1952, alors que Chiang Ching-kuo orchestrait la réforme politique du KMT et de l'État nationaliste, Wang était ainsi nommé à la tête du Corps du Salut national anticommuniste des Jeunesses chinoises (en), l'organisation de jeunesse du régime, ainsi que d'Académie de Fu Hsing Kang (en), l'université de formation des commissaires politiques du pays[26],[27]. Persuadé de la valeur de Lee, Wang lui propose de rejoindre le Kuomintang et de rencontre Chiang pour lui exposer ses vues sur l'agriculture taïwanaise[2].

Lee rejoint ainsi le KMT en 1971 tout en préparant un dossier pour effectuer des études postdoctorales à Cornell[2]. Il finit cependant par se retirer quand Chiang Ching-kuo, qui a été impressionné par le jeune agronome, décide de lui proposer un poste au gouvernement. Chiang n'est d'ailleurs pas gêné par le passage de Lee au Parti Communiste, ayant lui-même été un membre du Parti communiste de l'Union soviétique dans les années 1920. Il est d'ailleurs, à cette époque là, en pleine ascension politique. Effectivement, si Chiang Kai-shek conserve la présidence de la république, sa santé lui fait défaut et, en 1972, il parvient à faire nommer un fidèle, Yen Chia-kan, à la vice-présidence et son fils au poste de Premier ministre. Dans le gouvernement qu'il compose, le Chiang propose ainsi à Lee un poste de ministre sans portefeuille, avec une responsabilité dans le domaine de l'agriculture[28]. Il devient, à 49 ans, le ministre le plus jeune de la république de Chine à l'époque.

Ses opinions, elles, semblent éloignées de celles du KMT. En 2013, l'indépendantiste et homme d'affaires Koo Kwang-ming (en), rentré à Taïwan en 1972, après un exil entamé en 1948, aurait rencontré Chiang Ching-kuo pour le convaincre de lever la loi martiale. Dans la foulée, il rencontre Lee avec qui il discute de l'avenir de Taïwan. Lee aurait, à cette occasion, exprimé, déjà, des opinions indépendantistes, arguant que Taïwan n'aurait « de futur qu'indépendante »[29].

Chiang Ching-kuo (gauche) et Lee Teng-hui (centre) en 1975

Lee reste presque 6 ans en tant que ministre spécialisé dans les questions agraires. Il devient l'un des conseillers principaux de Chiang Ching-kuo, participant à l'élaboration des Dix Projets de Construction Majeurs, un programme de développement économique et infrastructurel censé propulser l'économie taïwanaise. Lee s'y occupe de la mise en adéquation du monde rural avec le développement technologique du pays et défend la mise en place de l'eau courante dans les villages, un renforcement du financement des écoles et organise des évolutions techniques et technologiques dans les méthodes des fermiers[2]. Parmi ses réformes effectives, il fait abolir le programme « grain pour engrais » mis en place par Chen Cheng, qui voyait les agriculteurs échanger leur grain contre les engrais gouvernementaux, que Lee qualifie de taxation déguisée[30]. Lee a les coudées franches pour appliquer son programme, car Chiang Ching-kuo lui fait confiance et que Chiang Kai-shek, opposé à une partie du programme réformateur proposé par Lee, est affaibli par une crise cardiaque survenue le 21 juillet 1972 qui le plonge dans le coma pendant quelques mois[31]. Lee explique qu'il "recommandais des politiques visant à garantir les moyens de subsistance des agriculteurs, qui constituaient l’immense majorité de la population, tout en assurant la progression harmonieuse de l’industrialisation. Mon approche fondamentale consistait en une combinaison des idéaux de Sun Yat-sen sur la « distribution des droits de propriété foncière » et de la mise en garde de Theodore Wiliam Schultz (en) contre l’isolement de l’agriculture par rapport aux secteurs non agricoles[25].

Alors Maire de Taipei, Lee Teng-hui inspecte des travaux

La disparition de Chiang Kai-shek en 1975 et l'accession au pouvoir de Yen Chia-kan confirme l'ascension de Chiang Ching-kuo. Le président Yen, un économiste, soutient les efforts de développement du pays et se retire en 1978 à la faveur de Chiang, qui devient président. Un proche conseiller de Chiang, Sun Yun-suan devient Premier ministre et forme un gouvernement sans Lee Teng-hui. Lee n'est pas expulsé de la vie politique pour autant. Profitant de la nomination du maire de Taipei, Lin Yang-kang (en), au poste de gouverneur de la province de Taïwan, Chiang nomme Lee à la tête de la capitale. Ce dernier devient ainsi le premier benshengren (en) (chinois traditionnel : 本省人 ; pinyin : běnshěngrén) à gouverner la ville, c'est-à-dire le premier taïwanais à diriger la capitale de l'île, jusqu'ici gouvernée exclusivement par des Continentaux (chinois traditionnel : 外省人 ; pinyin : wàishěngrén)[25]. Il se retrouve à la tête d'une cité en développement, transformée en municipalité spéciale en 1967, sous la direction du gouvernement qui a aspiré les petites municipalités voisines de Shilin, Beitou, Neihu, Nangang, Muzha (en), Jingmei (en) et Yangmingshan (en).

À la tête de la ville, Lee organise le développement du district oriental de Taipei (en), autour des quartiers de Daan et de Xinyi. Il participe au programme de construction massifs d'unités de logements publics, végétalise la ville et orchestre la démolition de plusieurs villages de garnison. Il participe à la mise en place de l'administration du barrage de Feicui (en) pour garantir un accès en eau potable aux habitants de la ville et préparer la construction du nouveau barrage censé être installé. Cherchant à améliorer l'image de la ville, il ouvre le marché des fleurs de Jianguo, transforme la zone de Maokong (en) en zone touristique et organise l'achat de terrain pour les travaux préparatoires du nouveau zoo de Taipei. Il échoue cependant à gérer la circulation, qui se dégrade de plus en plus dans la ville du fait du développement urbain[32].

Après trois ans à la tête de la capitale, Lee poursuit son cursus honorum en remplaçant de nouveau Lin Yang-kang à la tête de la province de Taïwan. Il poursuit ses travaux en soutien aux agriculteurs. Il organise les travaux de planification pour le Canal d'Erchong (en), qui irrigue Taipei et le comté de Taipei (actuel Nouveau Taipei), et suit les travaux jusqu'à la complétion de la première phase en 1984[32].

Tseng Wen-hui (gauche) et Lee Teng-hui (centre) rencontrent Chiang Ching-kuo (droite) en 1984

Vice-président de la république de Chine

Chiang Ching-kuo finit par nommer Lee Teng-hui vice-président sur son ticket lors de l'élection présidentielle de 1984 (en). À l'époque, le président nomme son vice-président sur un ticket qui est ensuite élu par l'Assemblée nationale, essentiellement composée de membres du KMT. Chiang Ching-kuo et Lee Teng-hui concourrent donc sans opposants et sont élus par acclamation avec près de 95 % des voix.

