Nakba

défaite arabe de 1948 et exode des Palestiniens From Wikipedia, the free encyclopedia

Le terme arabe « Nakba » (en arabe : نَكْبَة, nakba?) signifie « catastrophe » ou « désastre ». De nos jours, il désigne généralement la défaite des pays arabes lors de la première guerre israélo-arabe et l'exode palestinien de 1948. Cette acception du mot remonte à Constantin Zureik. Le terme a même pris le sens de « mère de toutes les catastrophes »[1].

Palestiniens détenus lors de l'expulsion de Ramle, juillet 1948.
Palestiniens de Haïfa expulsés par des membres armés de la Haganah.

Longtemps présenté comme un départ volontaire des Palestiniens, l'exode de 1948 est désormais reconnu comme un ensemble de fuites causées par la peur, d’expulsions forcées, de massacres, en plus des défaites militaires arabes. Pour divers historiens, à la suite de l'Israélien Ilan Pappé, il s'agit même d'un « nettoyage ethnique » planifié, consubstantiel du projet sioniste[2].

La Nakba a eu des effets politiques, culturels et psychologiques majeurs dans l'ensemble du monde arabe. Le mot « Nakba » est parfois aussi utilisé pour décrire ces effets. On parle alors de la « Nakba continuelle (en) ».

En Israël, l'utilisation du terme est interdite dans les manuels scolaires depuis 2009.

Apparition du terme

Avant son usage pour désigner un évènement précis, nakba signifie en arabe « catastrophe, désastre, calamité, fléau, sinistre »[1].

Avant la création de l'État d'Israël, le mot « nakba » a eu une autre signification. Constantin Zureik, intellectuel syrien qui a popularisé le terme dans son acception contemporaine, explique que nakba se référait communément à la bataille de Maysalun qui opposa, en 1920, l’armée française à la révolte arabe menée par Faysal (qui deviendra Faysal Ier, roi d’Irak)[3] et qui ouvrit la route de Damas aux troupes françaises.

La première utilisation authentifiable du terme Nakba pour désigner les évènements de 1948 est le fait d’Israël. En juillet 1948, l’aviation israélienne jette des tracts aux villageois de Tirat Haifa qui refusaient de quitter leurs maisons : « Si vous voulez échapper à la Nakba, éviter un désastre, une inévitable extermination, rendez-vous ». Dans la version originale de l’article, Eitan Bronstein précise que la version en hébreu du tract traduit Nakba par Shoah[4].

Concept

Réfugiés palestiniens lors de l'exode de 1948.
L'historien syrien Constantin Zureiq, théoricien de la Nakba.

Le terme est popularisé dans son sens actuel de « catastrophe pour le peuple palestinien » par Constantin Zureik, intellectuel syrien, de religion grecque orthodoxe. En juillet 1948, alors que le nettoyage ethnique de la Palestine est en cours, il écrit Ma'an Nakba (en arabe : La signification de la catastrophe) dans un hôtel de Broummana près de Beyrouth. Le livre est un grand succès, réédité plusieurs fois et traduit en anglais. Il estime que la guerre va bien au-delà de l’expulsion du peuple palestinien et d’une défaite militaire pour les pays arabes : elle déstabilise le Moyen-Orient. Il appelle à une révolution culturelle modernisatrice et laïque pour répondre à cette crise civilisationnelle. Cet ouvrage participe aux fondements du nationalisme arabe[5],[1].

Pour Constantin Zureik, la Nakba est l’échec des armées arabes dans leur objectif d’empêcher la création d'Israël, afin d’éviter la partition du territoire palestinien (bien plus que le déplacement forcé des Palestiniens et l’impossible retour) ; la lutte contre Israël ne pourra être gagnée « tant que les Arabes restent figés dans leurs conditions actuelles ». Il écrit :

« La défaite des Arabes en Palestine n’est pas une calamité passagère ni une simple crise, mais une catastrophe (Nakba) dans tous les sens du terme, la pire qui soit arrivée aux Arabes dans leur longue histoire pourtant riche en drames[5]. »

Cette catastrophe n’affecte pas seulement la Palestine, mais promet des impacts importants sur l’ensemble du monde arabe. Constantin Zureik défend donc la consolidation du nationalisme arabe comme seul rempart possible, et estime que de profondes transformations sont ainsi nécessaires au sein de la société arabe pour espérer gagner la bataille contre Israël. Ses idées modernistes inspirées des mouvements intellectuels occidentaux, caractérisent le mouvement nationaliste arabe[3].

Le 19 novembre 1948, Nathan Alterman écrit le poème Al-Zot (à propos de ceci) qui décrit un massacre de Palestiniens. Il est publié dans Davar. La cruauté des soldats d’Israël est aussi décrite par S. Yizhar dans plusieurs de ses œuvres[4]

Évènements

La diplomate française Nada Yafi rappelle l’ampleur du terrorisme sioniste et des massacres dont sont victimes les civils (Deir Yassin, Tantoura…), commis tant par les milices paramilitaires sionistes (groupe Stern, Irgoun, Haganah et Palmach), que par l'armée israélienne qui leur succède[1].

