Monosexualité
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La monosexualité est le fait de ressentir une attirance physique, sexuelle ou romantique envers des personnes d'un seul sexe ou genre. Ainsi, la monosexualité inclut l'hétérosexualité (l'attirance exclusive envers les personnes du sexe ou du genre opposé) et l'homosexualité (l'attirance exclusive envers les personnes de même sexe ou genre), et s'oppose à la bisexualité (l'attirance pour plus d'un genre), la pansexualité (l'attirance envers des personnes de n'importe quel genre) et l'asexualité (pas ou peu d'attirance sexuelle pour d’autres personnes, ou pas d'envie de relations sexuelles).

Concept utilisé en sexologie, dans les gender studies ou dans le mouvement bisexuel (notamment pour analyser la biphobie et l'occultation de la bisexualité), la monosexualité peut être mise en parallèle avec le monosexisme qui lui est l'oppression systématique associée. Le terme de monosexualité a été critiqué au sein du mouvement LGBT qui lui reproche de fallacieusement regrouper les gays et lesbiennes (victimes de l'hétérosexisme), avec les hétérosexuels.
Conceptualisation et historique
Origine et définition du concept
En 2025, la monosexualité désigne le fait de ressentir une attirance physique, sexuelle ou romantique envers des personnes d'un seul sexe ou genre[3].
Le mot apparait au début du XXe siècle sous la plume du psychanalyste Wilhelm Stekel dans son ouvrage Bi-sexual love, qui s'inspire mais diverge des conceptions freudiennes sur la bisexualité innée[4]. Stekel affirme que la bisexualité est l'état naturel de l'être humain, et qu'hétérosexualité comme homosexualité ne sont que des névroses : « Il n'y a pas d'homosexualité innée, ni d'hétérosexualité innée. Il n'existe que la bisexualité ! […] Il n'existe pas de personnes monosexuelles ! Chacun de nous est bisexuel »[5]. Il affirme que seuls les Grecs de l'Antiquité ont reconnu la nature bisexuelle de l'homme, tout en les louant pour leur haut niveau de développement, tant physique que culturel[6]. La pensée de Stekel consiste à considérer la bisexualité comme la seule sexualité normale et naturelle et à traiter l'homosexualité comme une maladie à guérir[7].
Liens avec le monosexisme et des discriminations contre les bisexuels
Certains hommes homosexuels et hétérosexuels peuvent trouver assez facile de se comprendre mutuellement, puisqu'ils ont une attirance exclusive pour un seul sexe[8]. En revanche, ils peuvent avoir plus de mal à accepter la bisexualité, puisqu'elle remet en question la binarité hétérosexualité-homosexualité[8]. À ce titre, il a été avancé que la bisexualité représente un grand potentiel de déstabilisation de l'« ordre monosexuel »[9]. La bisexualité peut être vue comme étant soit le concept central de la sexualité humaine (repoussant aux « marges » les 2 monosexualités), soit comme remplaçant la vision binaire traditionnelle de la sexualité d'une opposition hétérosexualité-homosexualité par une nouvelle opposition bisexualité-monosexualité[10].
À la fin du XXe siècle, le concept de « monosexisme » se popularise dans les cercles militants bisexuels comme synonyme de biphobie pour parler de l’oppression spécifique des personnes bisexuelles par les personnes hétérosexuelles, gay et lesbiennes ainsi que les avantages sociaux de celles-ci[11],[7]. Le monosexisme peut également se définir comme la croyance en la supériorité de la monosexualité et dans l'importance du privilège systématique à lui accorder, ainsi, inversement en l'oppression systématique de la bisexualité[12].
Une idée proche de la biphobie est celle d'un « privilège monosexuel »[13].
La valorisation de la monosexualité contribue au phénomène dit d'« occultation de la bisexualité », où l'on mésinterprète l'histoire ou les données primaires de la sexualité humaine, soit en gommant les relations homosexuelles pour ne préserver que la vie hétérosexuelle, soit au contraire en qualifiant d'« homosexuelles » des personnes ayant maintenu des relations avec des personnes de plusieurs genres. Ce phénomène a abondamment été utilisé par les communautés homosexuelles ; il a ainsi été avancé que cette approche constitue une « historiographie monosexuelle gay[14]. »
La promotion d'une monosexualité impérative, utilisée par des hétérosexuels déclarés ou des homosexuels déclarés, est l'une des facettes de l'occultation de la bisexualité[15]. Cette pression à la normalisation monosexuelle est devenue une force puissante dans la culture occidentale, en particulier américaine, depuis les années 1970[15]. Pour de nombreux chercheurs, cette pression monosexuelle est la résultante d'une vision dichotomique de la sexualité, issue elle-même d'une vision dichotomique généralisée dans la pensée occidentale, qui se limite à l'attraction envers les gens les personnes du genre opposé ou l'attraction envers celles de son genre[7].
Le monosexisme propose une grille d'analyse où les personnes bisexuelles, pansexuelles et asexuelles sont désavantagées sur les plans économique, de santé et de représentation politique[7].
Statistiques

Le premier rapport Kinsey (1948), qui avance que 46% des hommes étudiés se sont engagés dans des activités avec des hommes et des femmes, choque l'opinion publique de leur temps en « exposant la complexité de la sexualité humaine tout en suggérant de manière subversive que l'hétérosexuel que vous connaissez n'est peut-être pas aussi hétéro que vous le pensez[16]. »
Selon une étude menée au Royaume-Uni en 2015, la bisexualité est plus fréquente dans la jeunesse[2]. Si 89% des personnes de plus de 60 ans interrogés sont monosexuelles (et seulement 7% sont bisexuelles), ces chiffres évoluent radicalement pour les 18-25 ans, avec 52% de monosexuels et 43% de bisexuels[2].
Critique
Au sein du mouvement LGBT, les concepts de monosexualité et de monosexisme sont critiqués car ils regroupent sous un même groupe les personnes gays, lesbiennes et hétérosexuelles comme des oppresseurs sur l'axe de la sexualité, alors que les deux premiers sont victimes du dernier sur ce même axe[7].