Mère Nature
allégorie anthropomorphique le la Nature
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Mère Nature, aussi appelée dame Nature ou simplement la Nature, est une des allégories de la nature ; c'est une représentation anthropomorphique de la nature qui se fixe sur le don de la vie et les caractéristiques nourricières de la Nature en les incarnant sous la forme de la mère.
Le concept de mère nature est apparu en Europe à la Renaissance d'abord de manière métaphorique, puis plus ésotérique au XIXe siècle à la faveur du renouveau mystique, dans le souci de créer des figures symboliques alternatives au christianisme. Il s'est alors parfois inspiré de religions et de figures existantes (essentiellement Démeter), mais en au prix de déformations et de simplifications profondes ; à la fin du XXe siècle il a été, en Amérique, plus ou moins fusionné avec l'entité syncrétique sud-américaine Pachamama. C'est aujourd'hui devenu une formule populaire, sans réelle connotation religieuse (similaire au Père Noël).
Depuis 2018, une opération de prévention santé nommée « Mère Nature Speaking[1] ! » est développée dans une quinzaine de maternités en France pour sensibiliser les femmes aux liens entre perturbateurs endocriniens et santé[2].
Dans la mythologie gréco-romaine

Dans la mythologie grecque, comme dans les autres panthéons indo-européens, il n'existe pas de divinité unique de la nature, mais une constellation ; et toutes n'ont pas forcément d'attribut maternel, telle Artémis, déesse vierge de la nature sauvage. Deux déesses ont toutefois pu être assimilées (a posteriori) à des « mères-nature » : Gaïa et Déméter.
Tout d’abord, Gaïa ou Gê est la mère de toute chose, l'une des premières entités identifiée à émerger du chaos primordial, et mère de presque toutes les entités suivantes. Apparue, selon Hésiode, après le Chaos et Éros (l’amour), elle enfanta seule Ouranos (le ciel étoilé). Elle le fit à sa grandeur pour qu’il puisse la recouvrir et accueillir les dieux. Puis elle engendra les montagnes, les rivières et la mer. En s’unissant à Ouranos, elle mit au monde l’océan, les cyclopes, les titans et plusieurs autres créatures. Elle était la déesse primordiale pour les grecs. Contrairement au douze dieux de l’Olympe elle n’était pas personnifiée en être humain mais était simplement le sol solide possédant une vague personnalité : aucun culte particulier ne lui était rendu, et on n'en connaît pas de temple. Plus tard, elle sera parfois représentée sous les traits d’une femme gigantesque. L'historien William Pillot met toutefois en garde contre toute assimilation un peu trop rapide de la Gaïa antique aux figures très modernes de « mère-nature »[3].
Une autre figure divine de la nature et de la maternité dans la mythologie grecque pourrait être Déméter (Cérès pour les Romains). L'étymologie de son nom peut d'ailleurs être interprétée comme « Terre-Mère ». En effet, petite-fille de Gaïa, elle est la déesse de l’agriculture et de la moisson (donc davantage de la culture, au sens propre, que de la nature). Déméter étant personnifiée et donc plus humaine (c'est une déesse « olympienne »), il fut plus facile pour les grecs de s’y identifier ; par ailleurs son rôle dans la question agricole en a fait une déesse de premier plan dans le culte. Lorsque Hadès enleva Perséphone, la fille de Déméter, cette dernière empêcha les plantes de pousser. Elle s’engagea à laisser les humains mourir de faim si on ne lui rendait pas son enfant. Comme elle se tenait à sa résolution, Zeus dut intervenir et demanda au dieu des Enfers de libérer la jeune fille. Cependant, comme Perséphone avait avalé sept grains de grenade[4], elle devait demeurer dans le royaume souterrain comme le stipulent les lois des Enfers. Zeus, dans l’obligation de trouver un compromis, proposa que l’enfant passe six mois aux Enfers avec Hadès et six mois sur Terre aux côtés de Déméter. Ainsi naquirent les saisons : le printemps revenait sur terre en même temps que Perséphone.
Le culte de Démeter a notamment pris la forme des Mystères d'Éleusis, rituel à initiation complexe, assez indépendant de la religion grecque traditionnelle.
Le monde gréco-romain tardif a aussi connu un grand foisonnement de cultes à mystères, dont certains s'appuyaient sur la figure d'une Isis revisitée, devenue allégorie de la force mystérieuse de la nature[5].
L'allégorisation de la nature s'est aussi faite de manière indépendante de la religion : ainsi dans le texte très athée de Lucrèce De rerum natura (Ier siècle avant notre ère), celui-ci fait « parler » la nature, pour soutenir un propos d'ordre en réalité scientifique[6].
