Ours lippu
espèce de mammifères
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Melursus ursinus · Mélours
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VU A2cd+4cd; C1 : Vulnérable
Statut CITES
Statut CITES
Répartition géographique
- Ancienne
- Actuelle
- Bradypus ursinus (G. K. Shaw, 1791) (Protonyme)
- Bradypus pentadactylus (Kerr, 1792)
- Melursus lybius F. A. A. Meyer, 1793
- Arceus niger (Goldfuss, 1809)
- Ursus labiatus (de Blainville, 1817)
- Prochilus ursinus (Hemprich, 1820)
- Ursus longirostris (Tiedemann, 1820)
- Prochilus labiatus (Lesson, 1842)
- Melursus inornatus Pucheran, 1855
- Ursus inornatus (J. E. Gray, 1865)
- Melursus lybicus Day, 1863
- Melursus labiatus J. E. Gray, 1865
- Melursus ursinus J. A. Allen, 1895
- Melursus ursinus inornatus Wozencraft, 2005
- Melursus ursinus ursinus Wozencraft, 2005
- Ursus ursinus (O'Brien, Menninger & W. G. Nash, 2006)
L’Ours lippu (Melursus ursinus), est une espèce de mammifère de l’ordre des Carnivora de la famille des ursidés. Il s’agit de la seule espèce d’ours du genre Mélours (Melursus, signifiant « Ours à miel »). Cet ours au régime alimentaire frugivore mais surtout myrmécophage est originaire du sous-continent indien. Il est classé comme espèce vulnérable sur la Liste rouge de l'UICN, principalement en raison de la régression et de la dégradation de son habitat[1]. Il tire son nom d’ « ours lippu » de par sa longue lèvre inférieure et de son palais allongé, utilisés pour aspirer les insectes[2]. Il possède un pelage long et hirsute, formant notamment une sorte de crinière autour de la face, ainsi que de longues griffes en forme de faucille, des caractéristiques le rapprochant d’autres mammifères insectivores. Il a également un physique plus athlétique que les ours du genre Ursus comme l’ours brun ou l’ours-lune, duquel il a divergé au cours du Pléistocène.
Le mélours se reproduit au printemps et au début de l’été, et met bas au début de l’hiver. D’un tempérament territorial, il peut se montrer très féroce et lui arriver d’attaquer l’Homme, mais historiquement, les humains ont fortement réduit son habitat et diminué leurs populations du mélours en les chassant pour leur viande et pour des produits tels que leur griffes ou leur baculum. Par le passé, ils ont été apprivoisés et utilisés comme animaux de cirque ou de compagnie où ils étaient désignés sous le nom d’« Ours jongleur »[3].
Dénominations
- Nom scientifique valide : Melursus ursinus (Shaw, 1791)[4] ;
- Nom normalisé anglais : Sloth bear ;
- Noms typiques en français : Ours lippu ;
- Noms vulgaires : Ours à Miel, Mélours[5] ou Mélurse (vieilli)[6], Mélurse ourson (désuet)[6], Ours à longues lèvres ou Ours aux longues lèvres, Prochille lippu, Ours paresseux[7], Paresseux à cinq doigts (erroné)[8] ;
- Noms vernaculaires : Jongleur, Ours jongleur (désuet)[6], Ours du Bengale [5].
Les dénominations locales pour cette espèce sont :
- assamais : ভালুক, bhaluk
- gujarati : રીંછ, rīn̄ch; also rinchh[9]
- hindi : भालू, bhālū; hindi : रीछ[9]
- odia : ଭାଲୁ, bhālu
- bengali : শ্লথ ভালুক, ślath bhaluk; kālō bhāluk; also bhaluk[9]
- sanskrit : ऋक्ष, ṛkṣa; also rikspa[9]
- kannada : ಕರಡಿ, karaḍi; kaddi[9]
- tamoul : கரடி, karaṭi; kaddi[9]
- malayalam : കരടി, karaṭi[9]
- télougou : ఎలుగుబంటి, elugubaṇṭi; also elugu[9]
- marathi : अस्वल, asval; also aswal[9]
- Gond: yerid, yedjal and asol[9]
- Kol: bana[9]
- Oraon: bir mendi[9]
- singhalais : වලසා, valasā; also usa[9]
- népalais : भालु, bhālu
- pendjabi : ਰਿੱਛ, richh
Taxonomie

La première mention de l’espèce fut par George Shaw en 1791 sous le nom de Bradypus ursinus en 1791. La localité type est « Abinteriore Bengala » (Patna, north of the Ganges, Bengal, India (Pocock, 1941)). Ici, le nom Bradypus fait référence à un genre de Paresseux. Cette taxonomie fut utilisée par la plupart des biologistes français sous le nom de « Paresseux à cinq doigts », une incohérence systématique qui fut rapidement relevée par Meyer le renommant Melursus lybius, 1793 d’où le nom de « Mélours ». En raison de ses longues lèvres allongées, il aura les noms Prochylus par Ilger d’où le nom de « Prochile » et enfin « Ursus labiatis » par de Blainville en 1817, d’où le nom d’« ours à longues lèvres »[8],[10].
