Mafa (peuple)

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Les Mafa ou anciennement Matakam sont une population d'Afrique centrale, surtout présente à l'extrême nord du Cameroun, également au Nigeria.

Tisserand Mafa dans la région de Mokolo

Le peuple mafa est constitué de plusieurs groupes qui se distinguent par leurs accents. Avec les Kapsiki, les Mofu, les Guiziga, les Mada, les Mahtal, les Zulgo, les Podoko, les Mouyeng, ils composent l'essentiel de ce que les Mandara (ethnie islamisée habitant la plaine et quelques contreforts des Monts Mandara) appellent vulgairement les Kirdis ou peuples païens[1]. Ils sont connus pour avoir été les premiers en contact avec le colonisateur allemand.

Ethnonymie

Habitation Mafa près de Maroua
Danse mafa avec de la flûte
Danse mafa avec de la flûte
  1. Selon les sources et le contexte, on observe plusieurs formes : Bulahai, Mafahay, Mafa, Mofa, Wula[2]. Selon Jean-Yves Martin en 1970, les Mafa seraient un sous-groupe des Matakam, aux côtés des Boulahai (habitant aux environs de Mokolo et des Mabass (habitant le village du même nom) qui partagent la même langue, des Hidé (langue commune avec les Mafa[3]) et des Minéo. Au-delà d'une proximité linguistique pour les quatre premiers groupes, le nom commun de Matakam résulterait de l'appropriation d'un sobriquet initialement donné par les Peuls (ou Foulbé) et traduirait une revendication identitaire[4]. En 2008, pour Zacharie Perevet, qui se revendique Mafa, l'ethnonyme « Matakam » est une appellation péjorative qui regroupe les quatre premiers sous-groupes décrits par Jean-Yves Martin, qu'il identifie tous comme Mafa[5]. De nouvelles recherches, comme celle du germaniste, pédagogue, didacticien et socioanthropologue camerounais Tevodai Mambai sur le discours postcolonial concernant le peuple Mafa dans les médias d'expression allemande, apportent davantage de clarté sur ces qualificatifs péjoratifs.

Langue

Ils parlent le mafa, une langue tchadique, dont le nombre de locuteurs était estimé à 136 000 au Cameroun en 1982[6]. Aujourd'hui, on estime qu'il y a plus d'un million et demi de locuteurs. Ils sont installés entre le nord du Cameroun et le nord-est du Nigeria. Le Mouvement culturel Mafa Ditsuma/ Di tsuma a réalisé des progrès significatifs depuis 2004 pour intéresser les jeunes à leur langue. Des localités Mafa éloignées de leur terroir, telles que Koza 2, Phacochère, Touroua, Ngong, , certains quartiers des villes de Garoua,Bertoua, Douala, Bafoussam, Mubi et Maiduguri, ont su préserver leur identité linguistique tout en s'ouvrant aux autres.

Religion et croyances

Poterie sacrée bulahay (zíghílé).
Monnaie composée de barres de fer.

Les Mafa, quelquefois qualifiés d'animistes (par certains occidentaux) ou de « païens » (par les musulmans) croient en un Dieu unique ou « Dieu des humains » appelé Jigilé, Zigélé[7] ou Zhikle[8] selon les transcriptions. Ce dieu créateur unique est toutefois accompagné d'émanations et de génies protégeant un domaine particulier (par exemple le dieu de la maison, Jigilé-gay[9]). On s'adresse à lui par le truchement des ancêtres[10] dont le culte occupe une place prépondérante dans les rituels. Il convient en outre de s'attirer ou de conserver les faveurs des forces naturelles ou biologiques : la terre, la pluie, les femmes[11] qui ont un esprit Halalay au même titre que les animaux même nuisibles comme les criquets ou que les ancêtres[12].

A part le jigilé, les mafa ont une forte croyance aux poteries de manière générale. Ils ont d'ailleurs développé un système religieux autour d'elles. Les poteries transcendent la dimension physique, elles peuvent soigner et plus loin elles pérennisent la vie. Après le décès d'un babgay (père de la famille), son fils ainé a obligation de faire fabriquer jigilé baba, une poterie le représentant. Cette poterie est gardée dans la maison de ce fils. A travers elle, le défunt vit à jamais [13].

Régime alimentaire

Le régime alimentaire est principalement végétal. Les composants essentiels de la nourriture sont les différentes sortes de sorgho, de mais, de mil ainsi que l'éleusine pour les céréales, et le niébé, sésame, arachide pour les légumineuses. Ces préparations sont accompagnées de feuilles de sauces provenant de plantes telles que le tamarinier (mbrom), le baobab (mbotomboto), le dayak ou le mindek, mais aussi des légumes cultivés pour leur valeur nutritive, e.g. mushiya (folere), zbak (feuille de haricot), metehed (feuille gluante), ngreo, etc. Plus exceptionnellement, des ingrédients d'origine animale sont utilisés : viande grillée ou séchée issue des animaux sacrifiés en hommage aux ancêtres (fête du taureau où le « bœuf de case » est sacrifié) mais aussi viande de chèvre, de mouton, du poulet, de la viande d'animaux de bourse issue de la chasse (rats, souris, antilope, etc. On en extrait des lipides dans ce qui est appelé « la graisse » (mbǝza), un mélange de graisse, d'os et de cartilages qu'on conserve pendant quelques semaines. Quand ca a réussi, le mbǝza rehausse le goût de la sauce. La graisse des intestins est suspendue dans le péritoine, mise à sécher au soleil puis broyée à plusieurs reprises afin d'obtenir une bouillie conservée en jarres. Elle est consommée tout au long de l'année comme composante des sauces dont elle relève le goût[14].Les spécialistes de ce menu sont généralement des femmes matures. Les spécialistes de ce menu sont généralement des femmes matures (djedjé). Elles ont acquis leur savoir-faire par la force de l'expérience. L'autre élément non négligeable du menu Mafa est le mutuaz, une pâte de feuilles d'oseille au goût relevé, semblable à celui du cube Maggi. Sa préparation demande plusieurs semaines et est également l'œuvre de mères expérimentées[15].

Notes et références

Voir aussi

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