Magnum Concilium

From Wikipedia, the free encyclopedia

Le Magnum Concilium, communément désigné sous l'appellation de Grand Conseil, est, au sein du royaume d'Angleterre, une assemblée de nature féodale. Cette institution convoque périodiquement les grands du royaume, tant séculiers qu'ecclésiastiques, en dehors de l'entourage immédiat de la Curia Regis. Elle a pour fonction de délibérer avec le monarque sur les principales affaires de l'État. Au cours du XIIIe siècle, cette structure évolue et cède progressivement sa prééminence à une institution nouvelle, le Parlement d'Angleterre, qui en procède directement. La dernière convocation attestée du Magnum Concilium intervient en 1640, sous le règne de Charles Ier, avant sa disparition définitive.

Assemblées Anglo-Saxonnes

L'unification des entités politiques anglo-saxonnes au Xe siècle marque l'institutionnalisation du Witan (ou Magnum Concilium). Cette assemblée délibérative, convoquée par le monarque, rassemble l'aristocratie laïque et ecclésiastique : les effectifs, variant de vingt-cinq à plusieurs centaines de membres, incluent traditionnellement des prélats, des abbés, des ealdormens et des thegns. Le calendrier de ces sessions s'articule autour des solennités de la Nativité, de Pâques et de la Pentecôte, bien que des convocations extraordinaires demeurent possibles. Ce dispositif supplante l'itinérance royale primitive, devenue inefficiente face à l'extension territoriale du domaine. Le Witan s'érige ainsi en instrument de centralisation administrative, contraignant l'élite nobiliaire à se déplacer auprès du souverain pour assurer la cohésion et le contrôle du royaume[1].

Le Witan remplit plusieurs fonctions politiques et symboliques au sein du royaume anglo-saxon. Il intervient notamment dans les procédures de désignation royale, particulièrement lors des successions contestées, où son autorité contribue à légitimer le souverain. L'assemblée constitue également une manifestation solennelle du pouvoir monarchique, souvent associée aux cérémonies du couronnement. Elle offre un cadre formel pour l'examen de requêtes et la recherche d'un consensus parmi les grands du royaume. Le monarque y accorde des privilèges, tels que des concessions foncières, qui font l'objet de chartes authentifiées par la signature et le consentement des participants.

La désignation aux principales fonctions administratives et ecclésiastiques, telles que les évêchés et les ealdormanries, procède de l'assemblée du witan. Cette instance collégiale constitue le cadre dans lequel se délibèrent les grandes orientations politiques du royaume, à l'instar de la déclaration de guerre ou de la ratification des traités. Le witan participe également à l'élaboration et à la promulgation des codes législatifs anglo-saxons. Il exerce par ailleurs une fonction judiciaire de haut rang, servant de tribunal pour les causes majeures, notamment celles impliquant la personne du souverain ou de puissants magnats[2].

Angleterre normande

À la suite de la conquête normande de l’Angleterre en 1066, Guillaume le Conquérant (règne 1066‑1087) maintient la pratique consistant à réunir des assemblées de grands seigneurs. Ces dernières ont pour fonction d’examiner les affaires du royaume, de statuer lors de procès de haute importance et d’élaborer la législation. Celle‑ci revêt toutefois, sous son règne, la forme d’ordonnances particulières – les brefs – plutôt que de codes juridiques exhaustifs. L’appellation magnum concilium (grand conseil) désigne ces rassemblements[3]. Bien que le souverain s’entoure d’un cercle restreint de conseillers, leurs avis, émis dans un cadre privé, ne sauraient tenir lieu de consensus général. Une dépendance excessive à leur égard est d’ailleurs susceptible d’engendrer des tensions politiques. Le recours au magnum concilium s’avère donc une pratique privilégiée, car elle présente plusieurs avantages : elle limite les risques politiques pour la couronne, permet une répartition plus large des responsabilités et associe un nombre plus important de prélats et de magnats aux décisions fondamentales du royaume[4].

Sous les règnes des souverains anglo-normands, le conseil royal se compose des principaux tenanciers en chef du royaume. La convocation des hauts dignitaires — prélats, mitrés, comtes et barons — s'effectue par voie de bref individuel[5]. En revanche, les vassaux de rang inférieur, d'une importance politique plus ténue, sont ponctuellement sollicités par l'entremise des vicomtes locaux. Le paysage politique de l'ère post-conquête est régi par une oligarchie restreinte. Outre le monarque, l'autorité réside entre les mains d'environ deux cents laïcs opulents. Cette caste cohabite avec le haut clergé, dont les membres siègent en qualité de magnats temporels. L'assise foncière de l'institution ecclésiastique est alors prépondérante. Les registres du Domesday Book attestent qu'en 1066, l'Église d'Angleterre exerce sa souveraineté sur une portion congrue du territoire, estimée entre 25 % et 33 % de la superficie totale des terres[6].