Évolution
Les mélours, dont l’espèce de l’ours lippu, auraient atteint leur forme actuelle au début du Pléistocène, époque durant laquelle les différents ursidés se seraient spécialisée et dispersée. Un fragment fossilisé d’humérus datant du Pléistocène, découvert dans le bassin de Kurnool en Andhra Pradesh, est identique à celui d’un ours lippu moderne. Les crânes fossilisés d’un ours autrefois nommé Melursus theobaldi, trouvés dans les Shivaliks et datés du début du Pléistocène ou du début du Pliocène, sont considérés par certains auteurs comme représentant un stade intermédiaire entre l’ours lippu et l’ancêtre de l’ours brun. M. theobaldi avait des dents de taille intermédiaire entre celles de l’ours lippu et celles des autres espèces d’ours, bien que son palais fût de taille comparable à celui de l’espèce actuelle, ce qui a conduit à l’hypothèse qu’il serait l’ancêtre direct de l’ours lippu. Les ours lippus seraient probablement apparus au milieu du Pliocène et auraient évolué dans le sous-continent indien. L’ours lippu montre des signes de convergence évolutive similaires à ceux d’autres mammifères myrmécophages[11].
Sous-espèces
| Nom | Description | Répartition |
|---|---|---|
| Ours lippu de l’Inde[12] (M. u. ursinus) (Shaw, 1791) (Espèce-type) |
Cette sous-espèce possède un large crâne d’une longueur d’environ 290 mm chez les femelles et 310 mm chez les mâles[13]. | L’ours lippu est l’espèce d’ours la plus répandue en Inde, où il fréquente principalement les zones boisées et les collines basses bordant l’extrémité de la chaîne de l’Himalaya depuis le Pendjab jusqu’à l’Arunachal Pradesh. Il est absent des hautes montagnes de l’Himachal Pradesh et du Jammu-et-Cachemire, des déserts du nord-ouest du Rajasthan, ainsi que d’une large zone non boisée au sud, où se trouve le sanctuaire de Mount Abu[14]. Il est présent dans des aires protégées telles que les sanctuaires de Shoolpaneshwar (en), Ratanmahal (en), Jessore[3], ainsi que dans le Balaram Ambaji (en)[15], [16]. |
| M. u. inornatus Pucheran, 1855 |
Cette sous-espèce du Sri Lanka est plus petite que la sous-espèce type et possède un crâne plus court, avec une longueur d’environ 250 mm chez les femelles et 264 mm chez les mâles[18]. Il possède une fourrure beaucoup plus courte et manque parfois de la marque pectorale blanche caractéristique[11]. | Au tournant du siècle, cette sous-espèce était présent dans toute l’île. Mais en raison de la conversion à grande échelle des forêts présentes en altitude en plantations de thé et de café, il est aujourd’hui restreint dans les basses terres du nord et de l’est[19]. |
Description
Les ours lippus sont généralement de taille comparable à un ours noir d’Asie, mais se distinguent par leur pelage plus hirsute, leurs griffes blanchâtres et leur morphologie plus élancée. Leur tête et leur museau sont très distincts de ceux des ours noirs, avec un crâne plus long et étroit, des lèvres lâches et tombantes, et une couleur de museau plus claire. Dans les zones de recouvrement, la confusion avec les ours malais est peu probable, ces derniers étant beaucoup plus petits, au pelage très court, à la peau plissée, avec une marque pectorale plus prononcée et une tête plus compacte[20],[21].
