Nation (université)
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Dans l'organisation universitaire médiévale, une nation est l'ensemble des étudiants d'une même université qui sont natifs d'une même région regroupant certaines provinces ou diocèses ecclésiastiques et correspondant à des langues ou à des familles de langues.

Exemple de nations dans les universités médiévales
Université de Bologne
Les nations universitaires apparurent vers 1180 à l'université de Bologne. Celle-ci comprenait deux nations, les Cismontains (regroupant les sous-nations lombardes, toscanes et siciliennes) et les Ultramontains (regroupant treize sous-nations de la Chrétienté)[1],[2]. Cependant, chaque nation était subdivisée en sous-nations, respectivement 17 pour les citramontani et 14 pour les ultramontani[réf. nécessaire].
Université de Paris

La faculté des arts de l'université de Paris, qui correspond à l'enseignement secondaire français contemporain, ne forme pas un corps unique car elle est divisée en quatre nations[1],[3] :
- La nation française (ou gallicane) regroupe les étudiants natifs des provinces de Bourges, de Sens, de Tours, de Reims et de Lyon, celles-ci pouvant inclure des diocèses étrangers au royaume de France comme Genève, Aoste ou Bâle.
- La nation normande groupe les étudiants natifs de Normandie, du Maine et de l'Anjou.
- La nation picarde comprend les étudiants natifs des diocèses du nord de la France, de la Flandre, de la Belgique et des Pays-Bas actuels.
- La nation anglaise (ou anglicane), qui se nommera par la suite nation allemande (ou germanique), comprend les étudiants nés dans les diocèses du Saint-Empire romain germanique et des îles Britanniques[4].
Chaque nation forme un corps distinct ayant son sceau, son procureur, élu parmi les docteurs et appelés régents, son censeur et son questeur. La faculté des arts est ainsi dirigée par un recteur et les quatre procureurs des nations. Très vite, le recteur devient la plus haute autorité de l'université tout entière[1].
Plus tard, en 1688, sera constitué à Paris le Collège des Quatre-Nations à l'intention des étudiants originaires des provinces nouvellement réunies au royaume, c'est-à-dire d'Artois, d'Alsace, de Pignerol (aujourd'hui en Italie), et les Catalans du Roussillon et de la Cerdagne française.
Université d'Orléans