Lee remplace à ce poste Hsieh Tung-min (en), le premier taïwanais à avoir décroché ce poste[33]. Blessé lors d'une série d'attentats au colis piégé en 1976 et déjà âgé de près de 76 ans en 1984, Hsieh avait décidé de ne pas se représenter[34]. À l'époque, le régime nationaliste doit faire face à toute une série de défis :

  • La résolution 2758 de l'Assemblée générale des Nations unies a expulsé les « représentants de Chiang Kai-shek »[35] de l'ONU en 1971, provoquant le début d'une hémorragie de partenaires diplomatiques: le Royaume-Uni, le Japon, l'Allemagne de l'Ouest reconnaissent la république populaire de Chine et ferment leurs ambassades à Taipei en 1972, puis ce sont les alliés anticommunistes du régime, les Philippines de Ferdinand Marcos, la Thaïlande ou encore l'Espagne franquiste[36], qui reconnaissent Beijing. En 1975, un autre allié de la république de Chine, la république du Vietnam s'effondre face aux forces communistes du nord. Enfin, en 1979, les États-Unis décident de reconnaitre la république populaire de Chine.Pour essayer d'y remédier, le pays se lance dans une campagne diplomatique pour conserver ses alliés diplomatiques, en particulier les pays d'Amérique latine. Taïwan entraîne ainsi le milicien d'extrême droite salvadorien Roberto D'Aubuisson, à la sinistre réputation, et participe au financement de la lutte des Contras au Nicaragua. La contribution de Lee est cependant économique et diplomatique. Au moment où Taipei dévoile un « plan d'investissement du bassin caribéen » pour combattre l'influence chinoise communiste, Lee Teng-hui effectue une rare visite diplomatique de deux semaines en septembre 1985 au Costa Rica, au Panama et au Guatemala[37]. Dans les Caraïbes, Taïwan ouvre trois ambassades en 1984-1985 à Sainte-Lucie, à Saint-Christophe-et-Niévès et en Dominique.
  • L'élite du régime est vieillissante. Malgré l'arrivée au pouvoir de Chiang Ching-kuo et de ses hommes, la plupart des membres du KMT ont plus de 60 ans, voire 70 ans (Yu Kuo-hwa a 70 ans, Lee Huan en a 67, Hsu Ching-chung (en) en a 77, Sun Yun-suan en a 71...).
  • Les militants partisans de la démocratisation et de l'indépendance de Taïwan sont de plus en plus actifs et audibles. La répression déchaînée à leur encontre, en particulier lors de l'incident du Formosa (en) en 1979, provoque des résultats médiocres, une dégradation de l'image du régime auprès de la population et de l'étranger. Le massacre de la famille de Lin Yi-hsiung (en), en particulier, est le symbole d'une répression hors-sol, terrible envers ses victimes et dommageable même pour le régime[38]. L'assassinat en 1984 de Henry Liu (en) à San Francisco, qui provoque une réaction courroucée des États-Unis en est un autre exemple[39]. Les écrits contre le régime se multiplient, comme le livre de Su Beng, Histoire moderne des Taïwanais depuis 400 ans (en), publié en 1980 en chinois puis en 1986 en anglais et analysant l'histoire de Taïwan par un spectre marxiste et anticolonialiste[5]. Ce genre de publications reste interdit dans le pays mais les échanges sous le manteau sont suffisamment généralisés et fréquents pour que Lee Teng-hui, par exemple, en lise une copie[40].
  • Même dans les quelques scrutins ouverts, le KMT est défié par le mouvement Tangwai (en) (黨外, Dǎngwài, « hors-parti ») qui remporte un certain nombre d'élections à l'Assemblée nationale et s'empare en 1977 de 21 sièges à l'Assemblée provinciale de Taïwan[41]. Les Tangwai multiplient les victoires, en particulier lorsqu'il s'agit de prisonniers politiques ayant été relâchés ou ayant purgé leurs peines. Après les élections de 1983, la plupart d'entre eux commencent à se coordonner et à former une véritable opposition organisée au sein de l'Association de rechercher Tangwai pour les Politiques Publiques[42].
Le Premier ministre Sun Yun-suan, héritier désigné de Chiang Ching-kuo jusqu'à une attaque cardiaque qui le contraint à se retirer de la vie politique

Enfin, l'héritier jusqu'ici désigné par Chiang Ching-kuo, le Premier ministre Sun Yun-suan subit une attaque cardiaque qui le laisse paralysé et le force à quitter la vie politique. Chiang, qui a commencé à changer le KMT en le « localisant » et en le « taïwanisant » en cooptant des cadres benshengren moins radicalisés que les Tangwai ou la résistance extérieure[41], pense que seule une démocratisation peut sauver le régime de la république de Chine et pourrait, peut-être même, se répandre au Continent et provoquer une réunification de la Chine sous le signe de la démocratie[43]. Lee Teng-hui participe donc ouvertement à cette politique alors que Chiang, pragmatique, cherche à débuter une timide réforme pour stabiliser le régime[44].

Les relations entre les deux hommes sont plutôt bonnes. Ray S. Cline (en), ancien chef de station de la CIA à Taipei et proche de Chiang se souvient que ce dernier lui avait déclaré que Lee possédait une grande expertise en économie et qu'il espérait le voir travailler avec les leaders waishengren pour « prendre de grandes responsabilités au sein du système gouvernemental multiculturel et technologiquement avancé qui se développe en république de Chine »[45],[46]. Cline, qui a rencontré Lee en tant que maire et qui en a gardé une impression très favorable précise « qu'il était apparent pour moi, même si Chiang Ching-kuo n'a jamais prononcé spécifiquement ces mots qu'il préparait Lee Teng-hui comme potentiel successeur »[45]. Dans ses mémoires, Lee est aussi très laudatif: « Il était prêt à envisager l'utilité d'une personne née à Taïwan avec une personnalité japonaise. Cela m'a donné l'opportunité d'être le premier président né à Taïwan de l'histoire. Je crois qu'il y avait bien réfléchi et qu'il avait compris que le Kuomintang ne pouvait pas durer longtemps sous une dictature »[47].

Naturellement, le poste de vice-président est un poste de second plan dans la vie politique taïwanaise. Lee Teng-hui soutient essentiellement les initiatives politiques du président. Cependant, le vice-président, en cas de disparition du président, est amené à assumer les fonctions du précédent. D'où la nomination de Lee à ce poste stratégique. En même temps, il écarte de potentiels rivaux ou obstacles, comme le général Wang Sheng. Vu par la CIA comme l'un des deux potentiels successeurs de Chiang avec Sun Yun-suan[48], Wang est soudainement mis en disgrâce et envoyé au Paraguay comme ambassadeur auprès de l'un des plus proches alliés de Taïwan[49]. Cette nomination, qui l'éloigne du champ de bataille politique, est une dégradation claire organisée pour laisser la voie à Lee Teng-hui et les efforts de « taiwanisation » du KMT[44]. Chiang Ching-kuo écarte aussi toute possibilité de voir un autre membre de sa famille, que ce soit son frère adoptif Chiang Wei-kuo ou l'un de ses enfants, lui succéder à la tête de la république de Chine. Il déclare ainsi: « La première question concerne la succession à la présidence. Ce genre de question ne se pose que dans les pays despotiques et totalitaires. Elle ne se pose pas en république de Chine, conformément à la Constitution. Le prochain président sera donc élu par l'Assemblée nationale, au nom du peuple, selon la procédure constitutionnelle. Certains pourraient se demander si un membre de ma famille se présenterait à la prochaine élection présidentielle. Ma réponse est : c'est impossible et cela n'arrivera pas. La deuxième question : notre pays pourrait-il être gouverné par les militaires ? Ma réponse est la même : c'est impossible et cela n'arrivera pas. Le parti au pouvoir a toujours privilégié une politique fondée sur la démocratie, la liberté et l'égalité ; nous ne dérogerons jamais à la Constitution. De même, aucun gouvernement ne saurait être exercé en violation de la Constitution »[50].

Face à une santé déclinante, Chiang Ching-kuo multiplie les réformes. Il lève la loi martiale en vigueur depuis 1949, relaxe la censure de la presse et permet la constitution d'un parti Tangwai et indépendantiste, le Parti démocrate progressiste (DPP)[43]. Chiang finit par disparaître le 13 janvier 1988, emporté par une attaque cardiaque.

La lutte de février

Lee Teng-hui prête serment après la mort de Chiang Ching-kuo et devient président de la république de Chine.