Dimensions et poids
Les ours lippus adultes sont des ursidés de taille moyenne : ils mesurent 60 à 92 cm au garrot et ont une longueur corporelle de 1,4 à 1,9 m[22],[23],[24],[25],[20]. Les femelles, en plus d’être plus petites que les mâles, ont généralement plus de fourrure entre les épaules[26].
Le poids typique des mâles varie de 80 à 145 kg, celui des femelles est de 55 à 105 kg . Il existe toutefois des exceptions chez de grands individus , les plus grandes femelles peuvent atteindre 124 kg tandis que les plus gros mâles atteignent les 192 kg[27],[28],[29]. Le poids moyen des ours lippus de la sous-espèce nominale au Népal était de 95 kg pour les femelles et 114 kg pour les mâles[30]. Chez les individus de la même sous-espèce en Inde pesaient en moyenne 93,2 kg pour les mâles et 83,3 kg pour les femelles[31]. Les spécimens de la sous-espèce du Sri Lanka (M. u. inornatus) peuvent peser jusqu’à 68,2 kg pour les femelles et 104,5 kg pour les mâles[32]. Cependant, six mâles sri-lankais ont pesé en moyenne 74,8 kg, et quatre femelles 57,5 kg, ce qui montre que les mélours sri-lankais sont environ 30 % plus légers que la sous-espèce nominale et présentent un dimorphisme sexuel plus marqué[32],[33].
Physionomie
Tête
Le museau de l’ours lippu est long et épais, avec une mâchoire petite et une truffe bombée aux larges narines. Les lèvres inférieures sont longues et peuvent se tendre sur le bord externes de la truffe. L’absence d’incisives supérieures leur permet d’aspirer un grand nombre d’insectes. Les prémolaires et molaires sont plus petites que chez les autres ours, car ils mastiquent moins de végétation. Chez les adultes, les dents sont souvent en mauvais état, en raison de la terre ingérée lors de la capture des insectes[22]. L’arrière du palais est long et large, comme chez les autres mammifères myrmécophages[11]. Les oreilles sont très grandes et tombantes ; l’ours lippu est le seul ours à avoir des poils longs sur ces dernières[34].
- Face
- Museau
- Le crâne
Pattes
Les pattes sont disproportionnées, avec de longues griffes émoussées en forme de faucille, mesurant 4 cm. Les coussinets des doigts sont reliés par une membrane sans poils. La queue, la plus longue chez les ursidés, peut mesurer 15 à 18 cm[22]. Les pattes postérieures sont relativement faibles mais articulées au niveau des genoux, leur permettant d’adopter presque toutes les positions[26].
Corps et pelage
La fourrure est de couleur noire, ou bien roussâtre chez certains individus, d’une teinte majoritairement unie sur l’ensemble de la surface du corps, à l’exception du poitrail possédant une marque blanche en forme de Y ou de V[22]. Cette marque est parfois absente, notamment chez les individus sri-lankais[11]. Cette caractéristique, également présente chez les ours noirs d’Asie et les ours malais, servirait de signal de menace, toutes trois espèces étant sympatriques avec le tigre[11]. Le pelage est long, hirsute et désordonné, même dans l’environnement relativement chaud où vit l’espèce, cette fourrure est particulièrement dense derrière le cou et entre les épaules, formant une sorte de crinière pouvant atteindre 30 cm de longueur[11],[22]. Le ventre et l’intérieur des pattes peuvent être presque dépourvus de poils.
- Marque sur le corps
- Debout contre un arbre
- De profil
Répartition et habitat

L’aire de répartition mondiale de l’ours lippu comprend l’Inde, le Terai du Népal, les zones tempérées du Bhoutan ainsi que le Sri Lanka. Il occupe une grande variété d’habitats, notamment les forêts tropicales humides et sèches, les savanes, les broussailles et les prairies situées en dessous de 1 500 m d’altitude sur le sous-continent indien, et en dessous de 300 m dans les forêts sèches du Sri Lanka. L’espèce est considérée comme éteinte à l’échelle régionale au Bangladesh[35].