Dans l'occident Chrétien
L'allégorisation de la nature apparaît parfois dans le christianisme médiéval : chez Alain de Lille (De Planctu Naturae, XIIᵉ siècle), la Nature parle à la première personne et se présente comme garante de l’ordre du monde. Elle demeure toutefois une simple allégorie (elle n'a pas d'existence théologique), et subordonnée à Dieu, simple organisatrice symbolique du monde vivant.
C’est à la Renaissance que l’expression « mère Nature » apparaît clairement dans les langues européennes, fruit du goût retrouvé pour l'allégorisation antique ; toutefois là encore personne n'en fait une religion.
Au XVIIIe siècle, elle devient sous la plume des Lumières une figure toujours non religieuse, mais parfois opposée à la religion : elle est invoquée comme autorité morale ou scientifique, généralement dans le cadre d'un raisonnement critique qu'on appelle l'appel à la nature.
L'allégorisation (de manière générale, mais notamment de la nature) devient un procédé particulièrement courant chez les poètes romantiques du début du XIXe siècle, notamment l'adresse directe à la nature, très présente par exemple chez Théophile Gautier (mais ce procédé se retrouvera aussi chez Verlaine et Arthur Rimbaud)[6]. Les scientifiques de l'époque tendent aussi, quoique toujours de manière métaphorique, à prendre « la nature » comme sujet à des actions, notamment chez Darwin, même si celui-ci se défendra de toute divinisation du mécanisme de la sélection naturelle (comme l'avaient fait Lamarck et Cuvier avant lui)[6].
C'est toutefois avec le renouveau mystico-ésotérique du XIXe siècle que l'idée d'une religion de mère Nature apparaît, en même temps que l'hypothèse d'une religion primordiale d'une Déesse Mère, théorisée notamment par Engels et rapidement extrapolée par divers essayistes[3].
Au XXe siècle, la figure de mère nature est réactivée à l'occasion de l'hypothèse Gaïa de James Lovelock, imaginant que la planète est une conscience non pensante qui a su se réguler à travers les âges géologiques, afin de permettre l'apparition puis le maintien de la vie. Cette hypothèse scientifique (invalidée[7]) a été transformée en théorie Gaïa, sortant du champ scientifique pour rejoindre celui de l'ésotérisme.
Dans les civilisations andines
La Pachamama (Terre-Mère) est le nom donné à déesse-terre syncrétique dans la religion de certains Amérindiens d'Amérique du Sud. Elle constitue une déesse majeure de la culture Tiwanaku en Bolivie. Les Incas ont réalisé en son honneur des sacrifices de vigognes. Avec l'arrivée des Espagnols, l'imposition du Christianisme et l'influence du métissage, la Pachamama a commencé à régresser et à être remplacée par l'image de la Vierge Marie, mais un certain mélange s'est aussi opéré. Actuellement la tradition de l'offrande se maintient et se pratique toujours principalement dans les communautés quechuas et aymaras, à travers une offrande appelée Challa ou Pago. La Terre-Mère est considérée comme un être vivant. Elle est à la base de tout : êtres vivants, végétaux, minéraux, textile, technologie, etc. Il convient donc de lui faire des cadeaux pour s'attirer ses bonnes grâces.
Dans les cultures amérindiennes
La légende[Laquelle ?] des Algonquins enseigne qu'« en dessous des nuages habite la Terre-Mère de qui est dérivée l'Eau de Vie, et qui à son sein nourrit les plantes, les animaux et les hommes »[8].
Dans les mythologies africaines
Plusieurs religions africaines présentent des divinités liées à la fécondité à la fois animale et végétale, sans toutefois qu'aucune ne symbolise la nature de manière totalisante.
Par exemple, Ala est la déesse de la fertilité et de la Terre pour les Igbo, habitants du Sud-Est du Nigéria. Elle est la fille du Dieu créateur Chuku. Elle est considérée comme étant la mère des Igbo parce qu’on dit que la Terre était portée dans son sein et elle entretient une relation très proche avec les Hommes qu’elle protègent. De plus, c’est elle qui permet aux femmes d’être enceintes et d’enfanter dans de bonnes conditions. Elle veille ensuite de près sur eux[9].
Asase Yaa est la déesse de la Terre pour les Akans, c’est une population vivant majoritairement au Ghana. En effet, Asase Yaa est considérée comme étant l’esprit de la Terre, fertile, qui permet sa culture mais également comme mère puisque les hommes ont besoin d’elle afin de se nourrir, de mettre en terre ceux qui sont décédés etc. Un jour par semaine est un jour en son honneur et durant lequel la terre ne sera manipulée ni par la culture, ni pour procéder à des enterrements[10].
