Minnesang

style de poésie lyrique allemand From Wikipedia, the free encyclopedia

Le Minnesang (en allemand : « chant d'amour ») est un style de poésie lyrique en moyen haut allemand qui s'est épanoui du XIIe siècle jusqu'au XIVe siècle. Ceux qui écrivent et chantent le Minnesang sont connus comme Minnesänger, ou « chanteurs de Minne ». Comme les troubadours et les trouvères, les Minnesänger chantent principalement la « Minne » (l'amour courtois).

Walther von der Vogelweide (Codex Manesse, vers 1300).

Histoire

Reinmar de Haguenau (Codex Manesse, vers 1300).

Les premières poésies des Minnesänger apparaissent au milieu du XIIe siècle. Elles sont postérieures d'un demi-siècle à celles des troubadours, et antérieures d'une vingtaine d'années à celles des trouvères[1]. Comme les troubadours, les Minnesänger chantent principalement la « Minne » (l'amour, au sens d'amour courtois). Les paroles de ces chants sont conservées dans un document du début du XIVe siècle, le Codex Manesse, qui contient les chants de 138 Minnesänger[2]. Peu de mélodies ont cependant été conservées. Le Minnesang s'épanouit sous le règne des Staufen, en Bavière, en Autriche, dans la vallée du Rhin, en Thuringe et en Suisse[3].

Le thème central du Minnesang est l'amour d'un chevalier pour une dame noble et idéalisée, exprimé le plus souvent du point de vue du chevalier. L'amour du chevalier est sans réciprocité et le service de sa dame est une récompense en soi (hohe Minne, littéralement « grand amour »)[4],[5]. Le Minnesinger appartient généralement aux rangs inférieurs de la noblesse, et ses vers sont adressés à une femme mariée, souvent d'un rang supérieur au sien ; par conséquent, les thèmes lyriques les plus courants sont la dévotion désespérée de l'amant et les plaintes concernant la cruauté de la dame[6]. Il existe toutefois plusieurs sous-genres du Minnesang, dont certains dépeignent une relation réciproque, voire consommée, souvent du point de vue féminin[7].

Wolfram von Eschenbach (Codex Manesse, vers 1300).

Les poèmes sont dès l'origine chantés sur une mélodie (Weise) composée par le poète lui-même, avec l’accompagnement d’un instrument à cordes, comme la vièle, la harpe, la rote (petite harpe) ou bien le luth[8]. La forme complexe des vers, empruntée en partie au provençal, laisse penser que le Minnesinger ne fait pas d'improvisation[6]. Les premiers chants se composent d'une unique strophe divisée en trois parties : deux (appelées Stollen) de forme identique, énonçant et développant l'argument, et la troisième (Abgesang), de forme différente, concluant le poème. Plus tard, on utilise deux strophes, voire plus, dans un même poème, mais leur structure demeure inchangée. C'est sous cette forme que sont composés le Tagelied, un dialogue décrivant les adieux des amants à l'aube, et le chant de croisade[6]. Parallèlement, existe le Spruch, écrit en une seule strophe indivise, destiné à la récitation et souvent présenté sous forme de fable. Le lai (Leich) est composé de strophes inégales, chacune formée de deux parties égales. Il est d'abord employé dans les poèmes sacrés, puis utilisé pour la première fois dans des poèmes d'amour par le Minnesinger alsacien Ulrich von Gutenberg (en)[6].

Heinrich von Morungen (Codex Manesse, vers 1300).

Le premier Minnesinger dont le nom nous soit parvenu est Der von Kürenberg, issu d'une famille noble autrichienne dont le château se dresse sur le Danube, à l'ouest de Linz. Ses chants, cependant, contredisent l'idée originelle du Minnedienst vasselage d'amour »), puisque la dame y est la prétendante et le poète, tout au plus, un amant consentant. Parmi les premiers Minnesänger, on trouve également Dietmar von Aist[6].

Neidhart von Reuental (Codex Manesse, vers 1300).