Comportement et écologie
Activité et locomotion
Les ours lippus adultes peuvent se déplacer par paires. Les mâles sont souvent observés comme étant doux avec les oursons. Ils peuvent se battre pour de la nourriture. Ils marchent d’un pas lent et chaloupé, posant les pieds avec un bruit de claquement. Ils sont capables de courir plus vite qu’un Homme à la course[36],[37], Bien qu’ils paraissent lents et maladroits, les ours lippus, jeunes comme adultes, sont d’excellents grimpeurs[38]. Ils grimpent parfois pour se nourrir ou se reposer, mais pas pour échapper à des prédateurs ou concurrents, car ils préfèrent tenir leur position lors d’éventuelles confrontations. Comme principal moyen de défense contre les attaques de prédateurs, les mères préfèrent porter leurs oursons dans les arbres plutôt que de les envoyer grimper seules. Les oursons peuvent être menacés par des prédateurs tels que le tigre, le léopard et d’autres ours[39]. Ils grimpent convenablement aux arbres les plus accessibles mais ne grimpent ni aussi vite ni sur autant de surfaces que les ours noirs, en raison de la forme plus allongée de leurs griffes. Étant donné leur plus petite taille et leurs griffes encore plus courtes, les oursons, à l’instar d’autres espèces d’ours comme l’ours brun, grimpent probablement mieux que les adultes[22]. Ils sont bons nageurs et entrent principalement dans l’eau pour jouer[22].
Pour marquer leur territoire, les ours lippus griffent les arbres avec leurs pattes antérieures et s’y frottent les flancs[36]. Ils produisent plusieurs sons et vocalisations. Des hurlements, piaillements, aboiements et appels en trompette sont émis lors de rencontres agressives, tandis que le soufflement sert de signal d’avertissement. Ils sont émis lorsqu’ils sont dérangés. Les femelles restent en contact avec leurs petits par un grognement-ronflement tandis que les oursons poussent des cris plaintifs lorsqu’ils sont séparés[40].


Reproduction


La saison de reproduction des ours lippus varie selon les régions : en Inde, ils s’accouplent en avril, mai et juin et mettent bas en décembre et début janvier, tandis qu’au Sri Lanka la reproduction peut avoir lieu toute l’année. Les femelles gestent environ 210 jours et mettent généralement bas dans des cavités ou sous des blocs rocheux. Les portées comptent habituellement un ou deux petits, rarement trois[36]. Les oursons naissent aveugles et ouvrent les yeux après quatre semaines[9]. Ils se développent rapidement comparativement à ceux de la plupart des autres espèces d’ours : ils commencent à marcher environ un mois après la naissance, deviennent indépendants entre 24 et 36 mois et atteignent la maturité sexuelle vers l’âge de trois ans. Les jeunes montent sur le dos de leur mère lorsqu’elle marche, court ou grimpe jusqu’à atteindre environ un tiers de sa taille. Les positions individuelles sont maintenues par les oursons par des combats entre eux. Les intervalles entre deux portées peuvent durer deux à trois ans[36].
Régime alimentaire
L’ours lippu est un spécialiste dans la chasse aux termites, fourmis et autres abeilles, qu’il localise grâce à son odorat[36],[41]. Lorsqu’il s’approche d’un monticule, il gratte la structure avec ses griffes jusqu’à atteindre les larges rayons au fond des galeries, et disperse la terre par de violents souffles. Les termites sont ensuite aspirés par le museau, produisant un bruit d’aspiration audible à 180 m[9]. Leur odorat est suffisamment puissant pour détecter des larves à environ 0,9 m sous la surface. Contrairement à d’autres ours, ils ne se rassemblent pas en groupes pour se nourrir[36]. Le mélours complète parfois son alimentation par des fruits, des matières végétales, mais aussi de la chair d’autres animaux[42], comme des carcasses et, très rarement, d’autres mammifères. En mars et avril, il consomme les pétales tombés des arbres de l’espèce Madhuca longifolia et apprécie particulièrement les mangues, le maïs, la canne à sucre, le jacquier et les gousses du cassier[41]. Comme son nom l’indique, le mélours est extrêmement friands de miel[9]. Lorsqu’elle nourrit leurs petits, la femelle régurgite un mélange de jacquier à moitié digéré, de pommes de pins (Aegle marmelos) et de morceaux de rayon de miel. Cette substance collante durcit en une masse circulaire jaune foncé, semblable à un pain, qui est donnée aux oursons. Ce « pain d’ours » est considéré comme un mets particulièrement délicat par certains habitants de l’Inde[43]. Plus rarement, les ours lippus peuvent devenir dépendants des sucreries issues des déchets des hôtels, en farfouillant dans les ordures, y compris dans les zones largement peuplées, et ce, tout au long de l’année[44].
