Mission Genesis
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La Mission Genesis (expression qui pourrait être traduite par « Mission Genèse ») est une initiative du gouvernement fédéral américain, lancée le , visant à utiliser l'intelligence artificielle (IA) pour consolider le leadership américain en science, et maintenir ou assurer la domination énergétique américaine. L'IA doit notamment aider les 17 laboratoires nationaux américains à accélérer la recherche scientifique pour renforcer la compétitivité technologique du pays. La mission doit pour cela créer une vaste plateforme d'IA, centralisée, et instituer un vaste une collaboration public/privé[1],[2], sous l'égide de la Maison Blanche qui a classé ce projet comme d'importance stratégique pour le progrès national[3].
À ne pas confondre avec la mission Genesis envoyée dans l'espace pour collecter durant deux ans des échantillons de particules portées par le vent solaire depuis une orbite de halo autour du point L1 Soleil‑Terre[4].
Histoire
Le président Donald Trump a lancé la mission en , via un décret présidentiel (executive order)[5],[6]. Le gouvernement veut placer les États-Unis comme leader mondial de la révolution de l'IA[7], en situation de « domination énergétique » et de « domination technologique et le leadership stratégique mondial de l’Amérique »[5].
Selon Donald Trump
« Dans ce moment charnière, les défis auxquels nous sommes confrontés nécessitent un effort national historique, comparable en urgence et en ambition au Projet Manhattan qui a joué un rôle déterminant dans notre victoire pendant la Seconde Guerre mondiale et a été une base critique pour la fondation du ministère de l’Énergie (DOE) et de ses laboratoires nationaux[5]. »
Le département de l'Énergie (DOE), qui coordonne les laboratoires nationaux (Argonne, Oak Ridge, Princeton Plasma Physics Lab, etc.) est chargé de piloter la mission, qui selon lui ciblera les problèmes scientifiques complexes que l'IA pourrait contribuer à résoudre, en mobilisant les supercalculateurs fédéraux et en collaborant avec Nvidia, Microsoft, IBM, OpenAI for Government, Anthropic, etc.[8]. La Maison Blanche impose aussi à la mission de contribuer à la domination} énergétique du pays, par exemple en utilisant l'IA pour « l'accélération des processus d’examen des permis qui bloquent l'expansion énergétique américaine à l’aide des scientifiques à la recherche à la frontière de la technologie nucléaire et au renforcement de la sécurité énergétique intérieure »[9]. Le jour du lancement, Anthropic annonce un projet de modèle montrant comment l'IA et les chercheurs humains pourraient mieux collaborer et cite de possibles contrats de partenariat pluriannuel entre Anthropic et le DOE faisant suite à des projets passés avec le DOE (incluant le co-développement d’un classificateur de risques nucléaires avec la National Nuclear Security Administration et le déploiement de Claude au laboratoire national Lawrence Livermore).
Les acteurs
Le décret cite[5] :
- « les scientifiques américains brillants, y compris ceux de nos laboratoires nationaux » ;
- « des entreprises américaines pionnières » ;
- « des universités de renommée mondiale » ;
- « l’infrastructure de recherche existante, les dépôts de données, les usines de production et les sites de sécurité national ».
Gouvernance, pilotage
le décret précise que :
- « Le Secrétaire à l’Énergie (Chris Wright sera responsable de la mise en œuvre de la Mission au sein du DOE, conformément aux dispositions de ce décret, y compris, si approprié et autorisé par la loi, la fixation des priorités et la garantie que toutes les ressources du DOE utilisées pour les éléments de la Mission soient intégrées dans une plateforme sécurisée et unifiée. Le Secrétaire peut désigner un haut responsable politique pour superviser les opérations quotidiennes de la Mission »[5] ;
- « L’Assistant du Président pour la Science et la Technologie ou APST (Michael Kratsios) assure la direction générale de la Mission, y compris la coordination des départements exécutifs et agences (agences) participants via le National Science and Technology Council (NSTC) et la publication de directives pour s’assurer que la Mission est alignée avec les objectifs nationaux »[5].
Le Secrétaire crée et exploite la « Plateforme américaine de la science et de la sécurité » qui servira d'infrastructure à la Mission, afin de « fournir, de manière intégrée et dans toute la mesure du possible et conformément à la loi »[5] :
- (i) « des ressources informatiques à haute performance, y compris des supercalculateurs de laboratoire nationaux du DOE et des environnements informatiques d'IA sécurisés basés sur le cloud, capables de soutenir la formation, la simulation et l'inférence de modèles à grande échelle » ;
- (ii) « des cadres de modélisation et d'analyse de l'IA, y compris les agents d'IA pour explorer les espaces de conception, évaluer les résultats expérimentaux et automatiser les flux de travail » ;
- (iii) « les outils de calcul, y compris les modèles prédictifs compatibles avec l'IA, les modèles de simulation et les outils d'optimisation de la conception » ;
- (iv) « les modèles de fondation spécifiques à un domaine dans la gamme de domaines scientifiques couverts » ;
- (v) « un accès sécurisé à des ensembles de données appropriés, y compris des ensembles de données scientifiques exclusifs, fédéraux et ouverts, en plus des données synthétiques générées par les ressources informatiques du DOE, conformément à la loi applicable; aux normes de classification, de confidentialité et de propriété intellectuelle applicables; et aux normes fédérales d’accès aux données et de gestion des données » ;
- (vi) « des outils expérimentaux et de production pour permettre l'expérimentation et la fabrication autonomes et augmentées par l'IA dans des domaines à fort impact » .
Rôle majeur de l'IA
L'un des objectifs de la mission est de :
- « former des modèles de fondations scientifiques et créer des agents d’IA pour tester de nouvelles hypothèses, automatiser les flux de travail de recherche et accélérer les percées scientifiques »[5].
Sujets et projets inscrits dans la Mission Genesis
Le décret en fait une liste, non limitative, incluant[5] :
- « la fabrication de pointe » ;
- « la biotechnologie » ;
- « les matières critiques » ;
- « l'énergie de fission nucléaire et de fusion » ;
- « la science de l'information quantique » ;
- « les semi-conducteurs et la microélectronique ».
Dix-sept laboratoires nationaux américains sont missionnés, dont :
- le laboratoire de physique des plasmas de Princeton crée un jumeau numérique de son expérience de fusion principale, l'expérience nationale de tore sphérique améliorée (NSTE-UP), et une nouvelle infrastructure informatique appelée STELLAR-AI pour accélérer les simulations informatiques[10],[11],[12] ;
- le laboratoire national d'Argonne s'associe au DOE, à Nvidia et à Oracle pour héberger deux supercalculateurs d'IA[13] ;
- le laboratoire national d'Oak Ridge accueillera deux nouveaux systèmes informatiques appelés Discovery, un système HPE prévu pour 2028, et Lux, un cluster d'IA prévu pour 2026[14].
Réactions
En 2025, les laboratoires nationaux ont reçu l'ordre d'ouvrir leurs bases de données afin d'accélérer la recherche dans le cadre de la plateforme d'intelligence artificielle du gouvernement fédéral. Le décret de 2025 de Donald Trump explique que c'est « pour exploiter les ensembles de données scientifiques fédéraux — la plus grande collection mondiale de ces ensembles de données, développée au fil de décennies d’investissements fédéraux — pour entraîner des modèles scientifiques fondamentaux et créer des agents d'IA afin de tester de nouvelles hypothèses, automatiser les flux de travail de recherche et accélérer les avancées scientifiques ». Mais qui en profitera ? s'interrogent certains chercheurs dans la revue Nature[15].