Microfilm
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Le microfilm, dans sa forme documentaire, est un support de stockage analogique reproduisant des documents, comme des pages de livres ou de périodiques, des documents juridiques ou comptables ou des dessins techniques.

Il existe aussi un microfilm dit COM (Computer output microfilm) réalisé par impression directe d'un film photographique à partir d'un fichier numérique.
Description
Les microfilms se composent de plusieurs couches superposées : une base physique, une couche photosensible et une couche protectrice. Chaque couche peut être composée de matériaux différents[1].
Les bases en nitrocellulose sont inflammables, donc peu recommandées. Les bases en acétate sont moins stables et peuvent se dégrader, provoquant le syndrome du vinaigre[2]. Les bases en polyester sont le type de support privilégié pour les archives, car elles sont stables, ininflammables, présentent une très bonne inertie chimique et sont résistantes aux déchirures.
Le type de couche photosensible des microfilms varie selon le procédé utilisé. Le film argentique contient une émulsion gélatineuse chargée de sels d’argent, qui sont transformés en argent métallique sous l’effet de la lumière, puis stabilisés par un traitement chimique. Ce procédé est utilisé pour les films à conservation permanente, car il permet une conservation pouvant atteindre plusieurs centaines d’années. Le film diazoïque est constitué de deux couches : une couche de sels diazoïques et une couche contenant un composé aminé. Lors de l’exposition à un rayonnement ultraviolet, une partie des sels diazoïques est détruite. Le film est ensuite traité à l’ammoniaque, ce qui permet aux sels restants de réagir avec le composé aminé et de produire une coloration visible. Le film vésiculaire est constitué de sels diazoïques encapsulés entre deux feuilles de polyester. Lorsqu’ils sont exposés à un rayonnement ultraviolet, des microbulles d’azote se forment et sont fixées par la chaleur[3].
Le format d’un microfilm fait principalement référence à la largeur du film utilisé. Les microfilms sont produits à partir de trois formats standards : 16 mm, 35 mm et 105 mm. Les films de 105 mm sont généralement découpés en microfiches de 105 x 148 mm plutôt que conservé sous forme de rouleaux[4]. Bien que plus rare et réservés à des usages spécifiques, d’autres largeurs existent, notamment 8 mm, 70 mm, 75 mm et 82 mm[5].
Pour les archives et documents, la forme la plus courante est un rouleau de film photographique inversible noir et blanc au format 35 mm. Une autre forme plus répandue lorsqu'il s'agit de dessins techniques, est la carte perforée Hollerith, qui ne comporte qu'une vue. On a beaucoup utilisé et on utilise encore dans des applications commerciales le format 16 mm. La plupart des films 16 mm comportent un système d'indexation par pavés optiques marqués sur le bord de chaque image, mais ces informations ne servent pas tant à l'utilisation du microfilm lui-même qu'à des systèmes de recherche automatisés.
Les bobines de microfilm sont disponibles en plusieurs longueurs, dont les formats de 100 pieds et de 215 pieds, cette dernière permettant généralement de stocker deux fois plus d'images que la première. Il est possible de distinguer ces deux longueurs par leur texture : le film de 100 pieds est plus épais et rigide à prendre en main, tandis que celui de 215 pieds est plus fin et plus souple[6].
Les formats simplex et duplex désignent le nombre d’image enregistrée par cadre. Le format simplex, dans lequel une seule image est capturée par cadre, est recommandé pour les documents d’archives[7]. Le format duplex permet d’enregistrer deux images superposées dans un même cadre[6].
L’orientation des images peut être horizontale (présentation de type « bande dessinée ») ou verticale (présentation « cinéma »)[7]. En mode horizontal, le texte du document est parallèle au bord long du film. Tandis qu’en mode vertical, le texte du document est perpendiculaire au bord long du film. Un lecteur permettant la rotation de l’image à 90 degrés s’avère nécessaire pour lire les microfilms en mode vertical[8].