Vice-président, Lee Teng-hui est naturellement amené à succéder à Chiang Ching-kuo. Il doit cependant rapidement faire face à une opposition organisée au sein du KMT dans l'objectif de l'empêcher de poursuivre les réformes[46]. Certains voient en lui un autre Yen Chia-kan, qui après avoir cédé la présidence à Chiang Ching-kuo, a passé ses dernières années à diriger le musée national du Palais. Ainsi, si l'ascension de Lee à la présidence en janvier coule de source pour le KMT, un certain nombre émet des objections à le voir s'emparer aussi de la présidence du parti nationaliste. Les figures centrales de cette contestation se retrouvent dans un groupe conservateur, surnommé la « Faction du Palais » (宫廷派, gōngtíng pài)[51], organisé autour du clan Chiang, mené par Chiang Wei-kuo, autour duquel se regroupent Lin Yang-kang, le général Hau Pei-tsun, puis le réformiste Lee Huan (en), pourtant jusque-là vu comme un allié de Lee Teng-hui. Ils sont soutenus de loin par la veuve de Chiang Kai-shek, Soong May-ling, qui vit aux États-Unis et par Wang Sheng depuis le Paraguay[52]. Lee reste tout de même soutenu par une grande partie du public taïwanais, par les fonctionnaires et les membres du parti originaires de l'île et par les milieux économiques, ce qui lui donne une bonne main[42]. La dispute s'envenime à un tel point qu'il est décidé de repousser le XIIIe congrès du KMT (en), d'abord prévu pour janvier, au mois de juillet[53].

Lee jouit cependant d'une défection surprise, celle d'un conseiller de longue date de Chiang Ching-kuo, le censeur James Soong, pourtant membre de la Faction du Palais mais qui décide de soutenir Lee. Après un vibrant discours de soutien, il terrasse les membres du « Palais » en déclarant que « chaque jour de délai supplémentaire est un manque de respect supplémentaire à Chiang Ching-kuo » avant de claquer la porte de la salle de réunion[51]. Il rallie des poids lourds comme Yu Kuo-hwa, Song Xinlian (zh) et Li Yuan-tsu ainsi que de jeunes cadres comme le juriste et traducteur anglophone officiel de Chiang, un certain Ma Ying-jeou[51]. Au moment du Congrès, Lee fait face aussi à l'ascension des jeunes réformistes qui réclament une démocratisation à l'échelle du parti. L'une de leurs principales demandes, l'abandon du bulletin public pour l'élection du président du KMT, inquiète Lee qui pense qu'un vote à bulletin secret risquerait de diminuer la pression exercée par sa faction sur les autres membres du parti. Après avoir milité longuement pour le maintien de cette « tradition », Lee Teng-hui est finalement confirmé à la tête du parti en juillet[42].

Lee nomme en juin le réformiste Lee Huan au poste de Premier ministre, souhaitant visiblement se rapprocher d'un personnage qui joue à la fois le rôle de rival interne et d'allié idéologique. Pour le contrebalancer, il renforce la position de James Soong, qu'il qualifie de « Nouveau Taïwanais » (c'est-à-dire un Continental devenu Taïwanais) en le nommant secrétaire général du KMT[51]. Il se rapproche aussi de la figure conservatrice du militaire Hau Pei-tsun, qu'il nomme à la Défense nationale et qu'il charge de la modernisation de l'armée, ce qui mènera aux deux scandales des frégates de Taïwan et des Mirages de Taiwan[54]. Lee parvient ainsi à diriger le pays avec peu d'entraves pendant 2 années, de 1988 à 1990. Il en profite pour renforcer les réformes de Chiang Ching-kuo. En mars 1988, il fait libérer le général Sun Li-jen et le seigneur de la guerre Zhang Xueliang. Les deux hommes avaient été placés en résidence surveillée respectivement en 1955 (pendant 33 ans) et en 1936 (pendant 52 ans), l'un pour avoir représenté un rival à Chiang Kai-shek qui l'accusait d'ourdir un coup d'état avec les États-Unis et l'autre pour avoir capturé le Généralissime lors de l'incident de Xi'an pour le forcer à s'allier aux communistes pour combattre le Japon[55]. Sur la demande du député Tsay Chung-han (en), il libère aussi les derniers membres des équipages des pétroliers soviétiques et polonais Tuapse et Président Gottwald qui avaient été capturés par la marine nationaliste en 1954 (en) lors des campagnes de piraterie et d'embargo contre la Chine communiste[56]. Il obtient l'élection de Liang Su-yung (en) à la présidence du Yuan législatif face au candidat conservateur Chao Tzu-chi (en)[57]. Sous pression des États-Unis après la défection du scientifique Chang Sen-i, parti de Taïwan quelques jours avant la mort de Chiang, il doit aussi mettre fin au programme nucléaire militaire taïwanais lancé dans les années 1970[58].

Le général Hau Pei-tsun, qui accepte de travailler avec Lee Teng-hui en 1990

Malgré tout cela, la guerre de factions débutée en 1988 continue de s'intensifier. Elle est rapidement surnommée la Lutte de Février (zh), en référence au mois de février 1990 pendant lequel les relations au sein du KMT se détériorent brutalement. Effectivement, le parti prépare les élections présidentielles de 1990 (en) et se scinde rapidement en deux mouvements. D'un côté, le « Courant majoritaire » (chinois traditionnel : 主流派 ; pinyin : zhǔliú pài), autour de Lee et de ses alliés et de l'autre, le « Courant minoritaire » (chinois traditionnel : 非主流派 ; pinyin : Fēi zhǔliú pài). Au sein du parti, Lee est menacé par Lee Huan sur son aile réformiste et par les conservateurs menés par Lin Yang-kang et Chiang Wei-kuo. Les jeunes cadres du parti se divisent aussi entre une « coalition de la Sagesse » (chinois traditionnel : 集思會 ; pinyin : Jísī huì) mené par des taïwanais comme Huang Chu-wen (en), Chen Che-nan (en) ou Wu Tzu (zh) et l'« Alliance du Nouveau Kuomintang » (chinois traditionnel : 新國民黨連線 ; pinyin : Xīn Guómíndǎng Liánxiàn) mené par des Continentaux comme Jaw Shaw-kong (en)[59]. Les deux groupes militent pour des réformes démocratiques approfondies pour le parti et l'État mais se divisent sur des lignes ethniques: là où la Coalition de la Sagesse soutient le président Lee, le Nouveau Kuomintang multiplie les critiques et dénonce le despotisme de Lee au sein du KMT[60].

Pendant que le parti se déchire, la société civile se mobilise aussi. Le DPP nomme illégalement l'activiste Huang Hua (en), récemment sorti de prison, comme candidat[61]. Les étudiants s'agitent dans la rue, en particulier ceux du campus de l'université nationale de Taïwan, aboutissant au lancement du mouvement étudiant des Lys sauvages (en) qui occupe pendant plusieurs jours l'esplanade du mémorial de Tchang Kaï-chek de Taipei, appelant à de nouvelles réformes démocratiques[62]. Ces développements peuvent se comprendre à l'aune du massacre de Tiananmen, qui a eu lieu un an plus tôt en 1989. Le gouvernement nationaliste et une bonne partie de la société civile de Taïwan s'étaient engagés en faveur du mouvement étudiant en Chine continentale et avaient assistés, presqu'en direct, à la répression menée par l'Armée populaire de libération. Sur la même esplanade, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, le Service central de radiodiffusion avait organisé une soirée spéciale karaoké en direct et en public, en duplex avec Tiananmen, appelée « L'hymne du Détroit » (chinois traditionnel : 兩岸對歌 ; pinyin : Liǎng'àn duì gē) en soutien aux manifestants[63]. Alors que le KMT se déchire entre réformistes et conservateurs, le souvenir de Tiananmen pèse ainsi lourd sur l'élection présidentielle. À cela s'ajoute l'immolation du journaliste Cheng Nan-jung (en), accusé de sédition et poursuivi par la police jusque dans son appartement, qui choque gravement l'opinion publique[64].