Impact écologique
Au sanctuaire de Neyyar (Kerala), les graines de six espèces d’arbres ingérées puis excrétées par les ours lippus (Artocarpus hirsuta, A. integrifolia, Cassia fistula, Mangifera indica, Zizyphus oenoplina) n’ont pas montré de différence significative de pourcentage de germination (apparition des cotylédons) par rapport aux graines non passées par le système digestif des ursidés[45]. Toutefois, pour trois espèces (Artocarpus hirsuta, Cassia fistula et Zizyphus oenoplina), la germination était beaucoup plus rapide après passage dans le corps de l’animal. Cette expérience suggère que les ours lippus jouent un rôle important dans la dispersion des graines et la germination, avec des effets variables selon les différentes essences d’arbres[45].
Relations avec d’autres animaux
Confrontation avec le tigre
La grande taille des canines de l’ours lippu, proportionnellement à son corps et comparée à celles d’autres ours, ainsi que son comportement agressif, pourraient constituer une défense face à de grands animaux dangereux comme le tigre, l’éléphant et le rhinocéros, ainsi qu’à des espèces préhistoriques telles que Megantereon[46].
Les tigres du Bengale s’attaquent parfois aux ours lippus. Bien que ces grands fauves laissent généralement une large marge aux ursidés, certains individus deviennent d’habiles tueurs d’ours[47], et il n’est pas rare de trouver des poils d’ours lippu dans les excréments de tigre[48]. Les tigres chassent habituellement l’ours lippu en les attendant près des termitières, puis en s’approchant par-derrière et en les saisissant par la nuque pour les plaquer au sol sous leur poids[49]. Il a été rapporté le cas d’un tigre ayant brisé la colonne vertébrale de sa victime d’un coup de patte, puis ayant attendu que le mélours paralysé s’épuise avant d’achever la mise à mort[47]. Face à un tigre en confrontation directe, les ours lippus chargent en poussant de grands hurlements. Un tigre jeune ou rassasié se retire généralement devant un ours lippu affirmé, les griffes du mélours pouvant infliger de graves blessures ; la plupart des tigres interrompent la chasse si l’ursidé remarque leur présence avant l’attaque[49]. Les ours lippus peuvent venir charogner les proies des tigres[50]. Comme les tigres imitent les appels du sambar pour les attirer, les ours lippus réagissent avec crainte même aux sons produits par les cerfs[49]. En 2011, une femelle avec des petits a été observée se défendre vaillamment lors de confrontations successives contre un couple de tigres, la petite famille réussit à s’en sortir[51].
Avec les autres animaux
En dehors des tigres, peu de prédateurs s’attaquent aux ours lippus. Les léopards peuvent représenter une menace car ils peuvent suivre les mélours dans les arbres[29]. S’il est supposé que les ourson puisse représenter une proie potentielle pour les léopards, les adultes sont généralement peu déranger par le fauve, toutefois des exceptions existent : un léopard a tué une femelle presque adulte au terme d’un long combat qui s’est achevé dans des arbres. Mais autre mélours aurait tué un léopard dans le parc national de Yala au Sri Lanka, mais aurait été grièvement blessé puis abattu par les gardes[52],[53]. Les ours lippus chassent parfois les léopards de leurs proies[36] .
Les meutes de dhole peuvent s’en prendre aux ours lippus[54] : lorsqu’ils attaquent, les canidés tentent d’empêcher leur proie de se réfugier dans des cavités[55]. Contrairement aux tigres qui s’attaquent aux ursidés quelle que soit leur taille, il existe peu de preuves que les dholes menacent directement les individus adultes, sauf dans des cas exceptionnellement rares[20],[56]. Dans un cas, un chacal doré, une espèce beaucoup plus petite et moins puissante que l’ours lippu, a montré un comportement très agressif envers un ours adulte, lequel s’en est allé sans riposter, indiquant que l’ours lippu ne considère pas nécessairement les autres carnivores comme des concurrents[29].
Les ours lippus sont sympatriques de l’ours noir d’Asie dans le nord de l’Inde, et ces deux espèces, avec l’ours malais, coexistent dans certains parcs nationaux et sanctuaires. Elles se rencontrent notamment dans les états d’Assam, Manipur et Mizoram, dans les collines au sud du Brahmapoutre, qui sont les seuls endroits occupés par les trois espèces. Ces dernières n’adoptent pas de comportements agressifs les unes envers les autres, sans doute parce qu’elles diffèrent par leurs habitudes et préférences alimentaires[29].