Plantagenêt Angleterre

Traditionnellement, le Grand Conseil n'intervenait pas dans la levée des impôts. Les finances royales provenaient des revenus fonciers, des aides et redevances féodales, ainsi que des profits de la justice royale. Cette situation changea vers la fin du règne d'Henri II (1154-1189) en raison de la nécessité de financer la Troisième Croisade, la rançon de Richard Ier et les guerres franco-britanniques qui opposèrent les dynasties Plantagenêt et Capétienne. En 1188, Henri II obtint l'accord du Conseil pour lever la dîme Saladin. Dès lors, la pratique consistant à obtenir le consentement des magnats réunis en Conseil pour toute taxation fut adoptée. De ce fait, le Conseil acquit un rôle plus représentatif, puisqu'il consentait en réalité au nom des contribuables du royaume. Parallèlement, ces pressions financières engendrèrent de nouvelles tensions politiques entre la baronnie et la Couronne. [7]

Jean sans Terre s’attire l’hostilité de l’aristocratie anglaise par une administration judiciaire perçue comme partiale, par l’accroissement démesuré des exigences financières de la Couronne et par l’exploitation abusive des droits régaliens et des aides féodales. En juin 1215, une coalition de barons lui impose la confirmation solennelle d’une charte de libertés, s’inscrivant dans la tradition des engagements précédemment consentis par la monarchie anglaise[8]. Ce document, désigné sous l’appellation latine de Magna Carta (Grande Charte), consacre plusieurs principes fondateurs, dont trois particulièrement structurants pour l’évolution ultérieure des institutions parlementaires en Angleterre[9] :

  1. Le roi était soumis à la loi.
  2. Le roi ne pouvait légiférer et lever des impôts (à l'exception des droits féodaux coutumiers) qu'avec le consentement de la « communauté du royaume ».
  3. Que l'obéissance due par les sujets au roi était conditionnelle et non absolue.

Nonobstant l'éviction des clauses relatives à l'absence de taxation « sans le conseil commun » lors des réitérations ultérieures de l'acte, la pratique politique entérine l'application effective de ce principe. La Magna Carta opère une mutation structurelle des rapports de force : l'obligation féodale de conseiller le monarque se transmue en une prérogative de consentement. Si les franchises et immunités consignées dans la charte bénéficient formellement à l’universalité des « hommes libres du royaume », l’exercice de cette représentativité demeure l’apanage exclusif de l’aristocratie baronniale siégeant au conseil[10].

Sous le règne d’Henri III, fils de Jean sans Terre, les assemblées du magnum concilium se voient progressivement désignées sous le terme de « parlement ». Ce vocable, issu du français ancien parlement, attesté dès la fin du XIe siècle avec le sens de délibération ou d’échange discursif, acquiert alors une acception institutionnelle précise[11]. L’institution parlementaire connaît ensuite une consolidation et un développement structurel durant le règne de son successeur, Édouard Ier.

Epoques Tudor et Stuart

 Sous le règne d’Henri VII, l’institution médiévale connue sous le nom de Magnum Concilium (Grand Conseil) est sollicitée à plusieurs reprises dans la décennie finale du XVᵉ siècle. Selon les travaux de référence, notamment The Oxford History of England, le souverain la convoque approximativement à six reprises durant cette période. Toutefois, cette pratique cesse progressivement après son règne[12], l’assemblée tombant définitivement en désuétude au cours du siècle suivant et n’étant plus convoquée par ses successeurs.

À l’automne 1640, le roi Charles Ier, confronté à la détérioration de la situation militaire dans le cadre des guerres des Évêques face aux Écossais et au récent échec du Court Parlement, convoque une assemblée exceptionnelle, le Magnum Concilium. Cette instance, qui n’avait plus été réunie depuis plusieurs générations, lui accorde une avance garantie de 200 000 livres sterling afin de solder la solde des troupes. Elle tente également, sans y parvenir, d’ouvrir des pourparlers avec les Écossais. Toutefois, elle décline toute reprise de ses prérogatives gouvernementales historiques et exhorte le souverain à convoquer un nouveau Parlement. Ce dernier corps, issu de cette convocation, jouera par la suite un rôle déterminant dans le déclenchement et le déroulement de la guerre civile anglaise. Après la Restauration de la monarchie en 1660, la dynastie des Stuart, de retour sur le trône, ne procède à aucune réactivation du Magnum Concilium. L’institution entre alors dans une obsolescence définitive et ne se réunit plus.

Proposition de relance

En 2008, Christopher Russell Bailey, détenteur de la pairie de Glanusk (cinquième du nom), émet la suggestion de réactiver le Magnum Concilium (Grand Conseil). Cette initiative s'inscrit dans un contexte de mutation institutionnelle profonde au Royaume-Uni. L'argumentation du baron repose sur la rupture constitutionnelle opérée par la Loi sur la Chambre des lords de 1999 (House of Lords Act 1999)[13].

Références

Related Articles

Wikiwand AI