Lee Teng-hui au début des années 1990

L'opposition la plus véhémente à Lee est lancée par le général Teng Chie (en) qui, avec d'autres députés du parti, élit en fin-février Lin Yang-kang et Chiang Wei-kuo comme candidats à la présidence contre Lee et son allié Li Yuan-tsu qui doit devenir vice-président. Il accuse Lee d'être à la solde du Parti Communiste chinois et les partisans du président, dont James Soong, de conspirer au démantèlement de la république de Chine[65]. Cette nouvelle opposition fait suite à une dispute agitée, le 11 février 1990, entre Lee Teng-hui, Lee Huan et Lin Yang-kang, les deux derniers ayant ouvertement défié le président en demandant officiellement à ce que le président de la république soit élu à bulletin secret et non par acclamation. La nouvelle candidature prend cependant rapidement du plomb dans l'aile. L'échec de la motion pour un vote secret d'abord, puis l'intervention de plusieurs vétérans du parti, dont Chen Lifu[31], convainquent Lin Yang-kang d'abandonner son défi à l'autorité de Lee Teng-hui. Annonçant son retrait sans concertation avec les autres chefs du Courant minoritaire, à trois semaines de l'élection, il prend de court tout le monde[52]. Le rapprochement entre le président Lee et le général Hau Pei-tsun, à qui il promet le poste de Premier ministre, conclut la tentative conservatrice d'éjecter le Taïwanais[66].

Le 21 mars 1990, Lee est ainsi élu officiellement à la présidence de la république de Chine par l'Assemblée nationale.

« Monsieur Démocratie »

L'une des premières actions de Lee Teng-hui est de recevoir une délégation d'une cinquantaine d'étudiants participants au Mouvement des Lys sauvages au Palais présidentiel[62]. Il leur promet qu'il prépare des réformes pour terminer la transformation de la république de Chine en une démocratie multipartite, réformes qui devraient être annoncées dès l'été. La réaction de la société civile à la nomination d'un militaire comme Hau Pei-tsun est cependant négative. À l'annonce, en mai, de l'entrée au gouvernement de l'ancien général, une manifestation a lieu à Taipei et les journaux d'opposition dénoncent la présidence[66]. Lee et Hau parviennent cependant à calmer la réaction de l'opposition en faisant quitter l'armée à Hau, qui se concentre dès lors essentiellement sur des questions de justice et de criminalité qui finissent par le rendre assez populaire[42].

Une banderole pendant les manifestations des Lys sauvages: « Dissoudre l'Assemblée nationale et vote populaire pour la présidence ».

Dans la foulée, Lee déclare une série d'amnisties politiques et fait libérer les militants démocrates et indépendantistes Hsu Hsin-liang (en) et Shih Ming-teh (en). Le 30 avril 1991, Lee fait lever les Dispositions temporaires, un amendement de la Constitution de la république de Chine octroyant des pouvoirs extraordinaires au président. Il met ainsi fin à un état d'exception, déclaré en 1948 par Chiang Kai-shek, mettant de jure fin à l'état de guerre entre la république de Chine et le Parti communiste chinois[42]. Il fait adopter des articles additionnels qui autorisent la tenue d'élections au suffrage universel, réduisent le mandat présidentiel à 4 ans et permettent l'élection du gouverneur provincial[42]. Il organise ainsi la dissolution de l'Assemblée nationale, surnommée le « Parlement éternel » (ou Parlement de Dix mille ans), qui avait été élue en 1947 et qui avait été maintenue indéfiniment après la défaite nationaliste en Chine. L'organe, qui était chargé des questions constitutionnelles et de l'élection du président et du vice-président, était ainsi l'un des piliers du pouvoir nationaliste. Les membres élus du 1er Yuan législatif, en 1947, les « députés séniors », élus en Chine et qui conservaient leurs mandats jusqu'à l'hypothétique reconquête de leurs provinces d'élection, sont appelés à prendre leur retraite. Les élections qui s'ensuivent (en), en décembre 1991, qui font passer l'Assemblée nationale de presque 3 000 membres (représentant l’entièreté de la Chine) à quelque 325 pour mieux représenter les territoires contrôlés par la république de Chine, fait entrer pour la première fois des délégués du DPP, au nombre de 66, dans l'Assemblée. Le KMT conserve cependant une majorité avec 186 sièges[67].

Lee Teng-hui en 1991

Le 22 février 1992, Lee fait publier un rapport d'historiens sur l'Incident 228 qu'il avait commandé l'année précédente. Le rapport, de 504 pages, sans concessions envers Chen Yi et le KMT, dénonce la mauvaise gouvernance, la corruption et la répression[42],[68]. Il rencontre par la suite, avec le Premier ministre Hau Pei-tsun, des familles de victimes pour présenter les excuses du gouvernement et leur promettre une compensation[42].

En mars 1992, Lee charge Hau de mener de front la réforme de l'Article 100 du code criminel de la république de Chine (zh). Article définissant le crime de sédition, il représentait le principal outil juridique de répression nationaliste. L'Article 100 réformé ne punit désormais plus les actions non-violentes, marquant une rupture majeure[69]. Les listes noires et le statut de prisonnier politique sont ainsi supprimés du code criminel taïwanais, permettant à des militants comme Peng Ming-min, exilé en Suède depuis 1970, de revenir à Taïwan[70].

En août 1992, il abolit le statut du Commandement de la garnison de Taïwan (en), une entité qui était jusque là chargée de la répression des déclarations séditieuses, mettant fin à tous les moyens du gouvernement pour réprimer directement une opposition démocratique[42].

Le 7 novembre 1992, Lee abolit la loi martiale sur l'entièreté du territoire. Effectivement, Chiang Ching-kuo n'y avait mis fin qu'à Taïwan tandis que les zones de Kinmen et des îles Matsu restaient en état d'alerte du fait de leur proximité à la Chine communiste[71].

L'année 1992 est aussi le théâtre d'une importante élection législative que le KMT perd. L'effritement des relations entre Lee et Hau, sur fonds de conflits au sein du KMT, joue un rôle majeur dans les divisions du KMT. La question de l'élection du président est particulièrement tenace, les alliés de Lee, en particulier la Coalition de la Sagesse, militant proactivement pour l'adoption du suffrage universel direct tandis que Hau et les conservateurs soutiennent le maintien d'une élection indirecte. Lee triomphe et impose le suffrage universel dès la prochaine élection, en 1996 et la limitation à deux mandats consécutifs[42]. Le KMT est cependant divisé sur les modalités de campagne et l'Assemblée Nationale décide finalement d'ajourner la question, se déclarant seulement prête à la traiter avant la prochaine élection présidentielle, prévue pour 1996. En pleine campagne, le KMT finit d'ailleurs par expulser Chen Che-nan, le chef de la Coalition de la Sagesse après qu'il ait appelé le KMT à adopter une position dite de « Un Taïwan, une Chine (en) » qui aurait constitué en un abandon définitif de la politique de la Chine unique[42].