Les éléphants d’Asie semblent ne pas tolérer la présence du mélours à proximité. La raison en est inconnue, car certains éléphants ayant fait preuve de sang-froid face aux tigres ont été observés chargeant les ursidés[9]. Le rhinocéros indien manifeste une intolérance similaire et charge également les ours lippus[36].
Le mélours et l’Homme
Interactions et attaques

Les ours lippus comptent parmi les ursidés actuels les plus agressifs et, en raison des fortes densités humaines entourant souvent les réserves où ils vivent, des interactions tendues voire des attaques sur des personnes sont une chose relativement fréquente, bien que dans certains endroits, elles semblent résulter de rencontres accidentelles[44]. En terme de chiffres, c’est l’espèce d’ursidé qui s’en prend le plus régulièrement à l’Homme. Seul l’ours noir de l’Himalaya peut s’avérer presque aussi dangereux[57],[58]. Les ours lippus considèrent probablement les humains comme des prédateurs potentiels, car leurs réactions, à savoir des hurlements, suivis d’une fuite ou d’une charge, sont similaires à celles observées en présence de tigres et de léopards[11]. Leurs longues griffes, parfaitement adaptées pour détruire les termitières, rendent les adultes moins capables de grimper aux arbres pour échapper au danger, contrairement à d’autres ursidés comme l’ours noir d’Asie. Ainsi, l’ours lippu semble avoir évolué pour faire face aux menaces en adoptant ce comportement agressif. Pour la même raison, l’ours brun peut présenter des réactions similaires, ce qui expliquerait l’incidence relativement élevée d’agressions apparemment non prédatrices envers les humains chez ces deux espèces[59].
Selon Robert Armitage Sterndale (en), dans son Mammalia of India (1884, p. 62)[Note 1]:
« [L’ours lippu] est aussi plus enclin à attaquer l’homme sans provocation que presque tout autre animal, et les victimes qu’il fait sont malheureusement très nombreuses, le blessé étant souvent horriblement défiguré même s’il n’est pas tué, car l’ours frappe la tête et le visage. [William Thomas] Blanford estimait que les ours étaient plus dangereux que les tigres… »
Le capitaine Williamson, dans son Oriental Field Sports, écrit que les ours lippus tuaient rarement leurs victimes humaines sur le coup, mais suçaient et mâchaient leurs membres jusqu’à les réduire en pulpe sanglante[60]. Un individu, connu sous le nom de Sloth bear of Mysore (en), fut responsable de la mort de 12 personnes et de la mutilation de 24 autres. Il fut abattu par l’écrivain Kenneth Anderson (en)[61]. Bien que ces ursidés aient attaqué des humains, ils deviennent rarement des mangeurs d’hommes. Dans Wild Animals of Central India, Dunbar-Brander mentionne un cas où une femelle avec deux petits sema une terreur de six semaines dans le Chanda, au cours de laquelle plusieurs victimes furent partiellement consommées[62]. tandis que l’individu de Mysore dévora en partie au moins trois de ses victimes[61]. R. G. Burton déduisit de comparaisons statistiques que les ours lippus tuaient plus de personnes que les ours noirs d’Asie[62], et Theodore Roosevelt les considérait comme plus dangereux que les ours noirs d’Amérique[63]. Contrairement à certaines autres espèces d’ursidés, qui effectuent parfois des charges simulées sans contact, les ours lippus semblent souvent initier une attaque physique presque immédiatement. Dans les régions où la population locale était armée de fusils, on constata que c’était une défense inefficace : l’animal chargeait, renversait la personne, souvent en projetant le fusil au sol, avant qu’elle ne puisse se défendre[64],[65]. Dans le Madhya Pradesh, les attaques d’ours lippus causèrent la mort de 48 personnes et en blessèrent 686 autres entre 1989 et 1994, probablement en partie en raison de la forte densité humaine et de la compétition pour les ressources[66]. Un total de 137 attaques, dont 11 mortelles, furent enregistrées entre avril 1998 et décembre 2000 dans la North Bilaspur Forest Division du Chhattisgarh. La majorité furent commises par des individus solitaires, dans les potagers, les terres cultivés ou les forêts voisines durant la mousson[67].
