Machine thermique
dispositif convertissant de l'énergie thermique en énergie mécanique, ou inversement.
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Une machine thermique est un dispositif faisant subir un cycle thermodynamique à un système (généralement un fluide ou un système électrique) et permettant de convertir de la chaleur en travail (cycle moteur) ou de transférer de la chaleur au moyen de travail (cycle récepteur)[1].
L'étude des machines thermiques est à l'origine de la thermodynamique, notamment de ses premier et deuxième principes.
Les machines thermiques monothermes, n'exploitant qu'une seule source de chaleur, ne peuvent être motrices. L'ensemble des machines thermiques dithermes, exploitant deux sources de chaleur de températures différentes, est décrit sur le diagramme de Raveau ; leur efficacité énergétique maximale est donnée par le cycle de Carnot.
Les machines thermiques et la thermodynamique
La première machine thermique connue est l'éolipyle de Héron d'Alexandrie, datant du Ier siècle apr. J.-C., qui resta un objet de divertissement.
Les premières machines à vapeur d'application industrielle (des pompes à eau dans des mines en Angleterre) sont nées au XVIIe siècle. Au XIXe siècle, leur étude systématique, par Carnot notamment, est à l'origine de la thermodynamique, en particulier de ses premier et deuxième principes. Cette théorie s'attache à la description et à l'étude physique des systèmes qui permettent de transformer l'énergie thermique (chaleur) en énergie mécanique (travail) et inversement[2],[3].
Les machines thermiques sont d'un usage courant : moteur à combustion (à combustion externe telle la machine à vapeur, ou à combustion interne tel le moteur à essence), réfrigérateur, climatisation, pompe à chaleur, etc.
Théorie
Chaleur et travail

Dans le cas général, au cours du fonctionnement d'une machine thermique, le fluide qu'elle contient est mis au contact de sources thermiques (modélisées par des thermostats[4]) de différentes températures qui lui fournissent les chaleurs respectives . Du point de vue du fluide, est positif si le transfert s'effectue de la source vers le fluide et négatif dans le cas contraire[5]. Les machines monothermes n'exploitent qu'une seule source. Les machines dithermes exploitent deux sources : une source chaude de température élevée et une source froide de température plus basse.
De même, le fluide échange du travail avec l'extérieur de la machine. Selon son signe, le cycle de la machine est[5],[6] :
- moteur si est négatif ; la machine fournit du travail à l'extérieur ;
- récepteur si est positif ; la machine consomme du travail en provenance de l'extérieur.
Cycle thermodynamique
Un cycle thermodynamique est constitué d'une succession de processus (isobares, isothermes, adiabatiques, etc.). Lors d'un cycle complet, la pression, la température, l'état, etc. du fluide peuvent changer au cours des divers processus, mais en fin de cycle ces paramètres reviennent à leur valeur de début de cycle. Par conséquent, la machine est dans le même état en début et en fin de cycle. L'énergie interne et l'entropie étant des fonctions d'état, chacune d'elles a donc la même valeur en début et en fin de cycle, et sa variation globale sur un cycle complet est nulle[4],[5],[7] :
- ;
- .
Premier principe
Le premier principe de la thermodynamique est un principe de conservation de l'énergie : lors d'une transformation thermodynamique d'un système fermé, la variation de l'énergie interne du fluide est égale à la somme du travail et de la chaleur échangés par le fluide avec l'extérieur[5] :
De plus, la variation de l'énergie interne est globalement nulle sur un cycle complet de la machine[5] :
En conséquence[5] :
Le travail et la chaleur étant liés, on peut convertir de la chaleur en travail (cycle moteur, par exemple les moteurs à combustion et turbines) ou transférer de la chaleur au moyen de travail (cycle récepteur, par exemple les climatisations, pompes à chaleur et réfrigérateurs).
Deuxième principe
Lors d'une transformation thermodynamique, la variation de l'entropie du fluide se répartit de la façon suivante :
L'entropie échangée est directement liée à la chaleur échangée par le fluide avec l'extérieur :
Le deuxième principe de la thermodynamique est un principe d'évolution des systèmes. Il énonce que l'entropie créée ne peut être que positive :
De plus, la variation de l'entropie est globalement nulle sur un cycle complet de la machine[5] :
D'où l'inégalité de Clausius[5] :
Dans le cas de transformations réversibles, où (théoriques, car effectuées en l'absence de tout phénomène dissipatif), on obtient l'égalité de Clausius[5] :
On peut à partir de cette égalité limite établir l'efficacité énergétique théorique maximale que l'on peut espérer de la machine.
Étude des machines monothermes
Une machine thermique monotherme n'exploite qu'une seule source de chaleur. Soit[8],[9] :
- le transfert thermique (échange de chaleur) entre la machine et la source ;
- la température de la source ;
- le travail reçu par la machine.
Selon les premier et deuxième principes de la thermodynamique, elle répond aux équations[8],[9] :
- premier principe : ;
- deuxième principe : .
La température thermodynamique de la source ne pouvant être que positive, on en déduit que et . Une machine thermique monotherme ne peut que produire de la chaleur et consommer du travail (cycle récepteur). C'est le cas d'un radiateur électrique, qui transforme le travail électrique en chaleur[8],[9].
L'un des énoncés historiques du deuxième principe de la thermodynamique, par Thomson (Lord Kelvin) en 1851, dit que[9],[10] :
« On ne peut concevoir de cycle thermodynamique monotherme moteur. »
— Principe de Thomson (ou principe de Lord Kelvin).
ou, plus explicitement[10] :
« Il est impossible de produire du travail en faisant subir un cycle à un système en contact avec une seule source. »
— Principe de Thomson (ou principe de Lord Kelvin).