Lee Teng-hui en 1994

Pour contre-manœuvrer les conservateurs, Lee décide de s'allier aux « buffles dorés » (chinois traditionnel : 金牛 ; pinyin : jīn niú) du parti, des hommes riches et puissants, assez fréquemment accusés de corruption et proches des milieux criminels, et notamment de triades[72]. Le milieu criminel organisé taïwanais, pendant longtemps sous la coupe du KMT, s'est effectivement développé drastiquement depuis la fin de la Loi martiale. Le phénomène, qualifié de « politiques de l'or noir (en) » se répand tellement qu'en 1993, des chercheurs jugent que 50% des élus locaux seraient partie mêlée avec un gang ou un groupe criminel organisé[73]. Ces buffles dorés s'emparent finalement d'une grande partie des sièges du Yuan législatif alors même que le parti subit une défaite historique. Malgré le maintien d'une majorité nationaliste, le KMT n'obtient que 53 % des votes et 95 sièges sur 161 de la nouvelle assemblée[74],[75]. Les buffles dorés compensent pour Lee les pertes de la Coalition de la Sagesse, largement éliminée dans les élections, au profit de candidats du DPP ou du Nouveau Kuomintang. Ces derniers se retrouvent en majorité dans les rangs conservateurs, mettant en difficulté les conservateurs plus âgés comme Hau[66].

Avec quelque 60 voix alliées, Lee fait tomber le président de la chambre, le conservateur Liang Su-yung et le remplace par le buffle doré Liu Sung-pan (en) d'ailleurs plus tard accusé d'avoir acheté des voix[76]. Hau, largement étrillé pendant la campagne législative, souhaite tout de même se maintenir à son poste, finit par faire démissionner son gouvernement de manière protocolaire en février 1993, croyant que Lee le renommera rapidement. À la place, fort du soutien qu'il jouit de ses fidèles, des factions localistes et des buffles dorés, Lee nomme l'un de ses alliés, Lien Chan, en tant que Premier ministre[42]. Après avoir refusé de mener un coup d'État[66], Hau Pei-tsun s'incline et quitte le bureau du Yuan exécutif en haranguant la presse et en déclarant « Éradiquons l'indépendantisme taïwanais ! »[42]. Pour certains chercheurs, l'élimination des conservateurs du KMT et la nomination de Lien Chan marque la dernière bifurcation de la démocratisation de Taïwan, désormais assurée[77].

Ling Yang-kang, l'un des chefs conservateurs qui défient Lee Teng-hui tout au long de son mandat

Ainsi, la tentative de réplique conservatrice lors du XIVe Congrès du KMT (en) en août 1993 échoue alors que les membres du Nouveau Kuomintang décident de claquer la porte du parti nationaliste pour fonder le New Party (en)[78]. Le KMT se dote ainsi de quatre vice-présidents, deux du Courant minoritaire (Lin Yang-kang et Hau Pei-tsun) et deux du Courant majoritaire (Li Yuan-zu et Lien Chan) dans l'objectif de maintenir un équilibre largement favorable au président Lee[60].

Les mains libres, Lee lance une nouvelle vague de réformes d'ampleur. En juin 1993, les fonctionnaires sont obligés de déclarer leurs biens[59], posant les bases de la future affaire des « biens mal acquis »[79] qui verra l'État progressivement nationaliser ou revendre les possessions du KMT et de hauts cadres du régime nationaliste obtenus par le pillage ou l'extorsion pendant la période dictatoriale, à partir des années 2000[80]. La même année, Lee libéralise la création de chaînes de télévision câblées[81], provoquant la soudaine création de centaines de canaux de télévision, le média audiovisuel suivant le développement soudain des journaux papiers quelques années plus tôt, dont l'explosion soudaine avait créée un foisonnement digne d'une nouvelle « période des Royaumes combattants »[82]. En juin 1994, Lee obtient une nouvelle série d'amendements constitutionnels qui précisent les relations entre le président, le gouvernement et le Yuan législatif[83]. Nommément, le pouvoir du président de démettre tout ministre ou haut fonctionnaire sans consulter le Premier ministre, la possibilité pour le président de nommer un Premier ministre sans vote de confiance du Yuan législatif mais aussi le pouvoir de cette dernière chambre de mener des votes de censure contre le Premier ministre[42]. Enfin, en janvier 1995, l'aboutissement des travaux sur le système de sécurité sociale taïwanais amène à la création de l'Assurance santé nationale (en), constituant l'un des régimes de santé publique les plus efficaces de la planète[84].

Le président Lee face à la Chine

Jiang Zemin, chef de la Chine populaire de 1990 à 2003

Les relations avec la Chine sont graduellement de plus en plus difficiles au fil de la présidence de Lee Teng-hui. Une ouverture, toute relative, avait eu lieu à la fin de la présidence de Chiang Ching-kuo, à la faveur de la grande réforme du régime communiste par Deng Xiaoping. Lee Teng-hui, dont l'arrivée au pouvoir est le résultat d'une politique localiste et qui se couple avec la dépénalisation des opinions indépendantistes, inquiète à la fois les caciques pro-réunification du KMT et le PCC. Le grand rêve de la réunification à la faveur d'une réforme démocratique « à la taïwanaise » de la Chine disparaît après la répression violente des émeutes de Tiananmen et l'arrestation de Zhao Ziyang[63]. Malgré tout, sous la pression du KMT, Lee établit des structures afin d'organiser les relations avec la Chine, en train de devenir l'un des principaux partenaires économiques de Taïwan. En octobre 1990, il organise ainsi le Conseil d'unification nationale (en), un conseil de 30 personnes sélectionnées par le président, qui émet en février 1991 les Lignes directrices pour l'Unification nationale (en). Ces lignes établissent trois étapes vers la réunification[85]:

  1. Aucun des deux camps ne doit nier l'existence de l'autre dans la communauté internationale et doit renoncer à l'usage de la force ou des menaces. Des réformes politiques et économiques sont attendues de la Chine continentale pour se mettre en harmonie avec Taïwan. Les deux camps s'engagent à débuter des communications basiques pour développer des relations positives de compréhension réciproque, ainsi que des régulations basiques pour l'échanges de biens et de personnes.
  2. Les deux camps doivent établirent des canaux de communications officiels et garantir la participation de l'un et de l'autre aux organisations internationales. Des investissements économiques de Taïwan en Chine, dans l'objectif de développer l'économie et le niveau de vie continentaux sont attendus. Le système des Trois Liens (en) doit être mis en place pour établir des communications et des liaisons postales, de transports et de commerce entre les deux rives. Les deux parties s'engagent à multiplier les rencontres officielles pour organiser la réunification.
  3. Les deux camps doivent établir une organisation chargée de l'unification d'une Chine « libre, démocratique et prospère de manière équitable ».
L'homme d'affaires Koo Chen-fu

Dans le cadre de ce rapprochement, l'entrepreneur Koo Chen-fu crée la Fondation des échanges du Détroit (en), une organisation privée financée par le gouvernement, pour servir d'agent de liaison entre la Chine et Taïwan. En1992, une rencontre est réalisée entre Koo et Wang Daohan (en), le chef de l'Association pour les relations au travers du Détroit de Taïwan (en), une organisation similaire créée en Chine en décembre 1991 à Hong Kong. Cette rencontre, l'une des premières entre les deux régimes depuis 1949, malgré son caractère non-officielle, aboutit au « Consensus de 1992 » entre le KMT et le PCC, établissant le principe d'« une seule Chine » mais à « chacun son interprétation »[86]. L'existence même de cet accord tacite est contesté depuis 1992 par le Parti démocrate progressiste[87], le concept de consensus de 1992 ayant été forgé en 2000 par le député KMT Su Chi (en)[88]. Dans ce contexte, Taïwan annonce autoriser les délégations sportives chinoises et le drapeau de la république populaire de Chine sur son territoire. Après une rencontre entre Koo et Wang en 1993 à Singapour, des liaisons postales sont établies.

