Marque d'imprimeur
symbole utilisé comme marque de commerce par les imprimeurs
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La marque d’imprimeur, ou marque typographique, est un motif, un élément graphique, un ornement, des armoiries ou un emblème, réalisés sous forme de gravure, communément utilisée par un imprimeur ou un éditeur, que l’on retrouve en dernière ou première page des documents qu’il composait[1].

La marque d’imprimeur ne doit pas être confondue avec une illustration qui fait référence au contenu du document. Elle ne doit pas non plus être confondue avec la marque d’auteur, similaire, mais qui ne représente pas l’imprimeur[2].
Histoire
La marque typographique apparait en Europe durant la seconde moitié du XVe siècle. Son invention est étroitement liée à l’arrivée de l’imprimerie en Europe. La marque d’imprimeur était généralement gravée sur bois en taille d’épargne. La gravure sur bois sera remplacée par la gravure sur cuivre. La gravure permettait d’appliquer la marque sur les documents. Dans un premier temps, les marques étaient associées aux marques de marchands, donc de simples sigles, lettres ou symboles, utilisés pour identifier l’origine de provenance des ouvrages. Leur utilisation évolue ensuite davantage vers une dimension commerciale et publicitaire[3]. L’utilisation des marques n’était pas obligatoire, leur constitution est variable et pouvait être redéfinie à volonté[4]. Elle symbolise le travail d’un éditeur, sert de garantie de la fiabilité de la copie tout en attirant l’attention sur les particularités typographiques, ainsi que les techniques d’imprimerie. Cependant, il n’est pas toujours possible de faire une distinction claire entre ces différentes fonctions[5].

Les premières marques typographiques sont ajoutées à la fin du livre, près du colophon, endroit où sont inscrites les informations du document à cette époque. À partir du XVIe siècle, la marque typographique apparait dorénavant en première page, faisant office de page de titre du livre. La page de titre émerge donc en raison des marques typographiques[7]. À la fin du XVIe siècle, la gravure sur cuivre remplace progressivement la gravure sur bois. Cette innovation technique provoque des changements dans la conception des pages titres. Pour des raisons pratiques, leur réalisation entière sera désormais de plus en plus attribuée à des artistes, et non plus a l'imprimeur, qui naturellement sont portés à réaliser des illustrations qui sont liées au contenu du livre. Au fil du temps, l’illustration gagne en importance jusqu’à prendre l’entier espace de la page avec le titre, remplaçant alors la marque d’imprimeur[8].
La marque typographique partage de fortes similarités avec le concept d’emblème, au sens de blason et d’armoiries. Plusieurs marques ont été accompagnées de motto, de devise, qui servent à représenter les valeurs fondamentales de l’individu ou du groupe qui y sont associées[9].
Dans les premières décennies du XVIe siècle, les imprimeurs en Europe étaient fortement influencés par les idées humanistes, puis restaient, en général, très informés de la scène de l’imprimerie. André Alciat, un écrivain italien humaniste, était très proche du milieu de l’imprimerie. Son livre Emblemata, associé au genre de l’épigramme qui reprend des classiques grecs et leur offre des représentations imagées, a servi d’influence pour de nombreuses marques typographiques utilisées par les imprimeurs[10]. L’un des éléments qui expliquent cette relation était la valorisation du concept grec du travail, partagé par Homère, qui dit que, lorsque l’on travaille suffisamment dur, l’homme devient plus apprécié des dieux[11]. Par exemple, l’imprimeur français Macé Bonhomme a utilisé la devise « Du labeur la vie » (ἐκ πόνου ὁ βίος), sur sa marque. Il l’a ensuite transformé en « Du labeur la gloire » (ἐκ πόνου ὁ κλέος), qui fait ainsi allusion au mythe d’Héraclès[2].

Plusieurs imprimeurs recopiaient frauduleusement la marque d’imprimeur d’un autre imprimeur célèbre afin d’augmenter considérablement leurs réputations sans réel effort. La marque d’imprimeur « l’Ancre d'Aldo Manuzio », qui représente les presses aldines à Venise, qui était reconnue comme étant un exemple en termes de haute qualité, a été recopiée à de nombreuses reprises par plusieurs opportunistes[12].
Les marques d’imprimeur au XXe siècle
Le mouvement artistique American Craftsman, qui émerge du Arts and Crafts mouvement au XXe siècle, remet de l’avant l’utilisation de plusieurs marques d’imprimeurs qui datent du XVe et XVIe siècle. Ce mouvement, très populaire entre 1910 et 1925, remettait de l’avant l’importance de l’artisanat fait main, en opposition à l’ère industrielle déshumanisante. Les bibliothèques américaines de l’époque ont été engagées dans la représentation de ce mouvement. Afin de revitaliser leurs espaces, elles ont inclus des marques d’imprimeur dans leur décoration. Ces marques d’imprimeur y sont incluses sous forme de dessins muraux, de vitrail coloré ou encore de gravures sur les murs[13].
On retrouve notamment dans la Joe and Rika Mansueto Library, de l’université de Chicago, un vitrail qui représente la marque de Luca-Antonio Giunta de Venise. La marque de William Caxton en vitrail à la Folger Shakespeare Library. Ou encore la marque de Jean Crespin de Genève en vitrail dans la Frederik Ferris Thompson Memorial Library[14].
- Marque de Georgio Rusconi Mediolanensis en page titre de la Polyanthea (Venise, 1507).
- Marque de l'imprimeur et ami d'Erasme, Johann Froben.
- Marque d'Hugues de La Porte, 1541.