Muzain
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Histoire
En 1600 paraît un recueil collectif, Seconde Partie des Muses françoises ralliées de diverses parts, publié par Matthieu Guillemot, à Paris[1]. Cette anthologie contient la quasi-totalité des poèmes d'Abraham de Vermeil qui nous sont parvenus, dont vingt-neuf muzains[2]. Il s'agit d'une « forme rare, composée d'un quatrain suivi d'un quintil, et qu'il semble cultiver avec prédilection[3] ». Selon Henri Lafay, « Vermeil semble bien avoir été le seul à pratiquer ces courtes compositions[2] ».
Plus largement, Vermeil fait alterner quatrains et quintils dans de longs poèmes encomiastiques dédiés, entre autres, à Henri IV[4], Henri de Lorraine[5] et Henri de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon[6].
Cependant, le muzain « se retrouve, peut-être par imitation, parmi les sonnets de la « Polymnie » dans les Œuvres de Mage de Fiefmelin[7] ».
Technique
Dans sa thèse sur Les strophes, publiée en 1912, Philippe Martinon présente « la forme abab cdccd. C'est Abraham de Vermeil qui l'a inaugurée en France dans sa forme moderne, sur quatre rimes[8] ».
Dans ses poèmes, « l'essor éclatant de la poésie française par la vertu et l'imitation des chefs-d'œuvre de l'Antiquité ou de l'Italie renaissante a ouvert une voie qu'il n'est plus alors possible de ne pas suivre[9] ». Vermeil emploie le muzain pour composer des hommages à ses grands modèles et « fait sonner dans ses vers[9] » les noms de Pindare[10], d'Homère[11], de Virgile[12], d'Horace[13], de Pétrarque[14], du Tasse[15] et de Ronsard[16]. Un autre muzain est même consacré à son propre nom en anagramme, peut-être trouvé d'abord par un de ses amis nommé Gourdin, « Abraham de Vermeil, Âme d'heur amirable[17] » :
« Les dédains, les rigueurs, les morts
Me chassent comme chiens avides ;
Amour bandant tous ses efforts
M'abbat de ses mains homicides.
Et mourant je n'ai pour renom
Que l'heur d'avoir esté sa fable :
Pourquoi donc en tournant mon nom,
Gourdin, ne treuves-tu sinon
Ces mots, Ame d'heur amirable[18] ? »
Anthologie
La grande Anthologie de la poésie française publiée dans la Bibliothèque de la Pléiade cite deux muzains d'Abraham de Vermeil, dont celui-ci[19] :
« Peux-tu bien être si cruelle
Entre tant de douces beautés,
Et peux-tu bien être si belle
Entre tant d'aigres cruautés ?
Ces roses, ces lys qu’on ne touche
Sans pâmer d'un baume vainqueur,
Ces chants ravisseurs, belle bouche,
Me sont un Printemps mais, farouche,
Ce Non est l'Hiver de mon cœur. »
Bibliographie
Ouvrages généraux
- Philippe Martinon, Les Strophes : Étude historique et critique sur les formes de la poésie lyrique en France depuis la Renaissance, Paris, Honoré Champion, , 615 p. (lire en ligne).
- Jean-Pierre Chauveau, Gérard Gros et Daniel Ménager, Anthologie de la poésie française : Moyen Âge, XVIe siècle, XVIIe siècle, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade » (no 466), , 1586 p. (ISBN 2-07-011384-1)
Monographies
- Abraham de Vermeil, Poésies, Paris-Genève, Librairie Droz, coll. « Textes littéraires français » (no 229), , 187 p. édition critique avec une introduction et des notes par Henri Lafay,
- Henri Lafay, « Introduction », p. VII-XXIII