Pour autant, les relations ne s'améliorent qu'en demi-teinte. La république populaire de Chine refuse la proposition de signature d'un pacte de non-agression proposé par Taïwan, sur le modèle de celui signé en 1972 entre l'Allemagne de l'Ouest et l'Allemagne de l’Est[42]. Le président Lee, de plus, insiste sur la nécessité d'une réforme politique en Chine avant d'avancer sur les discussions de réunification. Le refus de la Chine de soutenir pro-activement la représentation de la république de Chine dans les institutions internationales amène à l'absence du président Lee lors du forum de Coopération économique pour l'Asie-Pacifique et à l'entrée de Taïwan au GATT sous le nom de « Territoires douaniers de Taïwan, Penghu, Kinmen et Matsu », une humiliation diplomatique[42]. En juin 1991, à la quasi-unanimité, le Yuan législatif adopte une motion demandant au gouvernement d'organiser le retour de la république de Chine à l'ONU, quel que soit le nom adopté. Après délibération et ayant garni le soutien de 7 pays d'Amérique Centrale, la proposition, lancée en 1993, échoue, sous blocage de la Chine populaire et ne parvient même pas à l'ordre du jour. Soutenue en 1994 par 12 pays proposant l'établissement d'un comité ad hoc pour étudier la question, une seconde candidature est rejetée, de nouveau sous pression chinoise[89]. En sus, en août 1993, le PCC publie un livre blanc, intitulé Le problème de Taïwan et la réunification de la Chine, déclarant que Taïwan aurait appartenu à la Chine depuis l'Antiquité et que toute responsabilité de division de la Chine serait imputable aux États-Unis et à la « clique du KMT ». Pékin propose alors à Taïwan l'intégration à la Chine sous le format « Un pays, deux systèmes », déjà appliqué à Hong Kong[89]. En juillet 1994, Taipei réplique en publiant un autre livre blanc, Explication des relations entre les deux rives du détroit de Taïwan, qui rejette largement la solution proposée par Pékin et souligne que l'indépendantisme n'est pas le principal obstacle à une réunification, mais bien dans le « système politique et le niveau de développement économique de la Chine continentale » ainsi que « les graves et violentes luttes de pouvoir qui y prennent place, qui ont eu raison de la confiance populaire pour le régime communiste »[89]. L'incident du lac Qiandao (en), pendant lequel 24 touristes taïwanais sont kidnappés au Zhejiang et tués, ajoute de l'huile sur le feu. Pékin refuse une enquête commune avec Taïwan, arrête des suspects et les exécute après un jugement sommaire, refuse de donner toutes les informations de l'affaire à Taipei puis renvoie les urnes des touristes tués puis incinérés par les autorités communistes à Taïwan[42].

Lee Teng-hui (droite) rencontre Nelson Mandela (gauche) lors d'une visite en Afrique du Sud en 1994

L'isolation diplomatique de Taïwan se poursuit avec un aspect inexorable. L'Arabie saoudite, l'un des meilleurs alliés de Taïwan[90], reconnaît la Chine en 1990, de même pour Singapour puis la Corée du Sud en 1992. En 1995, seuls 29 États reconnaissent Taïwan, dont l'Afrique du Sud de Nelson Mandela, le Vatican et le Paraguay, ainsi qu'une vingtaine de plus petits pays du Pacifique, d'Amérique Centrale, des Caraïbes et d'Afrique de l'Ouest[42],[89]. Les humiliations se multiplient, notamment lorsqu'une visite de Lee Teng-hui en Amérique Latine lui impose un arrêt à Honolulu en 1994. Refusant de donner un visa au président Lee, le président états-unien Bill Clinton force ce dernier à dormir dans son avion et confine le personnel diplomatique taïwanais à l'aéroport militaire[17].

Cette humiliation précède en fait l'une des plus grosses crises du mandat de Lee. L'année suivante, il est effectivement invité à donner un discours à Cornell pour recevoir un Alma mater. Déterminé à y aller, Lee obtient un vote du Congrès des États-Unis sur son visa et reçoit une autorisation de voyage aux États-Unis. Il donne ainsi un discours à Cornell le 9 juin 1995, devenant le premier président de la république de Chine à fouler le sol américain[91]. Officiellement, cette visite est à titre privée, non officiel, ce qui n'empêche pas l'affrontement de manifestants à l'extérieur de l'université Cornell sous les drapeaux de la république populaire de Chine, appelant à l'unification, et sous les drapeaux de Taïwan, appelant à l'indépendance[92]. Pendant son discours, il déclare notamment que « Tout ce que j'ai accompli en tant que président de ma nation, je l'ai fait avec les aspirations du peuple au coeur de mes préoccupations (chinois traditionnel : 民之所欲,長在我心 ; pinyin : Mín zhī suǒ yù, zhǎng zài wǒ xīn). J'ai longuement réfléchi aux aspirations de mon peuple, et il est clair qu'avant tout, il aspire à la démocratie et au développement »[93].

La Chine considère que la visite de Lee apparaît comme une provocation taïwano-américaine, dans le but d'imposer l'existence d'une entité politique taïwanaise indépendante, du moins séparée de la Chine. Pékin réplique en annonçant des exercices militaires dans le détroit de Taïwan pour juillet 1995, débutant la troisième crise du détroit de Taïwan. L'Armée Populaire de libération débute les tirs de missiles Dongfeng-15 (en). La région militaire du Fujian et la flotte orientale de la marine chinoise sont mobilisées. Les États-Unis déploient le porte-avions USS Belleau Wood. Outre la posture diplomatique, les actions chinoises ont aussi un autre but: peser sur l'élection présidentielle et législative prévue pour 1996[59]. Les tirs de missiles s'intensifient ainsi tout au long de l'automne, avec des exercices aériens et amphibies et, après une courte pause, reprennent au moment de la fin de la campagne électorale présidentielle, en mars 1996.

L'impact sur Taïwan est clair : la bourse dévisse et le KMT poursuit sa division avec le retrait d'un grand nombre de Continentaux du parti, désormais attirés par le populiste New Party. L'élection législative de 1995 (en) voit un net recul du KMT en faveur du jeune parti fondé par l'ancienne Alliance du Nouveau Kuomintang, mené par Chen Kuei-miao (en). Avec le soutien des deux vice-présidents conservateurs du parti nationaliste, Ling Yang-kang et Hau Pei-tsun, le New Party s'empare ainsi de 21 sièges au yuan législatif, capturés pour l'essentiel en territoire KMT[42].

Motivés par les manœuvres chinoises et expulsés par le KMT, le tandem Ling-Hau décide de se présenter à l'élection présidentielle avec le soutien du New Party. Pourtant, la crise dope la popularité de Lee Teng-hui[94], qui se présente avec Lien Chan. Le président dénonce le « terrorisme d'État » de la Chine et appelle à ne pas céder aux propositions de Pékin[95]. Malgré une forte opposition indépendantiste autour d'un ticket mené par Peng Ming-min et un autre ticket dissident du KMT mené par Chen Li-an, Lee l'emporte avec 54 % des suffrages, un plébiscite notamment provoqué par la décision de nombreux votants indépendantistes de soutenir le président face aux menaces chinoises[96]. Avec une participation de 76 %, Lee devient ainsi le premier président de la république de Chine élu au suffrage universel.

Un mandat difficile

Le vice-président Lien Chan

Élu en 1996, Lee doit faire face à une situation complexe au Yuan législatif. La majorité du KMT n'a que deux sièges d'avance et le président doit s'engager dans une lutte à trois avec le New Party et le DPP au sein de la chambre. Son mandat est inauguré par une polémique lorsqu'il décide de maintenir Lien Chan au poste de Premier ministre alors même que celui-ci est devenu vice-président. Les critiques fusent rapidement alors que Lee justifie sa décision par la difficulté potentielle de remporter un nouveau vote de confiance au Yuan législatif[42]. Dès la fin d'année 1996, le KMT pousse Lee à essayer de trouver un remplaçant. Il réfléchir d'abord à nommer Yuan Tseh Lee, le président de l'Academia sinica, une décision qui est opposée par Lien Chan et James Soong[51]. Ce dernier, en particulier, est furieux de ne pas figurer parmi les potentiels candidats, considérant que l'évolution naturelle de son poste de gouverneur de la province de Taïwan serait de devenir Premier ministre. La décision en décembre 1996 de débuter la dissolution du gouvernorat provincial provoque une nouvelle crise entre Lee et Soong, qui rompent leurs relations, le dernier accusant le premier de vouloir détruire sa base de pouvoir politique[51].

