Mwaneaba
bâtiment communautaire et sacré dans les îles Kiribati et aux Tuvalu
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Origine
Lorsqu'un groupe s'installe sur une île, une répartition des «terres» est effectuée. Le terme «terres» recouvre non seulement le foncier bâti ou agricole, mais aussi les zones de pêche. La construction d'une mwaneaba fait suite à cette répartition. Elle fait office de salle communautaire afin de débattre des sujets qui concernent l'ensemble des familles concernées[2].
Répartition
Il en existe plusieurs par ville ou village (en général autant que de communautés religieuses différentes). Leur taille dépend de la population qui y est rattachée[2].
Usages
Les règles qui y sont en vigueur sont contraignantes avec un positionnement précis des personnes à l'intérieur et avec des règles de comportement codifiées. Il s'agit d'un lieu de réunion, de danse, de fête, et parfois de repos et d'asile. Ceux qui n'ont pas de foyer peuvent y vivre. Le premier à décrire la mwaneaba dans une langue occidentale, qu'il écrit « maniap », selon la prononciation approximative de l'anglais, est Robert Louis Stevenson en 1888[3].
Toute la communauté est impliquée dans sa construction et chaque aspect de la mwaneaba a une fonction symbolique aussi bien que pratique[4].
Traditionnellement, certains rituels doivent être observés pendant la construction, comme l'abattage vers l'Est des cocotiers et pandanus qui sont employés. Cette direction est associée au dieu Tabakea qui a la faculté de se mouvoir à la fois dans le monde marin et sur la terre ferme[2].
Une fois construite, l'attribution des boti (espaces attribués aux descendants des ancêtres) répond à une organisation sociale spécifique. Leur nombre correspond au nombre d'ancêtres reconnus par la communauté. Les descendants masculins et féminins de chaque ancêtre ont droit à un boti. L'emplacement des boti est réparti sur le pourtour intérieur de la mwaneaba. Il est possible de siéger à plusieurs boti, si l'on peut prouver que l'on est descendant de plusieurs ancêtres. Les descendants héritent des prérogatives reconnues à leurs ancêtres et aussi des devoirs dont ils ont eu la charge. Afin de favoriser l'organisation des débats, ceux-ci obéissent à un rituel précis. Le centre de la mwaneaba, c'est-à-dire l'intérieur du périmètre défini par les piliers, est consacré traditionnellement aux activités en commun, par exemple, des présentations de récoltes, des danses, des jeux[2].
Le Parlement des Kiribati porte le nom de Maneaba ni Maungatabu (« Maneaba de la Montagne Sacrée »).
Caractéristiques
Des voyageurs comme le révérend Pogue, missionnaire de l'American Board of Commissioners for Foreign Missions en 1869, font le lien entre la présence de « grandes maisons » et la répartition des communautés dans les îles Gilbert. Une communauté correspond à un aono (district). La mwaneaba est ainsi la maison de la communauté d'un district[2]. Sa taille est donc représentative du nombre de membres de la communauté[2].
Augustin Kraemer fait en 1906 une description d'une mwaneaba de plus de 15 m de large observée à Buota en 1897[2]. Par ses observations et relevés de plans à Abemama, il met en exergue la place prépondérante du bâtiment dans l'espace communautaire, à la fois proche des logements des chefs et des sites de ressources, comme les cocoteraies et un piège à poissons[2].
Sauf exception, une mwaneaba est construite parallèlement au rivage[2].
Elle est constituée d'une structure imposante en général rectangulaire et ouverte sur les côtés. Elle est traditionnellement construite avec des dalles et des piliers de corail soutenant un immense toit formé de bois de cocotier. Compte tenu de la taille de l'édifice, de nombreuses poutres constituant la charpente ne sont pas d'un seul tenant. L'assemblage des extrémités des troncs est assuré par des découpes permettant à la fois un emboîtement et la pose de chevilles, la rigidité de l'ensemble étant assurée par des enroulements de cordes de fibre de coco. La charpente est soutenue depuis l'intérieur par plusieurs contreforts verticaux en bois qui lui sont reliés par des enroulements de cordes[2].
Le toit est constitué de tuiles réalisées à partir de feuilles de pandanus agrafées sur un treillis en bois fixé sur la charpente. L'étanchéité du faîtage est assurée par des nattes de feuilles de cocotiers. Le toit est ensuite couvert de feuilles de cocotier brutes qui sont enfin égalisées en partie basse[2]. Il peut descendre jusqu'à 1,20 m du sol ; on ne peut donc y pénétrer qu'en se baissant[4].
Le sol est recouvert de nattes de feuilles de cocotier sur lesquelles sont parfois ajoutées des nattes de feuilles de pandanus. Le tressage des folioles de cocotier se fait en veillant à ce qu'elles soient solidaires de la nervure, de manière que la natte puisse être transportée avec un bâton de bois[2].
Représentations emblématiques
Une maneapa figure sur les armoiries des Tuvalu.
Galerie
- Mwaneaba à Teraina, Kiribati.
- Intérieur d'une mwaneaba de construction moderne à Betio, Kiribati.
- Une mwaneaba transformée en centre de convalescence, KIribati.
- Armoiries des Tuvalu.