Un certain M. Watts Jones écrivit un témoignage de son attaque par un ours lippu, dans lequel il décrit[Note 2] :
« Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé ensuite, pas plus que mon chasseur qui m’accompagnait ; mais je crois, d’après les traces dans la neige, que, dans son élan, l’ours m’a renversé en arrière, en fait, il m’a projeté trois ou quatre pieds plus loin. Quand j’ai repris mes esprits, le poids de l’ours était sur moi, et il était en train de me mordre la jambe. Il a mordu deux ou trois fois. J’ai senti la chair se broyer, mais je n’ai ressenti aucune douleur. C’était plutôt comme se faire arracher une dent sous gaz. Je n’ai éprouvé aucune terreur particulière, bien que je pensais que l’ours m’avait eu ; mais d’une manière un peu brumeuse je me demandais quand il allait me tuer, et je songeais à quel imbécile j’étais de me faire tuer par une bête stupide comme un ours. Le shikari est alors arrivé très bravement et a tiré un coup de feu sur l’ours, qui m’a lâché. J’ai senti le poids se lever, et je me suis relevé. Je ne pensais pas être très blessé. … La principale blessure était un lambeau de chair arraché à l’intérieur de ma cuisse gauche et laissé pendant. Elle était assez profonde, et je pouvais voir tous les muscles bouger en dessous quand je soulevais le lambeau pour nettoyer la plaie.[68]. »
En 2016, selon un responsable forestier, une femelle tua trois personnes et en blessa cinq autres dans le district de Banaskantha, près du Balaram Ambaji Wildlife Sanctuary (en) dans l’État du Gujarat. Une tentative pour la capturer échoua et coûta la vie à un agent, si bien qu’une équipe mêlant officiers et policiers finit par l’abattre[16].
Dans le district de Bellary (Karnataka), la plupart des attaques eurent lieu hors des forêts, lorsque les ours pénétraient dans les villages et terres agricoles en quête de nourriture et d’eau[69].
Dans la ville de Mount Abu, au sud du Rajasthan, des ours lippus attaquèrent des personnes à l’intérieur même des villages, où ils venaient chercher des ordures dans les poubelles, croisant parfois les habitants par hasard[44]. Bien que ces attaques aient augmenté avec l’activité touristique, les résidents locaux ne se sont pas vengés, ce qui s’expliquerait par les normes culturelles et religieuses hindoues, où la nature et les animaux sont vénérés.
Chasse
Une méthode de chasse consistait à utiliser des rabatteurs ; le chasseur, en poste, pouvait alors tirer sur l’animal à l’épaule ou sur la marque blanche de sa poitrine s’il avançait directement vers lui. Bien qu’un tireur expérimenté puisse l’abattre à quelques pas lors d’une charge, l’animal résistent bien aux tirs sur le corps et peuvent charger même blessé. Durant la saison humide, ils étaient faciles à traquer grâce à leurs empreintes claires menant directement à leurs tanières. Dans les régions montagneuses, deux techniques étaient utilisées : attendre au-dessus de la tanière à l’aube, ou les faire sortir en tirant des fusées éclairantes dans la grotte[70]. Les ours lippus étaient aussi parfois transpercés à cheval avec des lances[34]. Au Sri Lanka, le baculum du mélours était jadis utilisé comme talisman contre l’infertilité[26].
Apprivoisement

Les officiers de l’Inde britannique gardaient souvent des ours lippus comme animaux de compagnie[9]. L’épouse de Kenneth Anderson recueillit même un ourson orphelin de Mysore, qu’elle nomma « Bruno », et qu’elle nourrit de divers aliments ; il se montra très affectueux et apprit plusieurs tours.
Les montreurs d’ours étaient historiquement une attraction populaire en Inde, depuis le XIIIᵉ siècle et avant l’ère moghole. Les Qalandars, qui capturaient les ours lippus pour ces spectacles, étaient parfois employés dans les cours mogholes[9]. Ils étaient auparavant courants dans les rues de Calcutta, où ils effrayaient souvent les chevaux des officiers britanniques[9].
Bien que la pratique soit interdite depuis 1972, jusqu’à 800 « ours jongleurs » étaient encore présents dans les rues indiennes à la fin du XXᵉ siècle, notamment entre Delhi, Agra et Jaipur. Les oursons, généralement achetés à l’âge de six mois, étaient dressés par stimulation coercitive et privation alimentaire. Les mâles étaient castrés tôt, leurs dents arrachées vers un an, et un anneau nasal relié à une longe de 1,20 m leur était fixé. Certains devenaient aveugles par malnutrition[71].