Enfin, Mbaba Mwana Waresa est le déesse de la fertilité, des arcs-en-ciel, de la pluie, de l’agriculture et de la bière pour le peuple des Zoulous qui se trouve en majorité en Afrique du Sud. Elle est la fille d'UMvelinqangi, le Dieu du ciel. Elle peut être considérée comme la mère parce que c’est elle qui a appris aux Hommes à travailler la terre et à récolter les cultures convenablement. De plus, elle leur a enseigné l’art de préparer la bière. Enfin, en habitant dans le ciel, celle-ci permet d’apporter la pluie afin de prendre soin de la Terre[11].
Dans la littérature russophone
La figure de la mère Nature demeure extrêmement traditionnelle dans la littérature russophone. De nombreux auteurs, notamment ceux du XIXe siècle, liaient leur représentation de l’harmonie, de la liberté et de l’organisation de la vie quotidienne avec elle. Cette vie paisible est toujours liée à la représentation du village, de la forêt, des lacs. La nature dans l'œuvre des écrivains et poètes russes occupe l'un des principaux lieux des œuvres, où les sentiments et les humeurs résonnent avec les particularités de la vie populaire, véhiculant des images de la nature avec le caractère et les caractéristiques de l'âme russe.
La mère Nature est souvent représentée de manières suivantes : elle est féconde, ce qui permet de cultiver les fruits et les légumes. Elle a une image clémente. Elle ne brave pas les lois, elle ne châtie pas ceux qui profitent d’elle mais qui l’en remercient.
Ainsi, dans son poème Village, Pouchkine décrit la nature comme le joyau de la tranquillité où son âme est paisible. Pour lui, la nature a une place très importante dès les premières œuvres. Pour Mikhaïl Lermontov, il existe une nette séparation entre la nature et le village. Lorsqu’il parle de la nature, c’est de la Russie entière dont il s’agit. Bien que tous les poètes aient leur propre perception de la nature, ils restent néanmoins d’accord sur un point : elle influence énormément la vie d’un être humain.
La mère Nature est par ailleurs un pilier inébranlable de la scène de descriptions de faits. Elle permet aux lecteurs de mieux s’imaginer l’image livrée par l’auteur. Grâce à elle, le lecteur ressent l'ambiance et la dynamique du développement de la scène. Cela aide à développer, à affirmer les personnages des héros représentés et à façonner leur vision du monde.
Le XXe siècle a apporté de nombreux problèmes à l’humanité et parmi eux celui de l’écologie. Naturellement, la littérature ne peut pas contourner ce problème. Le thème écologique le plus aigu est dans la prose fantastique car le genre de la science-fiction a de riches opportunités pour montrer où l'humanité peut venir. Dans la littérature soviétique, le thème de l'attitude envers la nature a toujours été l'un des principaux. En particulier, Tchinguiz Aïtmatov parle vivement de ce thème. Dans ce récit, l’écrivain conte l’histoire d’une biche qui élève deux enfants abandonnés dont les enfants, plusieurs années plus tard, commencèrent à chasser ces meutes de cerfs. Cette mère qui a sauvé les enfants, quitte la forêt pour s’installer ailleurs définitivement. L’allégorie est très poétique : la biche est une nature, la mère de tout être vivant sur la planète ; les gens, ce sont ses enfants, mais qui ne se comportent pas de la même manière avec elle. Les personnages de ce récit sont partagés entre deux camps : ceux qui aiment la nature, la comprennent et croient à l'ancienne légende, et ceux qui y sont indifférents. D’après la légende, la mère Nature omnipuissante stérilise en quelque sorte la terre de ceux qui ne la respectent pas. Le récit de Tchinguiz Aïtmatov finit de manière tragique : la biche représentant la nature meurt. Ainsi, tous ceux qui essayaient de la protéger meurent avec elle, de manière physique ou spirituelle. La morale de cette histoire est la suivante : la vérité triomphera toujours avec le temps et la justice prévaudra d’une façon ou d’une autre. Un petit récit de Tchinguiz Aïtmatov, l’un des écrivains modernes les plus reconnus, apprend la mémoire des racines et celle des ancêtres, il milite par le biais de son écriture contre l’oubli de cette mémoire[12].
Sa représentation physique

Dans sa représentation, mère Nature est généralement illustrée par une figure féminine incarnant la fertilité et la maternité, mêlant des attributs féminins (seins, hanches) et d'autres évoquant la fertilité végétale.
Dans certains cultes romains tardifs, une déesse assimilée à Isis était représentée avec un grand nombre de mamelles[13].