Les historiens estiment qu'Israël a minimisé et dissimulé la réalité des faits, les présentant comme une simple émigration volontaire. La violence de ces faits, qui ont permis la création d'Israël, est le sujet de Par le feu et le sang, de Charles Enderlin. Le Dr Gabor Maté, rescapé de la Shoah et spécialiste des traumatismes, a cessé d’être sioniste en découvrant que l’État d’Israël était né de « l'extirpation, l’expulsion et le massacre des populations locales »[1].

La « Nakba continuelle »

Dès 1949, les réfugiés palestiniens tentent de revenir dans leurs villages, soit pour se réinstaller, soit pour récolter leurs champs et leurs vergers, soit pour récupérer les biens abandonnés lors de leur expulsion : Israël les appelle les infiltrés et en tue plusieurs milliers. D'autres infiltrations ont lieu de la part de fedayins qui mènent une guérilla contre Israël qui s'intensifie jusqu'à provoquer la crise de Suez.

En 2011, l’écrivain libanais Elias Khoury propose une relecture critique de l’ouvrage fondateur de Constantin Zureik[5] :

« Ce qu’il n’avait pas compris à l’époque, c’est que la Nakba n’est pas un événement mais un processus. Les confiscations de terres n’ont jamais cessé. Nous vivons toujours dans l’ère de la Nakba. »

L’expression « Nakba continuelle (en) » (en arabe : al-nakba al-mustamirrah) est employée par certains chercheurs pour désigner, au-delà de 1948, la poursuite de la confiscation des terres et des biens matériels, ainsi que la destruction encore en cours de l’identité palestinienne[6].

Réception et usage du terme

Le mot « Nakba » fait l’objet de lectures et d’usages publics contrastés (mémoire, controverse, politiques de commémoration). Dans le débat autour de l’usage du mot, plusieurs auteurs décrivent des formes de « négation de la Nakba » (minimisation ou mise en doute d’épisodes et de leurs implications), tandis que des controverses précises — par exemple autour du massacre de Tantoura, ont vu des historiens contester l’existence d’un massacre à grande échelle, quand d’autres concluent à des crimes de guerre[7],[8],[9].

Usage du mot dans le monde arabe

Commémoration

Le « jour de la Nakba », une fillette à Hébron.
Graffiti sur un mur de Nazareth en Israël.

La « journée de la Nakba » est une commémoration des événements de 1948 qui ont mené à la défaite arabe et au déplacement de la population palestinienne. Elle est généralement célébrée le 15 mai[10], le jour suivant la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël. Le jour de l'indépendance d'Israël est fêté vers la même période de l'année.

Justification de la lutte contre Israël

Certais dirigeants arabes autoritaires (Saddam Hussein, Hafez el-Assad, Mouammar Kadhafi), et des mouvements islamistes ont fait appel au désir de venger la Nakba pour justifier la lutte armée visant à éliminer Israël[11].

Usage du mot en Israël

En Israël, l'utilisation du terme est interdite dans les manuels scolaires depuis 2009[12],[13].

Selon Akram Belkaïd, « En Israël, la législation interdit l’usage du mot "Nakba" dans les manuels scolaires. La criminalisation de sa commémoration est régulièrement suggérée par des responsables politiques »[14].

Bibliographie

Ouvrages historiques

Ouvrages en français

Ouvrages en anglais

  • (en) Bashir Bashir et Amos Goldberg, The Holocaust and the Nakba: A New Grammar of Trauma and History, New York, Columbia University Press,
  • (en) Martin Bunton, Colonial Land Policies in Palestine, 1917–1936, London, Routledge,
  • (en) Yoav Gelber, Palestine 1948: War, Escape and the Emergence of the Palestinian Refugee Problem, Brighton, Sussex Academic Press,
  • (en) Yonatan Kapshuk ; Lisa Strömbom, « Israeli Pre-Transitional Justice and the Nakba Law », Israel Law Review, Cambridge University Press,
  • (en) Efraïm Karsh, Palestine Betrayed, New Haven, Yale University Press,
  • (en) Nur Masalha, The Politics of Denial: Israel and the Palestinian Refugee Problem, Londres, Pluto Press,
  • (en) Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge, Cambridge University Press,
  • (en) Ahmad H. Sa'di ; Lila Abu-Lughod, Nakba: Palestine, 1948, and the Claims of Memory, New York, Columbia University Press,
  • (en) Kenneth W. Stein, The Land Question in Palestine, 1917–1939, Chapel Hill, University of North Carolina Press,

Articles

Œuvres littéraires

  • S. Yizhar, Khirbet Khizeh, 1949. Roman israélien sur l’injustice de la Nakba

Notes et références

Voir aussi

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