En 2009, à la suite d’une campagne de sept ans menée par des organisations indiennes et internationales de protection animale, le dernier ours jongleur fut libéré[72]. Cette campagne comprenait l’aide à la reconversion professionnelle et scolaire des dresseurs, afin qu’ils ne dépendent plus des revenus liés aux ours danseurs[73].
Statut et conservation
L’ours lippu est inscrit à l’annexe I de la Wildlife Protection Act (en) de 1972 en Inde, qui lui assure une protection légale. Le commerce international de l’espèce, y compris des parties du corps de l’animal ou autre, est interdit car le mélours figure à l’annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces menacées[74].
On estime que moins de 20 000 ours lippus survivent sur le sous-continent indien et au Sri Lanka. Pour réduire les conflits entre Hommes et ursidés, il est possible de sensibiliser les populations, en particulier les communautés locales, à l’éthique de la conservation. Pour résoudre ce conflit, le problème de base est la dégradation des environnements naturels, qui entraîne ces confrontations indésirables avec l’animal ; des améliorations via des programmes de reforestation gouvernementaux ou communautaires peuvent être encouragées[74].
Des ours lippus ont également été retrouvés morts dans des pièges, électrocutés ou tués par d’autres moyens par le braconnage, les différentes parties de leur corps, comme les canines les griffes ou encore la vésicule biliaire, étant généralement prélevées pour le commerce illégal d’espèces sauvages[75].
La population d’ursidés augmente lorsqu’ils vivent dans des réserves de grande importance qui protègent également des espèces telles que le tigre et l’éléphant. Une gestion directe de ces réserves peut contribuer à la conservation du mélours[76]. Une bonne gestion des déchets, en particulier des déchets alimentaires issus des infrastructures humaines comme les hôtels, est essentielle dans les situations où les ursidés prennent l’habitude d’entrer dans les villes, augmentant ainsi le nombre d’attaques accidentelles sur des personnes[44].
Le gouvernement de l’Inde a interdit l’utilisation d’ours lippus à des fins de divertissement, et un « Sloth Bear Welfare Project » vise à mettre fin à cette pratique. Cependant, leur nombre dans ces activités reste important. Plusieurs organisations participent à la conservation et à la préservation des ours lippus dans des lieux sûrs. Les ours anciennement utilisés comme animaux de spectacle sont réhabilités dans des structures telles que l’Agra Bear Rescue Facility (en) gérée par la Wildlife SOS (en) entre autres[77].
Les principaux sanctuaires pour l’ours lippu en Inde incluent le Daroji Sloth Bear Sanctuary dans le Karnataka et le Jessore Sloth Bear Sanctuary (en) dans le Gujarat[78]. Une réserve de conservation du mélours est également proposée dans le district de Mirzapur dans l’Uttar Pradesh[79].
Dans la culture populaire
Charles Catton (en) inclut l’ours dans son ouvrage de 1788 Animals Drawn from Nature and Engraved in Aqua-tinta, le décrivant comme un « animal du genre des ours » et indiquant qu’il était correctement appelé le « Petre Bear »[80].
Dans Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling, Baloo « le vieux ours brun somnolent » enseigne la Loi de la jungle aux louveteaux de la meute de Seeonee, ainsi qu’à son élève le plus difficile, le « petit d’homme » Mowgli, est parfois considéré comme étant de l’espèce de l’ours lippu[81]. Robert Armitage Sterndale, de qui Kipling tirait l’essentiel de sa connaissance de la faune indienne, utilisait le mot hindoustani bhalu pour plusieurs espèces d’ours, bien que Daniel Karlin, qui a édité la réédition Penguin Classics du Livre de la jungle en 1989, ait indiqué que, mis à part la couleur, les descriptions de Baloo sont cohérentes avec l’ours lippu, les ours bruns et ours noirs d’Asie n’étant pas présents dans la région de Seoni où se déroule le roman. Par ailleurs, le qualificatif de « sloth » (dans le nom anglais Sloth bear) peut être utilisé dans le sens de « paresseux » ou « somnolent ». Karlin note toutefois que le régime alimentaire de Baloo (« … seulement des racines, des noix et du miel ») correspond davantage à celui de l’ours noir d’Asie qu’à celui de l’ours lippu[82].