L'université d'Orléans a compté jusqu'à 10 nations : France, Lorraine, Germanie (ou Allemagne), Bourgogne, Champagne, Normandie, Picardie, Touraine, Écosse et Aquitaine. Mais le nombre est réduit à 4 en 1538 à la suite d'un arrêt du Parlement de Paris : les nations française, germanique, normande et picarde. L'inscription dans une des nations est obligatoire pour se présenter aux examens : un étudiant non enregistré peut se voir chassé de l'université et ses livres confisqués. Les peuples n'ayant pas de nation reconnue, comme les Espagnols et les Italiens, peuvent s’inscrire dans celle de leur choix[5].
La nation germanique, la plus nombreuse, célèbre en commun les fêtes et banquets, ainsi que les funérailles de ses membres, pour lesquelles elle dispose d'un drap mortuaire. La grande fête est celle de l'Épiphanie ou des « trois Rois », célébrée à l'ancienne abbaye Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, actuellement préfecture de région à Orléans en commun avec les Écossais et les Lorrains[6].
Université de Louvain
À l'université de Louvain, fondée en 1425, la faculté des arts était répartie en quatre nations, sur le modèle parisien : Brabantia, Gallia, Flandria et Hollandia[7]. La nation de Flandre correspondait aux étudiant venant des comté de Flandre, comté du Hainaut et comté de Namur; la nation de France ou de Gaulle correspondait aux étudiants du royaume de France, des territoires qui y étaient soumis et du Cambrésis ainsi qu'à partir de 1448, du comté de Looz et de la principauté de Liège; la nation de Hollande était pour les étudiants du comté de Hollande, de Frise, de la principauté d'Utrecht ainsi que les étudiants anglais et scandinaves; pour finir la nation du brabant était pour les étudiants du duché de Brabant ainsi que tous les étudiants non repris dans les autres nations[8].
Université d'Oxford
L'université d'Oxford, dans laquelle n'étudiaient guère que des étudiants venus des îles Britanniques, n'avait que deux nations reconnues : la Nation boréale, qui comprenait la province d'York et les Écossais, et l’australe, incluant la province de Cantorbéry, les Gallois et les Irlandais. Cette distinction disparaît dès 1274[1].
Université de Leipzig
L'université de Leipzig comprenait également quatre nations : Nation saxonne, Nation de Misnie (marche de Misnie), Nation polonaise, Nation bavaroise.
Université de Prague
Une répartition similaire des étudiants avait été adoptée à l'université Charles de Prague, où, dès son ouverture en 1348, le studium generale était divisé entre les « nations » de Bohême (pour les étudiants locaux), de Bavière (pour les étudiants bavarois), de Saxe et de Pologne (pour les étudiants polonais). Lorsqu'il n'existait pas de « nation » correspondant au territoire de naissance d'un étudiant, celui-ci était affecté à l'une des nations existantes.
Suite au Décret de Kutná Hora (en) de 1409, les trois nations étrangères furent fusionnées en une seule et trois autres votes furent attribués aux étudiants bohémiens. L'exode des étudiants qui appartenaient aux nations allemandes a conduit à un déclin du prestige de l'université et à la création de l'université de Leipzig.
Université de Padoue
Les étudiants de l'université de Padoue étaient répartis en 22 nations, qui faisaient référence aux différents territoires gouvernés par la république de Venise, aux plus grands États d'Italie et aux principaux États d'Europe. Les nations étaient : allemande (également appelée alémanique), bohémienne, hongroise, provençale, bourguignonne, espagnole, polonaise, anglaise, écossaise, vénitienne, d’outre-mer (îles grecques vénitiennes), lombarde (Lombardie orientale et Vénétie occidentale), trévisane (Vénétie du Nord et de l’Est), frioulane, dalmate, milanaise, romaine, sicilienne, anconite, toscane, piémontaise et génoise[9].
Manifestations actuelles
Finlande
En Finlande, les nations étudiantes (osakunnat, nationer) existent à l'université d'Helsinki et à l'université Aalto, où elles sont légalement reconnues. Elles ont été fondées respectivement au milieu du XVIIe siècle (à l'Académie royale de Turku) et au XIXe siècle (dans ce qui allait devenir l'École polytechnique). Nommées d'après des régions de Finlande, ces nations exigeaient autrefois des étudiants qu'ils y adhèrent en fonction de leurs origines géographiques, avant que l'adhésion ne devienne volontaire en 1937. Aujourd'hui, les étudiants peuvent généralement choisir la nation de leur choix. Il existe des nations finnophones et suédophones. Des organisations appelées « nations » existent également dans d'autres universités, bien qu'elles soient juridiquement considérées comme des associations classiques (enregistrées ou non). En Finlande, les nations étudiantes coexistent avec un large éventail d'autres organisations étudiantes, telles que les syndicats étudiants.
Suède
Lors de la fondation de l'université d'Uppsala en 1477, le système des nations étudiantes fut calqué sur celui de la Sorbonne. Dans les universités suédoises d'Uppsala et de Lund, un système de nations étudiantes (nationer) subsiste et, jusqu'au 30 juin 2010, l'inscription à une nation était obligatoire. L'adhésion est désormais facultative, bien que la plupart des étudiants choisissent d'en faire partie. Les nations finlandaises furent fondées selon la tradition suédoise. Historiquement, l'université de Tartu, fondée en 1632 en Estonie alors suédoise, possédait également un système de nations.
Les nations portent des noms régionaux : celles de Lund tirent leur nom de provinces et de régions du sud de la Suède ; celles d'Uppsala, des diocèses ecclésiastiques de toute la Suède, à l'exception de la Scanie, bassin de recrutement traditionnel de Lund (fondée en 1666 pour offrir un enseignement supérieur aux jeunes des territoires nouvellement conquis). (Jusqu'en 2010, il existait une nation scanienne à Uppsala, mais elle était inactive et n'existait que comme une fiction juridique pour les étudiants qui ne souhaitaient pas participer à une nation étudiante.)
Traditionnellement, les étudiants devaient être membres de la nation dont ils étaient originaires, mais ce n'est plus le cas de nos jours. Toutefois, la nation Södermanlands-Nerikes à Uppsala conserve exceptionnellement une restriction géographique, qui (comme auparavant) ne s'applique pas aux étudiants internationaux. Aujourd'hui, les nations organisent des activités sociales généralement gérées par les associations étudiantes dans d'autres universités : bars, clubs, orchestres, associations sportives, troupes de théâtre, et même certains logements.