Le format duplex à orientation verticale est le format permettant d’enregistrer le plus de contenu en utilisant le moins d’espace possible sur le film.
L’échelle de réduction exprime le rapport entre les dimensions du document original et celles de son image sur microfilm[9]. Les échelles de réduction varient selon les dimensions de l'original, le format du film (16 ou 35 mm) et l'exigence de qualité. Le taux de réduction sélectionné doit permettre une occupation optimale du cadre, tout en conservant une marge visible autour du document[9]. L'échelle de réduction 24 permet de reproduire un format A4 en mode vertical sur un film 16 mm. Les formats supérieurs sont reproduits habituellement sur film 35 mm. Le COM permet d'utiliser sans perdre de lisibilité, des échelles de réduction supérieures : 48, voire 96.
Le microfilm n'est pas le support de stockage analogique le plus compact, la microfiche l'est davantage.
L'un des intérêts majeurs du microfilm noir et blanc est sa grande stabilité dans le temps : le support est connu, et tant l'expérience que les tests de laboratoire ont démontré qu'il pouvait se conserver, dans des conditions favorables de température et d'humidité, plusieurs centaines d'années. Le microfilm couleur, utilisé pour la reproduction de documents imprimés en couleur, de manuscrits enluminés, de dessins, se dégrade comme tous les films couleur, beaucoup plus rapidement. Seule la conservation dans le froid et l'obscurité permet de lui assurer une durée de vie élevée.
Histoire
La reproduction documentaire est née presque en même temps que la photographie. L'Anglais John Benjamin Dancer (1812-1887) est le premier à produire des documents miniaturisés dès 1839 en utilisant le procédé du daguerréotype[10]. Toutefois, ce procédé ancien est mal adapté à la reproduction documentaire, car les images produites sont peu lisibles[11]. Ce procédé ne permet pas non plus la reproduction d'illustration, car Dancer ne sera pas en mesure de reproduire des illustrations avant 1851[12]. Le Français René Dagron découvre les microphotos de Dancer lors d'une exposition à l'Académie de Paris en 1856[12]. Ce photographe et inventeur français perfectionne alors une méthode pour produire de manière industrielle des microphotos et microdocuments[12]. Il est le premier à breveter un procédé de microfilm, le [13],[14]. Dagron se consacre à la reproduction en format réduit de photographies de monuments ou de sites célèbres pendant plusieurs années[15]. C'est lors du Siège de Paris (1870-1871) que sa technique de microfilm devient un instrument de communication important, alors qu'il réduit des documents afin qu'ils puissent être transportés par des pigeons hors de Paris[15] .
L'émulsion et le support doivent avoir des caractéristiques particulières pour convenir à la reproduction documentaire ; l'émulsion doit offrir un contraste élevé et une haute résolution alors que le support doit être souple, léger, résistant et stable dans le temps[10]. Ainsi, la contribution de George Eastman, avec la création du film en rouleau dans les dernières années du XIXe siècle, sera déterminante pour l'évolution du microfilm[10].
Au début du XXe siècle, les microfilms prendront peu à peu leur place dans les bibliothèques[15]. À partir de 1920, les progrès accomplis par l'industrie cinématographique et la demande croissante pour les microdocuments conduisent au développement de films spécialement conçu pour la reproduction documentaire[16]. Ces premiers films apparaissent en 1937 et multiplient les emplois possibles du microfilm[16]. C’est à l’Université Harvard, en 1938, qu’est initiée la préservation des collections de bibliothèques sur microfilm, par le biais d’un programme de microfilmage des journaux étrangers[8]. C'est au cours et à la suite de la Seconde Guerre mondiale que le champ d'utilisation du microfilm va s'étendre au-delà du domaine des archives et des bibliothèques ; son utilisation s'étend aux laboratoires de recherches, aux entreprises industrielles et commerciales et aux administrations[15]. La demande pour les microfilms demeure stable durant les années 1940 et 1950[17]. Toutefois, la rapide expansion de l'éducation supérieure dans les années 1960 en Amérique du Nord fait croitre de manière importante l'industrie du microfilm[17].