Étude des machines dithermes
Diagramme de Raveau
Une machine thermique ditherme exploite deux sources de chaleur : une source chaude à température élevée, une source froide à température plus basse. Soit[11],[12],[13] :
- le transfert thermique (échange de chaleur) entre la machine et la source chaude ;
- le transfert thermique entre la machine et la source froide ;
- la température de la source chaude ;
- la température de la source froide () ;
- le travail reçu par la machine.
Selon les premier et deuxième principes de la thermodynamique, elle répond aux équations[11],[12],[13] :
- premier principe : ;
- deuxième principe : .

La figure 2 ci-contre montre le diagramme de Raveau, il représente en fonction de . On y trace les droites d'équation[14],[12],[15] :
- (soit ) : au-dessus de cette droite une machine produit du travail (, cycle moteur), en dessous elle en consomme (, cycle récepteur) ;
- (soit ) : une machine au-dessus de cette droite est impossible, elle contredirait le deuxième principe (, soit ).
Le domaine en rose délimité par la droite est interdit par le deuxième principe de la thermodynamique. Aucune machine ne peut exister dans ces conditions. On y trouve par exemple une machine telle que , et : la machine produit du travail en prenant de la chaleur aux deux sources. Une machine ne peut exister que dans les conditions du domaine opposé au domaine rose. Ce domaine est divisé en quatre zones (I, II, III et IV)[16],[12],[13].
Dans le domaine sous la droite , la machine consomme du travail, , le cycle est récepteur ; au-dessus de cette droite, la machine produit du travail, , le cycle est moteur. Les machines possibles produisant du travail se situent exclusivement dans la zone I du diagramme ; la plupart des machines à cycle moteur sont donc interdites par le deuxième principe de la thermodynamique. Dans les zones II, III et IV, les machines consomment du travail ; les machines à cycle récepteur constituent donc la grande majorité des machines possibles. Dans la pratique, seules les zones I et IV sont intéressantes[16],[12],[13].
Efficacité énergétique et rendement
- Note
- Dans la littérature spécialisée, les définitions de l'efficacité énergétique et du rendement peuvent varier d'un ouvrage à l'autre. Dans le cas des moteurs, notamment, l'efficacité énergétique peut être appelée rendement[17],[18],[19].
L'efficacité énergétique (lettre grecque êta) d'une machine thermique est une grandeur sans dimension définie par le rapport[17] :
Dans un cycle moteur, l'énergie fournie en entrée provient de la source chaude, soit , l'énergie utile en sortie est le travail créé, soit . L'efficacité énergétique d'un moteur vaut par conséquent[16],[19] :
Une machine réelle implique des phénomènes de dissipation d'énergie dus par exemple aux frottements des pièces mécaniques entre elles ou du fluide sur les parois de la machine, et à la viscosité du fluide. Une telle machine vérifie l'inégalité stricte . Dans un moteur , d'où . L'efficacité énergétique théorique maximale d'une machine thermique ditherme est réalisée par un cycle entièrement réversible, tel que , constitué de deux processus isothermes et deux processus adiabatiques, appelé cycle de Carnot[20]. Dans le cas d'un moteur, cela conduit à l'efficacité énergétique maximale[16],[20] :
On a donc . Cette limite ne dépend que des températures des sources de chaleur, elle est indépendante, notamment, de la technique utilisée : elle est la même pour une machine à vapeur, un moteur à essence, un moteur Diesel, un moteur Stirling, etc. fonctionnant avec les mêmes températures de la source chaude et de la source froide. Plus l'écart de température entre les deux sources est élevé, meilleure est l'efficacité, mais elle ne peut être de 1, puisqu'il faudrait que soit nulle ou infinie. Dans le cas des machines à cycle récepteur (voir la section Classement des machines dithermes), l'efficacité peut être supérieure à 1, et elle est d'autant plus grande que les températures des deux sources sont proches.
Le rendement d'une machine thermique est défini comme le rapport de l'efficacité énergétique réelle par l'efficacité énergétique idéale du cycle de Carnot[17],[20] :
Le rendement est toujours strictement inférieur à 1.
Classement des machines dithermes
| Zone | Caractéristiques | Cycle | Commentaires | Exemples | Efficacité énergétique |
|---|---|---|---|---|---|
| Zone I | Moteur | Seule zone autorisée par le deuxième principe où le cycle est moteur. Production de travail par transfert de chaleur de la source chaude à la source froide. |
Machine à vapeur Moteur à combustion Turbine |
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| Zone II | Récepteur | Peu intéressant. Transfert de chaleur de la source chaude à la source froide. Sens spontané de transfert de la chaleur, peut être obtenu sans consommer de travail, par conduction, convection ou rayonnement. |
Ventilateur Agitateur |
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| Zone III | Récepteur | Peu intéressant. Dégradation de travail en chaleur pour chauffer les deux sources. Se rapproche des machines monothermes. |
Chauffage électrique chauffant une pièce d'une maison et l'extérieur si les fenêtres sont ouvertes. Cuisinière électrique chauffant un plat et l'air ambiant. |
||
| Zone IV | Récepteur | Transfert de chaleur de la source froide à la source chaude. Contraire au sens spontané de transfert de la chaleur. |
1er usage : refroidir la source froide. Climatisation Réfrigérateur |
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| 2e usage : réchauffer la source chaude. Pompe à chaleur |