Les premiers chants, nés dans la région du Danube vers 1150-1160[9], s'inspirent de la tradition germanique[10], mais à partir de 1180 environ, le Minnesang subit l'influence des troubadours provençaux et des trouvères français[11]. Vers 1200, les Minnesänger ont assimilé l'influence romane et commencent à remanier les formes et les thèmes de manière indépendante[12], donnant naissance à une période de « Minnesang classique » incarnée par les chants d'Albrecht von Johansdorf, Heinrich von Morungen et Reinmar de Haguenau[4]. L'œuvre la plus importante qui nous soit parvenue est celle de Walther von der Vogelweide (1170-1230), un corpus d'une grande diversité, qui met l'accent sur la réciprocité des sentiments[13]. Un autre poète, dont l'œuvre est également considérable, est Neidhart von Reuental (mort vers 1240), dont les chansons présentent la jeune villageoise comme objet des attentions du chevalier. Un grand nombre de ses mélodies ont été conservées[14].

Le Minnesang tardif, à partir d'environ 1230, se caractérise par des développements formels de plus en plus élaborés, mais sans grande progression thématique. Après 1300, le Minnesang commence à céder la place au Meistersang et au chant populaire. Heinrich Frauenlob (mort en 1318) peut être considéré comme le dernier Minnesinger ou le premier Meistersinger[15].

Plusieurs des Minnesänger les plus connus sont également célèbres pour leur poésie épique. Il faut citer avant tout Wolfram von Eschenbach et Hartmann von Aue. D'autres Minnesänger remarquables sont Walther von der Vogelweide, Heinrich Frauenlob, Neidhart von Reuental, Ottokar aus der Gaal et Heinrich von Morungen.

Liste de Minnesänger

Galerie

Exemple de Minnelied

Texte et mélodie du chant de Neidhart von Reuental, Der schwarze Dorn (Staatsbibliothek de Berlin, Ms. germ. fol. 779, fol. 131r)

Ce Minnelied, « Under der linden... » [« Sous le tilleul »], a été composé par Walther von der Vogelweide (1170-1230)[16] :

Under der linden
an der heide,
dâ unser zweier bette was,
dâ mugt ir vinden
schône beide
gebrochen bluomen unde gras.
vor dem walde in einem tal,
tandaradei,
schône sanc diu nahtegal.

Ich kam gegangen
zuo der ouwe :
dô was min friedel komen ê.
dâ wart ich enpfangen,
hêre frouwe,
daz ich bin saelic iemer mê.
kuster mich ? wol tûsentstunt :
tandaradei,
seht wie rôt mir ist der munt.

Dô het er gemachet
alsô rîche
von bluomen eine bettestat.
des wirt noch gelachet
inneclîche,
kumt iemen an daz selbe pfat.
bî den rôsen er wol mac,
tandaradei,
merken wâ mirz houbet lac.

Daz er bî mir laege,
wessez iemen
(nu enwelle got !) sô schamt ich mich.
wes er mit mir pflaege,
niemer niemen
bevinde daz, wan er unt ich,
und ein kleinez vogellîn :
tandaradei,
daz mac wol getriuwe sin.

 Des Minnesangs Frühling.I, nouvelle édition revue par H. Moser et H. Tervooren, Stuggart, 1982.

Sous le tilleul
sur la lande,
où fut notre couche à tous deux,
vous pourrez trouver,
joliment foulées
et les fleurs et l’herbe.
A l’orée du bois dans un vallon :
tandaradaï,
qu’il chantait bien, le rossignol.

Quand j’arrivai
dans la prairie,
mon bel ami ja s’y trouvait.
J’y fus par lui si bien reçue,
ma noble dame
que je suis heureuse à jamais.
Me baisa-t-il ? Bien mille fois !
Tandaradaï.
voyez comme en rougit ma bouche.

Il avait là ménagé,
si magnifique
une litière de fleurs.
Bien souriront
dedans leur cœur,
qui passeront par ce sentier.
Aux roses ils pourront bien savoir
tandaradaï,
où ma tête a, lors, reposé.

Qu’il fut tout contre moi couché,
si quelqu’un venait le savoir
(Dieu veuille bien que non), j’en aurai honte.
Ce qu’il fit avec moi,
que personne jamais
ne le sache, hors moi-même et lui,
ainsi qu’un tout petit oiseau
tandaradaï,
qui sera discret j’en suis sûre.

 Anthologie bilingue de la poésie allemande, traduit de l’allemand par Danielle Buschinger et Jean-Pierre Lefebvre, Gallimard (Pléiade), 1995.

Notes et références

Voir aussi

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