L’arrivée des nouvelles technologies a modifié les pratiques de préservation de l’information. Les microfilms, qui jouaient un rôle central dans la conservation des documents[2] sont maintenant, dans certaines bibliothèques, remplacés partiellement ou complètement par des ressources numériques. Certaines bibliothèques continuent toutefois de conserver leur collection de microfilms[18]. Ceux-ci offrent encore de nombreux avantages : ils constituent parfois la seule copie existante d’un document historique[19], permettent une mise en contexte historique des journaux que les versions en ligne ne permettent pas[20] et, lorsqu’ils sont préparés et conservés dans des conditions optimales, peuvent être préservés pendant des centaines d’années[19]. Cependant, tous les microfilms n’ont pas été conservés adéquatement. Il est recommandé de numériser les documents à risque afin de favoriser leur préservation[20]. La numérisation des microfilms permet également une plus grande accessibilité et diffusion de leur contenu[19]. Toutefois, la préservation numérique reste fragile, en raison de l’obsolescence rapide des formats, des logiciels et des supports[18].
Les applications
L'utilisation la plus ancienne des microfilms aux États-Unis était orientée vers l'acquisition d'archives, de manuscrits ou de livres rares provenant de l'étranger par les bibliothèques[21]. Ainsi, les microfilms ont été très utiles au développement des collections des bibliothèques américaines[21].
Les microfilms tiennent un rôle important dans la conservation et la diffusion des collections de journaux, documents fragiles qui se dégradent vite[15]. Les microfilms permettent de reconstituer des collections complètes en faisant appel à des séries dispersées à travers le monde[15].
La Florida power & light compagny a créé en 1986 une division de micrographie à l'intérieur de son département d'archives afin de microfilmer de nombreux documents allant de la facturation de la consommation d'électricité aux plans de financement de centrale nucléaire[22].
Les banques américaines utilisaient les microfilms au cours du XXe siècle pour reproduire des chèques[23]. Aux États-Unis, une fois les chèques honorés, il est d'usage qu'ils soient retournés à l'émetteur. Le microfilmage des chèques permet ainsi aux banques de conserver une trace des chèques avant qu'ils ne soient retournés[23].
Les moyens d'exploitation de l'image
Il existe plusieurs méthodes pour exploiter les images contenues sur un microfilm :
- La lecture : Il existe des appareils de lecture ayant des systèmes optiques qui agrandissent les images du microfilm par projection jusqu'à un format qui en permet la lecture sur un écran[24]. L'utilisation est facile et accessible.
- La restitution : Il est possible de reconstituer partiellement ou totalement un microfilm sous forme papier à l'aide de lecteur-reproducteur[24].
- La numérisation : Il est maintenant possible de reconstituer partiellement ou entièrement sous forme numérique un document de microfilm.
- La duplication des films : On peut dupliquer un film afin de créer une copie identique du microfilm et cela sans passer par la forme papier[24].
Conservation
Les microfilms ont de nombreux avantages au niveau de la conservation ; ils résistent bien à la chaleur, à l'humidité et à l'exposition à la lumière[25]. Nous pouvons ainsi avoir la certitude qu'ils seront encore lisibles 100 ans après leurs créations. La durabilité dans le temps des microfilms a été mise en évidence par les expérimentations de chercheurs du Rochester institute of technology sur des microfilms couleurs[22]. Ces microfilms résistaient bien à la chaleur et à l'humidité, car il y a eu une perte de seulement 12% de densité dans le cyan après une exposition à 85°C et à 60% d'humidité pendant 224 jours[22]. Leur résistance à la lumière était encore meilleure, car il y a eu seulement une perte de 0.18% de densité dans les zones colorées après 200 jours d'exposition à 4 500 lux (le magenta était le plus affecté par la lumière)[22].