Sous ce mandat, Lee doit aussi faire face à une intensification du crime organisé et des meurtres politiques, comme avec l'assassinat mafieux du maire de Taoyuan, Liu Pang-yu (en) (KMT) et de huit de ses associés ou avec l'enlèvement, le viol et le meurtre de la militante féministe et indépendantiste Peng Wan-ru[42]. Dans un autre cas très médiatisé, en 1997, un groupe de personnes kidnappe et tue la fille de l'actrice Pai Bing-bing (en) et de l'auteur japonais Ikki Kajiwara, Pai Hsiao-yen (en). L'un des auteurs du meurtre, Chen Chin-hsing , poursuivi par la police, prend en otage la famille de McGill Alexander (en), l'attaché militaire sud-africain à Taipei. La vague de crimes provoque une impopularité croissante de Lee et de son gouvernement. Surtout que sous la pression du KMT, il a retiré son portefeuille au ministre de la justice Ma Ying-jeou, qui avait été à ce poste lors du précédent mandat, car jugé trop dur et trop pro-actif face à la corruption[97]. Lee déclare à des membres du KMT, agacé des critiques contre son gouvernement, particulièrement acerbes après la mort de Pai Hsiao-yen, que l'état des relations internationales de Taïwan est plus important que « la mort d'une petite fille »[42]. Après une fuite dans la presse, le gouvernement doit faire face à de grandes manifestations suivies par la démission de Ma Ying-jeou, qui annonce quitter un gouvernement « qui ne fait rien contre le crime ». Malgré le soutien de Lee, Lien Chan est bien obligé de faire démissionner son gouvernement, ce qui ouvre de nouveau le problème du Premier ministre nommé. Ma Ying-jeou, avec le soutien de Lee, finit par être élu maire de Taipei en 1998 et devient président de la république de Chine entre 2008 et 2016.

Finalement, Lee laisse le choix au parti qui, lors du XVe congrès du Kuomintang (en) en juillet 1997, choisit Vincent Siew (en) pour le poste.

Celui-ci reprend les dossiers de Lien Chan, en particulier les questions nucléaires. Lien avait déjà fait face à une opposition particulière du DPP sur le projet de construction d'une quatrième centrale nucléaire, à Lungmen. Les membres du parti indépendantiste, radicalement anti-nucléaires, avaient empêchés l'entrée au Yuan législatif du Premier ministre[42]. Finalement, Vincent Siew réussit à obtenir le début des travaux de la centrale en 1999, un projet immédiatement suspendu par le violent séisme de Chichi. Siew organise aussi la signature d'un traité de stockage de déchets nucléaires en Chine avec la compagnie Taipower[98].

Lee Teng-hui rencontre le 14e Dalaï-lama, Tenzin Gyatso (gauche) en 1997

Sur le plan diplomatique, Lee profite du miracle économique taïwanais pour renforcer la posture diplomatique de l'île, en particulier en Afrique, via l'aide au développement. Il obtient l'abandon de la république populaire de Chine et la reconnaissance de la république de Chine par la Centrafrique (1991), le Niger (1992), le Burkina Faso (1994), la Gambie (1995), le Sénégal (1996), le Tchad et le Liberia (1997). Ces relations ne durent cependant pas et la plupart de ces pays reconnaissent de nouveau Pékin dès le début des années 2000. Surtout, et malgré les bonnes relations commerciales entre les deux pays, Taïwan perd l'Afrique du Sud en 1998, provoquant la rupture de 36 accord bilatéraux[42].

Le gouvernement doit aussi faire face au déclenchement de la crise économique asiatique en 1997. Grâce à un développement économique organisé pendant les décennies précédentes et à la réactivité de Taipei, cependant, la crise ne touche que superficiellement le marché taïwanais[99].

Le principal défi du président Lee s'avère cependant être le séisme de Chichi, le 21 septembre 1999. L'un des pires tremblement de terre de l'histoire de Taïwan touche l'île et fait 2 415 morts, 29 disparus, 11 000 blessés graves. 51 711 immeubles sont détruits et 53 768 sévèrement endommagés, pour un préjudice total qui dépasse les 10 milliards de dollars[100],[101]. Le gouvernement déclare l'état d'urgence et mobilise immédiatement l'armée pour mener une opération de déblayage et de secours[102]. La réponse du gouvernement est cependant critiquée, jugée trop lente et pas assez efficace, alors même que les élections présidentielles sont fixées pour le début d'année 2000.

Lee annonce ne pas briguer de second mandat et laisse son vice-président, Lien Chan, se présenter. Lee provoque ainsi une énième rupture au sein du KMT, refusant à James Soong, assez populaire, la candidature et soutenant Lien Chan, un personnage plutôt rejeté par la population. Ce manque de soutien provoque le lancement d'une candidature dissidente de Soong, qui divise les voix du KMT et profite au candidat indépendantiste, Chen Shui-bian qui l'emporte, inaugurant la première alternance depuis 1927 à la tête de la république de Chine[103].

L'indépendantiste taïwanais

Lors des dernières années de son mandat, le comportement de Lee Teng-hui est graduellement critiqué par le KMT et les partisans d'une réunification. Après la crise des missiles, il déclare l'application d'une politique dite « Sans hâte et patiente (en) » quant aux investissements taïwanais en Chine dans l'objectif d'étendre les relations entre les deux pays sans pour autant rendre Taïwan et la Chine in-découplable. Il promeut alors la Politique vers le Sud (en) (Southbound Policy) poussant les commerces taïwanais à investir en Asie du Sud-Est plutôt qu'en Chine, un projet qui est cependant contre-carré par l'aggravation du contexte financier régional après la crise asiatique[104].

En 1997, la rétrocession de Hong Kong à la Chine alimente une rhétorique indépendantiste à Taïwan.

Lee Ten-hui explique sa théorie de « relations spéciales d'État à État » lors d'une interview avec la DW.

Après une nouvelle rencontre Wang-Koo en 1998 à Shanghai[105], Lee met le feu aux poudres. Lors d'un entretien avec la Deutsche Welle le 9 juillet 1999, Lee déclare: « Les amendements constitutionnels de 1991 ont défini les relations entre les deux rives du détroit comme une relation d'État à État, ou du moins une relation d'État à État particulière, et non comme une relation interne entre un gouvernement légitime et un groupe dissident, ou entre un gouvernement central et un gouvernement local. Par conséquent, la qualification de « province dissidente » donnée par les autorités de Pékin à Taïwan est historiquement et juridiquement infondée »[106],[107].

Sa déclaration de la « théorie des relations spéciales d'État à État (en) », appelant à reconnaître la souveraineté et l'existence de deux entités politiques séparées et indépendantes à Taïwan met Pékin en fureur, suspendant définitivement les rencontres Wang-Koo et le dialogue entre les deux rives[108].

Accusé d'avoir fait échoué la candidature présidentielle du KMT en 2000, Lee est finalement forcé de démissionner de la présidence du KMT. Après sa présidence, il publie un livre, La position taïwanaise (chinois traditionnel : 台灣的主張 ; pinyin : Táiwān de zhīyuán) dans lequel il défend un modèle fédérale et autonomiste pour une Chine composée en sept ensembles, dont Taïwan[42].

En 2001, il est appelé à devenir « leader spirituel » de l'Union pour la solidarité de Taïwan (UST), un parti radicalement indépendantiste. Il soutient ainsi ce parti lors des élections législatives de 2001 (en) qui voient s'affronter le DPP, le KMT, l'UST et le Parti du peuple d'abord crée par James Soong. Si le DPP l'emporte avec 87 sièges, l'UST se classe quatrième avec 13 sièges dans une assemblée particulièrement marquée par la multiplication des formations politiques (6 partis siègent en plus de 9 députés indépendants)[109]. Lee critique acerbement le KMT, qu'il juge avoir dérivé hors de la stratégie de localisation initiée par Chiang Ching-kuo[109]. Son soutien à l'UST puis ces critiques lui valent l'expulsion pure et simple du parti[110].

Même s'il maintient avoir un grand respect pour Chiang Ching-kuo[17], Lee critique l'ancien président en qualifiant la république de Chine et le KMT de « régime étranger »[111]. Dans la foulée, il critique aussi largement la politique du président Chen Shui-bian, en particulier ses nouveaux programmes agricoles[111].

Ses relations avec le Japon s'intensifient aussi à l'époque. Il reçoit en 2007 le prix Gotō Shinpei, décerné par une association des amis de l'ancien gouverneur colonial japonais de Taïwan[4]. Lee visite la même année le temple Yasukuni-jinja, qui honore les soldats japonais morts pour l'Empire (y compris d'anciens criminels de guerre), pour rendre hommage à son frère qui y repose[112]. Il renouvelle sa visite en 2009 pendant lequel il se défend de justifier les crimes commis par l'Armée impériale japonaise pendant la Seconde guerre mondiale. Il y défend aussi le fait que Taïwan serait déjà un pays indépendant, n'ayant pas à justifier de ses actions politiques auprès de la Chine, provoquant l'ire d'un citoyen chinois qui lui lance une bouteille au visage à l'aéroport de Nara[113]. Le 13 septembre 2012, il prend position sur le conflit territorial des Îles Senkaku/Diaoyutai, qu'il qualifie de « japonaises »[114]. En 2015, il déclare que le Japon est sa « mère patrie », provoquant une nouvelle polémique[115]. Le KMT critique ouvertement ce qui est qualifié d'« égarements » tandis que Pékin qualifie Lee de hanjian et lui promet de « finir dans les poubelles de l'Histoire »[4]. Au contraire, les conservateurs japonais, au premier rangs desquels le Premier ministre Shinzō Abe voient en Lee un modèle et une représentation de la réussite coloniale japonaise à Taïwan[116]. En tout, Lee visite 8 fois le Japon après son départ de la présidence[117].

Lee Teng-hui (gauche) soutient le président Chen Shui-bian (droite) lors de la campagne de réélection de ce dernier en 2004

Après avoir soutenu le président Chen Shui-bian en lançant un forum de soutien politique à celui-ci[118], leurs relations se dégradent alors que Chen est progressivement accusé de corruption. L'affaire prend de l'ampleur lorsque Chen accuse, à son tour, Lee d'avoir détourné de l'argent alors qu'il était au pouvoir[119]. Lee est déjà accusé dans l'affaire des Frégates et des Mirages de Taïwan. Il accuse dans ces affaires l'ancien ministre de la Défense et Premier ministre Hau Pei-tsun d'avoir ourdi un potentiel coup d'état si Lee refusait l'achat du matériel militaire français[120]. Finalement relaxé dans cette affaire, il est rapidement inculpé, après les accusations de Chen, d'avoir détourné près de 7,79 millions de dollars américains destinés à des fonds diplomatiques secrets[121]. Après un feuilleton judiciaire qu'il qualifie de « complot politique », Lee est relaxé en 2013[122].

Lee Teng-hui reste un commentateur assidu de la politique taïwanaise, en particulier à l'approche d'élections. La veille de l'élection présidentielle taïwanaise de 2008, il exprime son soutien pour le candidat du DPP, Frank Hsieh (en) face à Ma Ying-jeou[123]. Il critique d'ailleurs dès 2006 la position politique de l'ancien maire de Taipei sur les relations inter-Détroit, qu'il qualifie d'absurdités, soulignant le rapprochement entre la position du KMT et du PCC[124]. S'il rencontre Ma après sa victoire[125], il juge l'homme « moderne mais orgueilleux » et trop influencé par les États-Unis, considérant qu'il n'a aucune chance de réussir à négocier efficacement avec Pékin, le PCC n'ayant pas confiance en lui[126]. Alors que Ma organise en 2015 des festivités de quatre mois pour célébrer la victoire de la république de Chine sur le Japon, Lee provoque un nouveau scandale en déclarant dans une interview que les « Taïwanais se sont battus pour mère patrie en tant que Japonais »[7]. Il critique aussi vertement Ma pendant le Mouvement des tournesols qui voit la jeunesse taïwanaise occuper le Yuan législatif pour protester contre les méthodes expéditives du président pour essayer d'imposer un traité commercial défavorable à Taïwan avec la Chine.

La présidente Tsai Ing-wen et Lee Teng-hui en 2016

Lors de l'élection présidentielle taïwanaise de 2012, Lee se déclare en faveur de Tsai Ing-wen, la candidate du DPP. Ses relations avec la jeune technocrate, elle aussi ancienne élève de Cornell, sont très bonnes et certains qualifient leurs relations de « maître à disciple »[127]. Il engage de nouveau son soutien lors de l'élection présidentielle taïwanaise de 2016 qui voit Tsai faire face d'abord à Hung Hsiu-chu, une partisane de la réunification radicale dont les opinions sont si tranchées et si proches de Pékin que le KMT finit par la remplacer par Eric Chu. Élue présidente, Tsai Ing-wen reprend un grand nombre de politiques prônées par Lee, dont une application du concept de « relations spéciales d'État à État » ou le lancement d'une nouvelle Politique du Sud (New Southbound Policy (en))[16].

Dans ses dernières années, Lee crée et entretient une ferme spécialisée dans le lait de chèvres et de vaches dans l'est de Taïwan, près de Hualien[128].

Lee Teng-hui meurt le 30 juillet 2020 au Taipei Veterans General Hospital (en), à Beitou, à l'âge de 97 ans des suites d'un choc septique et d'une défaillance de plusieurs organes après avoir été hospitalisé pendant plus de cinq mois[129].

Sa disparition provoque une forte émotion à Taïwan[130], même si son héritage reste divisé entre indépendantistes et partisans d'une réunification avec la Chine[131].

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo présente, pour les États-Unis, ses condoléances à Taïwan après la mort du « premier président démocratiquement élu » de l'île[132]. Washington envoie son secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, Alex Azar pour assister aux funérailles de Lee[133]. Entre autres, Taïwan reçoit des messages de condoléances du Premier ministre japonais Shinzo Abe, du président haitien Jovenel Moïse, de l'ancien président sud-africain Frederik Willem de Klerk et de ses alliés diplomatiques[132]. Le Japon envoie même, en pleine pandémie de Covid-19, une délégation menée par l'ancien Premier ministre Yoshirō Mori pour se recueillir officiellement lors des obsèques de Lee[134]. Le 14e dalaï-lama a adressé ses condoléances à la femme de Lee, Mme Tseng Wen-hui et à sa famille, en ces termes : « J'ai eu l'honneur de rencontrer votre mari lors de ma première visite à Taïwan en 1997 alors qu'il était le premier président élu par le peuple. Par la suite, nous nous sommes rencontrés à nouveau à Taïwan et lors de forums pour la paix ailleurs et je le considère comme un ami personnel »[135].

La Chine, de son côté, dénonce le « parrain du séparatisme taïwanais » et profite du décès de Lee Teng-hui pour renouveler son opposition à l'indépendance de Taïwan[136].

Lee Teng-hui, comme les anciens présidents de la république de Chine, est enterré au cimetière militaire de Wuzhi, dans les contreforts de Yangmingshan, près de Taipei[137].

Références

Annexes

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